‹ Siècles de Louis XIV, et de Louis XV (volume 2)Chapitre 37 sur 41 · SURINTENDANTS · texte numérisé non relu

SURINTENDANTS

leurs aatant qiw Servien en était redouté : surintendant en i(>5o; mort la même aunée.

Charles, duc dk la Vieuvillf., Je même que le caidiual de Richelieu avait fait chasser du conseil , et eufermer dans le chùteau d'Amhoise, en ifia/i ; qui , échappé de ce château . avait fui eu Angtleterre, et qui avait été coudainuc à mort par contumace. Créé dac et pair en i65i , et surintendant la même année : mort en i65j.

Rknk de Loxgufil, marquis de Maisons, président à mortier, surintendant en 16 ïi. Il ne le fui qu'un an. Ou a prétendu qu'il avait bàli pendant cette année le château de Maisons, qui est un des plus beaux de l'Eiu'ope; mais il fut construit un an auparavant. C'est le coup d'essai et le chef-d'œuvre de [''rançois iMansard , qui était alors nu jeune homme, et simjile maçon. Il v a sur cela une singulière aneedole, que plusieurs personnes ont apprise comme moi du petit-fils du surintendant. Son hôtel , démoli aujourd'hui , formait un impasse dans la rue des Prouvaires: un jour, en faisant fouiller flans un ancien petit caveau, il y trouva quarante mille pièces d'or au coin de Charles IX; c'est avec cet ars;eut que le château de Maisons fut bàli. Mort en 1^177.

Ou voit qne les surintendants se succédaient rapidement dans ces troubles.

Abf.l Servi£\, après avoir négocié la paix de 'Vest{)halie avec le duc de Longueville et le conit* d'.\vaux, et en ayant eu le principal hanueur, surintendant en lO.)"}, conjointement avec Nicolas T'ouquet ; administrateur jusqu'à sa mort arrivée en i<i5g : mais h'ouquet eut toujours la principale direction.

Nicolas FouQUF.T, iiiar|iiis de Iîki.lp-Tsle, sur-' inleadaut en i65'3, quoiqu'il fut jtrocureur-général

DES FINANCES. j';tj

do parlement de Paris. Ou a iiiipriiiK' par erreur dans les premières éditions du Sieele de Louis "SIV, qu'il dépensa dix-huil eeut mille francs à bâtir son palais de Vaux, aujourd'hui Yillars ; c'est une erreur de typographie ; il y prodigua dix-huit millions de son temps, qui en feraient près de trentesix du notre.

Le cardinal Ma/.arin , depuis son retour, en i653, se faisait donner parle surintendant vingttrois millions par an pour les dépenses secrètes ; il achetait à vil prix de -vieux billets décriés , et se faisait payer la somme entière : ce fut ce qui perdit l'ouquet. Jamais dissipateur des fîuauces royales ne fut plus noble et plus généreux que ce suriutendaut ; jamais homme en place n'eut plus d'amis ]»ersonnels , et jamais homme persécuté ne fut mieux servi dans son jualhtur. Condamné cependant au haunissemeut perjiétuel, par commissaires, en 1664; mort ignoré en 1G80.

Après sa disgrâce, la place de surintendant fut supprimée.

Sous les surintendants il y avait des contrôleursgénéraux. Le cardinal Mazarin nomma à cette place un étranger clilviuiste d'Au^isbourg, nommé l',arthélemi Hervart, qui était son banquier. Cet Hervart avait en effet rendu les plus grands services, à la couronne: ce fut lui qui , «près la mort du duc Bernard de Saxe-A'cimar, donua sou armée à la France, en avançant tout l'argent nécessaire. Ce fut lui qui retint cette même année et d'autres régiments dans le service du roi, lorsque le vicomte de Turenne voulut la faire révolter eu iG4'^. Il avauca deux millions cinq cent mille livres de la monnaie d'alors pour la retcuir dans le devoir : deux importants services qui prouvent qu'on n'est le maître qu'avec de l'argent.

*8o SURI^'TENDAMS DES F1NA>"CES.

Lorsqu'on arrêta le surintendant l'onqnet , il prêta encore an roi deux millions. Il jouait un jeu prodigieux , et perdit souvent cent mille éciis dans une séance. Cette profusion lenipècba d avoir la première place : le roi eut avec raison plus de coulîauce en Colbert. Hervart mort simple couseilier d'ctât , en 1676.

Sa famille quitta le royaume après la révocation de ledit de Nantes, et porta des biens immenses dans les pays étrangers.

SECRÉTAIRES DÉÏAT

ET r.ONTBÔLEURS-GENÉRAUX DiES FIXAMES.

Hr

LEXRI-AUGLSTE liE Lo>lÉXlE, COnite PE Br.iE*fîrE ,

eut le département des aliaire.s étrangères pendant la minorité de.Louis XIA'. Sa fierté ne lui lit point de tort, parcequ'elle était fondée sur des sentiments d'bonnenr. "Vous avons de lui des mémoires instruclis. 'dort eu i6()6.

l'n.vxcois SvBLET DES ZSoYERs, retiré en 164^; mort en t645.

Claude tr. Boctillier de Chavigm eut le département de la guerre ; mort en i652.

Louis PiiEurrEvux, inartjnis de la Vrilliere , eut le déparlement des affaires du royaume ; mort en 168 1.

Louis Phelippeaux, son Gis, fut reçu eu sur\'ivance; mais la charge fut donnée à un autre de ses enfants, Rallhasar Phelijipeanx, qui eut pour successeur un autre Louis l'helippeau.x son fils. Baltbasar Phelij)|ieaux, reçu en survivance en 1669, entre en exercice en 1676: mort en 1700. Tous iioiï estimés pour leurs vertus, et aimés pour leur

SECRÉTAIRES D'ETAT. i8i doaceiir. Cette charge de secrétaire d'état est restée sans interruption dans la famille des Phelippeaux pendant cent soixante-cinq ans, depuis Paul Phelippeaux, fait secrétaire d état en 1610, jusqu'à Louis Phelippeaux , duc de la Yrilliere , retiré en

Henki-Lotiis de Loménie , comte de Bbienne , fils de Henri-Auguste, eut la vivacité de son père, mais n'en eut pas les autres qualités. Etant conseiller d'état dès l'âge de seize ans, et destiné aux affaires étrangères, envoyé en Allemagne pour s'instruire, il alla jusqu'en Finlande, et écrivit ses voyagfes en latin. Il exerça la charge de secrétaire d'état des affaires élrangeres à vingt-trois ans; mais, ayant perdu sa femme , Henriette de Chavigni , il eu fut .si affligé, que son esprit s'aliéna : on fut obligé de l'éloigner de la société ; le resti' de sa vie fut très malheureux. Ou a déchiré sa mémoire dans les derniers dictionnaires historiques ; on devait montrer de la compassion pour son état, et de la considération pour son nom.

Hugues, marquis de Lyonne, d'une ancienne maison de Dauphiné , eut les affaires, étrangères jusqu'en 1670. On a de lui des mémoires. C'était nn'homme aussi laborieux qu'aimable : son lils avait obteun la survivance de sa charge; mais, à la mort du père, elle fut donnée à M. de Pompone. Mort en 1671.

Jean-Baptiste Colrfrt s'avança uniquement par .son mérite : il parvint à être intendant du cardinal Alazarin. S'étant instruit à fonfl de toutes les parties du gouvernement , et particulièrement des finances, il devint un homme nécessaire danï le délabrement où le cardinal Mazarin, le surintendant l'ouquet, et encore plus le malheur des temps , avaient mis les finances. Louis XIV le fit travailler secrètement

i8a SECRliTAlR ES D'ETAT. ,

avec lui pour s'iitstruire. Il perdit I-'ouqnet de ccm- l cert avec le Tclticr, alors seciét:>ire d'état : mais il ' se fit pardonner cet acliarnenient par l'ordre invariable qu'il mit dans les finances , et par des services dont ou ne doit point perdre la mémoire. Coutrôlear-général en i664i on peut le regarder comme le fondateur du commerce et le protecteur de tous les arts : il n'a point négligé l'agriculture^ comme on le dit dans tant de livres nouveaux; soa génie et ses soins ne pouvait nt négliger cette partie essentielle. Ou ne peut lui reprocher peut-être que d'avoir cédé au préjugé qui ne voulait pas que le commerce des grains avec l'étranger restât libre. Mort en i6S5.

.Te.4.?î-Baptiste Coi.r.EBT, marquis DE Sr.iGXEtAi, fils du précédent , d'un esprit plus vaste encore que son père, beaucoup plus brillant, et plus cultivé; secrétaire d'étal de la marine, qu'il rendit la plu» belle de l'Europe ; moit en 1690.

CnARj.Es CoLBERT DE Crotssi , frcrc du grand Colbert, secrétaire d'état des affaires étran^^ercs, en. 1679, après plusieurs ambassades glorieuses. Il eut la place de secrétaire d'état d'Arnaud de Potupoue; mais on le place ici pour ne point interrompre la 1 liste des Colbert. Mort en 1696.

.TEAri-liAPTisTE Coi.BERT, Hiarquis DE ToRcr, His du précédent, secrétaire d'élat des affaires étrangères, à la mort de son père. Il joignit la dextérité à la probité, ne donna jamais de promesses qu'il ne tint, fut aimé et respecté des étrangers. Mort ea-

Simon Ar>" avd de Pompone , secrétaire d'état des affaires étrangères, en 1671 ; hoiume savant et de beaucfuip d'esprit, ainsi que presque tous les Arnaud; chéri dans la société, et préférant quelquefois les agréments de cette société ans. affaires;

SECRÉTAIRES D'ÉTAT. iS3

renvoyé en 1679, ^* remplacé par le marquis de Croissi. 11 ne fut point secrétaire d'état toute sa ■vie, comme le disent les nouveaux dictionnaires historiques; mais le roi lui conserva le titre de ministre d'état, avec la permission d'entrer au conseil ; permission dont il n'usa pas. Mort en iGç)f).

Michel le Tellier, le chancelier, secrétaire d'état jusqu en 1666. ^

François-Michel le Tellier , marquis de Lou- Tois, le plus grand ministre delà guerre qu'on eût vu jusqu'alors, secrétaire d'état en 1666. Il (ut plus estimé qu'aimé du roi, de la conr, et dn public ; il eut le bonheur, comme Colbert, d'avoir des descendants qui ont fait honneur à sa maison, €t même des maréchaux de France. Il n'est pas vrai c[u il mourut subitemeut au sortir du conseil, comme on l'a dit dans tant de livres et de dictionnaires : il prenait les eaux de Balaruc , et voulait travailler en les prenant: cette Ardeur indiscrète de travail causa sa mort en 1691.

Louis-François le Tellier, marquis de Rarbe- EiEux. fils du marquis de LouA'ois , secrétaire d'état de la guerre, après Ja mort de son père ; jeune homme qui commença par préférer les plaisirs et le faste au travail : mort à trente-trois ans , en i 70 1 .

Claude le Pelletier, président aux enquêtes, prévôt des marchands, homme de bien, modeste, retiré , travailla au code de droit canon. Cette étude ne paraissait pas le dcsii^uer pour successeur du grand Colbert; cependant il le fut en 16X3. On dit au roi qu'il u'étHït pas propre pour cette place, parcequ'il n'était pas assez dur: • C'est pour cela que je « le choisis -i, répondit Louis X.IV. 11 quitta le ministère et la cour au bout de sixaus. Toute sa famille a été renommée, comme lui, pouv son intégrité. Mort en 1 7 j I ,

i84 SECRÉTAIRES D'ÉTAT.

Louis Pheltppeaux, comk- de Pontcharfrain, le même qui fut chancelier, commença par être premier président du parlement de Bretagne, tonlrô- Jeur-général en 1690, après la retraite du contrôleur-général le Pelletier; secrétaire d'état après la mort du marquis de Seignelai , la même année 1 690. C'est lui qui, par l'avis de l'abbé Bignon, soumit toutes les académies aux secrétaires d'état, excepté l'académie française , qui ne pouvoit dépendre que du roi.

JÉRÔME Phelippeaux, comtc de Pontchartrain , fils du précédent, secrétaire d'état, du vivant de son père le chancelier, exclus par le duc d'Orléans à la mort de Louis XIV.

Michel Chamillart, conseiller d'état, contrôleur-général en 1699, secrétaire d'état de la guerre en 1701 ; homme modéré et doux; ne put porter ces deux fardeaux dans des temps difliciles'; obligé bientôt de les quitter. Son lils, qui avait la survivance du ministère de la guerre , se démit en 1 709, en même temps que lui. Mort en 17,21.

Daniel Voisin, secrétaire d'état de la guMre en 1709, exerça le ministère, quoique chancelier, en 1714^ jusqu'à la mort de Louis XIV.

NicoL\sDi SMARETs, coutrôleur-géuéral en 1 708, zélé , labiirieu.v, intelligent , ne put réparer les maux de la guerre : démis après la mort de Louis XIV, Eu quittant sa place il donua au régent une apologie de son adiiiiiiistraliou, qu'on a imprimée depuis. Il y parle avec franchise des opérations injustes en elles-mêmes auxquelles il a été forcé, par le mallieur des temps , pour prévenir de nouveaux mallieurs et de plus grandes injustices. Ce mémoire prouve qu il avf)it-des talents, une grande modestie, et des iuteutions droites. On peut le regarder comme un modèle de la mauiere .simple, noble, respec-

SECrxÊTAIRES D'ÉTAT. i85

Vuense, et ferme, qtii convient à un ministre obligé de reudie compte de son administration. Il fut immolé à la haine publique , et ses successeurs le lireut regretter. Mort en 1721.

