‹ Siècle de Louis XIVChapitre 81 sur 266 · CHAPITRE X loi · texte numérisé non relu

CHAPITRE X loi

irociaul de ce pays avait autrefois répondu au prince Maurice', ([ui le réprimandait sur un tel négoce : Monseigneur, si on i)Oiivait par mer faire f/uehjue commerce avantageux avec l'enfer, je hasarderais d'y aller brûler mes voiles. Mais ce qui ost surprenant, c'est qu'on a imprimé que le marquis de Louvois alla lui-même, déguisé, conclure ces marchés en Hollandeii Comment peut-on avoir imaginé une aventure si déplacée, si dangereuse et si inutile ?

Contre Turenne, Condé, Luxembourg, Vauban, cent trente raille combattants, une artillerie prodigieuse, et de l'argent avec lequel on attaquait encore la fidélité des commandants des places ennemies, la Hollande n'avait à opposer qu'un jeune prince d'une constitution faible, qui n'avait vu ni sièges ni combats, et environ vingt-cinq mille mauvais soldats, en quoi consistait alors toute la garde du pays. Le prince Guillaume d'Orange, i\gé de vingt-deux ans, venait d'être élu capitaine général des forces de terre par les vœux de la nation : Jean de Witt, le grand pensionnaire, y avait consenti par nécessité-. Ce prince nourrissait, sous le flegme hollandais , une ardeur d'ambition et de gloire qui éclata toujours depuis dans sa conduite, sans s'échapper jamais dans ses discours. Son humeur était froide et sévère, son génie actif et perçant: son courage, qui ne se rebutait jamais, fît supporter à son corps faible et languissant des fatigues au-dessus de ses forces. Il était valeureux sans ostentation, ambitieux, mais ennemi du faste; né avec une opiniâtreté flegmatique faite pour combattre l'adversité, aimant les affaires et la guerre, ne connaissant ni les plaisirs attachés à la grandeur, ni ceux de 1 humanité, onûu, presque en tout l'opposé de Louis XIV.

Il ne put d'abord arrêter le torrent qui se débordait sur sa patrie. Ses forces étaient trop peu de chose; son pouvoir même était limité par les Etats. Les armes françaises venaient fondre tout à coup sur la Hollande, que rien ne secourait. L'imprudent duc de Lorraine, qui avait voulu lever des troupes pour joindre sa fortune à celle de cette république, venait de voir toute la Lorraine saisie par les troupes françaises^.

1. Maurice de Nassau, successeur la direction des troupes, et il était du taciturne stathouder, de 1584 à subordonné aux d('-putés des États, 1624. qui suivaient l'armée.

2. Le prince était loin d'avoir les 3. Louis XIV fit envahir (25 août 1G70) pouvoirs nécessaires. II n'avait ni la le duché de Lorraine, qu'on occupa iiomiuation aux emplois militaires, ui sans x'ésistance.

Cependant le roi faisait avancer ses armées vers le Rhin^ dans ces pays qui confinent à la Hollande, à Cologne et à la Flandre ^ Il faisait distribuer de l'argent dans tous les villages, pour payer le dommage que ses troupes y pouvaient faire. Si quelque gentilhomme des environs venait se plaindre, il était sûr d'avoir un présent. Un envoyé du gouverneur des Pays-Bas, étant venu faire une représentation au roi sur quelques dégâts commis par les troupes, reçut de la main du roi son portrait enrichi de diamants, estimé plus de douze mille francs. Cette conduite attirait l'admiration des peupleset augmentait la crainte de sa puissance.

Le roi était à la tête de sa maison et de ses plus belles troupes, qui composaient trente mille hommes : Turenne les commandait sous lui. Le prince de Condé avait une armée aussi forte. Les autres corps, conduits tantôt par Luxembourg, tantôt par Chamilli^, faisaient à l'occasion des arméesséparées , ou se rejoignaient selon le besoin. On commença par assiéger à la fois quatre villes, dont le nom ne mérite de place dans l'histoire que par cet événement : Rhinberg, Orsoy, Yesel, Burick. Elles furent prises presque aussitôt qu'elles furent investies. Celle de Rhinberg, que le roi voulut assiéger en personne, n'essuya pas un coup de canon; et, pour assurer encore mieux sa prise, on eut soin de corrompre le lieutenant de la place. Irlandais de nation, nommé Dosseri, qui eut la lâcheté de se vendre et l'imprudence de se retirer ensuite à Maslricht, où le prince d'Orange le fit punir de mort.

(12 juin 1672.) Toutes les places qui bordent le Rhin et rOver-Yssel se rendirent. Quelques gouverneurs envoyèrent leurs clefs, dès qu'ils virent seulement passer de loin un ou deux escadrons français; plusieurs officiers s'enfuirent des villes où ils étaient en garnison, avant que l'ennemi fût dans leur territoire; la consternation était générale. Le prince d'Orange n'avait point encore assez de troupes pour paraître en campagne. Toute la Hollande s'attendait à passer sous le joug 3 dès que le roi serait au delà du Rhin. Le prince d'Orange fit faire à la hâte des lignes au delà de ce fleuve; et après les

1. Lo roi avait recommandé le se- .3. Madame de Sévigné écrit le Ifi cret le plus absolu. Voir les lettres juiu : « Je suis assurée qu'il j)assera de madame de Sévigaé des C , 13 , lYssel comme la Seine. La terreur 20 mai et 3 juin. prépare partout une victoire, m

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