Chapitre XXVII
fa vie. ( I ) Après la m3rt de fon mari arrivée en 1060, elle fît long-tems folliciter auprès du roi une petite penfion de quinze cents livres, dont Scarron avait joui. Enfin au bout de quelques années, le roi lui e» donna une de deux mille , en lui difont : « Madame , je vous » ai fait attendre long-tems : mais vous avez tant » d'amis , que j'ai voulu avoir feul ce mérite auprès » de vous. »
Ce fait m'a été conté par le cardinal de Fleuri , qui fe plaifaità le rapporter fouvent , parce qu'il difait que Louis* XIV. lui avait fait le même compriment , en lui donnant l'évêché de Fréjus.
Cependant il pft prouvé, par les lettres même de madame de Maintenon , qu'elle dut à madame de Monte fpan , ce léger fecours qui la tira de la misère. On fe refîbuvint d'elle quelques années après ; lorfqu'il faltt lut élever en fecrer. le duc du Maine, que le roi avait ^ eu en 1670 de la marquife de Mon te fpan. Ce ne fut certainement qu'en 1672 qu'elle fut choifie pour préfixer à cette éducation fecrete : elle dit dans une de fes lettres : Si les enf ans font au roi, je le veux bien ; car je ne me chargerais pas fans fcrupule de ceux de madame de Montefpan : ainfi il faut que le roi me Vordonne ; voilà mon dernier mot. Madame de Montejpan
(i) Il efl: dît dans les prétendus mémoires de Maintenons tome I. pag. 216, qu'elle n'eut long-tems qu'un mime lit avec la célèbre Ninon Lenclos ,fur les ouï- dire de l abbé de Château» euf '&• de l'auteur du fiècle de Louis XIV. Mais il ne fe trouve pas un mot de cette anecdote chez l'auteur du fiècle de Louis XIV. ni dans tout ce qui nous refte de M. l'abbé de Châteauneuf. L'auteur des mémoires de Maintenon ne cite jamais qu'au hafard. Ce fait n'en: rapporté que dans les mémoires du fftarquis de la F are , page 190, édition de Roterdam. C'était encor la mode de partager ion lit avec fes amis : 6c cette mode , qui ne fubfifte plus , était très-ancienne , même à la cour. On voit dans l'hiftoire de France que Charles IX. pour fau-. ver le comte de Bnjfac des maffacres de la St. Barthelemi , lui propofa de coucher au louvre dans fon lit ; & que le duc de Guife Sç 1$ prince de Condé avaient long-tems couché ç-niemble.
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n'avait deux enfans qu'en 167a, le duc du Maine & le comte de Vexin. Les dates des lettres dé madame de Maintcnon de 1670 , dans lefquelles elie parle de ces deux en/ans , dont l'un n'était pas encor né , font donc évidemment fautes. Prefque toutes les dates de ces lettres imprimées font erronées. Cette infidélité pourrait donner de vioiens foupçons fur l'authenticité de ces lettres , fi d'ailleurs on n'y reconnaifTait pas un caractère de naturel & de vérité qu'il efî prefqu'impofîible de contrefaire.
Il n'eit pas fort important de favoir en quelle ^nnée cette dame fut chargée du foin des enfans naturels de Louis XIV. mais l'attentiou à ces petites vérités fait voir avec quel fcrupule on a écrit les faits principaux; de cette hifîoire.
Le duc du Maine était né avec un pied difforme. Le premier médecin d'Acquin, qui était dans la confidence , jugea qu'il fallait envoyer l'enfant aux eaux de Barége. On chercha une perfonne de confiance , qui pût fe charger de ce dépôt. ( 1 ) Le roi fe fou vint de madame Scarron. Monfieur de Louvois alla fecrétement à Paris lui propofer ce voyage. Elle eut foin depuis ce tems-là de l'éducation du duc du Maine , nommée à cet emploi par le roi , & non point par madame de Montefpan , comme on l'a dit. Elle écrivait au roi directement ; fes lettres plurent beaucoup. Voilà l'origine de fa fortune : fon mérite fit tout le refte,
Le roi qui ne pouvoit d'abord s'accoutumer à elle , paris de l'averfîon à la confiance, & de la confiance à l'amour. Les lettres que nous avons d'elle font un monument bien plus précieux qu'on ne penfe : elles découvrent ce mélange de religion & de galanterie , de dignité & de faibleife, qui fe trouve fi fouvent dans le cœur
(1) L'auteur du roman des mémoires de madame de Maintenon, lui fait dire , à la vue du château Trompette : Voilà où j'ai çté éUfée , &ç, Cela eft évidemment faux : elle avait été élevée à Niort.
