‹ Siècle de Louis XIVChapitre 78 sur 266 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

mauvais généraux, et le vice de leur gouvernement, ont été Je salut de la chrétienté.

Le roi, peu touché de ces événements éloignés, laissait mûrir son grand dessein de conquérir tous les Pays-Bas^, et de commencer par la Hollande. L'occasion devenait tous les jours plus favorable. Cette petite république dominait sur les mers; mais sur la terre rien n'était plus faible. Liée avec l'Espagne et avec l'Angleterre, en paix avec la France, elle se reposait avec trop de sécurité sur les traités, et sur les avantages d'un commerce immense. Autant que ses armées navales étaient disciplinées et invincibles 2, autant ses troupes de terre étaient mal tenues et méprisables. Leur cavalerie n'était composée que de bourgeois, qui ne sortaient jamais de leurs maisons, et qui payaient des gens de la lie du peuple pour faire le service en leur place. L'infanterie était à peu près sur le même pied ; les officiers, les commandants même des places de guerre étaient les enfants ou les parents des bourgmestres, nourris dans l'inexpérience et dans l'oisiveté. Le pensionnaire Jean de Witt avait voulu corriger cet abus, mais il ne l'avait pas assez voulu; et ce fut une des grandes fautes de ce républicain.

(1670.) Il fallait d'abord détacher l'Angleterre de la Hollande. Cet appui venant à manquer aux Provinces-Unies, leur ruine paraissait inévitable. H ne fut pas difficile à Louis XIV i engager Charles dans ses desseins. Le monarque anglais n'était pas, à la vérité, fort sensible à la honte que son règne et sa nation avaient reçue, lorsque ses vaisseaux furent brûlés jusque dans la rivière de la Tamise par la flotte hollandaise. Il ne respirait ni la vengeance ni les conquêtes. Il voulait vivre dans les plaisirs et régner avec un pouvoir moins gêné; c'est par là qu'on le pouvait séduire. Louis, qui n'avait qu'à parler alors pour avoir de l'argent, en promit beaucoup au roi Charles^, qui n'en pouvait avoir sans son parlement. Cette liaison secrète entre les deux rois ne fut confiée en France qu'à Madame % sœur de Charles II et épouse de Monsieur, frère unique du roi, à Turenne et à Louvois.

1. Voir un Mémoire du roi à ce su- tant ses troupes » ; mais la première jet, publié par Rousset, et un Mémoire forme était admise par les grands <le Louvois à Condé (1691), cité par (-crivains du siècle précédent. Miguet. .3. « En promit beaucoup. » Il pro-

2. « Autant que ses armées..., au- mit SLulemeut deux millions do tant ses troupes, etc. » On dirait au- livres.

jourd'hui :« Autant ses armées..., au- 4. Henriette- Anne d'Angleterre,

(Mai 1670.) Une princesse de vingt-six ans fut le plénipotentiaire qui devait consommer ce traité avec le roi Charles. On prit pour prétexte du passage de Madame en Angleterre ^ un voyage que le roi voulut faire dans ses conquêtes nouvelles vers Dunkerque et vers Lille. La pompe et la grandeur des anciens rois de l'Asie n'approchaient pas de l'éclat de ce voyage. Trente mille hommes précédèrent ou suivirent la marche du roi, les uns destinés à renforcer les garnisons des pays conquis, les autres à travailler aux fortifications, quelques-uns à aplanir les chemins. Le roi menait avec lui la reine sa femme, toutes les princesses et les plus belles femmes de sa cour. Madame brillait au milieu d'elles et goûtait dans le fond de son cœur le plaisir et la gloire de tout cet appareil, qui couvrait son voyage. Ce fut une fête continuelle depuis Saint-Germain jusqu'à Lille.

Le roi, qui- voulait gagner les cœurs de ses nouveaux sujets et éblouir ses voisins, répandait partout ses libéralités avec profusion ; l'or et les pierreries étaient prodigués à quiconque avait le moindre prétexte pour lui parler. La princesse Henriette s'embarqua à Calais, pour voir son frère qui s'était avancé jusqu'à Cantorbéry. Charles, séduit par son amitié pour sa sœur et par l'argent de la France, signa tout ce que Louis XI Y voulait 1, et prépara la ruine de la Hollande au milieu des plaisirs et des fêtes.

La perte de Madame, morte à son retour d'une manière soudaine et affreuse 2, jeta des soupçons injustes sur Monsieur, et] ne changea rien aux résolutions des deux rois. Les dépouilles de la république, qu'on devait détruire, étaient déjà partagées par le traité secret entre les cours de France et d'Angleterre, comme eu 1635 on avait partagé la Flandre

sœur de Charles II et femme de Phi- C'était faire à l'Angleterre une grande

lipi)e d'Orléans, née en 1644 et morte part,queLouisXIV uauraitpului lais-

en 16T0, négocia ce traité secret avec ser sans renoncer au bénéfice do sa

Charles II, en juin 1670. conquête. Voir Mignet , Succession

1. « Tout ce que Louis XIV vou- d'Espagne, t. II. Charles devait se

lait. » Erreur : car Cliarles refusa obs- convertir au catholicisme : le danger

tiuémeut de laisser à la France le auquel l'exposait cette conversion

commandement sur mer. « La ma- était le prétexte de la subvention

niére des Anglais est de commander qu'il devait recevoir de Louis XIV, et

à la mer, » dit-il. Louis XIV lui pro- qu'on appela les deux millions de la

mit d;ms le partage de la Hollande, catholicité. Besogneux et libertin, il

l'Ecluse, Cadsiind, et plus tard les îles était toujours à court d'argent,

de Goorée et de Woorne, c'est-à-dire 2. « Soudaine et atlreuse. » Ou crut

les bouches de l'Escaut et de la Meuse, qu'elle était morte empoisonnée.

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