Chapitre VI
des citoyens de Londres , & en fit aflafliner un pour fe venger de la rénftance des aures ; il fut condamné à être pendu. Cromwell , qui pouvait lui faire grâce, le liilfa exécuter, & ligna eniuite un traité avec l'ambaf fadeur. *
Jamais le commerce ne fut û* libre , ni fi florifTant ; jamais l'Angleterre n'avait été fi riche. Ses flottes vidorieufes faifaient refpecler fon nom fur toutes les mers ; tandis que Malaria , uniquement occupé de dominer & de s enrichir , laiifait languir dans la France la juftice, le commerce, la marine, & même les finances. Maître de la France , comme Cromwell de l'Angleterre , après une guerre civile, il eût pu faire pour le pays qu'il gouvernait , ce que Cromwell avait fait pour le fien ; mais il était étranger , & l'ame de Malaria , qui n'avait pas la barbarie de celle de Cromwell , n'en avait pas auffi la grandeur.
Toutes les nations de l'Europe , qui avaient négligé l'alliance de l'Angleterre fous Jacques I. & fous Charles , la briguèrent fous le protecteur. La reine Chrifline ellemême , quoiqu'elle eût dételle le meurtre de Charles I, entra dans l'alliance d'un tyran qu'elle eilimait.
Ma\arin & Dom Louis de Haro prodiguèrent à l'envi leur politique , pour s'unir avec le protecleur. Il goûta quelque tems la fatisfaclion de fe voir courtifé par les deux plus puiffans royaumes de la chrétienté.
Le miiniltre Efpagnbl lui offrait de l'aider à prendre Calais; Malaria lui propofait d'afliéger Dunkerque , & de lui remettre cette ville. Cromwell avait à choifir entre les clefs de la France & celles de la Flandre. Il fut beaucoup follicité auiïi par Condé ; mais il ne voulut point négocier avec un prince , qui n'avait plus pour lui que fon nom, & qui était fans' parti en France, & fans pouvoir chez les Efpagnols.
Le protecteur le détermina pour la France , mais fans faire de traité particulier, & fans partager des conquêtes
234 Siècle le Louis XIV.
par avance : il voulait illuftrer fon ufurpation par de plus grandes entreprifes. Son deffein était d'enlever le Mexique aux Efpagnols ; mais ils furenntavertis à tems. Les amiraux de Cromwell leur prire t du moins la Jamaïque, province que les Anglais pofsèdent encor, & qui allure leur commerce dans le nouveau-monde. Ce ne fut qu'après l'expédition de la Jamaïque, que Cromwell figna fon traité avec le roi de France , mais fans faire encor mention de Dunkerque. Le protecteur traita d'égal à égal ; il força le roi à lui donner le titre de frère dans fes lettres. Son fecretaire figna avant le plénipotentiaire de France, dans la minute du traité, qui refta en Angleterre ; mais il traita véritablement en fupérieur, en obligeant le roi de France de faire fortir de fes états Charles II. & le duc à'Yorck, petit-fils de Henri IV. à qui la France devait un afile. On ne pouvait faire un plus grand facrifice de l'honneur à la fortune. ^| Tandis que Ma^arin faifait ce traité, Charles II. lui
demandait une de fes nièces en mariage. Le mauvais état de fes affaires , qui obligeait ce prince à cette démarche , fut ce qui lui attira un refus. On a même foupçonné le cardinal d'avoir voulu marier au fils de Cromwell celle qu'il refufait au roi d'Angleterre. Ce qui eft sûr, c'eft que lorfqu'il vit enfuite le chemin du trône moins fermé à Charles IL il voulut renouer ce mariage ; mais il fut refufé à fon tour.
La mère de ces deux princes , Henriette de France, fille de Henri le Grand , demeurée en France fans fecours , fut réduite à conjurer le cardinal d'obtenir au moins de Cromwell qu'on lui payât fon douaire. C'était le comble des humiliations les plus douloureufes , de demander une fubfiltance à celui qui avait vérfé le fang de fon mari fur un échaffaut. Ma^arin fit de faibles inftances en Angleterre au nom de cette reine , & lui annonça qu'il n'avait rien obtenu. Elle relia à Paris dans la pauvreté , & dans la honte d'avoir imploré la pitié de