Chapitre X
phale dans cette ville , menant avec lui fon grand aumônier, fon confeifeur & l'évêque titulaire d'Utrecht. On rendit avec folemnité la grande églife aux catholiques. L'évêque, qui n'en portait que le vain nom, fut pour quelque tems établi dans une dignité réelle. La religion de Louis XIV. faifait des conquêtes comme fes armes. C'était un droit qu'il acquérait fur la Hollande , dans l'efprit des catholiques.
Les provinces d'Utrecht , d'OverifTel , de Gueldres , étaient foumifes : Amfterdam n'attendait plus que le moment de fon efclavage ou de fa ruine. Les Juifs , qui y font établis , s'emprefsèrent d'offrir à Gourville , intendant & ami du prince de Condé, deux millions de florins, pour fe racheter du pillage.
Déjà Naerden , Voifine d'Amfterdam , était prife. Quatre cavaliers , allant à la maraude, s'avancèrent jusqu'aux portes de Muiden , ou font les éclufes qui peuvent inonder le pays , & qui n'eft qu'à une lieue d'Amfterdam. Les magiftrats de Muiden , éperdus de frayeur, vinrent préfenter leurs clefs à ces quatre foldats ; mais enfin , voyant que les troupes ne s'avançaient point , ils reprirent leurs clefs & fermèrent les portes. Un inftant de diligence eût mis Amfterdam dans les mains du roi. Cette capitale une fois prffe , non-feulement la république périlfait , mais il n'y avait plus de nation Hollandaife, & bientôt la terre même de ce pays allait difparaître. Les plus riches familles , les plus ardentes pour la liberté , fe préparaient à fuir aux extrémités du monde , & à s'embarquer pour Batavia. On fit le dénombrement de tous les vaiffeaux qui pouvaient faire ce voyage , & le calcul de ce qu'on pouvait embarquer. On trouva , que cinquante mille familles pouvjient fe réfugier dans leur nouvelle patrie. La Hollande n'eût plus exiflé qu'au bout des Indes orientales : fes provinces d'Europe , qui n'achètent leur bled qu'avec leurs richeffes d'Afie , qui ne vivent que de leur commerce, & fi on l'ofe dire, de
Siècle de Louis XIV. Tom. V. T
^ffltf' ■■■>■■ magp'« ,w»Ehf
Siècle deLouiSXIV.
leur liberté , auraient été prefque tout-à-coup ruinées & dépeuplées. Amfterdam l'entrepôt & le magafin de l'Europe , où deux cent mille hommes cultivent le commerce & les arts, ferait devenue bientôt un vafte marais. Toutes les terres voifines demandent des frais immenfes & des milliers d'hommes pour élever leurs digues : elles emTent probablement à la fois manqué d'habitans comme de richefTes , & auraient été enfin fubmergées, ne biffant à Louis XIV. que la gloire déplorable d'avoir détruit le plus fmgulier & le plus beau monument de l'induflrie humaine.
La défolation de l'état était augmentée par les divifions, ordinaires aux malheureux , qui s'imputent les uns aux autres les calamités publiques. Le grand-penfionnaire de With ne croyait pouvoir fauver ce quireftait de fa patrie, qu'en demandant la paix au vainqueur. Son efprit , à la fois tout républicain & jaloux de fon autorité particulière , craignait toujours i'éiéva?ion du prince d'Orange , encor plus que les conquêtes du roi de France; il avait fait jurer à ce prince même l'obfervation d'un édit perpétuel , par lequel le prince était exclus de la charge de ïtadthouder. L'honneur , l'autorité , l'efprit de parti , l'intétêt , lièrent de With à ce ferment. Il aimait mieux voir fa république fubjuguée par un roi vainqueur , que foumife à un fladthouder.
Le prince d'Orange de fon côté plus ambitieux que de With , aufli attaché à fa patrie , plus patient dans les malheurs publics , attendant tout du tems & de l'opiniâtreté de fa confiance , briguait le fladthcudérat , & s'oppofait à la paix avec la même ardeur. Les états réfolurent, qu'on demanderait la paix malgré le prince; mais le prince fut élevé au ftadthoudérat ( i ) malgré les de With,
Quatre députés vinrent au camp du roi , implorer fa
(iHl fut fladthouder le premier Juillet. Comment La Beaumclle dans fon édition fubreptîce du fiècle de Louis XIV. a-t-il pu dire dans fes notes , qu'il ne fut déclaré que capitaine &. amiral ?