CATALOGIE

De la plupart des écrivains français qsii ont ]»aru dans le . siècle de Louis XIV, pour serWr à l'histoire littéraire de ce temps.

Abadie, ouLabadie (.lean), né enOuîenne, eri 1610, jésuite, puis janséniste, puis protestant-; voulut faire enfin une secte et s'unir avec Bonrignon, qui lui répondit qne chacun avait sou .Saint- Esprit, et que le sien était fort supérieur à celui d'Abadie. On a de lui trente et un volumes de fanatisme. On n'en parle ici que pour montrer l'a- \eugleracnt de l'esprit humain. Il ne laissa pas d'avoijtdes disciples. Mort à Altena, en i(J74-

AbbTdie (.lacques), néeuEéarn, en iCHS, célèbre par son Traité de la relie,ion chrcUenne , mais qui fit tort ensuite à cet ouvrage par relui de Y Ouverture des sept sceaux. Mort en Irlande, en Ï727.

ABi-AîrrouRT (Nicolas Perrot d"), d'tine ancienne famille du parlement de Paris, né à V'itri, en 1606. Traducteur élégant, et dont on appela chaque traduction la belle infidèle. 3Iort pauvre en 1664.

Af:nERi (Luc d'), bénédictin, grand et judicieux compilateur , né en i6o8, mort en i(JS.>.

Alexandre ( Noël ) , néàRoneii, enifiSf), do- ^Biiuicaia, Il a fait beaucoup d'ouvrages de théologiq,

T8f) ECRIVAINS

et disputé beaucoup sur les usages de la Chine ,

contre les iésmtes fjui en revenaient. Mort en 1724.

AMtLOT DE LA Houss.viE (Nicolas), né à Orléans, eu i634. Ses traductions avec des notes politi<[ues, et ses liistoires, sont fort lechercliëes ; ses mémoires, par ordre alphabétique, sont très fautifs. Il est le premier qui ait fait connaître le gouvernement de Venise. Son histoire déplut an sénat , qui était encore dans 1 ancien préjugé qu'il y a des mystères politi<[ues qu'il ne faut pas ré- Teler. 'On a appris depuis qu'il n'y a plus de mystère, et que la politique consiste à être riche, et à entretenir de bonnes armées. Amelot traduisit et commenta le l' rince de Afai/iiafei , livre longtemps cher aux petits seigneurs qui se disputaient de petits états mal gou-\ernés, devenu inutile dans un temps ou tant de grandes puissances, toujours armées, étoufffut l'ambition des faibles. Amelot se croyait le plus grand politique de l'Europe ; cependant il ire sut jamais se tirer de la médiocrité, et il mourut dans la misère : c'est qu'il était politique par son esprit, et non par son camctere. Mort en 1706.

Amelotte ( IVnis ) , né en Saintonge, en 1606, de l'Oratoire. Il est principalement connu par une assez bonne version du Nouveau Testament. Mort en 1678.

AMOsro^ (Guillaume), né à Paris, en i663, excellent mécaniiien : mort eu 1699.

Aîfc.îLLOX (David), né à Metz, en 161 7, cal- Tiniste ; et son fils, Charles, mort à Berlin , en 1713, ont eu quelque réputation dans la littérature.

AssKLME, moi'M- augustiu, le premier qui ait fait une histoire généalogique des grands officiers de la couronne, continuée et augmentée par du Eourni , auditeur des comptes. Ou a uiy: notion

très vague de ce qui constitue les grands officiers : on s'imagine que ce sont ceux à qui leur charge donne le titre de Eraiid , comme arand écuyer, srand échan^on : mais le connétable, les maréchaux , le chancelier , sont grands officiers , et n'ont point ce titre de grand, et d'autres qui l'ont ne sont point réputés grands officiers. Les capitaines des gardes, les premiers gentilshommes de la chambre, sont devenus réellement de grands officiers, et ne sont pas comptés par le P. Anselme. Rien n'est décidé sur cette matière , et il y a autant de confusion et d'incertitude sur tous les droits et sur tous les titres en I''rance qu il v a d'ordre dans l'administration. Mort en 1694.

Arnaud ( Antoine ) , vingtième fils de celui qui plaida contre les jésuites, docteur de Sorbonne , né en 1612. Rien n'est plus connu que son éloquence, son érudition, et ses disputes, qui le rendirent si célèbre et en même temps si malheureux , selon les idées ordinaires qui mettent le malheur dans l'exil et dans la pauvreté, sans considérer la gloire, les ami^, et une vieillesse sai:ie , qui furent le partage de cet hf>mme fameux. Il est dit dans le supplément au Moréri, qu'Arnaud, en i68g, pour avoir les bonnes grâces de la cour, fit un libelle contre le roi Guillaume , intitulé : Le vrai portrait de Guillaume - Henri de Nassau, nouvel Ab salon , nouvel Hé rode, nouveau Cromwell , nouveau Néron. Ce style, qui ressemble à celui du P. Garasse, n'est guère celui d'Arnaud. Il ne songea jamais à flatter la cour. Louis XIV eût fort mal reçu un livre si grossièrement intitulé ; et ceux qui attribuent cet ouvrage et cette intention au fameux Arnaud , ne savent pas qu'on ne réussit point à la cour par des livres. Mort à Bruxelles, eu 1694.

lU ecrivai:ns

L'antenr du dictionnaire historique, littéraire, critique, et janséniste, dit, à l'article Arnaud, « qu'aussitôt que son livre sur la Fréquente com- « luuuion parut, l'enfer en frémit, et que le jésuite ■« Nouet fit la première attaque». 11 est difficile de savoir au juste quelle est l'opinion de l'enler sur un livre nouveau; et, à l'éiiard des hoinnies, ils ont ealièrement ouLlié le P. Nouet. Il est très vrai que la plupart des écrits polémiques d'Arnaud ne sont plus connus aujourd'hui : c'est le soit de presque toutes les disputes. Le dictionnaire historique, littéraire, critique, et janséniste, s'emporte un peu contre cette vérité; il a raison : mais l'anteur devroit savoir que les injures prodiguées au sujet de querelles théologiqnes sont aujourd'hui aussi méprisées que ces querelles mêmes ; et c'est beaucoup dire.

Ar>"aud-d' A^DiLLY ( Robert ) , frère aîné du précédent , né en lâSS, l'un des plus grands écrivains de Port-lloval. Il présenta à Louis Xl'N'^, à l'Age de quatre-vingt-cinq ans, sa traduction de Joseph^ qui de tous ses ouvrages est le plus recherché. Il fut père de .Simon Arnaud , marquis de Pompone, ministre d'état ; et ce ministre ne put empêcher ni les disputes ni les disgrâces de son oncle le docteur de .Sorbonue. JMorteu 1674.

AuBKiXAC (François d"), né en 1604. 11 n'eut jamais de maitre que lui-même. Attacljé au cari'.inal de Richelieu, il était l'ennemi de Gjrneille. Sa Pratit/iid du tlicdtre est peu lue : il prouva par sa tragédie de Zcnolic que les coiiuaissaaces ne donnent pas les talents. Mort en 1676.

AuBKi (Antoiue), né en 1016. On a de lui les f^ies des cardinaux de Riclieiieu et dr Maznrin^ ouvrages médiocres, mais dans lesquels nu peut s'instruire. Mort en 1695. C'est lui qui le

DU SIECLE DE LOUIS XIV. i8<)

iitemier fit conuoître la fourberie de l'auteur du Testament politique du cardinal de Richelieu.

La comtesse d'Aunoi. Sou Voyage et ses Mémoires d'Espagne ^ et des romans écrits avec légèreté , lui firent quelque réputation. Morte en 1705. '

D'AvRiGNY, jésuite, auteur d'une nouvelle manière d'écrire Ihistoire. On a de lui des Annales chronologiques depuis 1 60 \jaseju ài'^iS. On y voit ce qui s'est passé de pl;!s important dans l'Europe exactement discuté, et en peu de mots; les dates sont exactes : jamais ou n'a mieux su discerner le vrai, le faux, et le douteux. Il a fait aussi des Mémoires ecclésiastiques; mais ils sont malheureusement infectés de l'esprit de parti. Marcel et lui ont été tous deux effacés par l'Histoire chronologique de France du président Hénault, l'ouvrage à la lois le plus court, le plus plein que nous ayons en ce genre, et le plus commode pour les lecteurs.

Baillet (Adrien), né près de Heauvais , en 1649 , critique célèbre : mort en 1706.

Raluze (Etienne), du Limo.usin , né en i63o. C'est lui qui a formé le recueil des manuscrits de la bibliothèque de Colbert. il a travaillé jusqu'à l'âge de quatre-vingt-huit ans : on lui doit sept volumes d'anciens monniueuts. Exilé pour avoir soutenu les prétentions du cardinal de Bouillon, qui se croyait indépendant du roi , et qui fondait son droit sur ce qu'il était né d'une maison souveraine, et dans la principauté de Sedan, avant que l'échange de cette souveraineté avec le roi eût été consommé. Mort en 171 8.

Balzac (Jean-Louis), né en 1594, homme éloquent , et le premier qui fonda un prix d'éloquence. 11 eut le brevet d'historiographe de France et de coQseiller d'état, qu'il appelait de magnifiques ba-

ït)o ECRIVAINS

gatelles. La langue française lui a une très grande obligation. Il donna le premier du nombre et de riiarmonie à la prose. Il eut de son vivant tant de réputation , qu'un nommé Goulu , général des feuillants , écrivit contre lui deux volumes d'injures. Mort en i654.

Baratier , le plus singulier peut-être de tous les enfants célèbres. Il doit être compté parmi les Français, quoique né en Allemagne : son père étoit un prédicaut réfugié. Il sut le grec à six ans, et l'hébreu à neuf, C est à lui que nous devons la traduction des vovages du .luif Benjamin de Tudelle , avec des dissertations curieuses. Le jeune Baratier était déjà savant en histoire, en philosophie, en mathématiques : il étonna tons ceux qui le connurent pendant sa vie. et en fut regretté à sa mort ; il n'avait que dix-neuf ans lorsqu'il fut ravi au monde. Il est vrai que son père travailla beaucoup aux ouvrages de cet enfant.

Bareeyrac (.Tean), né à Béziers , en 1674 < «calviniste, professeur en droit et en histoire à Lausanne, traducteur et commentateur de Puffendorf et de Grotius. Il semble que ces Tj-nités du droit des gens , de la guerre , et dr la paix , qui n'ont jamais servi, ni à aucun traité de paix, ni à aucune déclaration de guerre, ni à assurer le droit d'aucun homme, soient une consolation pour les peuples des maux qu'out faits la politique et la force. Ils donnent l'idée de la justice, comme oa a les portraits des personnes célèbres qu'on ne peut voir. .Sa préface de Puffendorf mérite d'être lue : il y prouve que la morale des Pères est fort inférieure à celle des philosophes modernes. Mort en 1729.

Barbikr u'Au(ol-r (lêau), connu chez les jésuites sruis le nom de VAt>ocal Sncrrs^ et dan.s le juonde par sa Critique da entretiens du P. liou-

DU SIECLE DE LOUIS XIV. igr hoiirs, et par l'excellent plnidovfrponr un homme innocent appliqué à la question et mort dans ce supplice. Il fut long-temps prott'i;;é par Colbert , qui le lit contrôleur des Làtinieuts du roi ; mais ayant perdu son protecteur, il mourut dans la misère en iG94-

Barbier (mademoiselle) a fait quelques tragédies.

Bai, ON (Michel). On ne croit pas que les pièces , qu'il douna sous son nom soient de lui. Son mérite plus reconnu était dans la perfection de l'art da comédien, perfection très rare, et qui n'appartint qu'à lui. Cet art demande tous les dons de la nature, une grande intelligence, un travail assidu^ une mémoire imperturbable, et sur-tout cet art si rare de se transformer en la personne qu'on représente. Yoilà pourtant ce qu'on s'obstine à mépriser. Les prédicateurs venaient souveut à la comédie dans une loge grillée étudier Baron, et de là ils allaieut déclamer contre la comédie. C'est la coutume que les confesseurs exigent des comédiens mourants qu'ils renoncent à leur profession. Baron avait quitté le théâtre, en 1691, par dégoût ; il y avait remonté, en 1720, à l'âge de soixante-huit ans, et il y fut encore admiré jusqu'en l'année i 729. Il était alors âgé de près de soixante et dix-huit ans : il se relira encore, et mourut la même année, en protestant qu'il n'avait jamais eu le moindre scrupule d'avoir déclamé devant le public les chefsd'œuvre de génie et de morale des grands auteurs de la- nation ; et que rien n'est plus impertinent que d'attacher de la honte à réciter ce qu'il est glorieux de composer.

B \RRFAUx(.lacques de la Vallée, seigneur Des-), est connu des gens de lettres et de goût par plusieurs petites pièces de vers agréables dans le goût de Sarasin et de Chapelle, 11 était conseiller au

parlement. On sait qu'enunyé d'un procès dont il était rapporteur, il paya de son argent ce que le demandeur exigeait, jeta le procès au feu, et se démit de sa charge. Ses petites pièces de poésies sont encore entre les mains des curieux ; elles sont toutes assez hardies. La voix publique lui attribua un sonnet aussi médiocre que fameux, qui finit par ces vers :

Tonne,frappe,il est temps; rends-moi guerre pour guerre: J'adore, en périssant, la raison qui t'aigrit. Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre. Qui ne soit tout couvert du saug de Jésus-Christ?

