‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 74 sur 189 · Chapitre · texte numérisé non relu

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autres a tra-

, quelques-uns à applanir les

menait avec lui la reine fa femme ,

l'éclat de ce voyage. Trente mille hommes précédèrent ou fuivirent la marche du roi ; les uns deftinés à renforcer les garnifons des pays conquis , les vailler aux fortifications chemins. Le roi

toutes les princefles & les p'us belles femmes de fa cour. Madame brillait au milieu d'elle , & goûtait dans le fond de fon cœur le plaifir & la gloire de tout cet appareil , qui couvrait fon voyage. Ce fut une fête continuelle depuis Sz. Germain jufqu'à Lille.

Le roi , qui voulait gagner les cœurs de fes nouveaux fujets , & éblouir fes voifins , répandait par-tout Ces libéralités avec prcfufion ; l'or & les pierreries étaient prodigués à quiconque avait le moindre prétexte pour lui parier. La princefle Henriette s'embarqua à Calais , pour voir fon frère , qui s'était avancé jufqu'à Cantorberi. Charles , féduit par fon amitié pour fa fœur & par l'argent de la France , figna tout ce que Louis XIV voulait , & prépara la ruine de la Hollande au milieu des plaifirs & des fêtes.

La perte de Madame , morte à fon retour d'une manière foudaine & afFreufe, jeta des foupçons fur Monfieur, & ne changea rien aux réfolutions des deux rois. Les dépouilles de la république , qu'on devait détruire , étaient déjà partagées par le traité fecret entre les cours de France & d'Angleterre , comme en 163 5 on avait partagé la Flandre avec les Hollandais. Ainfi on change de vues , d'alliés & d'ennemis , & on eft fouvent trompé dans tous fes projets. Les bruits de cette encreprife prochaine commençaient à fe répandre; mais l'Europe les écoutait en filence. L'empereur occupé des féditions de la Hongrie , la Suède endormie par des négociations, l'Efpagne toujours faible, toujours irréfolue & toujours lente , laiffaient une libre carrière à l'ambition de Louis XIV

La Hollande , pour comble de malheur , était divifée 3 S 4

en deux factions ; l'une , des républicains rigides , à qui toute ombre d'autorité defpotique femblait un monftre contraire uux loix de l'humanité ; l'autre , des républicains mitigés qui voulaient rétablir dans les charges de fes ancêtres le jeune prince d'Orange ,* fi célèbre depuis fous le nom de Guillaume III. Le grand pennonnaire Jean de With ck Corneille fon frère étaient à la tête des partifans auftères de la liberté : mais le parti du jeune prince commençait à prévaloir. La république, plus occupée de Ces diflentions domelriques que de fon danger , contribuait elle-même à fa ruine.

Des mœurs étonnantes introduites depuis plus de fept cents ans chez les chrétiens , permettaient que des prêtres fuffent feigneurs temporels & guerriers. Louis , foudoya l'archevêque de Cologne Maximilien de Bavière , & ce même Van-Gale évêque de Munfter , abbé de (Jt Corbie, comme il foudoyait le roi d'Angleterre Charles IL II avait précédemment fecouru les Hollandais contre cet évêque , & maintenant il le paie pour les écrafer. C'était un homme finguiier que l'hifloire ne doit point négliger de faire connaître. Fils d'un meurtrier & né dans la prifon ou fon père fut enfermé quatorze ans , il était parvenu à l'évêché de Munfter par des intrigues fécondées de la fortune. A peine élu évêque il avait voulu dépouiller la ville de les privilèges. Elle réfifta ; il l'afîiégea , il mit à feu & à fang le pays qui l'avait choifi pour fon pafreur. Il traita de même fon abbaye de Corbie. On le regardait comme un brigand à gages qui tantôt recevait de l'argent des Hollandais pour faire la guerre à {es voifins, tantôt en recevait de la France contre la republique.

La Suède n'attaqua pas les Provinces-Unies, mais elle les abandonna dès qu'elle les vit menacées , & rentra avec k France dans fes anciennes liaifons moyennant quelques fubfides. Tout confpirait à la deïtru&ion de la Hollande.

