‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 57 sur 189 · Chapitre VI · texte numérisé non relu

Chapitre VI

d'un périt - fils de Louis XIV Mais enfin le cardinal Malaria prévit ce que vaudraient des renonciations, en cas que la poflérité mâle de Philippe iv. s'éteignît ; & des événemens étranges l'ont juftifié après plus de cinquante années.

Marie- Thérèfe , pouvant avoir pour dot, les villes que la France rendait, n'apporta par fon contrat de mariage , que cinq cent mille écus d'or au foleil ; il en coûta davantage au roi pour l'aller recevoir lur la frontière. Ces cinq cent mille écus , valant alors deux millions cinq cent mille livres , furent pourtant lé fujet de beaucoup de conteftations entre les deux ministres. Enfin la France n'en reçut jamais que cent mille francs.

Loin que ce mariage apportât aucun autre avantage préfent & réel, que celui de la paix, l'infante renonça à tous les droits qu'elle pourrait jam is avoir fur aucune des terres de fon père ; & Louis XIV. rectifia cette renonciation de la manière la plus folemnelîe, & la fit enfuite enrégiftrer au parlement.

Ces renonciations & ces cinq cent mille écus de dot femblaient être lesclaufes ordinaires des mariages des infantes d'Efpagne avec le* rois de France. La reine Anne d'Autriche fille de Philippe III. avait été mariée à Louis XIII. à ces mêmes conditions; & quand on avait donné Ifabelle , fille de Henri le Grand à Philippe IV* roi d'Efpagne , on n'avait pas ftipulé plus de cinq cent mille écus d'or pour fa dot , dont même on ne lui paya jamais rien; de forte qu'il ne paraifTait pas qu'il y eût alors aucun avantage dans ces grands mariages : on n'y voyait que des filles des rois mariées à des rois , ayant à peine un préfent de noces.

Le duc de Lorraine Charles IV* de qui la France & l'Efpagne avaient beaucoup à fe plaindre , ou plutôt , qui avait beaucoup à fe plaindre d'elles , fut compris dans le traité , mais en prince malheureux , qu'on pu-

milait parce qu'il ne pouvait fe faire craindre. La France lui rendit fes états en démolifîant Nanci , & en lui défendant d'avoir des troupes. Dom Louis de Haro obligea le cardinal Ma{arin à faire recevoir en grâce le prince de Condé , en menaçant de lui laiffer en fouveraineté Rocroi , le Câtelet & d'autres places , dont il était en pofléflîon. Ainfi la France gagna à la fois ces villes & le grand Condé. Il perdit fa charge de grand-maitre de de la maifen du roi , qu'on donna enfuite à fon fils , & ne revint prefque qu'avec fa gloire.

Charles II. roi titulaire d'Angleterre , plus malheureux alors que le duc de Lorraine, vint près des Pyrénées , où l'on traitait cette paix. 11 implora le fecours de Dom Louis & de Mayinn. Il fe flattait que leurs rois, fes coufins- germains , réunis , oferaient enfin venger une caufe commune à tous les fouverains, puifqu'enfin 4^1 t rornwell n'était plus ; il ne put feulement obtenir une |i entrevue, ni avec Ma^arin,m avec Dom Louis. Lockkart, cet ambafTadeur de la république d'Angleterre, était à St. Jean de Lu^ ; il fe faifait refpecter encor même après la mort du protecteur ; & les deux miniftres , dans la crainte de choquer cet Anglais, refusèrent de voir Charles II. Ils penfaient que fon rétablifTement était impofîibie , & que toutes les factions Anglaifes , quoique divifées entr'elles , çonfpiraient également à ne jamais reconnaître de rois. Ils fe trompèrent tous deux : là fortune fit peu de mois après ce que ces deux miniftres auraient pu avoir la gloire d'entreprendre. Charles fut rappelle dans fes états par les Anglais , fans qu'un feul potentat de l'Europe fe fût jamais mis en devoir ni d'empêcher le meurtre du père , ni de fervir au rétablifTement du fils. Il fut reçu dans les plaines de Douvres, par vingt mille citoyens , qui fe jettèrent à genoux devant lui. Des vieillards , qui étaient de ce nombre , m'ont dit, que prefque tout le monde fondait en larmes. Il n'y eut peut-être jamais de fpeclacle plus touchant, niderévo-

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