‹ Siècle de Louis XIVChapitre 67 sur 266 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

démarche honorable. Il envoya donc six mille hommes en Hongrie, sous les ordres du comte de Coligni, seul reste de la maison de ce Coligni autrefois si célèbre dans nos guerres civiles, et qui mérite peut-être une aussi grande renommée que cet amiral, par son courage et par sa vertu. L'amitié l'avait attaché au grand Condé, et toutes les offres du cardinal Mazarin n'avaient jamais pu l'engager à manquer à son ami. Il mena avec lui l'élite de la jeunesse de France, et entre autres le jeune la Feuillade, homme entreprenant et avide de gloire et de fortune (1664). Ces Français allèrent servir en Hongrie sous le général Montecuculli^ , qui tenait tête alors au grand vizir Kiuperli ou Kouprogli^, et qui depuis, en servant contre la France, balança la réputation de Turenne. Il y eut un grand combat à Saint-Gothard^, au bord du Raab, entre les Turcs et l'armée de l'Empereur. Les Français y firent des prodiges de valeur ; les Allemands mêmes, qui ne les aimaient point, furent obligés de leur rendre justice ; mais ce n'est pas la rendre aux Allemands de dire, comme on a fait dans tant de livres, que les Français eurent seuls l'honneur de la victoire.

Le roi , en mettant sa grandeur à secourir ouvertement l'Empereur et adonner de l'éclat aux armes françaises, mettait sa politique à soutenir secrètement le Portugal contre l'Espagne. Le cardinal Mazarin avait abandonné formellement les Portugais par le traité des Pyrénées ; mais l'Espagnol avait fait plusieurs petites infractions tacites à la paix. Le Français en fit une hardie et décisive : le maréchal de Schomberg, étranger et huguenot, passa en Portugal avec quatre mille soldats français, qu'il payait de l'argent de Louis XIA , et qu'il feignait de soudoyer au nom du roi de Portugal. Ces quatre mille soldats français, joints aux troupes portugaises, remportèrent à Yilla-Yiciosa (17 juin 1665) une victoire complète, qui affermit le trône dans la maison de Bragance. Ainsi Louis XIV passait déjà pour un prince guerrier et politique,

1. n Montecuculli » ( Raymond second, nommé Achmct, qui servi de ) , né dans le Modénais en 1608, sous Mahomet IV.

passa par tous les degrés de la milice 3. Voir Ihistoire de la campagne

avant d'arriver au commandement de Saint-Gothard dans Rousset, His-

des armées impériales. Il mourut toire de Louvois. Les Allemands se

en 1C80. montrèrent bien peu reconnaissants

2. Il y eut quatre vizirs do ce nom envers les Français, car, au retour de qui se succédèrent de père on fils ceux-ci, ils les laissèrent dépérir sous plusieurs sultans. Celui-ci est le faute de vivres.

et l'Europe le redoutait même avant qu'il eût encore fait la guerre.

Ce fut par cette politique qu'il évita , malgré ses promesses , de joindre le peu de vaisseaux qu'il avait alors aux flottes hollandaises. Il s'était allié avec la Hollande en 1662. Cette république, environ vers ce temps-là, recommença la guerre contre l'Angleterre, au sujet du vain et bizarre honneur du pavillon, et des intérêts réels de son commerce dans les Indes. Louis voyait avec plaisir ces deux puissances mari, times mettre en mer tous les ans, l'une contre l'autre, des flottes de plus de cent vaisseaux, et se détruire mutuellement par les batailles les plus opiniâtres qui se soient jamais données, dont tout le fruit était l'affaiblissement des deux partis. Il s'en donna une qui dura trois jours entiers (il, 12 et 13 juin 1666). Ce fut dans ces combats que le Hollandais Ruyter* acquit la réputation du plus grand homme de mer qu'on eût vu encore. Ce fut lui qui alla brûler les plus beaux vaisseaux d'Angleterre jusque dans ses ports, à quatre lieues de Londres. Il fît triompher la Hollande sur les mers, dont les Anglais avaient toujours eu l'empire, et où Louis XIY n'était rien encore.

La domination de l'Océan était partagée, depuis quelque temps, entre ces deux nations. L'art de construire les vaisseaux, et de s'en servir pour le commerce et pour la guerre, n'était bien connu que d'elles. La France, sous le ministère de Richelieu, se croyait puissante sur mer, parce que d'environ soixante vaisseaux ronds ^ que l'on comptait dans ses ports, elle pouvait en mettre en mer environ trente, dont un seul portait soixante et dix canons 3. Sous Mazarin, on acheta des Hollandais le peu de vaisseaux que l'on avait. On manquait de matelots, d'officiers, de manufactures pour la construction et pour léquipemeut. Le roi entreprit de réparer les ruines de la marine, et de donner à la France tout ce qui lui manquait, avec une diligence incroyable; mais,, en 166i et 1665, tandis que les Anglais et les Hollandais couvraient

1. (< TUivtcr » (Michel-Adrionl. né à à poupe tivs arrondie, forme des bà- Flessingiie en 1607, fut successive- timents de guerre de ce temps, ment matelot, contremaître, pilfite, capitaine de vaisseau, commandeur.

.3. Louis XIV, dans une lettre

contre-amiraL vice-amiral, et enfin comte dEstrade, portait à quarante

lieutenant-amiral général des flottes le nombre de ses vaisseaux (Mignet,

des Provinces-Unies. Négociations relatives à la succession

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