Il est très faux que ce sonnet soit de Des-Barreaux; il était très fâché qu'on le lui imputât. 11 est de l'abbé de Lavau, qui était alors jeune et inconsidéré : j'en ai vu la preuve dans une lettre de Lavau à l'abbé Servien. Des-Barreaux mort en 1673.

Basnage (Jacques ), né à Konen , en 1 653, calviniste , pasteur à la Haye , plus propre à être ministre d'état que d'une paroisse. De tous ses livres, son Histoire des Juifs ^ celle ues Prouinces-hnies , et (te l'EvJise , sont les plus estimés. Les livres sur le.s affain;s du temps meurent avec les atïaires ; les ouvrages d'une utilité générale subsistent. Mort

Basnage de BEA.UVAI, (Henri), de Rouen, avocat en Hollande, mais encore plus philosophe, qui a écrit (te la tolcrance des relit^ions. Il était laborieux ; et nous avons de lui le Dictionnaire de Fitretiere augmenté. Mort en 17 10.

Bassompierrk (François, maréchal de). Quoique ses mémoires apparlieiinent au siècle précédent, on peut le compter dans cette liste, étant mort en i O/16.

Baudranu (Michel), ué à Paris, en iti33, géographe, moius estimé que Sanson. Mort en 1700.

DU SIECLE DE LOUIS XIV. igS-

Bayi.e ( Pierre ) , ne au Cariât , dans le comté de Koix, en 1647 1 retiré en Hollande plntôt comme philosophe que comme calviniste . persécuté pendant sa vie par Turieu, et après sa mort par les ennemis de la philosophie. Ce savant, que Lonis Racine appelle un homme affreux, donnait aux pauvres son superflu : et quand .luiieu lui eut fait retrancher sa pension, il refusa une augmentation de l'honoraire que lui donnait Reiniers Leers, son imprimeur. S'il avait prévu combien son Dictionnaire serait recherché , il l'aurait rendu encore plus utile en retranchant les noms obscurs , et en y ajoutant plus de noms illustres. C'est par son excellente manière de raisonner qu'il est sur-tout recommandable , non par sa manière d'écrire , trop souvent diffuse, lâche, incorrecte, et d'une familiarité qui tombe quelquefois dans la bassesse. Dialecticien admirable plus que profond philosophe, il ne savait presque rien en physique. Il ignorait les découvertes du grand Newton. Presque tous ses articles philosophiques supposant ou combattent, un cartésianisme qui ne subsiste plus: il ne connaissait d'autre définition de la matière que l'étendue : ses autres propriétés reconnues ou soupçonnées ont fait naître enfin la vraie philosophie. On a eu des démonstrations nouvelles et des doutes nouveaux : de sorte qu'en plus d'un endroit le sceptique Rayle n'est pas encore assez sceptique. Il a vécu et il est mort en sage. Des-Maiseaux a écrit sa vie en un gros volume ; elle 11e devait pasi contenir six pages : la vie d'un écrivain sédentaire est dans ses écrits. Mort en 1 706.

Il ne faut jamais oublier la persécution que le fanatique .Turieu suscita dans un pays libre à ce philosophe. Il arma contre lui le consistoire calvi-.

niste sous plusieurs prétextes, et sur-tont à l'occasion du fameux article de David. Rayle avait fortement relevé les excès, les trahisons, et les barbaries que ce prince juif avait commises dans IfS temps où la grâce de Dieu l'abandonnait. 11 n'eût pas été indécent à ce consistoire d'engager Eayle a célébrer ce prince juif qui lit une si belle pénitence , et qui obtint de Dieu que soixante et dix mille de ses sujets mourussent de la peste, ponr expier le crime de leur roi, qui avait osé faire le dénombrement du peuple. Mais ce qui doit être soigneusement observé , c'est que ces pasteurs , dans leur censure, le reprennent d'avoir quelquefois donné des éloges à des papes gens de bien, et lui enjoignent de ne jamais justifier aucun pape, parcequu , disent-ils expressément , ils ne sont pas d« leur église. Ce trait est un de ceux qui caractérisent le mieux l'esprit de parti. Au reste on a voulu continuer son dictionnaire; mais on n'a pu l'imiter. Les continuateurs ont cru qu'il ne s'agissait que de compiler: il fallait avoir le génie et la dialectique de Ravie pour oser travailler dans le même genre.

Beavmont DE PÉRÉFixE (Hardouin), précepteuf de Louis "XIV, archevêque de Paris. Son Histoire de Henri IV , qui n'est qu'un abrégé, fait aimer ce grand prince, et est propre à former un bon roi. Il la composa pour son élevé. On crut que Mézeray V avait eu part ; en effet il s'y trou^ e beaucoup de ses manières de parler: mais Méz.eray n'avait pas ce style touchant et digue en plusieurs endroits da prince dont l'érélixe écrivait la vie, et de celui à qui il l'adressait. Les excellents conseils qui s'y trouvent pour gouverner par soi-même ne lurent insérée que dans la seconde édition, après la mort

DU SIECLE DE LOUIS XIV. igS

du cardinal Mazaiin. On apprend d'ailleurs à connaître Henri IV beaucoup plus dans cette histoire que dans celle de Daniel, écrite un peu sèchement, et où il est trop parlé du P. Coton, et trop peu des grandes qualités de Henri IV et des particularités de la vie de ce bon roi. Péréfixe émeut tout cœur •né sensible, et fait adorer la mémoire de ce prince, dont les faiblesses n'étaient que celles d'un homme aimable, et dont les vertus étaient celles d'un grand homme. Mort en 1670.

De Beacsobre ( Isaac ) , né à Tsiorf en iti.îig, d'une maison distinguée dans la profesion des armes , l'un de ceux qui ont fait honneur à leur patrie qu'ils ont été forces d'abandonner. vSon Histoire au manichéisme est un des livres les plus profonds, les plus curieux, et les mieux faits: on y développe cette religion philosophique de Manès, qui était la suite des dogmes de l'ancien Zoroastre et de l'ancien Hermès , religion qui séduisit long-temps saint Augustin. Cette histoire est enrichie de connaissances de l'antiquité ; mais enfin ce n'est ( comme tant d'autres livres moins bons ) qu'an recueil des erreurs humaines. Mort à Berlin en 17 38.

Benserade (Isaac de), né en Normandie en 1612. Sa petite maison de Geutilli, où il se retira sur la fin de sa vie, était remplie d'inscriptions en vers , qui valaient bien ses autres ouvrages ; c'est dommage qu'on ne les ait pas recueillies : mort en 1691.

Bergier ( jN'icolas ) , a eu le titre d'historiographe de France ; mais il est plus connu par sa curieuse Histoire des grands chemins de l'empire romain, surpassés aujourd'hui par les nôtres en beauté, m^is non pas en solidité. Son fils mit U

dernière main à cet ouvrage utile , et le fit imprimer sous Louis XIV : moit en i6a3.

Bernard ( Mademoiselle ) ," auteuf de quelques pièces de théâtre, conjointement avec le célèbre liernard de Fontenelle, qui a fait presque tout le £rutus. Il est bon d'observer que la t able allégorique de ,i imagination et du bonheur, qu'on a imprimée sous son nom , est de l'évêque de Nîmes , la Parisiere , successeur de Fléchier.

Bernard ( Jacques ), du Dauphiné , né en i658 , savant littérateur. Ses journaux ont été estimés : mort en Hollande en 1718.

Bernier ( François), surnommé le Mogol , né à Anvers, vers l'an i625. Il fut huit ans médecin de l'empereur des Indes. Ses voyages sont curieux. Il voulut avec Gassendi renouveler en partie le système des atomes d'Epicure; eu quoi certes il avait très grande raison , les espèces ne pouvaut être toujours reproduites les mêmes, si les premiers principes ne sont invariables : mais alors les romans de Descartes prévalaient. Mort eu vrai philosophe, en 1688.

L'abbé Le Beuf, né en 1C87, l'un des plus savants hommes dans les détails de l'histoire de France. Il aurait été employé par un Colbert, mais il vint trop tard : mort en 1760.

BiGNON (.Jérôme), né en iSgo. Il a laisse un plus grand nom que de grands ouvrages. Il n'était pas encore du bon temps de la littérature. Le parlement , dont il fut avocat-général, chérit avec raison sa mémoire : mort en i65().

RiLLAUT ( Adam ) , connu sous le nom de îMaître Ad^vm , menuisier à Nevers. Il ne faut pas oublier cet lioninie singulier qui , sans amiiue littérature, devint poëte dans sa boutique. On ne peut s'em-

pécher de citer de lui ce rondeau , qui vaut mieux €[ue beaucoup de rgndeaux de Benserade :

Pour te guérir de cette sciafique Qui te retient , cotnine uq paralytique , Entre deux draps sans aucuu mouvement, Prends-moi deux brocs d un fin jus de sarment; Puis Lis comment on le met eu pratique. Prends-en deux doigts , et bien cLiauds les applique Sur répidcrme où la douleur te pique.

Et tu boiras le reste promplement , Pour te guérir.

Sur cet avis ne sois point hérétique ; Car je te fais un serment authentique Que , si tu crains ce doux médiraraent. Ton médecin, pour ton soulagement.

Fera l'essai de ce qu'il communique Pour te guérir.

Il eut des pensions du cardinal de Richelieu et de Gaston, frère de Louis XIII. Mort en 1662.

BocuART (Samuel), né à Rouen en 1399, calviniste , un des plus savants hommes de l'Europe dans les langues et dans l'histoire , mais systématique, comme tous les savants. Il fut un de ceux qui allèrent en .Suéde instruire et admirer la reine Christine. Mort en 1667.

BoiLEAU DesprÉaux ( Nicolas ) , de l'académie, né an village de Crône, auprès de Paris, en 16 36. Il essaya du barreau, et ensuite de la Sfirbonne. Dpgoiité de ces deux chicanes, il ne se livra qu'à son talent, et devint l'honneur de la France. On a tant commenté ses ouvrages , on a chargé ces commentaires de tant de minuties , que tout ce qu'on pourrait dire ici serait superflu.

19» ÉCRIVAIINS

On fera seuleitijent une remarque qni paraît essentielle , c'est qu'il faut distinguer soigneusement dans ses vers ce qui est devenu proverbe d'avec ce qui mérite de devenir maxime. Les maximes sont nobles , sages et ntiles , elles sont faites pour les liomines d'esprit et de goût , pour la bonne compagnie : les proverbes ne sont que pour le vulgaire ; et l'on sait que le vulgaire est de tous les états.

Pour paraître bonuète homme , en effet il faut l'être. On me verra dormir au braide de sa roue.

{la roue de la fortune.) Cbaque âge a son esprit, ses plaisirs, et ses mœurs. L'esprit II est poiut ému de ce qu'il ne croit pas. Le vrai peut quelquefois uêtre pas vraisemblable.

Voilà ce qu'on doit appeler des maximes dignes des hounêtes gens. Mais pour des vers tels que ceux-ci :

J'appelle un chat lui chat, et Rolet un frippon. Va-t-en chercher ton paiu de cuisine en cuisine. Quand je veux dire bhinc, la quiutiusc dil noir. Aimez-vous )a muscade ?\ ou en a mis par-tout. La raison dit Virgile , et la rime Quiouult.

ce sont-là plutôt des proverbes du peuple que des vers dignes dètre retenus par les connaisseurs. Mort en 1711.

Boir.EAU (Gilles), né à Paris en i63i, frère aîné ,du fameux Boileau. Il a fait quelques traductions qui valent mieux que ses vers : mort en i(i()i).

Boileau ( .Tacqties ) , autre aîné de Despréanx , docteur de Sorbouue : esprit binarre qui a fait des livres bizarres, écrits ilaus un latin extraordinaire j comme l'histoire des Jlagellans , tes

attoiichemcns impiidi(jues ^ les habits des prêtres, etc. On lui demandait pourquoi il écrivait toujours en latiu ; c'est, dit-il, d; peur que les évcques ne me lisent ; ils me persécuteraient. Mort en I 716.

Boi5^di:î ( Nicolas ) , trésorier de l'rance et procureur du roi de sa compagnie , de l'académie des belles-lettres, connu par d'excellentes recherches sur les théâtres anciens , et suc les tribus romaines^ par la jolie comédie du Port de mer. C était un critique dur : le dictionnaire historique et jauséniste le traite d'athée. I) n'a jamais rien écrit sur !a religion; pourquoi insulter ainsi à la mémoire d'un magistrat que les auteurs de ce dictionnaire n'ont point connu .^ quelle insoîenre punissable! Comme il était mort sans sacrements, les prêtres de sa paroisse voulaient lui refuser la sépulture, espèce de juridiction qu'ils prétendent avoir droit d'exercer; mais le gouvernement et les magistrats qui veillent au maintien des lois, de la décence, et des mœurs , répriment avec soin ces actes de superstition et de barbarie. Cependant on craiguit que ces prêtres n'ameutassent le petit peuple contre le convoi de Bolndin, ainsi qu ils l'avaient ameuté contre celai de Molière. Boindin tut euterre sans cérémonie : mort eu 1753.

