Chapitre XXVIII
» premier efl heureux , élevé & puifîant , celui qui » en efl caufe en efl glorieux , & par conféquent doit » plus goûter que fes fujets , par rapport à lui & à » eux , tout ce qu'il y a de plus agréable dans la vie. » Quand on s'efl mépris, il faut réparer fa faute le » plutôt qu'il efl pofîible , & que nulle confidération » n'en empêche , pas même la bonté.
» En 1671 un homme mourut qui avait la charge dé » fecretaire-d'état , ayant le département des étrangers. » Il était homme capable , mais non pas fans défauts. Il » ne laiiïai: pas de bien remplir ce pofre , qui efï très- » important.
» Je fus quelque tems à penfer à qui je ferais avoir » cette charge ; &; après avoir bien examiné, je trouvai » qu'un homme qui avait long-tems fervi dans des am- » baffades , était celui qui la remplirait le mieux. (1)
» Je lui fis mander de venir. Mon choix fut approuvé *Â » de tout le monde , ce qui n'arrive pas toujours. Je » le nis en pofTefîion de cette charge à fon retour. Je » ne le connaiffais que de réputation & par les com- » millions dont je l'avais chargé , & qu'il avait bien exé- » cutées ; mais l'emploi que je lui ai donné s'efl trouvé » trop grand & trop étendu peur lui. Je n'ai pas profité » de tous les avantages que je pouvais avoir , & tout » cela par complaifance & bonté. Enfin il a fallu que » je lui ordonne de fe retirer , parce que tout ce qui » parlait par lui , perdait de la grandeur & de la force » qu'on doit avoir en exécutant les ordres d'un roi de
f» France. Si j'avais pris le parti de l'éloigner plutôt , » j'aurais évité les inconvéniens qui me font arrivés, » & je ne me reprocherais pas que ma complaifance » pour lui a pu nuire à l'état. J'aie fait ce détail pour » faire voir un exemple de ce que j'ai dit ci-devant. » Ce monument fi précieux, & jufqu'à préfent inconnu , dépofe à la poftérité en faveur de la droiture & de -la (1) M. de Pompone»
O 574 Siècle de Louis XIV.
magnanimité de Ton ame. On peut même dire qu'il fe juge trop févérement, qu'il n'avait nul reproche à fe taire fur monfieur de Pompone , puifque les fervices de ce miniïtre & fa réputation avaient déterminé le choix du prince confirmé par l'approbation univerfelle ; & s'il fe condamne fur le choix de monfieur de Pompone , qui eut au moins lé bonheur de fervir dans les tems les plus glorieux , que ne devait-il pas fe dire fur monfieur Chamillard , dont le miniftère fut fi infortuné & condamné fi univerfellement ?
Il avait écrit plufieurs mémoires dans ce goût , foit pour fe rendre compte à lui-même , foit pour l'inftruction du dauphin duc de Bourgogne. Ces réflexions vinrent après ies événemens. Il eût approché davantage de îa perfection où il avait le mérite d'afpirer , s'il eût pu fe former une philofophie fupérieure à la politique ordinaire & aux préjugés ; philofophie que dans le cours de tant de iiècles on voit pratiquée par fi peu de fouverains , & qu'il eft bien pardonnable aux rois de ne pas connaître , puifque tant d'hommes privés l'ignorent.
Voici une partie dès inftruclions qu'il donne à fon petit-fils Philippe V. partant pour l'Efpagne. Il les écrivit à la hâte , avec une négligence qui découvre bien mieux l'âme , qu'un difcours étudié. On y voit le père & le roi.
« Aimez les Efpagnols & tous vos fujets attachés à » vos couronnes & à votre perfonne. Ne préférez pas » ceux qui vous flatteront le plus ; eftimez ceux qui » pour le bien hafarderont de vous déplaire. Ce font-là » vos véritables amis.
» Faites le bonheur de vos fujets ; & dans cette vue » n'ayez de guerre que lorfque vous y ferez forcé , » & que vous en aurez bien confédéré & bien pefé » les raifons dans votre confeil.
% ^Çjçiw* uSm i wiMiMiija 1 nTTf^j^r^F^^^^-'j.tiMi * *+ 1 -VJ/?&a t*.