‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 28 sur 189 · Chapitre II · texte numérisé non relu

Chapitre II

Dame , le jour que Louis XIII. mit fon royaume fous la protection de la vierge Marie.

Prefque toutes les communautés du royaume étaient armées ; prefque tous les praticuliers refpiraient la fureur du duel. Cette barbarie gothique, autorifée autrefois par les rois même , & devenue le caractère de la nation , contribuait encor autant que les guerres civiles & étrangères , à dépeupler le pays. Ce n'eft pas trop dire , que dans le cours de vingt années , dont dix avaient été troublées par la guerre, il était mort plus de gentilshommes Français de la main des Français même, que de celle des ennemis.

On ne dira rien ici de la manière dont les arts & les fciences étaient cultivés; on trouvera cette partie de l'hiftoire de nos moeurs à fa place. On remarquera feulement que la nation Françaife était plongée dans l'ignorance , fans excepter ceux qui croient n'être point peuple.

On confultait les aftrologues , & on y croyait. Tous les mémoires de ce tems - là ; à commencer par l'hiftoire du préfident de Thou, font remplis de prédictions. Le grave & févère duc de Sully, rapporte férieufement celles qui furent faites à Henri IV. Cette crédulité, la marque la plus infaillible de l'ignorance , était fi accréditée , qu'on eut foin de tenir un aftrologue caché près de la chambre de la reine Anne d'Autriche , au moment de la naifTance de Louis XIV.

Ce que l'on croira à peine, & ce qui eft pourtant rapporté par l'abbé Vittorio Siri, auteur contemporain, inftruit , c'eft que Louis XIII. eut dès fon enfance le furnom de Jujïe, parce qu'il était né fous le figne de la balance.

La même faiblerTe , qui mettait en vogue cette chimère abfurde de l'aftrologie judiciaire , faifait croire aux poifefïïons, & aux fortiléges : on en faifait un point de religion ; l'on ne voyait que des prêtres qui conjuraient des démons. Les tribunaux, compofés de magif-

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trats, qui devaient être plus éclairés que le vulgaire, étaient occupés à juger des forciers. On reprochera toujours à la mémoire du cardinal de Richelieu , la mort de ce fameux curé de Loudun, Urbain Grandier, condamné au feu comme magicien , par une cornmifîîon du confeil. On s'indigne que le miniftre & les juges aient eu la faiblefle de croire aux diables de Loudun , ou la barbarie d'avoir fait périr un innocent dans les flammes. On fe fouviendra avec étonnement jufqu'à la dernière pofiérité, que la maréchale d' Ancre , fut brûlée en place de grève comme forcière.

On voit encor dans une copie de quelques regiftres du châtelet, un procès commencé en 1601, au fujet d'un cheval , qu'un maître induitrieux avait drefTé à-peuprès de la manière dont nous avons vu des exemples à la foire; on voulait faire brûler & le maître & le cheval.

En voilà afTez pour faire connaître en général , les mœurs & l'efprit du fiècle qui précéda celui de Louis XW.

Ce défaut de lumières dans tous les ordres de l'état, fomentait chez les plus honnêtes gens des pratiques fuperftitieufes , qui déshonoraient la religion. Les caiviniftes confondant avec le culte raifonnable âes catholiques , les abus qu'on faifait de ce cuire , n'en étaient que plus affermis dans leur haine contre notre églife. Ils oppofaient à nos fuperititions populaires, fouvent remplies de débauches , une dureté farouche & des moeurs féroces , caractère de prefque tous les réformateurs : ainfi l'efprit de parti déchirait & aviliffait la France; & l'efprit de fociété , qui rend aujourd'hui cette nation fi célèbre & li aimable , était abfolument inconnu. Point de maifons où les gens de mérite s'afTembiafTent pour fe communiquer leurs lumières; point d'académies, point de théâtres réguliers. Enfin , les mœurs , les loix , les arts, la fociété, la religion, la paix & la guerre, n'avaient rien de ce qu'on vit depuis dans le fiècle qu'on appelle lejiècle de Louis XLV.

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