‹ Siècle de Louis XIVChapitre 79 sur 266 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

avec les Hollandais. Ainsi on change de vues, d'alliés cl d'ennemis, el on est souvent trompé dans tous ses projets. Les bruits de celte entreprise prochaine commençaient à se répandre; mais l'Europe les écoutait en silence. L'Empereur, occupé des séditions de la Hongrie; la Suède, endormie par des négociations; l'Espagne, toujours faible, toujours irrésolue, toujours lente, laissaient une libre carrière à l'ambition de Louis XIV.

La Hollande, pour comble de malheur, était divisée en deux factions : l'une, de républicains rigides à qui toute ombre d'autorité despotique semblait un monstre contraire aux lois de l'humanité; l'autre, de républicains mitigés, qui voulaient établir dans les charges de ses ancêtres le jeune prince d'Orange, si célèbre depuis sous le nom de Guillaume III. Le grand pensionnaire Jean de Witt, et Corneille, son frère, étaient à la tète des partisans austères de la liberté^; mais le parti du jeune prince commençait à prévaloir. La république, plus occupée de ses dissensions domestiques que de son danger, contribuait elle-même à sa ruine.

La Suède n'attaqua pas les Provinces-Unies ^ ; mais elle les abandonna dès qu'elle les vit menacées , et rentra dans ses anciennes liaisons avec la France moyennant quelques subsides. Tout conspirait à la destruction de la Hollande.

Il est singulier et digne de remarque que, de tous les ennemis qui allaient fondre sur ce petit Etat, il n'y en eût pas un qui pût alléguer un prétexte de guerre 2. C'était une entreprise à peu près semblable à cette ligue de Louis XII, de 1 empereur Maximilien et du roi d'Espagne, qui avaient autrefois conjuré la perte de la république de Venise, parce qu'elle était riche et fière '*.

1. « Des partisans do la lil)L'rt('-. « Ils 2. La Suéde sous lo roi Charles XI

avai(-nt fait rendre, le 5 août 1G67, un s'engagea, contre subsides, le 14 avril

édit qu'on nouima/>c/7;e7«t/, par lequel "^ICTl, à s'opposer aux princes alle-

la charge de stathouder était abolie mands qui voudraient soutenir les

dans les provinces de Hollande et de Hollandais.

West-Frise, et dans les autres proviu- „,.,.. , • .^ i- j ,

, , ' . .-, , , 3. Voltaire ne parle point d une des

ces, déclarées incompatibles avec le • • 1 11 .. ,1

, ^ , -, X principales causes de la guerre Ue

commandement des armées de terre ou i, ,, , . ,^ .^,. T »-^„ i •

. . T • irx 1.1 Hollande,quietaitl augmentation des

de mer. Le prince d Orange, dont les -ri ■ i

I -iT-t* I . • t 1- I •• • tarifs que ces deux puissances ele-

de Witt redoutaient 1 ambition, avait . ' ,. ... ' ,■

alors dix-sept ans. Jean de Witt, u

vaient a l'envi l'une sur l'autre. Vol

r. iro- ' n I 1'* -i -. - ' - Mignet, ouvrage cite, partie IV bis,

en IGio a Dordreclit, avait ete nomme . ■ ,

grand pensionnaire ( de la pension ''^ '"" *'

qu'il recevait comme trailementi, en 4. .A. l'.'-poquc de la ligue de Cam-

lC-)3. braiiliG'J).

Les États-Généraux consternés écrivent au roi, lui demandant humblement si les grands préparatifs qu'il faisait étaient en effet destinés contre eux, ses anciens et fidèles alliés ; •en quoi ils l'avaient offensé ; quelle réparation il exigeait. Il répondit « qu'il ferait de ses troupes l'usage que demanderait -sa dignité, dont il ne devait compte à personne ». Ses ministres alléguaient pour toute raison que le gazetier de Hollande .avait été trop insolent, et qu'on disait que Yan Beuning avait fait frapper une médaille injurieuse à Louis XIV. Le goût des -devises régnait alors en France. On avait donné à Louis XIV ia devise du soleil, avec cette légende : Nec plurihus impar. On prétendait que Van Beuning s'était fait représenter avec nn soleil, et ces mots pour àme^ : In conspectu meo stetit SOL : A mon aspect le soleil s'est arrêté- . Cette médaille n'exista jamais. Il est vrai que les Etats avaient fait frapper une médaille dans laquelle ils avaient exprimé tout ce que la république avait fait de glorieux : Assertis legibus; emendatis sacris: adjutis, defensis, conciliatis regibus; vindicafa marium iibertate : stabilita orbis Eiiropx quiète : « Les lois affermies; la religion épurée; les rois secourus, défendus et réunis; la liberté des mers vengée; l'Europe pacifiée. »

Ils ne se vantaient, en effet, de rien qu'ils n'eussent fait : cependant ils firent briser le coin de cette médaille, pour apaiser Louis XIV ^.

Le roi d'Angleterre , de son côté, leur reprochait que leur flotte n'avait pas baissé son pavillon devant un bateau anglais, et alléguait encore un certain tableau où Corneille de Witt, frère du pensionnaire, était peint avec les attributs d'un vainqueur. On voyait des vaisseaux pris et brûlés dans le fond du

1. a Pour âme. » On ;ippelle ainsi, coururout alors : Aller in egregio naper

dans la langue du blason, la lôgende certaniirii' Jo>ue Clamavit : Sta, sol Gal-

qui explique la figure représentée lice : Solque stetit. y.]

dans le corps d"une devise. 3. Louis, eu entreprenant la guerre

2.11 est vrai que depuis on a frappé de Hollande, avait de plus hautes

en Hollande une médaille quonacrue vues que celles de venger sa vanité

être celle de Yan Beuning : mais elle blessée ; il voulait ruiner le seul Etat

ne porte point de date. Elle repré- q"i pouvait lui faire encore un obs-

sente un combat, avec un soleil qui tacle sérieux dans la conquête des

culmine sur la tète des combattants. Pays-Bas , et dont la marine mar-

La légende est : Stetit sol in medio chande nuisait à notre commerce ma-

cœli. Cette médaille, que des parti- ritime, que Colbert s'efforçait de faire

culiers ont fahriqu('e. na été faite que renaître. Voyez Mignet, Négociations

])oiu' la bataille d"Hochsledt, eu ITOU, rclatircx à ta succession d'Espagne,

à l'occasion de ces deux vers qui partie IV, section 1.

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