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Il eiï fingulier & digne de remarque , . que de tous les ennemis qui allaient fondre fur ce petit état, il n'y en eat pas un qui pût alléguer un prétexte de guerre. C'était une entreprife a-peu-près femblable à cette ligue de Louis XII. de l'empereur Maximilien & du roi d'Efpagne, quiavaient autrefois conjuré lapertede la république de Venile, parce quelle était riche & fière.

Les Ecats-Généraux concernés écrivirent au roi , lui demandant humblement , fi les grands préparatifs qu'il faifait étaient en effet deïlinés contr'eux , {es anciens & fidèles alliés ? en quoi ils l'avaient oifenfé ? quelle réparation il exigeait ? il répondit : « qu'il ferait de » fes troupes l'uiage que demanderait fa dignité , dont » il ne devait compte à perfonne. » Ses miniftres alléguaient pour toute raifon , que le gazettier de Hollande avait été trop infolent, & qu'on difait que Van-Beunig, avait fait frapper une médaille injurieufe à Louis XIV. Le goût des devifes régnait alors en France, On avait donné à Louis XIV. la devife du foleil , avec cette légende, nec pluribus impar. On prétendait que Van- Beuning, s'était fait repréfenter avec un foleil , & ces mots pour ame , In confpeclu meo fietit fol : a mon afpecl le foleil s'eft arrêté. ( 1 ) • Cette médaille n'exifta jamais. Il efl vrai que les Etats avaient fait frapper une médaille, dans laquelle ils avaient exprimé tout ce que la république avait fait de glorieux : Ajfertis

(i)ïl efl vrai que depuis on a frappé en Hollande une médaille qu'on a cru être celle de Van-Beuning : mais elle ne porte point de date. Elle repréfente un combat avec un foleil qui culmine fur la tête ôes combattans. La légende eft , StetitfoL in mcdio cœli. Cette médaille que àes particuliers ont fabriquée , n'a été faite que pour la bataille d'Hochftet en 1709 , à l'oçcafion de ces deux vers qui coururent alors :

Altcr in egregio nuper certamine Jofue Clamavit » fol fia gallice , folque jletit.

Or Van-Beuning ne s'appellait point Jofué '» maïs Conrad.

legibus , emenddtis facris , adjutis, dcfenjis , conciliatis regibus y vindicatâ marium libertaie , flabilitâ orbis Europœ quiète, « Les loix affermies , la religion épurée » les rois fecourus, défendus & réunis > la liberté des » mers- vengée, l'Europe pacifiée. »

Ils ne fe vantaient en effet de rien qu'ils n'euffent fait : cependant ils firent brifer le coin de cette médaille, pour appâifer Louis XIV,

Le roi d'Angleterre de fon côté leur reprochait, que leur flotte n'avait pas bai/Té fon pavillon devant un bateau Anglais , & alléguait encor un certain table?u , ou Corneille de With frère du penfionnaire était peint avec les attributs d'un vainqueur. On voyait des vaiffeaux pris & brûlés clins le fond du tableau. Ce Corneille de With 9 qui en effet avait eu beaucoup de part aux exploits maritimes contre l'Angleterre, avait fouffert ce faible monument de fa gloire ; mais ce tableau prefque ignoré était dans une chambre où l'on n'entrait prefque jamais. Les minières Anglais, qui mirent par écrit les griefs de leur roi contre la Hollande , y fpécifièrent des tableaux injurieux, abufive piciures. Les états qui traduifaient toujours les mémoires des minières en Français, ayant traduit abufivt par le mot fautifs , trompeurs, répondirent qu'ils ne favaient ce que c'était que ces tableaux trompeurs. En eifet ils ne devinèrent jamais , qu'il était queftion de ce portrait d'un de leurs concitoyens, & ils ne purent imaginer ce prétexte de la guerre.

