‹ Siècle de Louis XIVChapitre 41 sur 266 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

à trouver; car, enfin, il n'y avait de loi bien reconnue que celle de loccasion et du temps. Sous un gouvernement vigoureux le parlement n'était rien : il était tout sous un roi faible ; et l'on pouvait lui appliquer ce que dit M. de Guéméné, quand cette compagnie se plaignit, sous Louis XIII, d'avoir été précédée par les députés de la noblesse : Messieurs, vous prendrez bien votre revanche dans la minorité.

On ne veut point répéter ici tout ce qui a été écrit sur ces troubles, et copier des livres, pour remettre sous les veux tant de détails alors si chers et si importants, et aujourd'hui presque oubliés ; mais on doit dire ce qui caractérise l'esprit de la nation, et moins ce qui appartient à toutes les guerres civiles, que ce qui distingue celle de la Fronde ^

Deux pouvoirs établis chez les hommes uniquement pour le maintien de la paix, un archevêque et un parlement de Paris, ayant commencé les troubles, le peuple crut tous ses emportements justifiés. La reine ne pouvait paraître en public sans èt-e outragée ; on ne l'appelait que dame Anne : et si l'on y ajoutait quelque titre, c'était un opprobre. Le peuple lui reprochait avec fureur de sacrifier l'État à son amitié pour Mazarin ; et ce qu'il y avait de plus insupportable, elle entendait de tous côtés ces chansons et ces vaudevilles, monuments de plaisanterie et de malignité, qui semblaient devoir éterniser le doute où l'on affectait d'être de sa vertu. Madame de Motteville dit, avec sa noble et sincère naïveté, que ces insolences faisaient horreur à la reine, et que les Parisiens trompés lui faisaient pitié-.

(6 janvier 16i9.) Elle s'enfuit de Paris avec ses enfants, son ministre, le duc d'Orléans, frère de Louis XIII, le grand Condé lui-même, et alla à Saint-Germain, où presque^toute la cour coucha sur la paille. On fut obligé de mettre en gage chez les usuriers les pierreries de la couronne.

Le roi manqua souvent du nécessaire 3. Les pages de sa chambre furent congédiés, parce qu'on n'avait pas de quoi les nourrir. En ce temps-là même la tante de Louis XIV, fille de

1. Bâcha uraont, fils du président le 2. Voir lo choix des Jlacarinadcs

Coigneux. fut le premier qui compara fait par M. Moreau.

l'opposition du parlement à ce jeu 3. A'oir les détails dans madame d.-

d'enfant, et le mot fit fortune. Pascal Motteville. amie de la reine, et made-

déc^i^-it bientôt « l'art de fronder et moiselle de Montpensier, nomme».- la

bouleverser les Etats ». grande .Mad.-moiselle, fille de Gaston

et de Marie de Bourbou-Montpensier.

Henri le Grand, femme du roi d'Angleterre, réfugiée à Paris, V était réduite aux extrémités de la pauvreté : et sa fille, depuis mariée au frère de Louis XIV. restait au lit, nayant pas de quoi se chauffer, sans que le peuple de Paris, enivré de ses fureurs, fit seulement attention aux afflictions de tant de personnes royales.

Anne d Autriche, dont on vantait lesprit, les grâces, la bonté, navait presque jamais été en France que malheureuse. Lonetemps traitée comme une criminelle par son époux, persécutée par le cardinal de Richelieu, elle avait vu ses papiers saisis au Yal-de-Gràce ; elle avait été obligée de signer en plein conseil qu elle était coupable envers le roi. Enfin, dans sa régence, après avoir comblé de grâces tous ceux qui l'avaient implorée, elle se voyait chassée de la capitale par un peuple volage et furieux. Elle et la reine d Angleterre, sa belle-sœur, étaient toutes deux un mémorable exemple des révolutions que peuvent éprouver les têtes couronnées : et sa belle-mère, Marie de Médicis. avait été encore plus malheureuse.

La reine, les larmes aux yeux, pressa le prince de Condé de servir de protecteur au roi. Le vainqueur de Rocroi, de Fribourg. de Lens et de Xordlingen ne put démentir tant de services passés : il fut flatté de l'honneur de défendre une cour qu il croyait ingrate, contre la Fronde qui recherchait son appui. Le parlement eut donc le grand Condé à combattre, et il osa soutenir la guerre ^.

Le prince de Conti-, frère du grand Condé. aussi jaloux de son aine qu'incapable de l'égaler : le duc de Longueville^, le duc de Beaufort ♦, le duc de Bouillon ^, animés par lesprit

1. « Le parlement osa soutenir la de Longueville, dont il est question

«nierre. ■ Le 8 janvier 1649. le parle- ici. avait éfK)usé Anne-Geneviève de

ment de Paris rendit un arrêt parle- Bourbon-Condé, sœur du grand Condé

quel il déclara le cardinal Mazarin et du prince de Conti .

perturbateur du repos public, en lui ^ . Beaufort. . François de Ven-

intimantlordre de qmtter le royaume ^^^^ ^. ^ p^^j^ ^^ ^^^^ ^^ ^^^^

sous huit jours; après quoi, il était ^^^ ^^ Vendôme, fils naturel de Hen-

enjoint à tous les sujets du roi de lui ^. j^. ^^ ^^ GabrieUe d Estrées. Il fut

tué en 1669 au siège de Candie.

courir sus.

2, « Le prince de Conti. ■ Armand de Bourbon, chef de la maison de 5. ■ Le duc de Bouillon ■ i Frédéric- Bourbon - Conti : il épousa en 1666 Maurice rf« la Tour-d'Am'crg-ne, chef

-Anne Martinozzi, nièce de Mazarin. de la maison qui avait acquis sous

3. « Le duc de Longueville. » La Henri IV le duché de Bouillon et la famille de Longueville était issue de principauté de Sedan, était le frère Danois, bâtard d'Orléans. Henri, duc aîné de Turenne.

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