‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 59 sur 189 · Chapitre VI · texte numérisé non relu

Chapitre VI

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d'Amfterdam , ou de Berne , en fait fur ce point autant que Séjan , Ximenès, Buckingham, Richelieu ou Mandrin : mais notre conduite & nos entreprifes dépendent uniquement de la trempe de notre ame , & nos fuccès dépendent de la fortune.

Par exemple, fi un génie, tel que le pape Alexandre VI. ou Borgia fon fils , avait eu la Rochelle à prendre, il aurait invité dans fon camp les principaux chefs fous un ferment facré , & fe ferait défait d'eux. Ma\arin ferait entré dans la ville deux ou trois ans plus tard, en gagnant & en divifant les bourgeois. Dont Louis de Haro n'eût pas hafardé î'entreprife. Richelieu fît une digue fur la mer à l'exemple 8 Alexandre , & entra dans la Rochelle en conquérant ; mais une marée un peu forte , ou un peu plus de diligence de la part des Anglais , délivraient la Rochelle , & faifaient pafTer Richelieu pour un téméraire.

On peut juger du caractère des hommes par leurs entreprifes. On peut bien aflurer que l'ame de Richelieu refpirait la hauteur & la vengeance ; que Ma^arin était fage , fouple & avide de biens. Mais pour connaître à quel point un miniftre a de l'efprit , il faut ou l'entendre fouvent parler , ou lire ce qu'il a écrit. Il arrive fouvent parmi les hommes d'état , ce qu'on voit tous les^ jours parmi les courtifans; celui qui a le plus d'efprit échoue; & celui qui a dans le caractère plus de patience, de force , de fouplefTe & de fuite , réufîit.

En li.fant les lettres du cardinal Ma\arin & les mémoires du cardinal de Ret{ , on voit aifément que Ret{ était le génie fupérieur. Cependant Ma^arin fut tout-puilfant , & Reti fut accablé. Enfin il eft très-vrai , que pour faire un puifTant miniftre , il ne faut fouvent qu'un efprit médiocre , du bon fens & de la fortune : mais pour être un bon miniftre , il faut avoir pour paillon dominante , l'amour du bien public. Le grand homme d'état , eu celui dont il refte de grands monumens utiles à la patrie. .

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Le monument qui immortalife le cardinal Maiarin>eû l'acquifition de l'Alface. Il donna cette province à la France dans le tems que la France était déchaînée contre lui ; & par une fatalité fingulière , il fit plus de bien au royaume lorfqu'il y était perfécuté , que dans la tranquillité d'une puifTance abfolue.

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