BoisROBERT ( François Le Metei. ) , plus célèbre par sa faveur auprès du cardinal de Piichelieu , et par sa fortune , que par son mérite. Il composa dix-huit pièces de théâtre qui ne renssireut guère qu'auprès de son patron : more en itiôa.

BoiviN ( .lean ; , né en ?»'ormaudie en i63j, frère de Louis Boivin , et utile comme lui pour l'intelligeuce des beautés des auteurs grecs : mort en 172G.

L'abbé Du Bos. Son Histoire de la Ligne de

aoo ECRIVAINS

Cambrai est profonde , politique , intéressante: elle fait coanaître les usages et les mœurs da temps, et est nu modèle en re genre. Tous les artistes lisent avec fruit ses Réjlexions sur la poésie^ la peinture, et la musique: c"est ie livre le plus utile qu'on ait jamais écrit sur ces malieres chez aucune des nations de l'Europe. Ce qui fait la boulé de cet ouvrage c'est qu'il n'y a que peu d'erreurs et beaucoup de réflexions vraies, nouvelles et profoudes. de n'est pas un livre méthodique ; mais l'autenr pense et fait penser. Il ne savait pourtant pas la musique ; il n'avait jamais pu faire de vers, et n avait pas un tableau, mais il avait beaucoup lu, vu, entendu et rélléchi. Il "publia , pendant la guerre de la succession, uu ouvrage intitulé. Les intérêts de V Angleterre mal enlenihis dans la guerre présente : il y prédit la séparation des colonies anglaises comme la suite nécessaire de la destruction de la puissance française dans l'Amériqne septentrionale . du bcsoiu qu'aurait l'Angleterre d'imposer des taxes sur ses colonies , et du refus qu'elles feraient de se soumettre à ces taxes : mort en 1742.

Bossu (René Le), né à Paris en i63i. Chanoine régulier de Saint-Geneviève. Il voulut concilier Aristote avec Descartes ; il ne savait pas qu'il fallait les abandonner l'un et l'autre. Soa traité sur le Poème épique a beaucoup de réputation , mais il ne fera jamais de poètes. Mort eu

BossrET (.Jacques Bénigne), de Dijon, né en 1627., évêque de Condom , et ensuite de Meaux. On a de lui cinquante-un ouvrages ; mais ce sout ses Oraisons funèbres et son Discours sur i histoire unii^erselle qui l'ont conduit à l'immorta-

lité. On a imprimé plusieurs fois que cet évèqne a vécu marié ; et Saint-Hyaciathe , connu par la part qu'il eut à la plaisanterie de Malhauasius, a passé pour son fils ; mais c'est une fausseté reconnue. La famille des Secousses, considérée dans Paris, et qui a produit des personnes de mérite , assure qu'il y eut un contrat de mariage secret entre Bossnet, encore très jeune, et mademoiselle Des- Vieux ; que cette demoiselle fit le sacrilice de sa passion et de son état à la fortune que l'éloquence de son amant devait lai procurer dans l'église ; qu'elle consentit à iLe jamais se prévaloir de ce contrat , qui ne fut point suivi de la célébration ; que Bossuet , cessant ainsi d'être son mari , entra dans les ordres ; et qu'après la mort du prélat ce fut cette même famille qui régla les reprises et les conventions matrimoniales, .lamais cette demoiselle n'abusa, dit cette famille , du secret dangereux qu'elle avait entre les mains. Elle vécut toujours l'amie de l'évêque de Meaux dans une nnion sévère et respectée. Il lui donna de quoi acheter la petite terre de Manléon , à cinq lieues de Paris. Elle prit alors le nom de Mauléon , et a vécu près de cent années. On raconte qu'ayant dit au jésuite la Chaise, confesseur de Louis XIV : « On sait que je ne suis pas janséniste ^ : la Chaise répondit : « On sait que vons n'êtes que mauléoniste ». Au reste ou a prétendu que ce grand homme avait des sentimens philosophiques différents de sa théologie, à peu-près comme un savant magistrat qui, jugeant selon la lettre de la loi, s'élèverait quelquefois en secret au-dessus d'elle par la force de son génie. Mort en 1704.

BoucHENu DE Valboknais ( .lean-Picrre ) , né à Grenoble en i65i. Il voyagea dans sa jeunesse, et se trouva sur la flotte d'Angleterre à la ba-

taille de Solbaye : il fut depuis premier président de la chambre des comptes du Dauphiné. Sa mémoire est chère à Greuoble pour le bien qu'il fit, et aux gens de lettres pour ses grandes recherches. Ses A/e/noires sur le Dauphiné furent composés dans le temps qn"il était aveugle , et sur les lectures qu on lui faisait. Mort en 1730.

BouDiER, auteur de quelques vers naturels. Il fit en mourant, à quatre-vingt-dix ans, son épitaphe ;

J étais poète , historien ;

Et maintenant je ne suis rien.

BovHiER ( .Tean ) , président du parlement de Dijon, né eh 1673. Son érudition l'a rendu célèbre. 11 a traduit en vers français quelques morceaux d'ancieus poètes latins. Il pensait qu'on ne doit pas les traduire autrement ; mais ses vers font voir combien c'est une entreprise difiicile. Mort en I 746,

BouHOURS ( Dominique ) , jésuite, né à Paris en 1628. La langue et le bon goût lui ont beaucoup d'obligations. Il a fait quelques bons ouvrages dont on a fait de bonnes critiques : ex privatis odiis respublica crescit.

La vie de saint Ignace de Loyola, qu'il composa, n'a réussi ni chez les gens du monde, ni chez 1rs savants , ni chez les philosophes. Celle de Xavier a été plus mal rc^e. Ses Remarques Sur la langue , et sur-tout sa ^lanière de bien penser sur les ouvrages d'esprit^ seront toujours utiles aux jeunes gens qui voudront se former le goût : il leur enseigne à éviter l'enflure , l'obscurité , le recherché, et le faux : s'il juge trop sévèrement en quelques endroits le Tasse et d'autres auteurs italiens , il les condamne souvent avec

DU SIECLE DE LOUIS XIV. aoS

raison. Son style est" pur et agréable. Ce petit livre de la Manière de. bien penser blessa les Italiens , et devint une querelle de nation ; on sentait que les opinions de Bouhours, appuyées de celles de Roiloau , pouvaient tenir lieu de lois : le marquis Orsi et quelques autres composèrent deux très gros volumes pour justifier quelque» vers du Tasse.

Remarquons que le P. Bouhours ne serait guefe en droit de reprocher des pensées fausses aux Italiens, lui qui compare Ignace de Loyola à César, et Fraricois Xavier à Alexaudre, s'il n'était tombé rarement dans ces fautes. jMort en 1702.

B0U11.1.AU (Isniaël), de Londun , né en i6o5, savant dans l'histoire et dans les niaihématiques. Comme tous les astronomes de ce siècle, il se mêla d'astrologie, ainsi qu'on le voit dans les lettres que lui écrivait Desnoyers , ambassadeur en Pologne , et depuis secrétaire d'état ; c'était alors un moyen de faire la cour aux gens puissants : Confuoienduni ad astrologiam , astronomiœ aliricem , disait Kepler. Mort en 1694.

Le comte de Boulainvilliers , de la maison de Crouï , le plus savant gentilhomme du royaume dans l'histoire, et le plus capable d'écrire celle de France, s'il n'avait pas été trop systématique. Il appelle notre gouvernement féodal le chet-d'œu- Tre de l'esprit humain. Le système féodal pourrait mériter le nom de chef-d'œuvre en Allemagne ; mais en France il ne fut qu'un chef-d'œuvre d'anarchie. Il regrette les temjjs oit les peuples , esclaves de petits tyrans ignorants et barbares , n'avaient ni industrie, ni commerce, ni propriété ; et il croit qu'une centaine de seigneurs , oppresseurs de la terre et ennemis du roi , composaient le plus parfait des gouveraements. Malgré ce système

ao4 ÉCRIVAINS

il était excellent citoyen , comme, malgré son faible pour l'astrologie judiciaire, il était philosophe de celte philosophie qui compte la vie pour peu de chose, et qui méprise la mort. Ses écrits, qu'il faut lire avec précaution , sont profonds et utiles. On a imprimé, à la fin de ses ouvrages, nn gros mémoire « pour rendre le roi de France plus riche que tous les antres monarqnes ensemble ». Il est évident que cet ouvrage n'est pas du comte de Boulainvilliers ; cependant tons ces petits écrivains politiques, qui gouvernent l'état dans lenv grenier, citent cette rapsodie. Mort vers l'an 1720.

BouRDALOtiE, ué à Bourgcs en iliSa , jésuite ; le premier modèle des bons prédicateurs en Europe. Mort en 1704.

BouRSAiTLT ( Edrae ) , né en Bourgogne eu i638. Ses Lettre^ à Baùet, estimées de son temps, sont devennes, comme toutes les letti-es dans ce goût , l'amusement des jeunes provinciaux. On joue encore sa comédie à' Esope. Mort en 1701.

BocRZEis ( Amable de ) , né en Auvergne en 1606, auteur de plusieurs ouvrages de politique et de controverse. Silhon et lui sont soupçonnés d'avoir composé le Testament politi(/ue attri- ^ bué au cardinal de Richelieu. Mort en i()72.

BouRsiEH ( Laureut ) , de la société de Sorbonne , ué en 1679, auteur du fameux livre de Va&tion Je Dieu sur les créatures^ on de la pré/notion, physique. C'est un ouvrage profond par les raisonnements , fortifié par beaucoup d'éruilition, et orné quelquefois d'une grande éloquence ; mais l'attachement à certains dogmes peut ravir à ce célèbre écrit beaucoup de sa solidité et de sa force. L'auteur ressemble à nn homme d'état qui , en voulant établir des lois générales , les corrompt par des intérihs de famille. Il est troji dilicile d'al-

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 2o5 lier les systèmes sur la grâce avec le grand système de raclion éternelle et immuable de Di€U sur tout ce qui txiste. Il faut avouer qu'il n'y a que deux manières philosophiques d'expliquer la machine du monde ; ou Dieu a ordonné une fois , et la nature obéit toujours ; ou Dieu donne continuellement ù tout l't'tre et toutes les modifications de l'être : ua troisième parti est inexplicable.

Il est dit dans le nouveau dictionnaire histori- ~ que , littéraiie, critique, et janséniste, « que Boursier , semblable à raij;le, s'élève en haut et trempe sa plume daus le sein de Dieu ». On ne voit pas trop comment Dieu peut servir de cornet à M. Boursier. Voilà la première fois qu'on ait comparé Dieu à la bouteille à l'encre. Mort en 1744.

Brebeuf ( Guillaume ) , né en Normandie en 16 1 8. Il est coauu par sa traduction de ia Fharsale ; mais on iguore communément qu'il a fait le Liicain traiJesti. Mort eu 1661.

Breteuil ( Gabriflle-Eniilie ), marquise du Châtelet , née eu i 706. Elle a éclairci Leibnitz , traduit et commenté Newton ; mérite fort inutile à la cour , mais révéré chez toutes les nations qui se piquent de savoir , et qui ont admiré la profondeur de son génie et son éloquence. De toutes les femmes qui ont illustré la France c'est celle qui a eu le plus de véritable esprit , et qui a moins affecté le bel-esprit. Morte en 1749.

BniENNE (Henri-Auguste de Loménie de),, secrétaire d'état. Il a laissé des Mémoires. Il serait utile que les ministres en écrivissent, mais tels que ceux qui sont rédigés depuis peu sous le nom du duc de SuUi. Mort en 1666.

L'abbé de Brueys , né eu Languedoc en 1639. Dix volumes de controverse qu'il a faits auraient laissé son nom dans l'oubli ; mais la petite co-

2o6 ECRIVAINS

inédie du Grondeur^ supérieure à tontes les farces de Molière, et celle de V Avocat Patelin ^ ancien monument de la naïveté gauloise qu'il rajeunit, le feront connaître tant qu'il y aura en I-'ranee un théâtre. Palaprat l'aida dans ces deux jolies pièces : ce sont les seuls ouvrages de génie que deux auteurs aient composés ensemble. Mort en 1723.

On croit devoir relever ici un fait très singulier qui se trouve dans un recueil d'anecdotes littéraires , 1710, chez Durand, tome II, page 369. A'oici les paroles de l'auteur : « Les amours de Louis XIJ^ ayant été jouées en Analeterre , Louis XlP" -voulut faire jouer aussi celles du roi Guillaume. L'uhhé Brucys fut chargé par M. de Torci de faire la pièce ,• mais (juoicju' applaudie , elle ne fut pas jouée ».

Remarquez que ce recueil d'anecaoto., qui est rempli de pareils contes, est imprimé avec approbation et privilège : jamais on ne joua les amours de Louis XIV sur aucun théâtre de Londres, et on sait que le roi Guillaume n'eut jamais de maîtresse. Quand il en aurait eu, Louis XIV était trop attaché aux bienséances pour ordonner qu'on fît une comédie des amours de Guillaume ; M. de Torci n'était pas homme à proposer une chose si impertinente ; enlîn l'abbé Brueys ne songea jamais à composer ce ridicule ouvrag- qu'où lui attribue. On ne peut trop répéter que la plupart de ces recueils d anecdotes, de ces ana, de ceà •mémoires secrets , dont le public est inondé , ne sont que des compilations faites an hasard par des écrivains mercenaires.

