Chapitre VI. a
lution plus fubite. Ce changement fe fît en bien moins de tems , que le traité des Pyrénées ne fut conclu ; & Charles IL était déjà paifible pofTefTeur de l'Angleterre , que Louis XIV n'était pas même encor marié par procureur.
Enfin le cardinal Mandrin ramena le roi & la nouvelle reine à Paris. Un père , qui aurait marié fon fils fans lui donner l'adminiftration de fon bien , n'en eût pas ufé autrement que Malaria ; il revint plus puiffant & plus jaloux de fa puifTance , & même de fes honneurs , que jamais. Il exigea & il obtint que le parlement vint le haranguer par députés. C'était une chofe fans exemple dans la monarchie , mais ce n'était pas une trop grande réparation du mal que le parlement lui avait fait. Il ne donna plus la main aux princes du fang en lieu tiers , comme autrefois. Celui qui avait traité Dom Louis de Haro en égal , voulut traiter le grand Condé en inférieur. Il marchait alors avec un fafte royal , ayant outre fes if gardes une compagnie de moufquetaires , qui eft aujourd'hui la féconde compagnie des moufquetaires du roi. On n'eut plus auprès de lui un accès libre : fi quelqu'un était afïez mauvais courtifan pour demander une grâce au roi , il était perdu. La reine mère , fi long-tems protectrice obftinée de Malaria contre la France , refta fans crédit y dès qu'il n'eut plus befoin d'elle. Le roi fcn fils , élevé dans une fourmilion aveugle pour ce miniftre , ne pouvait fecouer le joug qu'elle lui avait impofé auffi-bien qu'à elle-même ; elle refpeétait fon ouvrage, & Louis XIV. n'ofait pas encor régner du vivant de Ma-çarin.
Un miniftre eft excufable du mal qu'il fait , lorfque le gouvernail de l'état eft forcé dans fa main par les tempêtes ; mais dans le calme il eft coupable de tout le bien qu'il ne fait pas. Malaria ne fit de bien qu'à lui & à fa famille par rapport à lui. Huit années de puilTance abfolue & tranquille depuis fon dernier retour jufqu'à fa mort , ne furent marquées par aucun établifïement glo-
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rieux ou utile ; car le collège des quatre nations ne fut que l'effet de fon teftament.
Il gouvernait les finances comme intendant d'un feigneur obéré. Le roi demanda quelquefois de l'argent à Fouquet, qui lui répondait : Sire , H n'y a rien dans les coffres de votre majejfé , mais monjieur le cardinal vous en prêtera. Ma^arin était riche d'environ deux cents millions , à compter comme on fait aujourd'hui. Plufieurs mémoires difent , qu'il en araaifa une partie par des moyens trop au deilLus de la grandeur de fa place. Us rapportent qu'il partageait avec les armateurs les profits de leurs c^urfes : S^û. ce qui ne fut jamais prouvé, mais les Hollandais len foapçcnnèren , & ils n'auraient pas foupeonné le Cardinal de Richelieu.
On dit qu'en mourant il eut des ferupuïes , quoiqu'audehors il montrât du courage. Du moins il craignit pour fes biens , & il en fit au roi une donation entière y croyant que le roi les lui rendrait. Il ne fe trompa point ; le riùlui remit la donation au bout de trois jours. Enfin il mourut : & il n'y eut que le roi qui femblât le regretter r car ce prince favait déjà diflimuler. Le joug commençait à lui pefer ; il était impatient de régner. Cependant il voulut paraître fenfible à une mort qui le mettait en poiTeiIion de fon trône.
Louis XIV, & la cour portèrent le deuil du cardinal Ma\arin , honneur peu ordinaire, & que Henri IV. avait fait à la mémoire. de Çabrielle d'Eftrées.
On n'entreprendra pas ici d'examiner , fi le cardinaf Maiarin a été un grand miniftre ou non : c'eit à fes actions de parler , & à la poftérité de juger. Le vulgaire fuppofe quelquefois une étendue d'efprit prodigieufe , & un génie preique divin , dans ceux qui ont gouverné des empires avec quelque fuccès. Ce n'eft point une pénétration fupérieure , qui fait les hommes d'état , c'eit leur caractère. Les hommes , pour peu qu'ils aient de bon fens, voient tous à -peu-près leurs intérêts. Un bourgeois
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