‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 30 sur 189 · Chapitre III · texte numérisé non relu

Chapitre III

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Ce jeune homme fans expérience , qu'ils méprifaient , était Louis de Bourbon , alors duc à'Enghien , connu depuis fous le nom du Grand Condé. La plupart des grands capitaines font devenus tels par degrés. Ce prince était né général. L'art de la guerre fembkit en lui un inftinâ naturel : il n'y avait en Europe que lui & le Suédois Torftenfon qui euiïent eu à vingt ans ce génie, qui peut fe pûffer de l'expérience. ( 1 )

Le duc d'Enghien avait reçu , avec la nouvelle de la mort de Louis XÏït Tordre de ne point hafarder de bataille. Le maréchal de l'Hôpital, qui lui avait été donné pour le confeiller & pour le conduire, fécondait par fa circonfpection ces ordres timides. Le prince ne crut ni le maréchal ni la cour ; il ne conna fon deffein qu'à GaJJion maréchal de camp , digne d'être confulté par lui ; ils forcèrent le maréchal à trouver la bataille néceffaire.

On remarque, que le prince ayant tout réglé le foir, S veille de la bataille, s'endormit fi profondément , qu'il fallut le réveiller pour la donner. On conte la même chofe d'Alexandre. Il eu naturel qu'un jeune homme , ■ épuifé des fatigues que demande l'arrangement d'un fi grand jour, tombe enfuite dans un fommeil plein; il l'eit aufll , qu'un génie fait pour la guerre , agiifant fans inquiétudes , lai/Te au corps allez de calme pour dormir. Le prince gagna la bataille par lui-même , par

(1) Torftenfon était page de Guftave- Adolphe en 16x4. Le roi prêt d'attaquer un corps de Lithuaniens en Livonie , & n'ayant point d'adjudant auprès de lui , envoya torftenfon porter (es ordres à un officier-général pour profiter d'un mouvement qu'il vit faire aux ennemis ; Torftenfon part & revient. Cependant les ennemis avaient changé leur marche; le roi était défefpéré de l'ordre qu'il avait donné: Sire, dit Torftenfon, daignez me pardonner; voyant les ennemis faire un mouvement contraire , j'ai donné un ordre contraire. Le roi ne dit mot ; mais le foir ce page fervanf à table , il le fit louper à côté de lui , & lui donna une enfeigne aux gardes , quinze jours après une compagnie, enfuite un régiment. Torftenfon fut un des grands capitaines de l'Europe.

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un coup -d'oeil qui voyait à la fois le danger & la reffource , par fon activivité exempte de trouble , qui le portait à propos à tous les endroits. Ce fut lui , qui avec de la cavalerie attaqua cette infanterie Efpagnole , jufques-là invincible , aufii forte , aufîi ferrée que la phalange ancienne fi efHmée , & qui s'ouvroit avec une agilité que la phalange n'avait pas pour biffer partir la décharge de dix-huit canons qu'elle renfermait au milieu d'elle. Le prince l'entoura , & l'attaqua trois fois. A peine victorieux , il arrêta le carnage. Les officiers Efpagnols fe jetaient à fes genoux pour trouver auprès de lui un afîle contre la fureur du foldat vainqueur. Le duc d'Eughien eut autant de foin de les épargner , qu'il en avait pris pour les vaincre.

Le vieux comte de Fuentes , qui commandait cette infanterie Efpagnole , mourut percé de coups. Condê , en l'apprenant , dit , qu'il voudrait être mort comme lui , s'il n'avait pas vaincu.

Le refpect qu'on avait en Europe pour les armées Efpagnoles fe tourna du côté des armées Françaifes , qui n'avaient point depuis cent ans gagné de bataille fi célèbre ; car la fanglante journée de Marignan , difputée plutôt que gagnée par François I. contre les SuifTes , avait été l'ouvrage des bandes noires Allemandes , autant que des troupes Françaifes. Les journées de Pavie &: de Saint- Quentin étaient encor des époques fatales à la répucation de la France. Henri IV. avait eu le malheur de ne remporter des avantages mémorables que fur fa propre nation. Sous Louis XIII. le maréchal de G uébriant avait eu de petits fuccès , mais toujours balancés par des pertes. Les grandes batailles qui ébranlent les états , & qui reftent à jamais dans la mémoire des hommes , n'avaient été données en ce tems que par Gujiave- Adolphe,

Cette journée de Rocroi devint l'époque de la gloire Françaife , & de celle de Condé ; il fut vaincre 8c profiter de la victoire. Ses lettres à la cour firent réfoudre le fiége

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