‹ Siècle de Louis XIVChapitre 65 sur 266 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

jusqu'au dernier moment de sa vie. Il fixa à chacun do ses ministres les bornes de son pouvoir, se faisant rendre compte de tout par eux à des heures réglées, leur donnant la confiance qu'il fallait pour accréditer leur ministère, et veillant sur eux Y)Our les empêcher d'en trop abuser i.

Madame de Motteville nous apprend que la réputation de Charles II, roi d'Angleterre, qui passait alors pour gouverner par lui-même, inspira de l'émulation à Louis XIY. Si cela est, il surpassa beaucoup son rival, et il mérita toute sa vie ce qu'on avait dit d'abord de Charles.

Il commença par mettre de l'ordre dans les finances, dérangées par un long brigandage. La discipline fut rétablie dans les troupes, comme l'ordre dans les finances. La magnificence et la décence embellirent sa cour. Les plaisirs même eurent de l'éclat et de la grandeur. Tous les arts furent encouragés, et tous employés à la gloire du roi et de la France. Ce n'est pas ici le lieu de le représenter dans sa vie privée, ni dans l'intérieur de son gouvernement; c'est ce que nous ferons à part^. 11 suffit de dire que ses peuples, qui depuis la mort de Henri le Grand n'avaient point vu de véritable roi, ■et qui détestaient l'empire d'un premier ministre, furent remplis d'admiration et d'espérance quand ils virent Louis XIV faire, à vingt-deux ans, ce que Henri avait fait à cinquante. Si Henri IV avait eu un premier ministre, il eût été perdu, parce que la haine contre un particulier eût ranimé vingt factions trop puissantes. Si Louis XIII n'en avait pas eu, ce prince, dont un corps faible et malade énervait l'âme, eût succombé sous le poids. Louis XIV pouvait sans péril avoir ou n'avoir pas de premier ministre. Il ne restait pas la moindre trace des anciennes factions ; il n'y avait plus en France qu'un maître et des sujets. Il montra d'abord qu'il ambitionnait toute

laissai pas de m'cxcrccr ot de m'é- pait à prier Dieu et à s'habiller... En-

prouver en secret et sans confident, viron à dix heures, le roi entrait au

raisonnant seul et en moi-même sur conseil et y demeurait jusqu'à midi,

tous les événements qui se présen- Ensuite il allait à la messe, et le

taient, plein d'espérance et plein de reste du temps, jusqu'à son dîner, il

joie quand je découvrais quelquefois le donnait au public, et aux reines en

que mes premières pensées étaient particulier. Après le repas, il demeu-

l«s mêmes où s'arrêtaient à la fois les rait souvent et assez longtemps avec

gens habiles et consommés. » la famille royale, puis il retournait

1. « Il fixa à chacun de ses minis- travailler avec quelques-uns de ses

très, etc. » — « Il prit la résolution de ministres. » (Madame de Motte-

se lever à huit ou neuf heures, quoi- ville. )

■qu il se couchât fort lard. Il s'occu- 2. "Voir les chapitres XXV et XXX.

sorte de gloire, et qu'il voulait être aussi considéré au dehors qu'absolu au dedans.

Les anciens rois de l'Europe prétendent entre eux une entière égalité, ce qui est très naturel ; mais les rois de France ont toujours réclamé la préséance que mérite l'antiquité de leur race et de leur royaume ; et s'ils ont cédé aux empereurs, c'est parce que les hommes ne sont presque jamais assez hardis pour renverser un long usage ^. Le chef de la république d Allemagne, prince électif et peu puissant par luimême, a le pas, sans contredit, sur tous les souverains, à cause de ce titre de César et d héritier de Charlemagne. Sa chancellerie allemande ne traitait pas même alors les autres rois de Majesté 2. Les rois de France pouvaient disputer la préséance aux empereurs, puisque la France avait fondé le véritable empire d'Occident, dont le nom seul subsiste en Allemagne. Ils avaient pour eux, non seulement la supériorité d'une couronne héréditaire sur une dignité élective, mais> l'avantage d'être issus , par une suite non interrompue , de souverains qui régnaient sur une grande monarchie plusieurs siècles avant que, dans le monde entier, aucune des maisons qui possèdent aujourd'hui des couronnes fût parvenue à quelque élévation. Ils voulaient au moins précéder les autres puissances de l'Europe. On alléguait en leur faveur le nom de très chrétien 3. Les rois d'Espagne opposaient le titre de catholique; et depuis que Charles-Quint avait eu un roi de France prisonnier à Madrid, la fierté espagnole était bien loin de céder ce rang. Les Anglais et les Suédois, qui n'allèguent aujourd'hui aucun de ces surnoms, reconnaissent le moins qu'ils peuvent cette supériorité.

C'était à Rome que ces prétentions étaient autrefois débattues. La France y avait eu toujours la supériorité quand elle

1. Dans la décadence de renipire Allemagne, les rois de France avaient

fondé par Charlemagne , Otton le par le luit le premier rang.

Grand, roi de Germanie, ayant repris 2. Ce n'est qiià partir du xvp sie-

à Rome (962) le titre dempereur. et cle et probablement à lentrevue du

ses successeurs l'ayant souvent imité, Drap dor que pour la première fois

la supériorité honorifique passa aux François I" fut traité de Maj.sté. ti-

souverains allemands. Ils se considé- tre que ses successeurs ont toujour-

raient comme les chefs de la chré- gardé depuis.

tienté d'Occident, et sous Barbe- 3. Le titre de très chrétien a et.

rousse traitaient Ii-s autres souverains donné à Louis XI par le pape Paul II

de /•cg-«;>/rtt'{/ifi'a/c5. Mais après saint celui de catholique à Ferdinand V.

Louis et la chute des Hohenslaufen eu roi d .\ragou, par .\lexandre VI.

Page 1