CHAPITRE X
au roi d'Angleterre et aux priuces tle l'Empire, tels que ceux (le Cologne et de Munster, par qui la Hollande était encore désolée.
Ces conditions d'une paix qui tenait tant de la servitude parurent intolérables, et la licrté du vainqueur inspira un courage de désespoir aux vaincus. On résolut de périr les armes à la main. Tous les cœurs et toutes les espérances se tournèrent vers le prince d'Orange. Le peuple en lureur éclata contre le grand pensionnaire, qui avait demandé la paix. A ces séditions se joignirent la politique du prince et l'animosité de son parti. On attente d'abord à la vie du grand pensionnaire Jean de Witt ; ensuite on accuse Corneille, son frère, d'avoir attenté à celle du prince. Corneille est appliqué à la question. Il récita dans les tourments le commencement de cette ode d'Horace, Justum et tenacem, etc., convenable à son état et à son courage, et qu'on peut traduire ainsi pour ceux qui ignorent le latin :
Les torrents impétueux, La mer qui gronde et s'élance, La fureur et l'insolence D'un peuple tumultueux, Des fiers tyrans la vengeance, N'ébranlent pas la constance D'un cœur ferme et vertueux.
(20 août 1672.) Enfin la populace effrénée massacra dans la Haye les deux frères de Witt, l'un qui avait gouverné l'État pendant dix-neuf ans avec vertu, et l'autre qui l'avait •servi de son épée. On exerça sur leurs corps sanglants toutes les fureurs dont le peuple est capable : horreurs communes à toutes les nations, et que les Français avaient fait éprouver au maréchal d'Ancre, à l'amiral Coligni , etc.; car la populace est presque partout la même*. On poursuivit les amis du pensionnaire. Ruyter même, l'amiral de la république, qui seul combattait alors pour elle avec succès, se vit environné d'assassins dans Amsterdam.
Les particuliers qui avaient des billets de banque couru-
1. Le 21 juin, il veut une double banni à perpétuité, mais avant son détentative dassassinat contre les deux part attiré à la prison de son frère, et frères. Jean reçut quatre blessures et tous deux furent massacrés. Voir dans résigna ses fonctions, le 4 août. Cor- les négociations relatives à la succcsneille. arrêté, soumis à la torture, fut sion d'Espagne le récit de Mignet.
lOS SIECLE DE LOUIS XIV
rcnl on foule à la banque d Amsterdam ; on craignait que l'on n'eût touché au trésor public. Chacun s'empressait de se faire payer du peu d'argent qu on croyait pouvoir y être encore. Les magistrats firent ouvrir les caves où le trésor se conserve. On le trouva tout entier, tel qu'il avait été déposé depuis soixante ans; l'argent même était encore noirci de l'impression du feu qui avait, quelques années auparavant,, consumé l'hôtel de ville. Les billets de banque s'étaient toujours négociés jusqu'à ce temps, sans que jamais on eût touché au trésor. On paya alors avec cet argent tous ceux qui voulurent l'être. Tant de bonne foi et tant de ressources étaient d'autant plus admirables, que Charles II, roi d'Angleterre, pour avoir de quoi faire la guerre aux Holland;iis et fournir à ses plaisirs, non content de l'argent de la France, venait de faire banqueroute à ses sujets. Autant il était honteux à ce roi de violer ainsi la foi publique, autant il était glorieux aux magistrats d'Amsterdam de la garder dans nu temps où il semblait permis d'y manquer.
A cette vertu républicaine ils joignirent ce courage d'esprit qui prend les partis extrêmes dans les maux sans remède. Ils firent percer les digues qui retiennent les eaux de la mer*. Les maisons de campagne , qui sont innombrables autour d'Amsterdam, les villages, les villes voisines, Leyde, Délit,, furent inondés. Le paysan ne murmura pas de voir ses troupeaux noyés dans les campagnes. Amsterdam fut comme une vaste forteresse au milieu des eaux, entourée de vaisseaux de guerre qui eurent assez d'eau pour se ranger autour de la
1. Il faut se nippelcT ici que la cIIl-s par trois cents ponts. Rien n'est
Hollande est un pays bas et humide, plus facile que dinonder ses envi-
dont plusieurs parties sont inférieures rons et de transformer la contrée en.
au niveau de la mer et dont la surface im lac. Mais en agissant de la sorl<' ;i
est divisée par des digues et des ca- l'égard du reste de la Hollande, iii
naux, des marais et des prairies. Les rompant les digues qui contieumii!
<ligups protègent la Hollande non les fleuves et la mer, on échappait ;i
seulement contre la crue des fleuves, un ennemi pour se livrer à un autre
mius contre les inondations de la mer, non moins redoutable... Il y a qiiatr.-
sur laquelle le sol de cette contrée a siècles, eu 1421, plusieurs digues
été conquis au prix d'incroyables sa- s'étant rompues , l'eau submergia
crifices et d'efforts qu'il faut renou- soixante-douze villages, et un vaste
velcr sans cesse, sous peine de voir estuaire, le golfe de Bi»'S-Bosch. oc-
l'Océan reprendre ses anciennes pos- cupa leur emplacement. Mais les HdI-
sessious. Amsterdam est bâtie sur landais trouvèrent tous les périls
])ilotis, et traversée dans tous les sens préférables à l'acceptation des coudi-
par des canaux qui forment quatre- tions que Louis leur proposait, vingt-dix îles communiquant entre