L.v Bruyère ( Jean ), né à Dourdan en ifi44- Il est certain qu'il peignit dans ses Garacteres des personnes connues et considérables. Sou livre a

fait beaucoup de mauvais imitateurs. Ce qu'il dit à la fin contre les athées est estimé ; mais quand il se mêle de théologie il est au-dessous même des théologiens. Moi;t en 1696.

Brumoy (Jean), jésuite, ué à Rouen en ifi88. Son Théâtre des Grecs passe pour le meilleur ouvrage qu'on ait en ce genre, malgré ses fautes et l'infidélité de la traduction. Il a prouvé par ses poésies qu'il est bi-'n plus aisé de traduire et de loner les anciens, que d'égaler par ses propres productions les grands modernes. On peut d'ailleurs lui reprocher de n'avoir pas assez senti la supériorité du théâtre français sur le grec , et la prodigieuse différence qui se trouve entre le Misanthrope et les Grenouilles. Mort en 1742.

Brun ( Pierre le) , né à Aix en i66i , de l'oratoire. Son livre critique des Pratiques superstitieuses a été recherché ; mais c'est un médecin qui ne parle qae très peu de maladies, et qui est luimême malade. Mort en 1729.

RuFFiER (Claude) , jésuite. Sa Mémoir" artificielle est d'un grand secours pour ceux qui venlent avoir les principaux faits de l'histoire toujours présents à l'esprit. Il a fait servir les vers (,e ne dis pas la poésie) à leur premier usage, qui était d'imprimer dans la mémoire des hommes les événements dont on voulait garder le souvenir. Il y a dans ses traités de métaphysique des morceaux que Locke n'aurait pas désavoués ; et c'est le seul jésuite qui ait mis une philosophie raisonnable dans ses ouvrages. Mort en 1737. *

BussY Rabuti:x (PiOger, comte de), né dans le Niveruois eu 1618. Il écrivit avec pureté. On connait ses malheurs et ses ouvrages. Ses 'mours des Gaules passent pour un ouvrage médiocre dans lequel il u'imila Pétrone que de fort loin. La manie

2oS ÉCRIVAINS

des Français a été long-temps de croire cpie toute l'Europe de-vait s'occuper de leurs intrigues £;alautes. "Vingt courtisars out écrit l'histoire de leurs amours , à peine lue des "femmes-de-cbamljre de leurs maitresses. Mortd Autan eu 169 >.

Le chevalier de Ciit,LY , qui n'est connu que sous le nom d'Acilly, était attaché au ministre C.olbert. On ignore le temps de sa naissance et de sa mort. Il y a de lui un recueil de quelques ceutaines d'épigramnies , parmi lesquell' s il y en a beaucoup de mauvaises , et quelques unes de jolies. Il écrit naturellement, mais saus aucune imagination dans l'expression.

Calmet, bénédictin , né en 1672. Rien n'est plus utile que la compilation de ses rechi rches sur la bible: les faits y sont exacts, les citations (ideles. Il ne pense point, mais en mettant tout dans un craad jour , il donne beaucoup à penser. Mort eu 1737.

CALPP.EifF.DE (Gautier de la), né à Cahors vers l'an 1612. Gentilhomme ordinaire du roi. Ce -ut lui qui mit les longs romans à la m de. Le mérite de ces romaus'cousistait dans des aventures dout l'intrigue n'était pas sans art , et qui u'étaient pas impossibles , quoiqu'elles Tussent presque incroyables. LeBoyardo, rArioste,le']'asse, au contraire, avaient chargé leurs romans poéti({ues de fictions qui sont entièrement hors de la nature : mais les charmes de leur poésie, les beautés innombrables de détail, leurs allégories admirables , sur-tout celles de l'Arioste, tout cela rend ces poèmes immortels; et les ouvrages ^ laCalpreiiedc, aiusi que les autresgrands romans^ sont tombes. Ce qui a coutribué à leur chute c'est la perfection du théâtre. On a vu dans les bonnes tragédies, et dans les opéra , beaucoup plus de seutimeats qu'on n'eu trouve dans ces ém)rmes volumes ; ces seutiments y sont bien mieux exprimés , et

la connaissance ilu cœur humain beaucoup plus approfondie. Ainsi Racine et Quinault, qui ont un peu imité le style de ces romans , les ont fait oublier ca parlant au cœur un langaî?3 plus vrai , plus tendre et plus harmonieux. Mort en i663.

Campistron (.lean), né à Toulouse en i656, élevé et imitateur de Racine. Le duc de Vendôme, dont il fut secrétaire , fit éa fortune ; et le comédien lîaron , une partie de sa réputation. Il y a des choses touchantes dans ses pièces : elles sont faiblement écrites ; mais au moins le langage est assez pur : après lui on a tellement négligé la langue dans les pièces de théâtre, qu'on a fini par écrire d'un style eutièreuient barbare. C est ce qucBoilean déplorait en mourant. Mort eu 1723.

Du cANfiE (Charles duFresne) , né à Amiens en 1610. On sait combien ses deux Glossaires sont iitiles pour l'intelligence de tous les n;-;>.ges du bas empire et des siècles suivants. On' est effrayé de l'immensité de ses connaissances et de ses travaux. De pareils hommes méritent notre éternelle reconnaissance après ceux qui ont fait servi l' lenr génie à nos plaisirs. Il l'ut un de ceux que Louis lifV récompensa, ft-lort en 1688.

Cassanore ( François'), a rendu , aussi-bien que Dacier,plus de service à la réputation d'Aristote que tous les prétendus philosophes cusemb!c. Il traduisit la rhétorique comme Dacier a traduit la jioétique de ce fameux gicc. On ne peut ij'empècher d'admirer Aristote , et le siècle d' Alcxai'dre , quand on voit que le précepteur de ce grand homme , tant décrié sur la physique, a connu à fond tons les principes ùe l'éloquence et de la poésie. Où est le physicieu de nos jours che/ qui ou puisse apprendre à comj)Oser nn discours et une tragédie P Cassaiidre vécut et mourut dans la plus grande pauvreté. Ce

aïo ÉCRIVAINS

fut la faute non pas de ses talents , mais de son caractère intraitable , farouche et solitaire. Ceux qui se plaignent de la fortune n'ont souvent à se plaindre que d'eux-iuèiues. Mort en 1693.

Cassini ( Jean-Dominiqtie), né dans le comté de Nice en 1623, appelé par Colbert en 1666. Il a été le premier des astronomes de son temps , du moins suivant les Italiens et les Français; mais il commença comme les antres par l'astrologie. Puisqn il fut naturalisé en France , qu'il s'y maria , qu'il y eut des enfants, et qu'il est mort à Paris, on doit le compter au nombre des Français. Il a immortalisé son nom par sa JSlèridienne de S.-Pétrone à Boulogne : elle servit à faire voir les variations delà vitesse du mouvement de la terre autour dn soleil. On lui doit les premières tables des satellites de .lupiter, la connaissance de la rotation de .lupiter et de Mars, ou de la durée de leurs jours, la découverte de quatre dessatellitesde Saturne, llurgbcns n'eu avait apperçu qu'un; et cette découverte de Cassini fut célébrée par une médaille dans l'histoire m'tallique de Louis XIV. Il a le premier observé et fait connaître la lumicre zodiacale. Il a donné une méthode pour déterminer la parallaxe d'un astre par des observations faites dans un même lieu , et s'en servir pour déterminer la distance des astres à la terre avec plus de précision qu'on ne l'avait encore fait : mais la première idée de cette méthode est due à Môrin.

Le fils , le petit-lils de Cassini, ont été de l'acadéihie des sciences , et son arriere-petit-lils y est entré en I 77a : cette especed illustration est plus réelle et pins durable que celle dont la famille de Cassini avait joui eu Italie quelques siècles auparavant, et que les révolutions de ce pays lai avaient fait perdre. Mort en 1712.

DU SIECLE DE LOUIS XIV. an

Catbou , né en ïCi5g , jésuite. II a fait avec le P. Rouillé vingt tomes deV Histoire romaine. Us ont cherché lélotjuence, et n'ont pas trouvé la précision . Mort en 1737.

Du CERCEAU (Jean-Antoine) , né eu 1670 , jésuite. On trouve dans ses poésies franc.iises , qui sout du genre médiocre, quelques vers naïfs et heureux. Il a luèlé à la la-igne épurée de son siècle le langage marotique , (|ni énerve la poésie par sa malheureuse facilité , et qui gâte la langue de nos jours par des mots et des tours surantiés. Mort eu 1730.

Cerisi (Germai;i Habcrt de), était du temps de l'aurore du bon goût et de rélablissement de l'académie fraucaise. Sa Ai étamorphose des yeux de Phiiis en astres fut vautre comme un chef-d'u?uvre 1 ef a cessé de le paraître dès que les bons auteurs sont venus. Mort en i655.

L\ CHAMBHF. ( ^îariii Cureau de ) , né au Mans en i5f)4. L'uQ des premiers meiniu'es de l'académie française , et ensuite de celle des sciences. Mort en 1669. Lui, et son fils, curé de Saint-Barthélemi et acadéiiiicicu , out eu de la réputation.

CtiA^•TE^,F.AU (Louis le Fevre), né en i583. Très «avant homme, rnu di's premiers membres qui ont débrouille l'bistoire de l''rauce; mais il a accrédité nue grau le erreur, c'est que les fiefs héréditaires •n'ont commencé qu'après Hugues Capet. Quandll n'y aurait que l'exempl; de la Normandie donnée ou plutôt extorquée a titre de fie* heréditaii'e, en giîî, cela sufliraii pour detruiri' l'opinion de Chantereau, qne])lusieurs historiens ont acîoptée : il est d'ailleurs certain que (Jharlemagne institua en France des fiefs avec propriéié, et que cette forme de gouvernement était co.iuue avant lui dans ia Lombardie et dans la Germai. ie. Mort en i658.

Chapelain (Jean), né en iSgS. Sans la Pncelî>

il aurait en de la réputation parmi les gens de lettres. Ce mauvais poème lui valut beaucoup plus que l'Iliade à Homère. Chapelain fut pourtant utile par sa littérature. Ce fut lui qui corrijjea les premiers vers deR.aci!ie. 11 commença par être l'oracle des auteurs, et finit par en être l'opprobre. Mort en i(i74-

CuAPELi,E ( ,[ean de la), recveur général des finances, auteur de quelques tragédies qui eurent du succès en leur temps. Il était un de ceux qui tâchaient d'imiter Racine; car Racine forma, sans le vouloir, une école comme les grands peintres. Ce fut un Ilaphaèl qui ne fit point de .Tules Romain : mais au moins ses premiers disciples écrivirent avec quelque pureté de langage ; ot dans la décadence qui a suivi, OH a vu de nos jours des tragédies entières oui il n'y a pas douze vers de suite dans lesquels il n'y ait des fautes grossières. Voilà d'où l'on est tombé , et à quels excès on est parvenu après aVoir eu de si grands modèles. Mort en 1723.

Chapelle (Claude- Emmanuel Luillier ) , fils naturel de François Luillier, raaitre des comptes. Il n'est pas vrai qu'il fut le premier qui se servit des rimes redoublées ; d'Assouci s'en servait avant lui , et même avec quelque succès :

Pourquoi donc, sexe au teint de ro^e.

Quand la charité vous impose La loi d aiiuer votre prochain, Pouvez-vous me Iiair sans cause , Moi qui ne vous ù> jamais rien ?

Ah! pour mon honneur je vois bien Qu'il faut vous faire quelque cliose , etc.

On trouve beaucoup de rimes redoublées dans Voiture. Chapelle réussit mieux que les autres dans ce genre qui a de l'harmonie et de la grâce, mais

dans leqo 1 il a préft*ré quelcjnefois une abondance stérile de rime à la pensée et au tour. Sa vie voiup- •tueuse et son peu de prétention contribuèrent encore à la célébrité de ses petits ouvrages. On sait qu'il V a dans son / oytig'' de l^luntpellierhiaucoup de traits de Bacb.inmont , fils du président le Coigneux, l'un des plus aimables boinnies de son temps. Chapelle était d'ailleurs un des meilleurs élevés de Gassendi. Au reste il '^aut bien distingaer les éloges que tant de gens de lettres ont donnés à Chapelle et à des esprits de cette trempe , d'avec les éloges dus aux grands maîtres. Le caractère de Chapelle , de Bachauniont, du Broussin , et de toute cette société du marais, était la facilité, la gaieté, la liberté. On peut juger de Chapelle par cet impromptu que je n'ai point \u encore imprimé : il le fit à table après que Boilean eut récité une épigramiue :

Qu'avec plaisir de ton haut style Je te voi- descendre au quatrain; Et que je t'épargnai de bile Et d'injures au genre liumain , Quaud, renversant ta cruche a l'huile, Je te n»is le verre à la main !

Mort en 1(136.

Chxras, de l'académie des sciences, le premier quicit bien écrit sur la pharmacie ; tant il est vrai que sous Louis XIY tous les arts élargirent leur sphère ! Ce pharmacien, voyageant à Madrid, fut mis dans les cachots de l'inquisition, parcequ'il était calviniste. Une prompte ali|uration , et les sollicitations de l'ambassadeur de Fiauce, lui sauvèrent la vie et la liberté. Il s'occupa long-temps d'expériences sur les vipères, et des moyens d'empêcher les effets souvent mortels de leur morsure. ;Mais il se trompa

en soutenant contre Rédi que le venin des vipères n'était pas contenu da as le suc jaune qui sort de deux vésicules placées derrière les crochets de leurs mâchoires. Dans le cours de ses expériences il fut mordu plusieurs fois sans qu'il en résultât d'accidents très graves. Mort en 1698.

