‹ Siècle de Louis XIVChapitre 66 sur 266 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

<^tait plus puissante que l'Espac^nc ; mais depuis le rètrne de Charles-Quint, lEspagne n'avait négligé aucune occasion de «e donner l'égalité. La dispute restait indécise; un pas de plus ou de moins dans une procession, un fauteuil placé près d'un autel ou vis-à-vis la chaire d'un prédicateur , étaient des triomphes et établissaient des titres pour cette prééminence.

(1661.) Il arriva qu'à l'entrée d'un ambassadeur de Suède à Londres, le comte d'Estrades, ambassadeur de France, et le baron de Yattevillo, ambassadeur d'Espagne, se disputèrent le pas. L'Espagnol, avec plus d'argent et une nombreuse suite, avait gagné la population anglaise : il fait d abord tuer les chevaux des carrosses français ; et bientôt les gens du comte d Estrades, blessés et dispersés, laissèrent les Espagnols marcher l'épée nue, comme en triomphe.

Louis XIV, informé de cette insulte, rappela l'ambassadeur qu'il avait à Madrid, fit sortir de France celui d'Espagne, rompit les conférences qui se tenaient encore eu Flandre au sujet des limites, et fit dire au roi Philippe IV, son beau-père, que s'il ne reconnaissait pas la supériorité de la couronne de France et ne réparait cet affront par une satisfaction solennelle, la guerre allait recommencer. Philippe IV ne voulut pas replonger son royaume dans une guerre nouvelle pour la préséance d'un ambassadeur : il envoya le comte de Fuentes déclarer au roi, à Fontainebleau, en présence de tous les ministres étrangers qui étaient en France r2k mars 1662), que les ministres espagnols ne concourraient plus dorénavant avec ceux de France^. Ce n'en était pas assez pour reconnaître nettement la prééminence du roi ; mais c'en était assez pour un aveu authentique de la faiblesse espagnole. Cette cour, encore lière, murmura longtemps de son humiliation. Depuis, plusieurs ministres espagnols ont renouvelé leurs anciennes prétentions : ils ont obtenu l'égalité à iS'imègue ; mais Louis XIV acquit alors par sa fermeté une supériorité réelle dans 1 Europe, en faisant voir combien il était à craindre.

En soutenant sa dignité, il n'oubliait pas d'augmenter son pouvoir — (27 octobre 1662. ) Ses finances, bien administrées par Colbert, le mirent en état d'acheter Dunkerque et Mardick

1. Silon Monglat, Louis XIV aurait tes : « Au moins. Messieurs, vous

dit aux ambassadeurs réunis devant êtes témoins que le roi d'Espagne

celui d'Espagne, qui était le marquis d<''<-Iare ([uil me cède le pas et le prc-

de la Fuente, et non le comte de Fuen- mier rang par tout le monde. »

du roi dAngletorre, pour cinq millions de livres, à vingt-six livres dix sous le marc ^. Charles II, prodigue et pauvre, eut la honte de vendre le prix du sang des Anglais. Son chancelier Hydc, accusé d'avoir ou conseillé ou souffert cette faiblesse, fut banni depuis par le parlement d'Angleterre, qui punit souvent les fautes des favoris , et qui quelquefois même juge ses rois.

(1663.) Louis fit travailler trente mille hommes à fortifier Dunkerque du côté de la terre et de la mer. On creusa entre la villa et la citadelle un bassin capable de contenir trente vaisseaux de guerre ; de sorte quù peine les Anglais eurent vendu cette ville, qu'elle devint 1 objet de leur terreur.

(30 août 1663.1 Quelque temps après, le roi força le duc de Lorraine à lui donner la forte ville de Marsal. Ce malheureux Charles lY, guerrier assez illustre, mais prince faible, inconstant et imprudent, venait de faire un traité ^ par lequel il donnait la Lorraine à la France après sa mort, à condition que le roi lui permettrait de lever un million sur l'Etat qu'il abandonnait, et que les princes du sang de Lorraine seraient réputés princes du sang de France. Ce traité, vainement vérifié au parlement de Paris, ne servit qu'à produire de nouvelles inconstances dans le duc de Lorraine; trop heureux ensuite de donner Marsal et de se remettre à la clémence du roi.

Louis augmentait ses États même pendant la paix, et se tenait toujours prêt pour la guerre, faisant fortifier ses frontières, tenant ses troupes dans la discipline, augmentant leur nombre, faisant des revues fréquentes.

Les Turcs étaient alors très redoutables en Europe ; ils attaquaient à la fois l'empereur dAllemagne et les Vénitiens. La politique des rois de France a toujours été, depuis François I^r, d'être alliés des empereurs turcs, non seulement pour les avantages du commerce , mais pour empêcher l;i maison d'Autriche de trop prévaloir. Cependant un roi chrétien ne pouvait refuser du secours à lEmpereur , trop en danger ; et l'intérêt de la France était bien que les Turcs inquiétassent la Hongrie, mais non pas qu'ils l'envahissent : enfin ses traités avec l'Empire lui faisaient un devoir de cette

1. Voir ï Histoire de Colbcrt par Voir l'Histoire de la réunion de la Clément. Lorraine a la France, par le- comte

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