‹ Siècle de Louis XIVChapitre 54 sur 266 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

vaincus. Aussi le i-oi d'Espaj^no lui écj'ivil ces propres paroles : J'ai su que tout était perdu^ et que vous a^'ez tout conservé.

Il est difiieile de dire ce qui l'ait perdre ou gagner les batailles; mais il est certaiù que Coudé était un des grands hommes de guerre qui eussent jamais paru, et que l'archiduc et son conseil ne voulurent rien faire, dans cette journée, de te que Condé avait proposé.

Arras sauvé, les lignes forcées et l'archiduc mis en fuite comblèrent ïurenne de gloire; et on observa que, dans lu lettre écrite au nom du roi au parlement * sur cette victoire, on y attribua le succès de toute la campagne au cardinal Mazarin, et qu'on ne fil pas même mention du nom de Turennc. T.e cardinal s'était trouvé, en effet, à quelques lieues d'Arras avec le roi. Il était même entré dans le camp au siège de Stenay, que Turenne avait pris avant de secourir Arras 2. On avait tenu devant le cardinal des conseils de guerre. Sur ce fondement il s'attribua l'honneur des événements, et cette vanité lui donna un ridicule que toute 1 autorité du ministère ne put effacer.

Le roi ne se trouva point à la bataille d'Arras, et aurait pu y être : il était allé à la tranchée au siège de Stenay; mais le cardinal INIazarin ne voulut pas qu'il exposât davantage sa personne, à laquelle le repos de l'Etat et la jouissance du ministre semblaient attachés.

D'un côté Mazarin, maître absolu de la France et du jeune roi; de l'autre don Louis de Haro^, qui gouvernait l'Espagne et Philippe lY, continuaient sous le nom de leurs maîtres cette guerre peu vivement soutenue. Il n'était pas encore question dans le monde du nom de Louis XI Y, et jamais ou n'avait parlé du roi d'Espagne. Il n'y avait alors qu'une tête couronnée en Europe qui eût une gloire personnelle : la seule Christine, reine de Suède, gouvernait par elle-même et soutenait l'honneur du trône, abandonné, ou flétri, ou inconnu dans les autres Etats.

Charles II, roi d'Angleterre, fugitif en France avec sa mère et son frère, y traînait ses malheurs et ses espérances. Un simple citoyen avait subjugué l'Angleterre, l'Ecosse et l'Ir-

1. Datée de Vincennes, du 11 sop- duisait le siège sous les yeux du jeune tembre IGÔi. [v.] roi et du cardinal.

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