Charles de Lorraine \lC34-lC9Jj Turcs
jamais rentrer dans ses États. En vain il mit sur ses étendards : Aut nunc, aut nunquam, ou maintenant, ou jamais.
Le maréchal de Créqui, racheté de sa prison, et devenu plus prudent par sa défaite de Consarbruck, lui ferma toujours l'entrée de la Lorraine. — (7 octobre 1677.) Il le battit dans le petit combat de Kokersberg en Alsace. Il le harcela et le fatigua sans relâche. — (14 novembre 1677.) Il prit Fribourg à sa Tue; et quelque temps après il battit encore un détachement de son armée à Rhcinfeld. — (Juillet 1678.) Il passa la rivière de Kins, en sa présence, le poursuivit vers Offenbourg*, le chargea dans sa retraite; et, ayant immédiatement après emporté le fort de Kehl i'épée à la main, il alla brûler le pont de Strasbourg, par lequel cette ville, qui était libre encore, avait donné tant de fois passage aux armées impériales. Ainsi le maréchal de Créqui répara un jour de témérité par une suite de succès dus à sa prudence ; et il eût peut-être acquis une réputation égale à celle de Turenne, s'il eût vécu-.
Le prince d'Orange ne fut pas plus heureux en Flandre que le duc de Lorraine en Allemagne : non seulement il fut obligé de lever le siège de Maestricht et de Charleroi, mais, après avoir laissé tomber Condé, Bouchain et Yalenciennes sous la puissance de Louis XIY, il perdit la bataille de Montcassel contre Monsieur (11 avril 1677) en voulant secourir Sainl- Omer. Les maréchaux de Luxembourg et d'IIumières commandaient l'armée sous Monsieur. On prétend qu'une faute du prince d'Orange et un mouvement habile de Luxembourg décidèrent du gain de la bataille. Monsieur chargea avec une valeur et une présence d'esprit qu'on n'attendait pas d'un prince efféminé. Jamais on ne vit un plus grand exemple que le courage n'est point incompatible avec la mollesse. Ce prince, qui s'habillait souvent en femme, qui en avait les inclinations, agit en capitaine et en soldat. Le roi, son frère, parut jaloux de sa gloire. Il parla peu à Monsieur de sa victoire. Il n'alla pas même voir le champ de bataille, quoiqu'il se trouvât tout auprès. Quelques serviteurs de Monsieur, plus pénétrants que les autres, lui prédirent alors qu'il ne commanderait plus d ar, mée, et ils ne se trompèrent pas^.
1. La Kins, ou plutôt la Kinzig. rait pas mieux fait. » — « La prise de
2. Voltaire n'a pas assez insisté sur fribourg, dit madame de Sévigné, a les détails de ces deux campagnes de comblé de joie et de gloire le mare- 1677 et liJ7S. Elles l'ont grand honneur chai de Créqui. » (8 décembre 1677.)
à Créqui. « Tureuue, disiiit-ou, nau- 3. Au milieu des succès des Frau*