‹ Siècle de Louis XIVChapitre 75 sur 266 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

s'unirent avec le comte de Dhona, ambassadeur de Suède, pour arrêter les progrès du roi de France.

Ce temps était marqué pour les événements rapides. La Flandre, qu'on nomme Flandre française, avait été prise en trois mois, la Franche-Comté en trois semaines. Le traité entre la Hollande, 1 Angleterre et la Suède, pour tenir la balance de l'Europe et réprimer l'ambition de Louis XIY, fut proposé et conclu en cinq jours ^ Le conseil de l'empereur Léopold n'osa entrer dans cette intrigue. Il était lié par le traité secret qu'il avait signé avec le roi de France pour dépouiller le jeune roi d'Espagne. Il encourageait secrètement l'union de l'Angleterre, de la Suède et de la Hollande; mais il ne prenait aucunes mesures ouvertes.

Louis XIY fut indigné qu'un petit Etat tel que la Hollande conçût l'idée de borner ses conquêtes et d'être larbilre des rois, et plus encore qu'elle en fût capable. Cette entreprise des Provinces-Unies lui fut un outrage sensible qu'il fallut dévorer, et dont il médita dès lors la vengeance.

Tout ambitieux, tout puissant et tout irrité qu'il était, il détourna l'orage qui allait s'élever de tous les côtés de l'Europe 2. Il proposa lui-même la paix. La France et l'Espagne choisirent Aix-la-Chapelle pour le lieu des conférences, et le nouveau pape Rospigliosi, Clément IX, pour médiateur.

Un nonce fut envoyé à ce congrès. Les Hollandais, déjà jaloux de la gloire, ne voulurent point partager celle de conclure ce qu'ils avait commencé. Tout se traitait en effet à Saint- Germain par le ministère de leur ambassadeur Yan Beuning. Ce qui avait été accordé en secret par lui était envoyé à Aixla-Chapelle, pour être signé avec appareil par les ministres assemblés au congrès. Qui eût dit, trente ans auparavant, qu'un bourgeois de Hollande obligerait la France et 1 Espagne à recevoir sa médiation ?

Ce Yan Beuning, échevin d'Amsterdam, avait la vivacité d'un Français et la fierté d'un Espagnol. Il se plaisait à choquer, dans toutes les occasions, la hauteur impérieuse du roi, et opposait une inflexibilité républicaine au ton de supériorité que les ministres de France commençaient à prendre. Ne vous fiezvous pas à la parole du roi ? lui disait M. de Lionne dans une

1. C'est la triple alliance dite de la subsides auxquels elle était accou tu- Haye, après l'accession de la Suédi-, nu-e depuis longtemps, mécontente que le gouvernement ■2.\olrRoussi;t, Histoire de Louvois^ français eût cessé de lui payer les tome I'^' .

conférence. J'ignore ce que veut le roi, dit Yan Bcuning; ye considère ce qu'il peut. Enfin, à la cour du plus supeibe monarque du monde, un bourgmestre conclut avec autorité (2 mai 1668) une paix par laquelle le roi fut obligé de rendre la Franche-Comté. Les Hollandais eussent bien mieux aimé qu'il eût rendu la Flandre, et être délivrés d'un voisin si redoutable; mais toutes les nations trouvèrent que le roi marquait assez de modération en se privant de la Franche-Comté. Cependant il gagnait davantage en retenant les villes de Flandre, et il s'ouvrait les portes de la Hollande, qu'il songeait à détruire dans le temps qu'il lui cédait.

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