Chapitre XXViy
qui s'éleva fur quelques vers que le roi trouvait bons , & que Defpréaux condamnait. Il a raifon, dit le roi, il s'y connaît mieux que moi.
Le duc de Vendôme avait auprès de lui Villiers , un de ces hommes de plàifir qui fe font un mérite d'une liberté cynique. Il le logeait à Verfailles , dans fon appartement. On l'appeUait communément, Villiers- Ven~ dôme. Cet homme condamnait hautement tous les goûts de Louis XIV. en mufique, en peinture, en architecture, en jardins. Le roi plantait -il un bofquet , meubbit-il un appartement , conftruifait-il une fontaine, Villiers trouvait tout mal entendu , & s'exprimait en termes peu mefurés. Il eft étrange, difait le roi, que Villie.s ait choifi ma maifon pour venir s'y moquer de tout ce que je fais. L'ayant rencontré un jour dans les jardins : Eh bien , lui dit-il , en lui montrant un de fes nouveaux ouvrages, cela n'a donc pas le bonheur de vous plaire? Non , répondit Villiers. Cependant , reprit le roi , il y ^ a bien des gens qui n'en font pas fi mécontens. Cela peut être , répartit Villiers , chacun a fon avis. Le roi en riant répondit : On ne peut pas plaire à tout le monde. Un jour Louis XIV. jouant au tric-trac, il y eut un coup douteux. On difputait ; les courtifans demeuraient dans le filence. Le comte de Grammont arrive. Jugeznous, lui dit le roi. Sire, c'eft vous qui avez tort, dit le comte. Et comment pouvez-vous me donner le tort , avant de favoir ce dont il s'agit ? Eh ! fire , ne voyezvous pas que pour peu que la chofe eût été feulement douteufe, tous ces meffieurs vous auraient donné gain de caufe? Le duc $Antin fe diflingua dans ce fîècie par un art fmgulier, non pas de dire des chofes fîatteufes, mais d'en faire. Le roi va coucher à Petit-Bourg ; il y cricique une grande allée d'arbres, qui cachait la vue de la rivière. Le duc à'Antin la fait abattre pendant la nuit. Le roi , à fon réveil , eft étonné de ne plus voir ces arbres qu'il avait condamnés. Ceft parce que V. M. j|
D 582 Siècle de Louis XIV.
les a condamnés , qu'elle ne les voit plus , répond le duc. Nous avons aufii rapporté ailleurs, que le même homme ayant remarqué , qu'un bois allez grand au bout du canal de Fontainebleau déplaifait au roi , il prit un moment d'une promenade , & tout étant préparé j il fe fit donner un- ordre de couper ce bois ; & on le vit dans l'inftant abattu tout entier. Ces traits font d'un courtifan ingénieux , & non pas d'un flatteur.
On a accufé Louis XIV. d'un orgueil infupportable , p^.rce que la bafe de fa ftatue, à la place des victoires, eit enourée d'efclaves enchaînés. Mais ce n'eft point lui qui fit ériger cette ftatue , ni celle qu'on voit à la place de vendôme. Celle de la place des victoires eft le monument de la grandeur d'ame & delà reconnaiffa : ce du premier maréchal de la Feuillade pour fon maître. Il y dépenfa cinq cent mille livres, qui font près d'un million d'aujourd'hui ; & la ville en ajouta autant pour rendre la -place régulière. Il paraît qu'on a ^ eu également tort d'imputer à Louis XIV. le faite de h cette ftatue , & de ne voir que de la vanité & de la flatterie dans la magnanimité du maréchal.
On ne parlait que de ces quatre efclaves ; mais ils figurent des vices domptés , aufîi-bien que des nations vaincues ; le duel aboli ; l'héréfie détruire ; les infcriptions le témoignent afTez. Elles célèbrent auiïi la jonction des mers , la paix de Nimègue ; elles parlent de bienfaits , plus que d'exploits guerriers. D'ailleurs c'eft un ancien ufage des fculpteurs , de mettre des efclaves aux pieds des ftatues des rois. Il vaudrait mieux y repréfenter des citoyens libres & heureux. Mais enfin on voit des efclaves aux pieds du clément Henri IV. & de Louis XI II. kVdùs ; on en voit à Livourne fous la ftatue de Ferdinand de Médias , qui n'enchaîna afTurément aucune nation ; on en voit à Berlin fous la ftatue d'un électeur, qui repoufTa les Suédois, mais qui ne fit point de conquêtes. Les voifins de la France , & les Français eux-mêmes ,