CHAPITRE VI
l'Empire. Cette gloire de la Franco était due au moins en partie aux armes de la Suède. Gustave-Adolphe avait commencé d'ébranler l'Empire. Ses générau.x: avaient encorepoussé assez loin leurs conquêtes sous le gouvernement de su fille Christine. Son général Yrangel était près d'entrer en Autriche. Le comte de Kœnigsmark était maître de la moitié de la ville de Prague, et assiégeait l'autre, lorsque cette paix fut conclue. Pour accabler ainsi l'empereur, il n'en coûta guère à la France qu environ un million par an donné aux Suédois.
Aussi la Suède obtint par ces traités de plus grands avantages que la France : elle eut la Poméranie, beaucoup de places^ et de l'argent. Elle força l'Empereur de faire passer entre les mains des luthériens des bénéfices qui appartenaient aux catholiques romains.
L'Espagne n'entra point dans cette paix, et avec assez de raison ; car, voyant la France plongée dans les guerres civiles, le ministère espagnol espéra profiter des divisions de la France. Les troupes allemandes licenciées devinrent aux Espagnols un nouveau secours. L'Empereur, depuis la paix de Munster, fit passer en Flandre, en quatre ans de temps, près de trente mille hommes. C'était une violation manifeste des traités.
Les ministres de Madrid curent, dans le commencement do ces négociations de \yestphalic, l'adresse de faire une paix particulière avec la Hollande. La monarchie espagnole fut enfin trop heureuse de n'avoir plus pour ennemis et de reconnaître pour souverains ceux qu'elle avait traités si longtemps de rebelles indigues de pardon. Ces républicains augmentèrent leurs richesses, et affermirent leur grandeur et leur tranquillité en traitant avec l'Espagne, sans rompre avec la France.
(1653.) Ils étaient si puissants, que, dans une guerre qu'ils eurent quelque temps après avec l'Angleterre, ils mirent ea mer cent vaisseaux de ligne ; et la victoire demeura souvent indécise entre Blake, l'amiral anglais, et Tromp-, l'amiral de
droit doiin»' aux dii-ti'S do décidfr de 1. Entre autres Wisniar. Brème et
la paix et de la guerre, et aux États Verdun. Voir l'Histoire de la paix de
celui de conclure des alliances au de- Wcstphalic du P. Bougeant. Les calvi-
hors. pourvu que ce ne lût point cou- nistes, i)ar cette paix, obtinrent en Al-
tre lEmpereur et l'Empire. L'Empe- lemagne les droits ([uc les luthériens
reur n'est plus que le chef nominal avaient di'-jà obtenus en 1.555.
d'une république d'États iudépeu- 2. Blake. né en lô'.l'.i. mort en 1C5T ;
dants. ïromp, né eu lôUT, mort eu IG53,
Hollande, qui étaient tous deux sur mer ce que les Condé et les Turenne étaient sur terre. La France n'avait pas en ce temps dix vaisseaux de cinquante pièces de canon qu'elle pût mettre en mer; sa marine s'anéantissait de jour en jour.
Louis XIY se trouva donc, en 1653, maître absolu d'un royaume encore ébranlé des secousses qu'il avait reçues, rempli de désordres en tout genre dadministraation, mais plein de ressources; n'ayant aucun allié, excepté la Savoie, pour faire une guerre offensive, et n'ayant plus d'ennemis étrangers que l'Espagne, qui était alors en plus mauvais état que la France*. Tous les Français qui avaient fait la guerre civile étaient soumis, hors le prince de Condé et quelques-uns de ses partisans, dont un ou deux lui étaient demeurés fidèles par amitié et par grandeur d'âme, comme le comte de Coligni et Bouteville, et les autres parce que la cour ne voulut pas les acheter assez chèrement.
Condé, devenu général des armées espagnoles, ne put relever un parti qu'il avait affaibli lui-même par la destruction de leur infanterie aux journées de Rocroi et de Lens. Il combattait avec des troupes nouvelles, dont il n'était pas le maître, contre les vieux régiments français qui avaient appris à vaincre sous lui, et qui étaient commandés par Turenne.
Le sort de Turenne et de Condé fut d'être toujours vainqueurs quand ils combattirent ensemble à la tète des Français , et d'être battus quand ils commandèrent les Espagnols.
Turenne avait à peine sauvé les débris de l'armée dEspagne à la bataille de Rethel, lorsque de général du roi de France il s'était fait le lieutenant d'un général espagnol ; le prince de Condé eut le même sort devant Arras (25 août 1654). L'archiduc 2 et lui assiégeaient cette ville. Turenne les assiégea dans leur camp et força leurs lignes : les troupes de l'archiduc furent mises en fuite. Condé, avec deux régiments de Français et de Lorrains, soutint seul les efforts de l'armée de Turenne; et, tandis que l'archiduc fuyait, il battit le maréchal d'Hocquincourt, il repoussa le maréchal de la Ferté, et se retira victorieux, en couvrant lu retraite des Espagnols
1. Mif;ii(l {Introduction aux nrgo- 2. L'apcliidiio Lc'-opold. priiici^ aiiciations relatives à la succession d'Es- trichicii, frcTc de ri'inpcrcMir Fcrtlipaffne, p. 20) a ovcellcniinciit décrit le nand III, dait gouverneur des Paystriste élat de l'Espagne à cette époque. Bas espagnols.