Chapitre XII
Ce qui arriva en Alface immédiatement après la mort de Turenne, rendit fa perte encor pius fenfible. Montécuculli , retenu par l'habileté du général Français trois mois entiers au-delà du Rhin, paiïa ce fleuve dès qu'il fut qu'il n'avait plus de Turenne à craindre. Il tomba fur une partie de l'armée , qui demeurait éperdue entre les mains de Çorges & de Vauhrun , deux lieutenans-généraux démnis & incertains. Cette armée , fe défendant avec courage , ne put empêcher les Impériaux de pénétrer dans l'Alface, dont Turenne les avait tenu écartés. Elle avait non-feulement befoin d'un chef pour la conduire, mais pour réparer la défaite récente du maréchal de Créqui , homme d'un courage entreprenant , capable des actions les plus belles ôc les plus téméraires, dangereux à fa patrie autant qu'aux ennemis.
Il venait d'être vaincu par fa faute à Confarbruck. Un corps de vingt mille Allemans , qui afiiégeait Trêves , tailla en pièces & mit en fuite la petite armée de Créqui, Il échappe à peine lui quatrième. Il court , à travers de nouveaux périls , fe jeter dans Trêves , qu'il aurait dû fecourir avec prudence , & qu'il défendit avec courage. Il voulait s'enfevelir fous les ruines de la place ; la brèche , était praticable : il s'obftine à tenir encor. La garnifon murmure. Le capitaine Bois-Jourdan , à la tête des fédkieux , va capituler fur la brèche. On n?a point vu commettre une lâcheté avec tant d'audace. Il menace le maréchal de le tuer , s'il ne ligne. Créqui fe retire avec quelques officiers fidèles dans une églife ; & il aima mieux être pris à difcrétion, que de capituler. (1)
Pour remplacer les hommes que la France avait perdus dans tant de fiéges & de combats , Louis XIV* fut
(1) Reboulet dit que le marquis de Créqui eut la faiblefTe de figner la capitulation. Rien n'eft plus faux. Il aima mieux fe laiffer prendre à difcrétion, & il eut enfui te le bonheur d'échapper. Qu'on Life tous les mémoires du tems; que l'on confulte V abrégé chronologique du P. Henaut. Bois-Jourdan % dit-âl , fit la capitulation à l'^nfu du maréchal x &c,
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G 311 Siècle de Louis XIV.
confeiilé de ne fe point tenir aux recrues de milice comme à l'ordinaire , mais de faire marcher le ban & i'arrière-ban. Par une ancienne coutume , aujourd'hui hors d'ufage , les pofletfeurs des fiefs étaient dans l'obligation d'aller à leurs dépens à la guérie pour le fervice de leur feigneur iuzerain , & de refter armés un certain nombre de jours. Ce fervice compofait la plus grande partie des loix de nos nations barbares. Tout eu changé aujourd'hui en Europe ; il n'y a aucun état qui ne lève des foldats , qu'on retient toujours fous le drapeau, 8c qui forment des corps difciplinés.
Le vis XIII. convoqua une fois la noblefle de fon royaume. Louis XI V. fuivit alors cet exemple. Le corps de la noblefle marcha , fous les ordres du marquis , depuis maréchal de Rockefort, fur les frontières de Flandre , & après fur celles d'Allemagne ; mais ce corps ne fut m confidérable ni utile , & ne pouvait l'être. Les gentilshommes , aimant la guerre & capables de bien fervir , étaient officiers dans les troupes ; ceux que rage ou le mécontentement tenait renfermés chez eux , n'en fortirent point • les autres qui s'occupaient à cultiver ! leurs héritages , vinrent avec répugnance au nombre d'environ quatre mille. Rien ne rerTemblait moins à une troupe guerrière. Tous montés & armés inégalement , fans expérience & fans exercice , ne pouvant ni ne voulant faire un fervice régulier , ils ne causèrent que de l'embarras , & on fut dégoûté d'eux pour jamais. Ce fut la dernière trace de nos. armées réglées , qu'on ait vue de l'ancienne chevalerie , qui compofait autrefois ces armées , & qui avec le courage naturel à la nation , ne fit jamais bien la guerre.
Turenne mort , Créqui battu & prifonnier , Trêves prife jMontécuculti faifant contribuer l'Alface , le roi crut que le prince de Condé pouvait feul ranimer la confiance des troupes , que décourageait la mort de Turenne,, Coudé laiiïa le maréchal de Luxembourg fbutenir en
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