Chabdin (Jean), né à Paris en 161 3. Nul voyageur n'a laissé des mémoires plus curieux. Mort à Londres en 1713.

Chari,eval ( Jean Faucon de ris), l'un de ceux qui acquirent de la célébrité par la délicatesse de leur esprit , sans se livrer trop au public. La fameuse conversation du maréchal d'Hocquiucourt et du P. Canaye , imprimée dans les œuvres de Saint- Evremoud, est de Charleval , jusqu'à la petite dissertation sur le jansénisme et sur le raolinisme, que Saint-Kvremond y a ajoutée. Le style de cette fin est très différent de celui du commencement. Feu M. de Caumartin, le conseiller d'état, avait l'écrit de Charleval de la main de l'auteur. On trouve dans, le Moréri que le président de Ris, neveu de Charleval , ne voulut pas faire imprimer les ouvrages de son oncle , de peur que « le nom d'auteur peut-être ne fût une tache dans sa famille >■. Il faut être d'un état et d'un esprit bien abject pour avancer une telle idée dans le siècle où nous sommes ; et c'eût été dans un homme dérobe un orgueil diijne des temps militaires et barbares, où l'on abandonnait l'étude purement à la robe, par mépris pour la robe et pour l'étude. Mort eu 1693.

Charpfntier (François), né à Paris en 1620, académicien utile. On a de lui une traduction de la Cyropédie. Il soutint vivement l'opiaion que les inscriptions des monuments publics de France doivent être en français. En effet c'est dégrader uuc

langue qu'on parle dans toute l'Europe que de ne pas s'en servir ; c'est aller contre son but que de parler à tout le public dans une langue que les trois quarts au moins de ce public n'entendent pas. Il y a une espèce de barbarie à latiniser des noms français que la postérité raécounaitrait ; et les noms de Rocroi et de Fontenoi font un plus grand effet que les noms de Rocrosium et de Fonte niacuni. Mort en 1702.

La Chastre (Edme, marquis de ) , a laissé des mémoires. Mort en i645.

Chaui-ieu (Guillaume), né en Normandie en 1639, conuu par ses poésies négligées, et par les beautés hardies et voluptueuses qui s'y trouvent. La plupart respirent la liberté, le plaisir, et une philosophie au-dessus des préjugés; tel était son caractère. Il vécut dans les délices , et mourut avec intrépidité eu 1720.

Les vers qu'on cite le plus de lui sont la pièce intitulée la Goutte , qui commence ainsi :

Le destructeur impitoyable Et des marbres et de l'airain.

mais sur-tout l'épître sur la mort du marquis de la Fare :

Pltis i'approclie du terme , et moins je le redoute ; Sur des principes sûrs mon esprit affermi, Content, persuadé, ne connaît plus le doute : Des suites de ma fin je n'ai jamais frémi. Exempt des préjugés, j'affronte l'imposture

Des vaines superstitions ,

Et me ris des préventions De ces faibles esprits dont la triste censure

Fait un crime a la créature De l'usage des biens que lui fit son auteur.

2i6 ECRITAI^'S

Une aatreépitre au même fit encore plus de hrnit ;

elle commence ainsi :

J'ai vu de près le Stix, j'ai tu les Euniéuides; D<-ia venaient frapper mes fireilles timides ; Les affreux cri^ du cUien de IVmpire des morts : ; Et les noires vapeur- , et les bi ûiaut'- tran ports , Allaient de ma raison ofiusquei la lumière. C'est lor- que j'ai senti mon ame tout entière, Se ranienaiit en soi, faire un d<rnier efiort ! Pour braver les hoireurs que l'on ioint à la mort. Ma raison m'a montré, iaut qu'elle a pu paraître. Que rien n'est en effet de ce qui ne peut cire; <Jue ces fautômes valus sont entants de la peur, Qu'une faible nourrice imprime eu notre cœur, Lorsque des loups-garoux, qu'eiie-mème eile pense. De démous, et d'euîer, elle endort notre enfance.

Ces pièces ne sont pas cliàtiées ; ce sont dos statties de Michel-Ange ébauchées. Le stoïcisme de ces sentiments ne lui attira point de persécution; car, quoiqu'abbé il était ignoré des théologiens, et ne vivait qu'avec ses amis. Il n'aurait tenu qu'à lui de mettre la dernière main à ses ouvrages, mais il ne savait pas corriger. On a imprimé de lui trop de bagatelles insipides de société: c'est le mauvais goût et l'avarice des éditeurs qui en est cause. Les préfaces qui sont à la tète du recueil sont de ces gens obscurs qui croient être de bonne compagnie en imprimant toutes les fadaises d'un homme de bonne compagnie.

Cheminais , jésuite. On l'appelait le Racine des prédicateurs, et Rourdaloue le Corneille. Mort en

CuERON ( Elisabeth) , née à Paris en 1648, célèbre par la musique, la peinture, et les vers , et plus connue sous son nom que sous celui de son mari, le sieur le Hay. Morte eu i 7 1 1 .

DU SIECLE DE LOUIS XIV. m.

Chevreau (Urbain), né à Lnudun eu i6i3, sa-, vanl et bel esprit qui eut beaucoup de réputation.- Mort en 1701.

CaiFFf.ET ( .lean-.Tacqnes) , -né à Besancon en i588. On a de lui plusieurs recherches. Mort en 1660. li y a eu sejjt écrivains de ce nom.

Choisi ( Francois-Thiiuoléon de) , de l'académie , né à Paris en 1644 ■• envoyé à Siain. On a sa relation. Il n'était que tonsuré à son départ; mais à Siam il se iît ordonner prêtre en quatre jours. Il a composé plusieurs histoires , une tradiO (ion de r Imitation de Jesu-^-Christ . dédiée à madame de Maintenou, avec cette épigraphe : Concuoiscet reoa decorem tuiim; et des Mémoires de la comtesse des Barres : cette comtesse des Barres c'était luimême. Il s'habilla et vécut en femme plusieurs années. 11 acheta sous le nom de la comtesse des Barres une terre auprès de Tours. Ces mémoires racontent avec naïveté comment il eut impunément des maîtresses sous ce déguisement. Mais quand le roi fut devenu dévot il écrivit l'histoire de l'Eglise. Daus ses mémoires sur la cour on trouve des choses vraies, quehjues unes fausses, et beaucoup de hasardées; ils sont écrits dans un style trop familier. 3Iort en

Claude (Tean), ne en Agenois en 16 19, ministre de Charentou , et l'oracle de son parti , émule digue des Bossuet, des Arnaud et des Nicole. Il a composé qui.jze ouvrages , qu'on lut avec avidité dans le temps des disputes. Presque tous les livres polémiques n'ont qu'un temps; les fables de La Fontaine, rArioste,passerout à la dernière postérité. Cinq ou si.v mille volumes de controverse sont déjà oublies. Mort ii la Haye en 1687.

Le Coixte (Charles), né à Troies en 1611 , de l'oratoire. Ses ylnnaies ecclésiastiques, impd- S. uE T.ouis XA'. 5, 19

ai8 ECRIVAIINS

inées an louvre par ordre da roi, sont un monument utile. Mort en 1681.

Collet (Philibert), né à Cliatillon-les-Dombes en 1643, jurisconsulte et homme libre. Excommunié par l'archevêque de Lyon pour une querelle de paroisse, il écrivit contre l'excommuiiicafion; il combattit la clôture des religieuses; et, dans sou traité de L' Usure , il soutint vivement l'usage autorisé en Bresse de stipuler les intérêts avec le capital , usage approuvé dans plus de la moitié de l'Europe, et reçu dans l'autre par tous les négociants, malgré les lois qu'on élude. 11 assura aqssi que les dixmes qu'on paie aux ecclésiastiques ne sont pas de droit divin. Mort eu 17 18.

CoLOMiEz (Paul). Le temps de sa naissance est inconnu : la plupart de ses ouvrages commenceut à l'être ; mais ils sont utiles à ceux qui aiment les recherches littéraires. Mort à Londres en 1692.

CoMîiiiRE , jésuite. Il réussit parmi ceux qui croient qu'on peut faire de bons vers latins , et qui pensent que des étrangers peuvent ressusciter le siècle d'Auguste dans une langue qu'ils ne peuvent pas même prononcer. Mort eu 1702.

In silvam ne ligna feras.

CoNTi (Armand prince de), frère dn grand Coudé , destiné d'abord pour l'état ecclésiastique dans un temps oii le préjugé rendait encore la dignité de cardinal supérieure à celle d'un prince du sang de France. Ce fut lui qui eut le malheur d'être généralissime de la fronde contre la cour et même contre son frère. Il fut depuis dévot et janséniste. Nous avons de lai ic Devoir des grands. Il écrivit sur la grâce contre le jésuite Deschamj)s , son aucien préfet. Il écri\it aussi contre la comédie; il eût peut-être mieux fait d'écrire contre la guerre civile:

Cinna et Polyeucle étaient aussi utiles et aussi respectables que la guerre des portes cochcres et des pots de chambre était iujuste et ridicule.

CôRnEMoi (Géraud de ) , né à l'aris. Il a le premier débrouillé le chaos des deuxpreniiei es races des rois de l'rance; on doit cette utile entreprise au duc de Montausier, qui chargea Cordenioi de faire l'histoire de (^iharlemagne , pour l'éducation de Monseigneur. Il ne trouva guère dans les anciens auteurs que des absurdités et des contradictions. La difilcalté l'eacoaragea, et il débrouilla les deux premières races. Mort en 1684.

Cor.NEiLLE (Pierre) , né à Rouen en it)o6. Quoiqu'on lie représente plus que six ou sept pièces de trente-trois qu'il a composées, il sera toujours le pcre du théâtre. Il est le premier qui ait élevé le génie de la nation , et cela demande grâce pour environ vingt de ses pièces, ([ui sont , à quelques endroits près, ce que nous avons de plus mauvais par le style , par la froideur de l'intrigue, par les amours déplacées et insipides , et par un entassement de raisonuemeufs alambiqués qui sont l'oppo.sé du tragique. Mais on ne juge d'un grand hommç que passes chefs-d'œuvre, et non par ses fautes. On dit qu»; sa traduction de V Imitation de Jésns-C/iri.st a étç imprimée trente-deux fois: il est aussi difjGcile de le croire que de la lire une seule. 11 reçut une gratiiication du roi dans sa dernière ni^Ifidie. Mort eç 1684. . ' ' '

On a imprimé dansplusieurs recueils d'auecdote? qu'il avait sa place marquée toutes les fois qu'il allai^ au spectacle, qu'on se levait pour lui , qu on battait des mains. Malheureusement les hommes ne rendent pas tant de justice : le fait est que les comédiens da roi refusèrent de jouer ses dernières pièces , et qu'il fut obligé de les donner à une autre troupe.

CoR>'Eii,i,E (Thomas), né à Rouen en 162.Î; homme qui aurait eu une grande réputation s'il n"avait point eu de frère. On a de lui trente-quatre pièces de théâtre. Mort pauvre en i 709.

Cousin f Louis), ué à Paris en 1627, président à la cour des monnaies. Personne n'a plus ouvert que lui les sources de l histoire. .Ses traductions de la collection Bvsantine et d'Eusehe de Césarce ont mis tout le monde en état de juger du vrai et du faux , et de connaître avec quels préjugés et quel esprit de parti l'histoire a été' presque toujours écrite. On lui doit bt-ancoup de traductions d'historiens grecs, que lui seul a lait connaître. Mort en

Le baron des Coutures traduisit en prose et commenta Lucrèce vers le milieu du règne de Louis XIV. Il pensait comme ce philosophe sur la plupart des premiers principes des choses ; il croyait la matière éternelle , à l'exemple de tous les anciens. La religion chrétienne a seule combattu cette opinion.

Crébillon (.lolyot), né à Dijon en 1674. Nous ignorons si un procureur , nommé Prieur , le fit poète-, oomuie il est dit dans le dictionnaire historique portalif, eu quatre volumes: nous croyons que le génie y eut plus de part que le prcïcureur. Nous ne croyons pas que l'anecdote rapportée dans le mènie ouvrage coutre son Hls soit vraie : on ne peut trop se délier de tous ces petits contes. Il faut ranger Crébillon parmi les géuies qui illustrèrent le siècle de Louis XIV, puisque sa tragédie de Rhadamiste , la meilleure de ses pièces, fui jouée en 1710. Si Despréaux, qui se mourait alors, trouva cette tragédie plus mauvaise que celle de Pradon, c'est qu il était dans un âge et dans un état où l'on n'est sen-

Dr SIECLE DE LOUIS XIV. 221

sible qu'aux défauts, et insensible aux beautés.' Mort à quatre-vingt-huit ans en 1 762.

