‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 56 sur 189 · Chapitre VI · texte numérisé non relu

Chapitre VI

fermir encor la puifTance de fon miniftère , en fuyant la gloire dangereufe d'élever trop fa maifon.

Dès l'année 165 e il avait envoyé Lionne en Efpagne, folliciter la paix & demander l'infante ; mais Dom Louis di Haro , perfuadé que quelque faible que fût l'Efpagne , la France ne l'était pas moins, avait rejeté les offres du cardinal. Li'nfante , fille du premier lit , écait deftinée au jeune Léopold. Le roi d'Efpagne Philippe IF, n'ivait al/ors de fon fécond mariage qu'un fils, dont l'enfance mal-faine , faifait craindre pour fa vie. On voulait que linfante, qui pouvait être héritière de tant d'états , portât fes droits dans la maifon d'Autriche, & non dans une maifon ennemie; mais enfin Philippe IV ayant eu un [autre fils Dom Philippe Profper, & Ca. femme étant encor enceinte , le danger de donner l'infante au roi di France lui parut moins grand, & la bataille des Dunes lui rendit la paix néceffaire.

Les Efpagnols promirent l'infante , & demandèrent une fufpenfion d'armes. Ma^arin & Dom Louis fe rendirent fur les frontières d'Efpagne & de France , dans l'ifle des Faifans. Quoique le mariage d'un roi de France & la paix générale fuffent l'objet de leurs conférences % cependant plus d'un mois fe paffa à arranger les difficultés fur la préféance & à régler des cérémonies. Les cardinaux fe difaient égaux aux rois , & fupérieurs aux autres fouverains. La France prétendait avec plus de juftice la prééminence fur les autres puiffances. Cependant Dom Louis de Haro , mit une égalité parfaite entre Mayirin & lui , entre la France & l'Efpagne.

Les conférences durèrent quatre mois. Malaria & Dom Louis, y déployèrent toute leur politique ; celle du cardinal était la finefle , celle de Dom Louis la lenteur. Celui-ci ne donnait prefque jamais *de paroies , & celui-là en donnait toujours d'équivoques. Le génie du, mjniftre Italien, était de vouloir furprendre; celui de FEfpagnol y était de s'empêcher d*être furpris. On

prérend qu'il difait du cardinal : Il a un grand défaut en politique , cyeft qu'il veut toujours tromper.

Telle efl la viciffitude des chofes humaines , que de ce fameux traité des Pyrénées, il n'y a pas deux articles qui fubfiftent aujourd'hui. Le roi de France garda le Rouflilion , qu'il eût toujours confervé fans cette paix : mais à l'égard delà Flandre, la monarchie Efpagnole n'y a plus rien. La France était alors l'amie néceifaire du Portugal ; elle ne l'efl plus : tout eft changé. Mais fi Dom Louis de Haro avait dit que le cardinal Ma- \arin favait tromper, on a dit depuis qu'il favait prévoir. |1 méditait dès long - tems , l'alliance des maifons de France & d'Efpagne. On cite cette fameufe lettre de lui , écrite pendant les négociations de Munfter ; « Si le ». roi très-chrétien pouvait avoir les Pays - Bas & la » Franche-Comté en dot , en époufant l'infante , alors a nous pourrions afpirer à la fucceflion d'Efpagne , quel- » que renonciation qu'on fît faire à l'infante ; & ce ne » ferait pas une attente fort éloignée , puifqu'il n'y a » que la vie du prince fon frère qui l'en pût exclure ». Ce prince était alors Baltha^ar , qui mourut en 1 649

Le cardinal fe trompait évidemment , en penfant qu'on pourrait donner les Pays - Bas & la Franche- Comté en mariage à l'infante. On ne flipula pas une feule ville pour fa dot. Au contraire on rendit à la monarchie Efpagnole des villes confidérables qu'on avait conquifes , comme St. Omer , Ypres , Menin , Oudenarde & d'autres places. On en garda quelques-unes. Le cardinal ne fe trompa pas, en croyant que la'renonciation ferait un jour inutile ; mais ceux qui lui font honneur de cette prédiction , lui font donc prévoir que le prince Dom Èaltha^ar mourrait en 1 649 qu'enfuite les trois enfans du fécond mariage, feraient enlevés au berceau ; que Charles , le cinquième de tous ces, enfans mâles , mourrait fans poftérité , & que ce roi autrichien ferait un jour uri teflamçnt en faveur

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