CHAPITRE XIII
poursuit les assiégés : les mousquetaires baissent le poutlevis qui joint cet ouvrage aux autres : ils suivent l'ennemi de retranchement en retranchement, sur le petit bras de l'Escaut et sur le grand. Los gardes s'avancent en foule. Les mousquetaires sont déjà dans la ville, avant que le roi sache que le premier ouvrage attaqué est emporté.
Ce n'était pas encore ce qu'il y eut de plus étrange dans cette action. Il était vraisemblable que de jeunes mousquetaires, emportés par l'ardeur du succès, se jetteraient aveuglément sur les troupes et sur les bourgeois qui venaient à eux dans la rue, qu'ils y périraient, ou que la ville allait être pillée; mais ces jeunes gens, conduits par un cornette^ nommé Moissac, se mirent en bataille derrière des charrettes ; et, tandis que les troupes qui venaient se formaient sans précipitation, d'autres mousquetaires s'emparaient des maisons voisines, pour protéger par leur feu ceux qui étaient dans la rue. On donnait des otages de part et d'autre ; le conseil de ville s'assemblait ; on députait vers le roi : tout cela se faisait sans qu'il y eût rien de pillé, sans confusion, sans faire de fautes d'aucune espèce. Le roi fit la garnison prisonnière de guerre, et entra dans Valenciennes, étonné d'en être le mailre. La singularité de l'action a engagé à entrer dans ce détail.
(9 mars 1678.) Il eut encore la gloire de prendre Gand en quatre jours, et Ypres en sept (25 mars). Yoilù ce qu'il fit par lui-même. Ses succès furent encore plus grands par ses généraux.
(Septembre 1676.) Du côté de l'Allemagne, le maréchal duc de Luxembourg laissa d'abord, à la vérité, prendre Philipsbourg à sa vue, essayant en vain de la secourir avec une armée de cinquante mille hommes. Le général qui prit Philipsbourg était Charles Y ^, nouveau duc de Lorraine, héritier de son oncle Charles lY, et dépouillé comme lui de ses Etats. Il avait toutes les qualités de son malheureux oncle, sans en avoir les défauts. Il commanda longtemps les armées de l'Empire avec gloire ; mais, malgré la prise de Philipsbourg, et quoiqu'il fût mis à la tête de soixante mille combattants, il ne put
1. Oa appelait cornette l'officier succéda à son oude en 1CT5. Il deviut qui portait le drapeau ou cornette des ua des meilleurs gc-uéraux de lAucompagnies légL'res. triche. Ce fut lui qui, avec Sobieski,
sauva eu 1683 Vieuae assiégée par les