‹ Siècle de Louis XIVChapitre 80 sur 266 · CHAPITRE X 9î · texte numérisé non relu

CHAPITRE X 9î

tableau. Ce Corneille de ^Vitt, qui en effet avait eu beaucoujj de part aux exploits maritimes contre lAnf^leterre, avait souffert ce faible monument de sa gloire ; mais ce tableau presque ignoré était dans une chambre où l'on n'entrait presque jamais. Les ministres anglais, qui mirent par écrit les griefs de leur roi contre la Hollande, y spécifièrent des tableaux injurieux, abusive pictures. Les Etats, qui traduisaient toujours les mémoires des ministres en français, ayant traduit abusive par le mot fautifs, trompeurs, répondirent qu'ils ne savaient ce que c'était que ces tableaux trompeurs. En effet, ils ne devinèrent jamais qu'il était question de ce portrait d'un de leurs concitoyens, et ils ne purent imaginer ce prétexte de la guerre.

Tout ce que les efforts de l'ambition et de la prudence humaine peuvent préparer pour détruire une nation, Louis XIV l'avait fait. Il n'y a pas chez les hommes d'exemple d'une petite entreprise formée avec des préparatifs plus formidables^. De tous les conquérants qui ont envahi une partie du monde, il n'y en a pas un qui ait commencé ses conquêtes avec autant de troupes réglées et autant d'argent, que Louis en employa pour subjuguer le petit Etat des Provinces-Unies. Cinquante millions, qui en feraient aujourd'hui quatre-vingt-dix-sept,, furent consommés à cet appareil. Trente vaisseaux de cinquante pièces de canon joignirent la flotte anglaise, forte de cent voiles. Le roi avec son frère alla sur les frontières de la Flandre espagnole et de la Hollande, vers Maestricht et Char- Icroi, avec plus de cent douze mille hommes. L'évèque de Munster et l'électeur de Cologne en avaient environ vingt mille. Les généraux de l'armée du roi étaient Condé et Turenne. Luxembourg commandait sous eux. Yauban devait conduire les sièges. Louvois était partout, avec sa vigilance ordinaire. Jamais on n'a vu une armée si magnifique et en mèmctemps mieux disciplinée. C'était surtout un spectacle imposant, que la maison du roi nouvellement réformée. On y voyait (fuatre compagnies des gardes du corps, chacune composée <le trois cents gentilshommes, entre lesquels il y avait beau-

1. Los contemporains avaient une sistance des Pays-Bas, qui avaient

autre opinion des difficultés do l'on- tenu en ôclu-c et vaincu la monarchie

treprise : « Quelle guerre, écrivait espagnole. Louis XIV en avait cons-

madame de Sévigné le 27 avril 1672, cience : « Je puis vanter, dit-il avec

la plus cruelle, la plus périlleuse dont raison dads ses Mémoires, ce que la

on ait jamais ouï parler ! » Tout le France a fait et ce qu'elle peut faire

monde se souvenait de l'héroïque ré- seule ».

coup de jeunes cadets sans paye, assujettis comme les autres à la régularité du service: deux cents gendarmes de la garde, deux cents chevau-légers ^, cinq cents mousquetaires, tous gentilshommes choisis, parés de leur jeunesse et de leur bonne mine; douze compagnies de la gendarmerie, depuis augmentées jusqu'au nombre de seize; les cent-suisses même accompagnaient le roi, et ses régiments des gardes françaises et ■suisses montaient la garde devant sa maison ou devant sa tente. Ces troupes, pour la plupart couvertes d'or et d'argent, estaient en même temps un objet de terreur et d'admiration pour les peuples chez qui toute espèce de magnificence était inconnue. Une discipline devenue encore plus exacte avait mis <lans l'armée un nouvel ordre. Il n'y avait point encore d'inspecteurs de cavalerie et d'infanterie, comme nous en avons vu depuis ; mais deux hommes uniques chacun dans leur genre en faisaient les fonctions. Martinet mettait alors l'infanterie sur le pied de discipline où elle est aujourd'hui. Le chevalier de Fourilles - faisait la même charge dans la cavalerie. Il y avait un an que Martinet avait mis la baïonnette en usage dans quelques régiments. Avant lui on ne s'en servait pas d'une manière constante et uniforme. Ce dernier effort peut-être de 00 que l'art militaire a inventé de plus terrible, était connu, mais peu pratiqué, parce que les piques prévalaient ^, Il avait imaginé des pontons de cuivre, qu'on portait aisément sur des charrettes. Le roi, avec tant d'avantages, sur de sa fortune et de sa gloire, menait avec lui un historien qui devait écrire ses victoires : c'était Pellisson, homme dont il sera parlé dans l'article des beaux-arts, plus capable de bien écrire que de ne pas flatter.

Ce qui avançait encore la chute des Hollandais, c'est que le marquis de Louvois avait fait acheter chez eux par le comte de Bentheim, secrètement gagné, une grande partie des munitions qui allaient servir à les détruire, et avait ainsi dégarni beaucoup leurs magasins. Il n'est point du tout étonnant que des marchands eussent vendu ces provisions avant la déclaration de la guerre, eux qui en vendent tous les jours à leurs ennemis pendant les plus vives campagnes. On sait qu'un né-

1. Chcvaii-lcgcrs, compagnie dVlitc 3. Ce ne fut qu après que les douilqui depuis Henri IV faisait partie de les creuses eurent été inventées «n la gard'- du roi. 1701, que, grâce à Vauban, toute liu-

2. Voir ['Histoire de Louvois, par fauterie française fut pourvue de M. Rousset, sur Martinet et Fourilles. baïonnettes.

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