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qui n'avait vu ni fiéges ni combats, & environ vingtcinq mille mauvais foldats en quoi coniifhit alors toute la garde du pays. Le prince Guillaume d'Orange , âgé de vingt-deux ans, venait d'être élu capitaine-général des forces de terre , par les voeux de la nation : Jean de Wiih le grand-penfionaire y avait confenti par néceiïlté. Ce prince nourrifiait fous le flegme hollandais , une ardeur d'ambition & de gloire , qui éclata* toujours depuis dans fa conduite, fans s'échapper jamais dans fes difcours. Son humeur était froide & févère , fon génie aéfcif, & perçant : ion courage, qui ne fe rebutait jamais, fit fupporter à fon corps faible & ianguiffant, des fatigues au deïfus de fes forces. Il était valeureux fans oflentation , ambitieux , mais ennemi du faite , né avec une opiniâtreté flegmatique faite pour combattre l'adverfité, aimant les affaires & la guerre , ne connaiffant ni les plaifirs attachés à la grandeur, ni ceux de l'humanité ; S enfin prefque en tout l'oppofé de Louis XIV. S
Il ne put d'abord arrêter le torrent qui fe débordait fur fa patrie. Ses forces étaient trop peu de chofe, fon pouvoir même était limité par les Etats. Les armes Francai fes venaient fondre tout-à-coup fur la Hollande , que rien ne fecourait. L'imprudent duc de Lorraine , qui avait voulu lever des troupes 'pour joindre fa fortune à celle de cette république , venait de voir toute la Lorraine faifie par les troupes Françaifes , avec la même facilité qu'on s'empare d'Avignon , quand on eft mécontent du pape.
Cependant le roi faifait avancer- fes armées vers le Rhin ; dans ces pays qui confinent à la Hollande , à Cologne & à la Flandre. Il faifait diitribuer de l'argent dans tous les villages , pour payer le dommage que fes troupes y pouvaient faire. Si que'que gentilhomme des environs venait fe plaindre, il était sûr d avoir un pré- S fent. Un envoyé du gouverneur des Pays-Bas, étant ife ^l venu faire une repréfntation au roi fur quelques dé- J£
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gats commis par les troupes 9 reçut de la main du roi fon portrait enrichi de diamans , eftimé plus de douze mille francs. Cette conduite attirait l'admiration des peuples , & augmentait la crainte de fa puiiTance.
Le roi était à la tête de fa maifon ; & de fes plus belles troupes , qui compofaient trente mille hommes : Turaine les commandait fous lui. Le prince de Condé avait une armée aufîi forte. Les autres corps, conduits tantôt par Luxembourg ^ tantôt par Chamilli , faifaient dans Foccafion des armées féparées , ou fe rejoignaient félon le befoin. On commença par afliéger à la fois quatre villes , dont le nom ne mérite de place dans l'hiftoire que par cet événement : Rhinberg , Orfoi , Véfel , Burick. Elles furent prifes prefque aufli-tôt qu'elles furent inverties. Celle de Rhimberg , que le roi voulut afliéger en perfonne, n'efïuya pas un coup de canon ; & pour aflurer encor mieux fa p^ife , on eut foin de corrompre le lieutenant de la place , Irlandais de nation , nommé DoJJeri , qui eut la lâcheté de fe vendre , & l'imprudence de fe retirer enfuite à Maftrich , où le prince d'Orange le fit punir de mort.