Dacier (André), né à Castres en i65ï , calviniste comme sa femme , et devenu catholique comme elle, garde des livres du cabinet du roi à Paris, charge qui ne subsiste pins. Homme plus savant qu'écrivain élégant , mais à jamais utile par ses traductions et par quelques unes de ses notes. Moct an louvre en 1722. Nous devons à madame Dacier l.i traduction d'Homère, la plus fidèle par le style, quoiqu'elle manque de force, et la plus instructive par les notes, quoiqu'on y désire la finesse du goût. On remarque sur-tout qu'elle n'a jamais senti que ce qui devait plaire aux Grecs dans des temps grossiers ; et ce qu'on respectait déjà comme ancien dans des temps postérieurs plus éclairée, aurait pu déplaire s'il avait été écrit du temps de Platon et de Démoslhenes. ^lais euiin nulle femnie n'a jamais rendu plus de services aux letties. JVIadame Dacier est un des prodiges du siècle de Louis "XIV.

Daguesseau (Henri -François), chancelier, le plus savant magistrat que jamais la France ait en, possédant la moitié des langues modernes de l'Europe , outre le latin , le grec , et un peu d'hcbreu; très instruit dans l'histoire, profond dans la jurisprudence, et , ce qui est plus rare , éloquent. H fut le premier an barreau qui parla avec force et pureté - à 1.1 fois; avant lui ou faisait des phrases. Il conçut le projet de réformer les lois ; mais il ne put fairr que quatre ou cinq ordonnances utiles. Un seul homme ne peut suffire à ce travail iiainense que Louis XIV avait entrepris avec le secours d'un grand nombre de magistrats. Mort en 1701.

DANCUEr (Autoiue), né à Iliom en 1671, ii réussi à l'aide du musicien dans qucLjues op-i'r.i

qui sont moins mauvais que ses tragédies. Son prologne des jeux séciilaiies au-devant d Hesione passe même pour na très bon ouvrage, et peut être comparé à celui d'Araadis: on a retenu ces beaux vers imités d'Horace :

Père des saisons et des lours , Fais naître en ce^ climats lia siècle mémorable; Pais-e a ses ennemis ce peuple redoutable Etre :i jamais heureux, et triomplier toujours! Kous avons a nos lois asservi la victoire; Aussi loin que tes /eux nous portons notre gloire : Fais, tians tout l'univers, craindre notre jrouToir.

Toi qui vois tout ce qui respire ,

Soieil , puisses-tu ne rien voir

De si puissant que cet empire!

C'est dans ce prologue qu'on trouve les ariettes qui servirent d'-puis de canevas au poète Ronsseau pour composer les couplets effrénés qui causèrent sa disgrâce. Les couplets originaux de Danchet valent peut-être mieux, que les parodies de Ronsseaa. Voici sur-tout celui de Danchet qu'on a le plus retenu ;

Que l'amant qui devient lienreux En devienne eucor plus i .iele!

Que toujours dans les même nœuds Il trouve une douceur nouvelle !

Que les soupirs et les l3-'j,'ururs Puisst u seub fli-cliir les rigueurs De !a beauté la plus sévère!

Que 1 auumi , comblé de fnveurSi Sache les goAter et les taire!

Mort en i 748.

DAxcoLRT ( Florent Carton) avocat , né à Fon tainebleaa en 1661 . aima mieux se livrer au théâtre

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 2a3

qn'au barreaa. Ce que Reguard était à l'égard de Molière dans la haute comédie , le comédien d' Ancourt l'était daus la farce. Beaucoup de ses pièces attirent encore un assez grand concours; elles sont gaies ; le dialogue en est naïf. La quantité de pièces qu'on a faites dans ce genre facile est immense ; elles sont plus du goût du peuple que des esprits délicats; mais l'amusement est un des besoins de l'homme , et cette espèce de comédie , aisée à représenter , plait dans Paris et daus les provinces au grand nombre, qui n'est pas susceptible de plaisiis plus relevés. Mort en £726.

Danet (Pierre ) , l'un de ces hommes qui ont élé plus utiles qu'ils n'ont eu de réputation. Ses dictionnaires de la languelatineet des antiquités furent au nombre de ces livres mémorables faits pour l'éducation du dauphin, Monseigneur, et qui, s'ils ne firent pas de ce prince un savant homme, contribuèrent beaucoup à éclairer la France. Mort en

Dangeau (Louis, abbé de ) , né en i643, excellent académicien. Mort en 1723.

Uaxiel (Gabriel), jésuite, historiographe de France , né à Kouen eu 1649, a rectifié les fautes de Mézerai sur Li première et seconde races. On lui a reproché que sa diction n'est pas toujours pure, que sou style est trop faible , qu'il n'intéresse pas , qu'il n'est pas peintre, qu'il n'a pas assez iait connaître les usages , les moeurs , les lois ; que son his toire est un long détail d'opérations de guerre dans lesquelles un historien de son état se trompe presque toujours. Mort en 172S.

Le comte de Boulainvilliers dit , dans ses mémoires snr le gouvernement de France , qu'on peut reprocher à Daniel dix mille erreurs : c'est beaucoup ; mais heureusement la plupart de ces erreurs

sont aussi indifférentes que les vérités qu'il aurait mises à la place; car qu'importe que ce soit l'aile ganclie ou l'aile droite qui ait plié à la bataille de Mont-lheri? qu'importe par quel endroit Louis le Gros entra dans les masures de Puiset? Un citoyen veut savoir par quels degrés le gouvernement a changé de forme, quels ont été les droits et les usurpations des différents corps, ce qu'ont fait les états-généraux , quel a été l'esprit de la nation.. Le grand défaut de Daniel est d ' n'avoir pas été instruit des droits de la nation, ou de les avoir dissiniuli's. Il a omis entièrement les célèbres états de i355. Il n'a parlé des papes , et sur-tout du grand et bou roi Henri IV qu'en jésuite; nulle connaissance dos finances , nulle de l'intérieur du royaume ni des mœurs.

Il prétend dans sa préface, et le président Hénault a dit après lui, que les premiers temps de rhistotpe de France sont plus intéressants que c-nx de Rome , parceque Clovis et Dagobert avaient plus de terrain que Romulus et Tarquin. Il ne s'est pas appercu que les faibles commencements de tout ce qui est grand intéressent toujours les hommes ; on aime à voir la petite origine d'un peuple dont la France n'était qu'une province, et qui étendit son empire jusqu'à l'Elbe , lEuphrate. et le Nigrr. 11 faut avouer que uotre histoire et celle des autres peuples, dt-puis le cinquième siècle de l'ère vulgaire jusqu'au quinzième, □ est qu'un chaos d'aventures barbares sous des noms barbares.

D'argoxne ( Noël ), né à Paris en iG34i chartreux à Gaillon. C'est le seul chartreux qui ait rnltivé la littérature. S..'S I\j'elan<>,es, sous le nom de Vis^nenl de Alwsiille , sont remplis d'auecdotcs curieuses et liasardées. Mort en 1704.

Descartes (René), né en Touraine en iSgG, fils d'uu conseiller au parlement de Bretagne. Le plus grand mathématicien de son temps , mais le philosophe qui connut moins la nature, si on le compare à ceux qui l'ont suivi. Il passa presque tonte sa vie hors de France., pour philosopher eu liberté , à l'exemple de Sauiuaise qui avait pris ce parti. Ou a remarqué qu'il avait un frère aine, conseiller au parlement de Bretagne , qui le méprisait beaucoup, et qui disait qu'il était indigne du frerc d un conseiller de s'abaisser à être mathématicien. Ayant cherché le repos dans des solitudes en Hollande, il ne l'y trouva pas. l'n nommé Voët, et un nommé Shockius , deux professeurs du galimatias scholastique qu'on ensei- 'gnait encore, intentèrent contre lui cette ridicule accusation d'athéisme dont les écrivains méprisés ont toujours chargé les philosophes. En vain Descartes avait épuisé son génie à rassembler les preuves de la Divinité , et à en chercher de nouvelles ; ses infâmes ennemis le comparèrent à Vanini dans nn écrit public : ce n'est pas que Vanini eût été athée, le contraire est démontré ; mais il avait été brûlé comme tel, et on ne pouvait faire une comparaison plus odieuse. Descartes eut beaucoup de peine à obtenir une très légère satisfaction par sentence de l'académie de Groningue. Ses méditations^ son disioiirs sur la méthode ^ sont encore estimés; toute sa phvsique est tombée, parceqa'elle n'est fondée ni sur la géométrie, ni sur l'expérience. Ses recherches sur la dioptricjne ^ où l'on trouve la loi fondamentale de cette science, soupçonnée par Snellius , et des applications de cette loi, qui ne pouvaient être que l'ouvrage d'uu très grand géomètre ; ses travaux sur les lois du «;boc des corps , objet dont il a eu le premier

l'idée de s'occnper , seront toujonrs, malgré les erreurs qui lui sont échappées , des monuments d'un génie extraordinaire ; et le petit livre conna sous le nom de géométrie de Descartes lui assure la supériorité sur tous les mathématiciens de son temps. Il a eu long-temps nue si prodigieuse réputation, que La Fontaine, ignorant, à la vérité, mais écho de la voix publique, a dit de loi :

Descartes , ce mortel dont on eût fait un dieu Dans les siècles pavséi, et qui tient le milieu Entre l'Iiomme et l'esprit; comme, entre 1 huître et

l'homme , Le tient tel de nos gens , franche bête de somme.

L'ahbé Genêt, dans le siècle présent, s'est donné la malheuseuse peine de mettre en vers français la physique de Descartes.

Ce n'est guère que depuis l'année 1780 qu'on» commencé à revenir en l-'rance de toutes les erreurs de cette philosophie chimérique, quand la géométrie et la physique espérinit-ntale ont été plus cnltivées. Le sort de Descartes en physique a été celui de Ronsard en poésie. Mort à Stockholm en i65o.

Desmarets de Saist-Sorlis ( Jean ), né à Paris en iSgS. Il travailla beaucoup à la tragéilie de Mirame du cardinal de Richelieu. Sa comédie des P isionnaires passa pour un chef-d'œuvre ; mais c'est qne Molière n'avait pas encore paru. Il fut contrôleur général de l'extraordinaire des guerres et secrétaire de la marine du Levant. Sur la fin de sa vie il tut plus connu par sou fanatisme que par ses ouvrages. Mort en 1676.

Destouches ( Néricault), né à Tours en 1680, avait été comédien dans sa jeunesse. Après avoir fait plusieurs comédies , il fut chargé long-temps des affaires de France en Angleterre ; et ayant

rempli ce ministère avec succès il se remit à faire des comédies. On ne trouve pas dans ses pièces la force et la gaieté de Regnard, encore moins ces peintures du cœur humain, ce naturel, cette vraie plaisanterie, cet excellent comique, qui fait le mérite de l'inimitable Molière ; mais il n'a pas laissé de se faire de la réputation après eux. On a de lui quelques pièces qui ont eu du succès, quoique le comique en soit un pen forcé : il a du moius évité le genre de la comédie qui n'est que laugoureuse , de cette espèce de tragédie bourgeoise, qui n'est ni tragique ni comique, monstre né de l'impuissance des auteurs et de la satiété du public après les beaux jours du siècle de Louis XIV. Sa comédie du Glorieux est son meilleur ouvrage, et probablement restera au théâtre, quoique le personnage du Glorieux soit, dit-on, manqué ; mais les autres caractères paraissent traités supérieurement. Mort eu 1754.

DoMAT ( Jean ) , célèbre jurisconsulte. Son livre des Lois civiles a eu beaucoup d'approbation. Mort en 1696.

DouJAT ( Jean ), né à Toulouse en iGSg, jurisconsulte et homme de lettres. Il faisait tous le» ans un enfant à sa femme et un li\Te. On en dit autant de Tiraquan. "Le journal des Savants l'appelle grand homme : il ne faut pas prodiguer ce titre. Mort en 1688.

Dubois (Gérard), né à Orléans en 1629, de l'oratoire. Il a fait V Histoire de l'Eglise de Paris. Mort en 1696.

Duché de Vancy ( Joseph-François ) , valet de chambre de Louis XFV, fit pour la cour quelques tragédies tirées de l'Écriture, à l'exemple de K.aciue, non avec le même succès. L'opéra à'ipliigénie en Tauride est son meilleur ouvrage. Il

est dans le grand goût ; et, quoique ce ne soit qu'un opéra, il retrace une grande idée de ce que les tragédiis grecques avaient de nieillear. Ce goût n'a pas subsité lo;!g-temps ; même bientôt après on s'est réduit aux simples ballets , composes d'actes détachés, faits uniquement pour amener des danses : ainsi 1 opéra même a dégénéré dans le temps que presque tout le reste tombait dans la décadence.

Madame de Maintenon fit la fortune à cet auteur : elle le recommanda si fortement à M. de Pontchartraiu, secrétaire d'état, que ce ministre, prenant Duché pour un homme considérable , alla lui rendre visite. Duché, homme alors très obscur, voyant entrer chez lui un secrétaire d'état, crut qu'on allait lecouduiie îi la Bastille. Mort en 1704.

DucHESNE ( André ), né en Touraine eu i584 ; historiographe du roi, auteur de beaucoup d'histoires et de recherches généalogiques. On l'appelait le père de l'histoire de h'rance. Mort en 1G40. DuFREXoi (Charles), né à Paris en 161 1, peintre et poète. Son poënie i/e la peinture a réussi auprès de ceux qui peuvent lire d'autres vers latins que ceux du siècle d'Auguste. Mort en i665.

