‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 55 sur 189 · Chapitre VI · texte numérisé non relu

Chapitre VI

avait donne le royaume de Suède, fe faifait redouter dans le Nord & dans l'Allemagne. L'empereur Ferdinand était mort en 1657; fon fils Léopold âgé de dix-iept ans, déjà roi de Hongrie & de Bohème , n'avait point été élu roi des Romains du vivant de fon père. Malaria voulut efTayer de faire Louis XIK empereur. Ce deilèin était chimérique; il eût fallu ou forcer les électeurs , ou les féduire. La France n'était ni afTez forte pour ravir l'Empire, ni afTez riche pour l'acheter; auffi les premières ouvertures faites à Francfort par le maréchal de Grammont& par Lionne, furent -elles abandonnées aulîl-tôt que propofées. Léopold fut élu. Tout ce que put la politique de Ma\arin , ce fut de faire une ligue avec des princes Allemans, pour robfervation des traités de Munfler & pour donner un frein à l'autorité de l'empereur fur l'Empire.

La France, après la bataille des Dunes, était puiffante au- dehors, par la gloire de fes armes, & par l'état où étaient réduites les autres nations : mais le dedans foufTrait ; il était épuifé d'argent ; on avait befoin de la paix.

Les nations , dans les monarchies chrétiennes , n'ont prefque jamais d'intérêt aux guerres de leurs fou venins. Des armées mercenaires levées par ordre d'un miniitre, & conduites par un général qui obéit en aveugle a ce miniftre , font plufieurs campagnes ruineufes , ians que les rois au nom defquels elles combattent , aient i'efpérance ou même le deflein de ravir tout !e patrimoine l'un de l'autre. Le peuple vainqueur ne profite jamais des dépouilles du peuple vaincu ; il paie tout ; il fouffre dans la profpérité des armes , comme dans i\-dverfiré ; & la paix lui eft prefque aullî néceflaire , après la plus grande victoire , que quand les ennemis ont pris fes places frontières.

Il fallait deux chofés au cardinal , pour confommer heureufement fon miniftère ; faire la «paix, & a durer le JE

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repos de l'état par le mariage du roi. Les cabales pendant fa maladie lui faifaient fentir combien un héritier du trône était néceflaire à la grandeur du miniftre. Toutes ces confédérations le déterminèrent à marier Louis XIV. promptement. Deux partis fe préfentaient , la fille du roi d'Efpagne, & la princefTe de Savoie. Le cœur du roi avait pris un autre engagement ; il aimait éperdument mademoifelle Mancini l'une des nièces du cardinal : né avec un cœur tendre & de la fermeté dans fes volontés , plein de panions & fans expérience , il aurait pu fe réfoudre à époufer fa maîtrefle.

Madame de Motteville , favorite de Ja reine mère, dont les mémoires ont un grand air de vérité, prétend que Ma7Larin fut tenté de laiffer agir l'amour du roi, & de mettre fa nièce fur le trône. Il avait déjà marié une autre nièce au prince de Contiy une au duc de Mercosur : celle que Louis XIV. aimait avait été demandée en mariage par le roi d'Angleterre. C'étaient autant de titres qui pouvaient juftifier fon ambition. Il preflentit adroitement la reine mère : Je crains bien , lui dit-il , que le roi ne veuille trop fortement époufer ma nièce. La reine, qui connaiffait le miniftre, comprit qu'il fouhaitait ce qu'il feignait de craindre. Elle lui répondit avec la hauteur d'une princefle du fang $ Autriche , fille , femme & mère de rois , & avec l'aigreur que lui infpirait depuis quelque tems un miniftre qui afFe&ait de ne plus dépendre d'elle. Elle lui dit : Si le roi était capable de cette indignité , je me mettrais avec mon ficondfils à la tête de toute la nation , contre le roi & contre vous,

Ma^arin ne pardonna jamais , dit-on , cette réponfe à la reine : mais il prit le fage parti de penfer comme elle ; il fe fit lui-même un honneur & un mérite de s'oppofer à la palîion de Louis XIV. Son pouvoir n'avait pas befoin d'une reine de fon fang pour appui. Il craignait même 1g caradère de fa nièce ; & il crut af-

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