Toutes les places qui bordent le Rhin & Plflel , fe rendirent. Quelques gouverneurs envoyèrent leurs clefs, dès qu'ils virent feulement paner de loin un ou deux efcadrons Français : plufieurs officiers s'enfuirent des villes où ils étaient en garnifon , avant que l'ennemi fût dans leur territoire ; la confternation était générale. Le prince d'Orange n'avait point encor aflez de troupes pour paraître en campagne. Toute la Hollande s'attendait à pafler fous le joug , dès que le roi ferait au-delà du Rhin. Le prince d'Orange fit faire à la hâte des lignes au-delà de ce fleuve , & après les avoir faites , il connut l'impuiffance de les garder. Il ne s'agiffait plus que de favoir en quel endroit les Français voudraient faire un pont de bateaux , & de s'oppofer fi on pouvait,, à ce -paffage. En effet l'intention du rci
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était de paffer le fleuve fur un pont de ces petits bateaux de cuivre inventés par Martinet. Des gens du pays informèrent alors le prince de Condé, que la féchereffe de la faifon avait formé un gué fur un bras du Rhin , auprès d'une vieille tourelle qui fert de bureau de péage, qu'on nomme toll-huys , la mai fort du péage , dans laquelle il y avait dix-fept foldats. Le roi fit fonder ce gué par le comte de Guiche. Il n'y avait qu'environ vingt pas à nager au milieu de ce bras du fleuve, félon ce que dit dans fes lettres Pélijfon , témoin oculaire , & ce que m'ont confirmé les habitans. Cet efpace n'était rien , parce que plufieurs chevaux de front rompaient le fil de l'eau très-peu rapide. L'abord était aifé : il n'y avait de l'autre côté de l'eau que quatre à cinq cents cavaliers , & deux faibles régimens d'infanterie fans canon. L'artillerie Françaife les foudroyait en flanc. Tandis que la maifon du roi & les meilleures troupes de cavalerie pafsèrent fans rifque au nombre d'environ quinze mille hommes, le prince de Condé les côtoyait dans un bateau de cuivre. A peine quelques cavaliers Hollandais entrèrent dans la rivière pour faire femblant de combattre ; ils s'enfuirent l'inftant d'après, devant la multitude qui venait à eux. Leur infanterie mit aufii-tôt bas les armes , & demanda la vie. On ne perdit dans le paffage que le comte de Notent & quelques cavaliers , qui s'étant écartés du gué fe noyèrent , & il n'y aurait eu perfonne de tué dans cette journée , fans l'imprudence du jeune duc de Lonrueville. On dit qu'ayant la tête pleine des fumées du vin , il tira un coup de piftolet fur les ennemis qui demandaient la vie à genoux , en leur criant , point de quartier pour cette canaille. Il tua du coup un de leurs officiers. L'infanterie Hollandaife défefpérée reprit à l'inftant fes ermes , & fit une décharge , dont le duc de Longueville fut tué. 4j Un capifaine de cavalerie nommé Cjjembroek , qui 2£ ne s'était point enfui avec les autres , court au prince
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de Condé, qui montait alors à cheval en forçant de la rivière , & lui appuie fon piftolet à la tête. Le prince , par un mouvement détourna le coup , qui lui fracaffa le poignet. Condé ne reçut jamais que cette bleffure dans toutes fes campagnes. Les Français irrités firent main-balTe fur cette infanterie qui fe mit à fuir de tous côtés. Louis XIV. pafTa fur un pont de bateaux avec l'infanterie , après avoir dirigé lui même toute la marche.
Tel fut le pafTage du Rhin , aclion éclatante & unique, célébrée alors comme un des grands événemens qui duffent occuper la mémoire des hommes. Cet air de grandeur , dont le roi relevait toutes fes aclions , le bonheur rapide de fes conquêtes , la fplendeur de fon règne , l'idolâtrie de fes courtifans , enfin le goût que les peuples , & fur-tout les Parifiens , ont pour l'exagération , joint à l'ignorance de la guerre où Fon eft ^ dans l'oifiveté des grandes villes ; tout cela fit regarder à Paris le paffage du Rhin comme un prodige qu'on exagérait encor. L'opinion commune était , que toute l'armée avait pafTé ce fleuve à la nage , en préfence d'une armée retranchée, & malgré l'artillerie d'une forterefTe imprenable, appellée le T/wIus. Il était trèsvrai , que rien n'était plus impofant pour les ennemis que ce pafTage, & que s'ils avaient eu un corps de bonnes troupes à l'autre bord , l'entreprife était trèspérilleufe. '
Dès qu'on eut palTé le Rhin , on prit Doesbourg , Zutphen , Arnheim , Nofembourg , Nimégue , Shenk , Bommeî, Crevecoaur , &c. Il n'y avait guère d'heures dans la journée , où le roi ne reçût la nouvelle de quelque conquête. Un officier, nommé Ma7Ld , mandait à Mr. de Turenne : « Si vous voulez m'envoyer cinquante » chevaux , je pourrai prendre avec cela deux ou trois » places. »
Utrecht envoya fes clefs , & capitula avec toute la province qui porte fon nom. Louis fit fon entrée triom- Q phale Çjj