‹ Siècle de Louis XIVChapitre 84 sur 266 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Tille. La discllc fut grande chez ces peuples : ils manquèrent surtout d'eau douce; elle se vendit six sous la pinte; mais ces extrémités parurent moindres que l'esclavage. C'est une chose digne de l'observation de la postérité, que la Hollande, ^insi accablée sur terre et n'étant plus un Etat, demeurât encore redoutable sur la mer : c'était l'élément véritable de ces peuples.

Tandis que Louis XIY passait le Rhin et prenait trois provinces, l'amiral Ruyter, avec environ cent vaisseaux de guerre -et plus de cinquante brûlots , alla chercher, près des côtes d'Angleterre, les Hottes des deux rois. Leurs puissances réujîies n'avaient pu mettre en mer une armée navale plus torle que celle de la république. Les Anglais et les Hollandais •combattirent comme des nations accoutumées à se disputer l'empire de l'Océan (7 juin 1672). Celte bataille, qu'on nomme de Solbaie*, dura un jour entier. Ruyter, qui en donna le signal, attaqua le vaisseau amiral d'Angleterre, où était le duc d'York, frère du roi. La gloire de ce combat particulier demeura à Ruyter. Le duc d'York, obligé de changer de vaisseau, ne reparut plus devant l'amiral hollandais. Les trente vaisseaux français eurent peu de part à l'action 2; et tel fut le sort de cette journée, que les cotes de la Hollande furent eu sûreté.

Après cette bataille, Ruyter, malgré les craintes et les contradictions de ses compatriotes, lit entrer la flotte marchande <les Indes dans le ïexel, défendant ainsi et enrichissant sa patrie d'un côté, lorsqu'elle périssait de l'autre. Le commerce même des Hollandais se soutenait ; ou ne voyait que leurs pavillons sur les mers des Indes. Un jour qu'un consul de France disait au roi de Perse que Louis XIV avait conquis presque toute la Hollande : Comment cela peut-il être, répondit ce monarque persan, puisqu'il y a toujours au port d'Ormus vingt vaisseaux hollandais pour un français?

Le prince d'Orange, cependant, avait l'ambition d'être bon citoyen. Il offrit à l'État le revenu de ses charges et tout son Jbieu pour soutenir la liberté. Il couvrit d'inondations les pas-

1. La rade de Solcbay, ouplutot do « de sorte que nous tenons de nos ■Soutlnvold-Bay, est sur la côte de ennemis , écrivit Colbert à Croissi Suflblk. (18 juin), lu preuve la plus claire et la

2. Ruvter rendit hommage à la va- plus oonstanle qu'on puisse désirer leur des Français dans cette bataille ; dune belle action. »

sages par où les Français pouvaient pénétrer dans le reste du pays. Ses négociations promptes et secrètes réveillèrent de leur assoupissement l'Empereur, l'Empire, le conseil d'Espagne, le gouverneur de Flandre. Il disposa même l'Angleterre à la paix. Enfin le roi était entré au mois de mai en Hollande, et dès le mois de juillet l'Europe commençait à être conjurée contre lui.

Monterey, gouverneur de la Flandre, fit passer secrètement quelques régiments au secours des Provinces-Unies. Le conseil de l'empereur Léopold envoya Montecuculli à la tête de près de vingt mille hommes. L'électeur de Brandebourg, qui avait à sa solde vingt-cinq mille soldats , se mit en marche.

(Juillet 1672.) Alors le roi quitta son armée. Il n'y avait plus de conquêtes à faire dans un pays inondé. La garde des provinces conquises devenait difficile. Louis voulait une gloire ?»ùre; mais en ne voulant pas l'acheter par un travail infatigable, il la perdit. Satisfait d'avoir pris tant de villes en deux mois, il revint à Saint-Germain au milieu de l'été; et, laissant Turenne et Luxembourg achever la guerre, il jouit du triomphe. On éleva des monuments de sa conquête, tandis que les puissances de l'Europe travaillaient à la lui ravir.

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