X PREFACE
gloire de la nation française et à celle des arts, et c'est même parce qu'il est impartial qu'il affermit cette gloire. 11 a été bien reçu par tous les peuples de l'Europe, parce qu'on aime partout la vérité. » Ces mots peuvent servir de réponse à ceux qui ont quelquefois prétendu que Voltaire n'était pas bon Français.
On sait c^ue les deux premiers chapitres de cet ouvrage, l'Introduction et l'état de l'Europe avant Louis XIV, parurent à la fin de 1739. Un arrêt du conseil en date du 4 décembre en ordonna la suppression. « J'ose dire que, dans tout autre temps, dit Voltaire, une pareille entreprise serait encouragée par le gouvernement. Louis XIV donnait six mille livres de pension aux Valincourt, aux Pellisson, aux Racine et aux Despréaux pour faire son histoire, qu'ils ne firent point; et moi, je suis persécuté pour avoir fait ce qu'ils devaient faire. J'élevais un monument à la gloire demonpays^ et je suis écrasé sous les premières pierres que j'ai j^osées. » Le livre lui-même ne fut publié à Berlin qu'à la-fîn de 1751 ou au commencement de 1752. t( J'ai pensé, dit-il, qu'il était plus difficile de faire imprimer dans son pays l'histoire de son pays. Comment imprimer à Paris ce qui regarde madame de Montespan et madame de Maintenon et son mariage ? Il faut pourtant ou renoncer à écrire l'histoire, ou ne rien supprimer des faits. Il faut faire sentir ce que les suites très mal ménagées de la révocation de l'édit de Nantes ont coûté à la France. Il faut avouer la mauvaise conduite du ministère dans la guerre de 1701. J'ai osé remplir tous ces devoirs, peutêtre dangereux; mais en disant ainsi la vérité, j'ose me flatter jusqu'à présent (car je peux me tromper) que j'ai élevé à la gloire de Louis XIV un monument plus durable que toutes les flatteries dont il a été accablé pendant sa vie. On a fait beaucoup d'histoires de lui ; peut-être ne le irouvera-t-on vraiment grand que dans la mienne.