‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 29 sur 189 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Minorité de Louis XIV. Victoires des Français fous h grand Condé, alors duc d'Enghien.

E cardinal de Richelieu Se Louis XIII. venaient de mourir , l'un admiré & haï, l'autre déjà oublié. Ils avaient laiiTé aux Français alors très-inquiets, de l'averfion peur le nom feul du minifïère, & peu de refpeâ pour le trône. Louis XIII. par fon tefhment établirait un confeil de régence. Ce monarque, mal obéi pendant fa vie , fe flatta de l'être mieux après fa mort, mais la première démarche de fa veuve Arme êC Autriche , fut de faire annuller les volontés de fon mari , par un arrêt du parlement de Paris. Ce corps, long-tems oppofé à la cour , & qui avait à peine confervé fous Louis la liberté de faire des remontrances , caiTa le teirament de fon roi, avec la même facilité qu'il aurait jugé la caufe d'un citoyen. (1) Anne d'Autriche s'adreila à cette compagnie, pour avoir la régence illimitée, parce que Marie de Médias s'était fèrvi du même tribunal après li mort de Henri IV. & Marie de Médicis avait donné cet exemple , parce que toute autre voie eût été longue & incertaine ; que le parlement entouré de fes gardes , ne pouvait réfifter à fes volontés; & qu'un arrêt rendu au parlement & par les pairs, femblait alfurer un droit inconteftable.

» L'ufage qui donne la régence aux mères des rois, parut donc al; rs aux Français , une loi prefque aufli fondamentale que celle qui prive les femmes de la couronne.

(1) Rîencourty dans fonhiftoire de Louis XIV. dit que le teftament de Louis XIII. fut vérifié au parlement. Ce qui trompa cet écrivain, c'eft qu'en effet Louis XIII. avait déclaré la reine régente , ce qui fut confirmé ; mais il avait limité fon autorité , ce qui fut cafté.

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Le parlement de Paris , ayant décidé deux fois cette queftion, c'eft-à-dire, ayant feul déclaré par des arrêts ce droit des mères, parut en effet avoir donné- la régence : il fe regarda, non fans quelque vraifemblance, comme le tuteur des rois , & chaque conseiller crut être une partie de la fouveraineté. Par le même arrêt Gaftony duc d'Orléans , frère du roi , eut le vain titre de lieutenant-général du royaume fous la régente abfolue.

Anne d'Autriche fut obligée d'abord de continuer la guerre coutre le roi d'Efpagne Philippe II. fon frère , qu'elle aimait. Il eit difficile de dire précifément, pourquoi l'on faifait cette guerre ; on ne demandait rien à l'Efpagne, pas même la Navarre, qui aurait dû être le patrimoine des rois de France. On fe battait depuis 1635, parce que le cardinal de Richelieu l'avait voulu, & il elî à croire qu'il l'avait voulu pour fe rendre ^[ néceffaire. Il s'était lié contre l'empereur avec la Suède , ^ ; & avec le duc Bernard de Saxe- Veimar, l'un de ces généraux que les Italiens nommaient condottieri , c'eftà-dire , qui vendaient leurs troupes. Il attaquait aufïi la branche Autrichienne-Efpagnole dans ces dix provinces que nous appelions en général du nom de Flandre ; & il avait partagé avec les Hollandais alors nos alliés, cette Flandre qu'on ne conquit point.

Le fort de la guerre était du côté de la Flandre ; les troupes Efpagnoles fortirent des frontières du Hainault , au nombre de vingt-fix mille hommes, fous la conduite d'un vieux général expérimenté , nommé Dom Francifco de Melos. Ils vinrent ravager les frontières de la Champagne ; ils attaquèrent Rocroi, & ils crurent pénétrer bientôt ' jufqu'aux portes de Paris , comme ils avaient fait huit ans auparavant. La mort de Louis XIII. la faible/Te d'une minorité, relevaient leurs efpérances; & quand ils virent qu'on ne leur oppofait qu'une armée inférieure en nombre , commandée par un jeune homme de vingt-un an , leur efpérance fë changea en fécurite. ^k

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