‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 187 sur 189 · Chapitre XXVIII · texte numérisé non relu

Chapitre XXVIII

chofes defagréables, qui font des traits mortels dans la bouche d'un prince, qu'il ne fe permettait pas même les plus innocentes & les plus douces railleries ; tandis que des particuliers en font tous les jours de fi cruelles & de fi funeftes.

Il fe plaifait & fe connaiflak à ces chofes ingénieufes , aux impromptus , aux chanfons agréables ; 8c quelquefois même il faifait fur le champ de petites parodies fur les airs qui étaient en vogue, comme celle-ci:

Chez mon carlet de frère Le chancelier Serrant N'eft pas trop néceffairej Et le fage Boifranc Eft celui qui fait plaire.

Et cet autre, qu'il fit en congédiant un jour le confeil :

Le confeil à (es yeux a beau fe préfenter 5 Si-tôt qu'il voit fa chienne , il quitte tout pour elle : Rien ne peut l'arrêter , ££ Quand la chaffe l'appelle.

Ces bagatelles fervent au moins à faire voir ^ que les agfemens de l'efprit faifaient un des plaifirs de fa cour, qu'il entrait dans ces plaifirs, & qu'il favait dans le particulier vivre en homme , aulTi-bien que repréfenter en monarque fur le théâtre du monde.

Sa lettre à l'archevêque de Reims au fujet du marquis de Barbefieux , quoiqu'écrire d'un ftyle extrêmement négligé , fait plus d'honneur à fon caractère, que les penfées les plus ingénieufes n'en auraient fait à fon efprit. Il avait donné à ce jeune homme la place de fecretaire d'état de la guerre , qu'avait eu le marquis de Louvois fon père. Bientôt mécontent de la conduite de fon nouveau fecretaire d'état , il veut le corriger , fans le trop mortifier. Dans cette vue il s'adreffe à fon oncle l'archevêque de Reims ; il le prie d'avertir fon neveu. C'eft un maître inftruk de tout, c'eft un père qui parle.

« Je fais 3 dit - il , ce que je dois à la mémoire de

Go ^

» monfieur de Louvois ; (1) mais fi votre neveu ne » change de conduite, je ferai forcé de prendre un » psrti. J'en ferai fâché ; mais il en faudra prendre un. Il y> a. des talens ; mais il n'en fait pas un bon ufage. Il » donne trop fouvent à fouper aux princes , au lieu de & travailler; il néglige les affaires pour fes plaifirs; il » fait attendre trop long-tems les officiers dans fon anti- & chambre; il leur parle avec hauteur, & quelquefois ?? avec dureté. „

Voilà ce que ma mémoire me fournit de cette lettre, que j'ai vue autrefois en original. Elle fait bien voir , que Louis XIV. n'était pas gouverné par fes miniftres comme on l'a cru , & qu'il favait gourverner fes miniftres.

Il aimait les louanges ; & il efl à fouhaiter qu'un roi les aime , parce qu'alors il s'efforce de les mériter. Mais Louis XlV. ne les recevait pas toujours, quand elles étaient trop fortes. Lorfque notre académie, qui lui h jp-i! rendait toujours compte des fujets qu'elle propofait pour *'' fes prix , lui fit voir celui-ci Quelle efi de toutes les vertus 'du roi , celle qui mérite, la préférence ? Le roi rougit , & ne voulut pas qu'un tel fujet fût traité. Il fouifrit les prologues de Quinault ; mais c'était dans les plus beaux jours de fa gloire , dans le tems où l'ivreife de la nation excufait la Tienne, Virgile & Horace par reçonnaifTance , &: Ovide par une indigne faiblefTe , prodiguèrent à Augufte des éloges plus forts , & , fi on fônge aux profcriptions , bien moins mérités.

Si Corneille avait dit dans la chambre du cardinal de Richelieu , à quelqu'un des çourtifans : Dites à M. le cardinal que je me connais mieux en vers que lui ; j m is ce miniftre ne lui eût pardonné; ceft pourtant ce quç Defpréaug dit tout haut au roi dans une difpute

(1) Ces mots démentent bien Pinfame calomnie de la Beaumelle » qui ofe dire que le marquis de Louvois avait craint que Louis XIV. ne i'empoifonnât.

Au refte cette lettre doit être encor parmi les manufçrits laiflë-s par M, le garde des fceaux ÇhauveUn. ç^

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