Tout ce que les efforts de l'ambition & de la prudence humaine peuvent préparer pour détruire une nation, Louis XIV. l'avait fait. Il n'y a pas chez les hommes d'exemple d'une petite entreprife formée avec des préparatifs plus formidables. De tous les conquérons qui ont envahi une partie du monde , il n'y en pas un qui ait commencé fes conquêtes avec autant de troupes réglées , â& autant d'argent , que Louis en employa pour fubjuguer le petit état des Provinces-Unies.Cinquante millions,

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qui en feraient aujourd'hui quatre-vingt-dix-fept , furent confommés à cet appareil. Trente yaiffeaux de cinquante pièces de canon joignirent la flotte Anglaife forte de cent voiles. Le roi avec fon frère alla fur les frontières de la Flandre Efpagnoîe;& de la Hollande, vers Maftricht & Charleroi, avec plus de cent douze mille hommes. L'évêque de Mu n fier & l'électeur de Cologne en avaient environ vingt mille. Les généraux de l'armée du roi étaient Condé & Turenne. Luxembourg , commandait fous eux. Vauban, devait conduire les fiéges. Louvois , écait par-tout avec fa vigilance ordinaire. Jamais on n'avait vu une armée fi magnifique, & en même tems mieux difciplinée. C'était fur-tout un fpectacie impofcnt, que la nnifon du roi nouvellement réformée. On y voyait quatre compagnies des gardes-du-corps , chacune compofée de trois cen's gentilshommes , entre lefquels il y avait ^1 beaucoup de jeunes cadets fans paye, affujettis comme les autres à la régularité du fervice ; deux cents gendarmes de la garde, deux cents chevaux-légers , cinq cents moufquetaires , tous gentilshommes choifis , parés de leur jeuneffe & de leur bonne mine ; douze compagnies de la gendarmerie , depuis augmentées jufqu'au nombre de feize; les cent-fuifies même accompagnaient le roi , & fes régimens des gardes-françaifes & fuiffes montaient la garde devant fa maifon, ou devant fa tente. Ses troupes , pour la plupart couvertes d'or & d'argent, étaient en même tems un objet de terreur & d'admiration, pour des peuples chez qui toute efpèce de magnificence était inconnue. Une difcipline, devenue encor plus exacte, avait mis dans l'armée un nouvel ordre. Il n'y avait point encor d'infpedeurs de cavalerie & d'infanterie, cemme nous en avons vu depuis , mais deux hommes uniques chacun dans leur genre , en faifaient les fondions. Martinet, mettait alors l'infanterie fur le pied de difcipline où elle eft aujourd'hui. Le chevalier de Fourilles faifait la même charge dans

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la cavalerie. Il y avait un an que Martinet avait mis h bayonnette en ufage dans quelques regimens. Avant lui on ne s'en fervait pas d'une manière confiante & uniforme. Ce dernier effort peut-être de ce que l'art militaire a inventé de plus terrible, était connu , mais peu pratiqué , parce que les piques prévalaient. Il avait imaginé des bateaux de cuivre, qu'on portait aifément fur des charrettes ou à dos de mulet. Le roi avec tant d*avantages, sûr de fa fortune & de fa gloire, menait avec lui un hiftorien, qui devait écrire fes victoires ; c'était Félijfon , homme dont il a été parlé dans l'article des beaux-arts , plud capable de bien écrire que de ne pas flatter.

Ce qui avançait encor la chute des Hollandais , c'eiî que le marquis de Louvois, avait fait acheter chez eux par le comte de Bentkem , fecrétement gagné , une grande partie des munitions qui allaient fervir à les détruire, & avait ainfi beaucoup dégarni leurs magafins. >& II n'elt point du tout étonnant que des marchands euffent vendu ces provifions avant la déclaration de la guerre , eux qui en vendent tous les jours à leurs ennemis pendant les plus vives campagnes. On fait qu'un négociant de ce pays avait autrefois répondu au prince Maurice , qui le réprimandait fur une tel négoce , Monfeigneur , fi on pouvait par mer faire quelque commerce avantageux avec V enfer , je kafarderais d'y aller brûler mes voiles. Mais ce qui eft furprenant, c'eïï qu'on a imprimé que le marquis de Louvois alla lui-même, déguifé, conclure fes marchés en Hollande. Comment peut-on avoir imaginé une aventure fi déplacée , fi dangereufe & fi inutile ?

Contre Turenne , Condé , Luxembourg , Vaubany cent trente mille combattans , une artillerie prodigieufe, & de l'argent avec lequel on attaquait encor la fidélité des commandans des places ennemies , la Hollande n'avait à oppofer qu'un jeune prince d'une conflitution faible y

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