‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 86 sur 189 · Chapitre XII · texte numérisé non relu

Chapitre XII

Flandre la fortune de la France , & atla arrêter les progrès de Montécuculli. Autant il venait de montrer d'impétuoiité à Senef , amant il eut alors de patience. Son génie , qui fe pliait à tout , déploya le même art que Turenne. Deux feuls campemens arrêtèrent les progrès de l'armée Allemande , & firent lever à MontécucuiVi les fiéges d'Haguenau & de Saverne. Après cette campagne , moins éclatante que celle de Senef & plus eftimée , ce prince cefla de paraître à la guerre. Il eût voulu que fon fils commandât ; il offrait de lui fervir de confeil ; mais le roi ne voulait pour généraux , ni de jeunes gens ni de princes , c'était avec quelque peine , qu'il s'était fervi même du prince de Condé. La jaloufie de Louvois contre Turenne avait contribué , autant que le nom de Condé y à le mettre à la tête des armées.

Ce prince fe rerira à Chantilli , d'où il vint très-rarement à Verfailles voir fa gloire éclipfée, dans un lieu où le courtifan ne confidère que la faveur. Il paffa le refle de fa vie tourmenté de la goutte , fe confoiant de fes douleurs & de fa retraite , dans la converfation des hommes de génie en tout genre , dont la France était alors remplie. Il était digne de les entendre , & n'était étranger dans aucune des fciences ni des arts où ils brillaient. Il fut admiré encor dans fa retraite : mais enfin ce feu dévorant qui en avait fait dans fa jeuneffe un héros impétueux & plein de paiïions , ayant confumé les forces de fon corps hé plus agile que robuîle , il éprouva la caducité avant le tems , & fon efprit s'afFaibîifîant avec fon corps, il ne refta rien du grand Condé les deux dernières années de fa vie; il mourut en 1686. Montécuculli fe retira du fervice de l'empereur , en même tems que le prince de Condé cefla de commander les armées de France.

Ceft un conte bien répandu , & bien méprifable , que Montécuculli renonça au commandement des armées après la mort de TuHnne , parce qu'il n'avait , difait-

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il , plus d'émulé digne de lui. Il aurait dit une fottife , quand même il ne fût pas relié un Condé. Loin de dire cette fottife dont on lui fait honneur , il combattit contre les Français , & leur fit repaffer le Rhin certe année. D'ailleurs, quel général d'armée aurait jamais dit à fon maître : « Je ne veux plus vous fervir , parce que vos » ennemis font trop faibles , & que j'ai un mérite trop » fuperieur ? a

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