Chapitre VI, 231 Q
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des Français , & d'être battus , quand ils commandèrent les Efpagnols.
Turenne avait à peine fauve les débris de l'armée d'Efpagne à la bataille de Rétel , lorfque de général du roi de France, il s'était fait le lieutenant d'un général Efpagnol : le prince de Condê eut le même fort devant Arras. L'archiduc & lui afïiégeaient cette ville. Turenne les sfliégea dans leur camp , & força leurs lignes ; les troupes de l'archiduc furent mifes en fuite. Condé avec deux régimens de Français & de Lorrains , foutint feul les efforts de l'armée de Turenne , & tandis que l'archiduc fuyait , il battit le maréchal tfRocquincourt , il repouffa le maréchal de la Ferté, & fe retira victorieux en couvrant la retraite des Efpagnols vaincus. Auffi le roi d'Efpagne lui écrfvit ces paroles : J'ai fu que tout était perdu , & que vous ave% tout confervé.
Il efl difficile de dire ce qui fait perdre ou gagner les batailles ; mais il eit certain que Condé était un des grands hommes de guerre qui euifent jamais paru , & que l'archiduc & fon confeil ne voulurent rien faire dans cette journée de ce que Condé avait propofé.
Arras fauve, les lignes forcées, & l'archiduc mis en fuite , comblèrent Turenne de gloire; & on obferva que dans la lettre écrite au nom du roi au parlement (1) fur cette victoire , on y attribua le fuccès de toute la campagne au cardinal Ma^arin , & qu'on ne fit pas même mention du nom de Turenne. Le cardinal s'était trouvé en effet à quelques lieues d'Arras avec le roi. Il était même entré dans le camp au liège de Stenai , que Turenne avait pris avant de fecourir Arras. On avait tenu devant le cardinal des confeils de guerre. Sur ce fondement il s'attribua l'honneur des événemens , & cette vanité lui donna un ridicule que route l'autorité du miniftère ne put effacer.
(1) Datée de Vincennes du u Septembre 1654.
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Oa3a Siècle de Louis XIV,
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Le roi ne fe trouva point à la bataille d'Arras , & aurait pu y être : il était allé à la tranchée au fiége de Stenai ; mais le cardinal Ma\arin ne voulut pas qu'il exposât davantage fa perfonne, à laquelle le repos de l'état & la puiflance du miniftre femblaient attachés.
D'un côté, Mandrin, maître abfolu de la France & du jeune roi; de l'autre, Dom Louis de Haro , qui gouvernait l'Efpagne & Philippe IV, continuaient fous le nom de leurs maîtres cette guerre peu vivement fcutenue. Il n'était pas encor queftion dans le monde du nom de Louis XIV & jamais on n'avait parlé du roi d'Efpagne. Il n'y avait alors qu'une tête couronnée en Europe qui eût une gloire perfonnelle : la feule Chriftme , reine de Suède, gouvernait par elle-même, & foutenait l'honneur du trône, abandonné, ou flétri, ou inconnu dans les. autres états.
Charles 11 roi d'Angleterre , fugitif en France avec fa mère & fon frère, y traînait fes malheurs & fes efpérances. Un (Impie citoyen avait fubjugué l'Angleterre , l'Ecoffe & l'Irlande. Cromwell , cet ufurpateur digne de régner, avait pris le nom de protecteur , & non celui de roi ; parce que les Anglais favaient jufqu'où les droits de leurs rois devaient s'étendre, & ne connaifTaient pas quelles étaient les bornes de l'autorité d'un protecteur.
Il affermit fon pouvoir en fâchant le réprimer à propos : il n'entreprit point fur les privilèges , dont le peuple était jaloux ; il ne logea jamais de gens de guerre dans la ciré de Londres ; il ne mit aucun impôt dont on pût murmurer ; il n'offenfa point les yeux par trop de faite ; il ne fe permit aucun plaifir ; il n'accumula point de tréfors ; il eut foin que la juïlice fût obfervée avec cette impartialité impitoyable , qui ne diftingue point les grands des petits.
Le frère de Vanzallon Sa ambafTadeur de Portugal en Angleterre, ayant cru que fa licence ferait impunie, oarce que la perfonne de fon frère était facrée , infulta
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