CHAPITRE NEUVIEME
Conquête de la Franche - Comté. Paix d'Aix-la Chapelle.
N était plongé dans les divertifTemens à St. Germain , lorfqu'au cœur de l'hiver , au mois de Janvier , on fut étonné de voir des troupes marcher de tous côtés , aller & revenir fur les chemins de la Champagne , dans les Trois-Evêchés : des trains d'artillerie , des charriors de munirions, s'arrêtaient fous divers prétextes, dans la route qui mène d? Champagne en Bourgogne. Cette p;rtie de la France était remplie de mouvemens dont on ignorait la caufe. Les étrangers par intérêt , & les courtifans par curiofité , s'épuifaient en conjectures : l'Alle- ^t magne était alarmée : l'objet de ces préparatifs & de ces marches irrégulières , était inconnu à tout le monde. Le fecret dans les confpirations n'a jamais été mieux gardé qu'il le fut dans cette encreprife de Louis XIV. Enfin le a' de Février il part de St. Germain , avec le jeune duc â'Enghienfils du grand Coudé, & quelques courtifans : les autres officiers étaient au rendez-vous des troupes. Il va à cheval à grandes journées , & arrive à Dijon. Vingt mille hommes afTemblés de vingt routes différentes , fe trouvent le même jour en Franche-Comté à quelques lieues de Befançon , & le grand Condé paraît à leur tête , ayant pour fon principal lieutenant-général Bouteville- Mo ntmorenci fon ami , devenu le duc de Luxembourg , toujours attaché à lui dans la bonne & dans la mauvaife fortune. Luxembourg était l'élève de Condé dans l'art de la guerre ; & il obligea , à force de mérite , le roi qui ne l'aimait pas , a l'employer.
Des intrigues eurent part à cette entreprife imprévue : le prince de Condé était jaloux delà gloire de Turenne , & Louvois de fa faveur auprès du maître ; Condé érait
ffgiW.i. ... -i. m^Uu ...I m w=jj&'»