PRÉFACE VII
servir d'instruction et conseiller Tamour de la vertu, des arts et de la patrie. » Et Voltaire, dans ses Fragments sur l'histoire, ajoute : « Les détails qui ne mènent à rien sont, dans l'histoire, ce que sont les bagages dans une armée, impedimenta. Il faut voir les choses en grand, par cela même que l'esprit humain est petit et qu'il s'affaisse sous le poids des minuties. » Et, en faisant ainsi, Voltaire croit avoir atteint le but qu'il poursuivait. Il écrit, le 8 janvier 1752, au président Hénault : « J'ai prétendu faire un grand tableau des événements qui méritent d'être peints, et tenir continuellement les yeux du lecteur attachés sur les principaux personnages. Il faut une exposition, un nœud et un dénouement dans une histoire comme dans une tragédie. Je me suis surtout attaché à mettre de l'intérêt dans une histoire que tous ceux qui l'ont traitée ont trouvé jusqu'à présent le secret de rendre ennuyeuse. En un mot, j'ai voulu émouvoir, même dans l'histoire. » Que cette façon d'écrire l'histoire est plus haute et plus large que la manière de ceux qui discutent pour savoir s'il faut écrire l'histoire pour raconter ou pour prouver quelque chose, ad narrandum aut ad prohandiun ! Il faut, selon lui, écrire l'histoire pour peindre et émouvoir. Voilà le vrai. (( Ce n'est donc point, ajoute-t-il encore, seulement la vie du prince que j'écris ; ce ne sont point les annales de son règne, c'est plutôt l'histoire de l'esprit humain, puisée dans le siècle le plus glorieux à l'esprit humain. » Et voilà pourquoi le Siècle de Louis XIV sera toujours offert en exemple à la jeunesse pour former son esprit, et à l'âge mûr pour l'instruire. Ce n'est pas seulement un modèle littéraire, c'est un exemple de vie qu'il a voulu laisser à la postérité ; et il y a réussi, parce qu'il n'a cherché « à écrire l'histoire ni en flatteur, ni en panégyriste, ni en gazetier, mais en philosophe qui aime la patrie et la vérité ».