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humain, & qui était dans celui de Louis XIV. Celui de madame de Mainte non paraît à la fois plein d'une ambition & d'une dévotion qui ne fe combattent jamais. Son confefïeur Gobelin approuve également l'une & l'autre; il eu directeur & courtifan; fa pénitente devenue ingrate envers madame de Monte/pan fe difîimuîe toujours fon tort. Le confefïeur nourrit cette illufion, elle fait venir de bonne foi la religion au fecours de fes charmes ufés, pour fupplanter fa bienfaitrice devenue fa rivale.
Ce commerce étrange de tendreffe & de fcrupule de la part du roi, d'ambition & de dévotion de la part de la nouvelle maîtrefïe , paraît durer depuis 1681 jufqu'à 16S6 qui fut l'époque de leur mariage.
Son élévation ne fut pour elle qu'une retraite. Renfermée dans fon appartement qui était de plain-pied à celui du roi , elle fe bornait à une fociété de deux ou trois dames retirées comme elle ; encor les voyait-elle ^; rarement. Le roi venait tous les jours chez elle après fon dîner , avant & après le fouper , & y demeurait jufqu'à minuit. Il y travaillait avec fes minifrres , pendant que madame de Maintenon s'occupait à la lecture , ou à quelque ouvrage de main ; ne s'empreffant jamais de parler d'affaires d'état , paraifTant fouvent les ignorer , rejetant bien loin tout ce qui avait la plus légère apparence d'intrigue & de cabale , beaucoup plus occupée de complaire à celui qui gouvernait , que de gouverner; & ménageant fon crédit en ne l'employant qu'avec une circonfpection extrême. Elle ne profita point de fa place , pour faire tomber toutes les dignités & tous les grands^ emplois dans fa famille, Son frère, le comte a VAubighé , ancien lieutenant-général , ne fut pas même maréchal de France. Un cordon bleu, & quelques parts fecretes ( 1 ) dans les fermes générales ,
(1) Voyez les lettres à fon frère. «Je vous conjure de vivre » commodément , & de manger les dix-huit mille francs de l'affaire » que nous avons faite ; nous en ferons d'autres. ->•>
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furent fa feule fortune ; auîîi di fait-il au maréchal de Vivonne , frère de madame de Monttfpan , qu'// # v# z> eu fin bâton de maréchal en argent comptant.
Le marquis de Villette fon neveu , ou fon coufin , ne fut que chef-d'efcadre. Madame de Cailus , jfilîe de ce marquis de Villette , n'eut en mariage , qu'une penfion modique donnée par Louis XIV. Madame de Maintenait en mariant fa nièce d'Aubtgné au fils du premier maréchal de No ailles , ( i ) ne lui donna que deux cent mille francs : le roi fit le relte. Elle n'avait elle - même que la terre de Maintenon qu'elle avait achetée des bienfaits du roi. Elle voulut que le public lui pardonnât fon élévation en faveur de fon deTintérefTement. La féconde femme du marquis de Villette , depuis madame Bolingbroke, ne put jamais rien obtenir d'elle. Je lui ai fouvent entendu dire qu'elle avait reproché à fa coufme, le peu qu'elle faifaitpour fa famille ; & qu'elle lui avait dit en colère : ce Vous voulez jouir » de votre modération, & que votre famille en foit la » victime. » Madame de Maintenon oubliait tout, quand elle craignait de choquer les fentimens de Louis XIV, Elle n'ofa pas même foutenir le cardinal de Noailles , contre le père le Tellier. Elle avait beaucoup d'amitié pour Racine; mais cette amitié ne fut pas affez courageufe , pour le protéger contre un léger reffentiment du roi. Un jour touchée de l'éloquence avec laquelle il lui avait parlé de la misère du peuple en 1698 , misère toujours exagérée, mais qui fut portée réellement depuis jufqu'à une extrémité déplorable , elle engagea fon ami à faire un mémoire , qui montrât te mal & le re-
(ij Le compilateur des mémoires de madame de Maintenon , dit tome IV. page 100. Roujfeau, vipère acharnée contre fes bienfaiteurs^ fit des couplets fatiriques contre Le maréchal de Noailles. Cela n'eft pas vrai : il ne faut calomnier perfonne. Roujfeau , très-jeune alors, ne connaiffait pas le premier maréchal de Noailles. Les chanfons fatiriques dont il parle étaient d'un gentilhomme nommé de Cabanacy qui les avouait hautement.
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