Chapitre IV
bras,'& de faire tirer un coup de piftolet dans ion carrée , pour faire accroire que la cour avait voulu rafïiiïïner.
Quelques jours après , pour divifer le parti du prince de Condé & les frondeurs , & pour les rendre irréconciliables , en tire des coups.de fufii dans les carroiTes du grand Coudé , & on tue un de fes valets de pied , ce qui s'appelîait une joliade renforcée. Qui fit cette érrange entreprife ? eft-ce, le parti du cardinal Mandrin ? Il en fut très-foupçonné. On en aceufa le cardinal de Reti , le duc de Eeaufort & le vieux B ro ujfel en plein parlement , & ils furent jultifiés, * Tous les partis fe choquaient, négociaient, fe trahiraient cour-à-tour. Chaque homme important , ou qui voulait l'être , prétendait établir fa fortune fur h ruine publique , & le bien public était dans la bouche de tout le monde. Gafton était jaloux de la gloire du grand Condé & du crédit de Ma\arin. Condé ne les aimait ni ne les eftimait. Le coadjuteur de l'archevêché de Paris , voulait être cardinal par la nomination de la reine, & il fe dévouait alors à elle pour obtenir cette dignité étrangère qui ne donnait aucune autorité , mais un grand relief. Telle était alors la force du préjugé , que le prince de Conti frère du grand Condé voulait aufTi couvrir fa couronne de prince d'un chapeau rouge. Et tel était en même tems le pouvoir des intrigues qu'un abbé fans nailTance & fans mérite nommé La Rivière difputait ce chapeau romain au prince ; ils ne l'eurent ni l'un ni Pautre, le prince parce qu'enfin il fut le méprifer , la Rivière parce qu'on fe moqua de fon ambition : mais le coadjuteur l'obtint pour avoir abandonné le prince de Condé aux reffentimens de la reine.
Ces reffentimens n'avaient d'autre fondement que de petites querelles d'intérêt entre le grand Condé & Maçarin.' Nul crime d'état ne pouvait être imputé à Condé ; cependant on l'arrêta dans le louvre , lui , fon
frère de Conti & fon beau-frère de Longueville, fans aucune formalité , & uniquement parce que Ma\arin le craignait. Cette démarche était à la vérité contre toutes les iaix , mais on ne connailfait les loix dans aucun des partis.
Le cardinal pour fe rendre maître de ces princes ufa d'une fourberie qu'on appella politique. Les frondeurs étaient accufés d'avoir tenté d'afTafiiner le prince de Condé \ Ma\arin lui fait accroire qu'il s'agit d'arrêter un des conjurés, & de tromper les frondeurs ; quec'eft à fon altefle à figner l'ordre aux gens-d'armes de la garde de fe tenir prêts au louvre. Le grand Condé figne luimême l'ordre de fa détention. On ne vit jamais mieux que la politique confilte fouvent dans le menfonge, & que l'habileté efl de pénétrer le menteur.
Le prince de Condé çdt pu gouverner l'état , s'il avait feulement voulu plaire : mais il fe contentait d'être admiré. Le peuple de Paris , qui avait fait des barricades pour un confeiller-clerc prefque imbécille , fit des feux de joie lorfqu'on mena au donjon de Vincennes le défenfeur & le héros de la France.
Ce qui montre encor combien les événemens trompent les hommes , c'eft que cette prifon des trois princes , qui femblait devoir afïbupir les fa&ions , fut ce qui les releva. La princefTe de Condé la mère exilée refta dans Paris malgré la cour , & porta fa requête au parlement. Sa femme après mille périls fe réfugia dans la ville de Bordeaux , aidée des ducs de Bouillon & de la Roche~ foucault ; elle fouleva cette ville & arma l'Efpagne.
Toute la France redemandait le grand Condé. S'il avait paru alors , la cour était perdue. Gourvtlle qui de (impie valet de chambre du duc de la Rochefoucault , était devenu un homme confidérable par fon caradère hardi & prudent , imagina un moyen sûr de délivrer les princes enfermés alors à Vincennes. Un des conjurés eut la 3[ bêtife de fe confefler à un prêtre de la fronde. Ce mal-
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