Dufrény ( Charles ), né à Paris en 1648. Il passait pour petit-fils de Henri IV , et lui ressemblait. Sou père avait été valet de garde-robe de Louis XIII, et le fils l'était de Louis XIV, qui lui fit toujours du bien malgré son dérangement ; mais qui ne put l'cmpécher de mourir pauvre, AA"ec beaucoup d'esprit et plus d'un talent il ne put jamais rien faire de régulier. On a de lui Ixaucoup de comédies, et il n'y en a guère où l'on ne trouve des scènes jolies et singulières. Mort en 1724.

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 22g

DuPLEix (Scij)ion), de Condom, quoique né en tSÔQ, j)eut être compté dans le siècle de Louis XIV, avant encore vécu sous son règne. Il est le, premier historien qui ait cilé en marge ses autorités ; précaution absolument nécessaire quand oa p'écrit pas l'histoire de son temps, à moius qu'on. ne s'en tienne aux faits connus. On ne lit plus son histoire de France, parceque depuis lui on a mieux fait et mieux écrit. Mort en 16G1.

Esprit (Jacques), né à Eéziers en 161 1, auteur du livre de la Fausseté des vertus humaines, qui n'est qu'un commentaire du duc de la Roc?hefoucauld. Le chancelier Séguier, qui goûta sa littérature, lui ht avoir un brevet de conseiller d'état. Mort en 167S.

EsPRADES ( le maréchal d' ) ; ses lettres sont aussi esîimées que celles du cardinal d'Ossat ; et c'est nue chose particulière aux Français que de simples dépêches aient été souvent d'excellents ouvrages. Mort en 1686.

Le marquis de La Fake, connu par ses mémoires et par quelques vers agréables. Son talent pour la poésie ne se développa qu'à l'âge de près de s.)ixante ans. Ce fut madame de Caylus, l'une des plus aimables personnes de ce siècle par sa beauté et par son esprit, pour laquelle il fit ses premiers vers, et peut-être les plus délicats qu'on ait de lui :

M'abandonnant un jour à la tristesse , Sans espérance , et même sans désirs , Je regrettais les sensibles plaisirs Dont la douceur encliauta ma jeunesse.

Sont-ils perdus, disais-je, sans retour?

Et n'es-tu pas cruel. Amour!

Toi que j'ai fait, dès mon enfance.

Le maître de mes plus beaux jcmrs ,

D'en laisser terminer le cours

aSo ECRIVAINS

A )'eunuyeuse iudifféreuce?

Alors j a])i>errus dans les airs L'eafant maître c'e l'univers.

Qui, plein d'une joie iuliumaioe, Me dit en !>ouriant: Tircis, ne te plains plus. Je vais mettre fin à ta peine; Je te promets un regard de Caylus.

Mort en 1713.

La. Fayette ( Marie-Magdelene de la Verçne, comtesse de ) ; sa Princesse de Clcves et sa Zaïde furent les premiers romans où l'oa villes mœurs des honnêtes gens , et des aventures naturelles décrites avec grâce. A\ant elle on écrivait d'un stvle ampoulé des choses peu vraisemblables. Morte eu 1693.

Felibien (André), né à Chartres en 1619. Il est le premier qui, dans les inscriptions de l'hôtelde-A'ille, ait donné à Louis XIV le nom de Graud. Ses Entretiens sur la vie des peintres sont l'ouvrage qui lui a fait le plus d'honneur. Il est élégant, profond, et il respire le goût; mais il dit trop peu de choses en trop de paroles, et est absolument sans méthode. Mort en i6()5.

FÉxÉLOiv ( François de Saliguac ) , archevôque de Cambrai, né en Périgord eu i65i. On a de lui cinquante-cinq ouvrages différents : tons partent d'un cœur plein de vertu: mais son Téléma- (jiie l'inspire. 11 a été vainement blùmé par Guendeville et par l'abbé Faidit. Mort à Cambrai en i 715.

Après la mort de Fénélon Louis XIV brûla luimême tous les mauuscriis que le duc de Kouit;ogne avait conservés dr son précepteur. Ranisai, élevé de ce célèbre archevêque, m'a écrit ces mots : « S'il était né en Angleterre, il aurait développé son génie, et donné l'essor sans crainte à ses pr!!icipes, que personne n'a connus. >'

FEERjkSD, conseiller de la conr des aides. On a de lai de très jolis vers. Il joutait avec Rousseau dans l'épigraniine et le madrigal. Voici daas quel goiit Ferrand écrivait :

D'amour et de mélancolie Celemiius enfin cousumé En fontaine fut ti-ansfornié ; Et qui boit de ses eaux ouljlie Jusqu'au nom de l objet aimé.

Pour mieux oulilier Egérie , J'y couru.- hier vaineraen*; A force de changer d'amant , L'infidèle l'avait tarie.

Ou voit que Ferrand mettait plas de naturel, de grâce et de délicatesse dans ses sujets galauts, et Rousseau plus de force et de recherche dans des sujets de débauche. Mort en 1720.

Eeuqtjières ( Antoine de Pas , marquis de ) , né à Paris en 1648 ; officier consommé dans l'art de la guerre, et excellent guide s'il est critique trop sévère. Mort eu 1711.

Le Fevre (Tanneguy), né à Caen en i6i5. Calviniste, -professeur à .Saumur, méprisant ceux de sa secte , et demeurant parmi eux ; plus philosophe qu'huguenot; écrivant aussi bien en latin qu'on puisse écrire dans une langue morte; faisant des vers grecs qui doivent avoir eu peu de lecteurs. La plus grande obligation que lui aient les lettres est d'avoir produit madame Dacier. Mort

Le Fevre ( Anne ;, madame Dacier, née calviniste à Saumur en i*).-}!, illustre par sa science. Le duc de Monfansier la fit travailler à l'un de ces livres qu'on nomme Danpliins ^ pour l'éducation de Monseigneur. Le Fioriis avec des notes

latines est d'elle. Ses traductions de Tèrence et A' Homère lui font un honnear immortel. On ne pouvait lui reprocher que trop d'admiration pour loat ce qu'elle avait traduit. La Motte ne l'attaqua qu'avec de l'esprit, et elle ne combattit qu'avec de l'érudition. Morte en 1720 au lonvre.

l''i,ÉcmER ( Esprit ) , du Conital d'Avignon , ne en i632 ; évèque de Lavaur et puis de Nîmes ; poëtc français et latiu, historien, prédicateur, mais connu sur-tout par ses belles oraisons funèbres. Son Histoire de Tlicodos.e a été faite pour l'éducation de MonseipfTieur. Le duc de Monta iisier avait enp;agé les meilleurs esprits de France à tr.-,vailler par de bons ouvrages à cette éducatior. Mort en 1710.

Fleuri ( Claude), né en 1640, sous-préceptenr du duc de Bourgogne , et confesseur de Louis W son lïls, vécut à la cour dans la solitude et dans le travail. Sou Histoire de fUglise est la meillcnic qu'on ait jamais faite, et les discours préliminaires sont fort au-dessus de l'histoire : ils sont presque d'un philosophe , mais l'histoire n'en est pa.s. Mort en 1723.

La Fontaine ( .Tean ) , né à ch;Ueau-Thierri eu 1621. Le plus simple des hommes, mais admii.tble dans son genre, quoique négligé et inégal. 11 fut le seul des grands hommes de son temps qui n'eut point de part aux bienfaits de Louis XIV: il y avait droit par son mérite et par sa pauvreté. Dans la plupart de ses fables il est iufiniuieut audessus de tous ceux qui ont écrit avant et après lui, eu quelque langue que ce puisse être. Daus les ■contes, qu'il a imités de V Arioste ^ il n'a pas sou élégance et sa pureté ; il n'est pas , à beaucoup près, si grand peintre ; et c'est ee que Boilt'au n'a pas apperçu daus sa dissertation sur Jocotidc , 2>ar-

ce que Despréaux ne savait presque pas l'italieu ; mais daus les contes puisés chez Bocace, La Koutaine lai est bien supérieur, parcequ'il a beaucoup plus d'esprit , de grâces 1 de finesse. Bocace n'a d'autre mérite que la naïveté , la clarté et l'exactitude dans le langage. Il a fixé sa langue ; et La Fontaine a souvent corrompu la sienne. Mort en i6g5.

Il faut que les jeunes gens, et sur-tont ceux qui dirigent leurs lectures, prennent bien, garde à nepas confondre avec son beau naturel le familier , le bas , le négligé, le trivial ; défauts dans lesquels il tombe trop souvent. Il commence par dire au dauphin daus son prologue :

Et si de l'agréer je n'emporte le prix.

J'aurai ilu muiu!> l'honneur de l'avoir eutrepris.

On sent assez qu'il n'y aurait nul honneur à ne pas emporter le prix d'agréer. La pensée est aussi fausse que l'expression est mauvaise.

Vous chantiez! j'en suis bien aise; Eh bieu! dansez maiutenant.

Comment une fourmi peut-elle dire ce proverbe du peuple à une cigale ?

Si j'apprenais l'hébreu , les sciences , l'iiistoire j Tout cela c'est la mer à boire.

Il faut avouer que Phèdre écrit avec une porelé qui u'a rien de cette bassesse.

Le gibier du lion ce ne sont point moineaux ,

Mais beaux et bons sanghers , daims et cerfs bons et beaux.

Uu jour sur ses hauts pieds allait , je ne sais où ,

Le iiéron au long bec emmanché d'un long cou.

Et le renard qui a cent tours dans son sac ; et le chat qui n'en a qu'un, dans son bissac.

ao,

Distingnons bien ces négligences, ces paérilités, qni sont en très grand nombre, des traits admirables de ce oharmaat auteur , qui sont en plus grand nombre encore.

Qn'd est donc le pouvoir naturel des vers naturels , puisque par ce seul cbârme La lÙHilaine , avec de grandes négligences, a une réputation si universelle et si méritée, sans avoir jamais rieu invente! mais 'aussi quel mérite dans les auciois Asiatiques, inventeurs de ces fables connues daus toute la terre babilable !

KoTïTEN^ELLE ( Bernard le Bouvier de ) , né à Rouen le 1 1 février i65^. On peut le regarder comme l'esprit le plus universel que le siècle de Louis XIV ait produit. Il a ressemblé à ces terres heureusement situées qni portent toutes les espèces de fruits. Il n'avait pas viugt ans lorsqu'il iit une grande ])ariiy de la tragédie-opéra de Bellcroplioti; et depuis il donna l'opéra de T/iàlis et Pélét;^ dans lequel il imita beaucoup Quiuault, et qui eut un grand succès. Celui A' Enée et Lavinie en eut moins. Il essaya ses forets au théâtre tragique ; il aida mademoiselle Bernard dans quelques pièces. Il eu composa deux, dont nue fut jouée en 1(180 , et jamais imprimée. Elle lui attira trop long-temps de très injustes reproches : car il avait eu le mérite de reconnaître que, bien que son esprit s'étendit à tout, il n'avait pas le talent de Pierre Corneille, sou oncle, pour la tragédie.

En i(i8f>, il (It l'allégirie de JMero et xVJUnegu : c'est ilome tt Geatve. Cette p!;iisaaterii' si connue , joiute àV/iistoire des orr.cies^ excita depuis contre lui une persécution. Il en essuya une moins dangereuse et .jui n'était cjue littéraire, pour avoir «onteiiii qu'à plusieurs éganls les ^modernes valitieut biea les anciens. Kaciue et fiuileau, qui

«avaient pourtant intérêt que Fontenelle eût raison, affectereut de le mépriser , et lui fermèrent longtemps les portes de l'académie : ils lirent contre lui des épigrammes ; il en fit contre eux, et ils furent toujours SCS eunemis. Il fit beaucoup d'ouvrages légers, dans lesquels on remarquait déjà cette finesse et cette profondeur qui décèlent un bomme supérieur à ses ouvrages mêmes. On remarqua dans ses vers et dans ses dialogues des morts l'esprit de A'oiture , mais plus étendu et plus pbilosophiqne. Sa pluralilé des mondes fut un ouvrage unique en son genre. Il sut faire des oracles de Van-Dale un livre agréable. Les matières délicates auxquelles on touche dans ce livre lui attirèrent des ennemis violents, auxquels il eut le bonheur d'échapper. Il vit combien il est dangereux d'avoir raison dans des choses ou des hommes accrédités ont tort. Il se tourna vers la géométrie et vers la phvsique avec autant de facilité quil avait cultivé les arts d'agrément. ?^ommé secrétaire perpétuel de l'académie des sciences, il exerça cet emploi pendant plus de quarante ans avec un applaudissement universel. Son histoire de l' académie jette très souvent nue claité lumineuse sur les mémoires les plus obscurs. Il fut le premier qui porta cette élégance dans les sciences. Si quelquefois il y répandit trop d'ornement, c'était de ces moissons abondantes dans lesquelles les fleurs croissent naturellement avec les épis.

Cette histoire de l'académie des sciences serait aussi utile qu'elle est bien faite , s'il n"a\ ait en à rendre compte que de vérités découvertes ; mais il fallait souvent qu'il expliquât des opinions combattues les unes par les autres , et dont la plupart sont détruites.

Les éloges qu'il prononça des acad'îmicien.s

2'ÎO ECRIVAINS

morts rtnt le mtriie siugalier de rendre les sciences respectables, et ont rendu tel leur auteur. En vain l'abbé Desfontaiaes et d'autres gens de cette espèce ont voulu obscurcir sa réputation; c'est le propre des gi-auds hoiiiines d'avoir de méprisables ennemis. S'il ht imprimer depuis des comédies froides, peu théâtrales, et une apologie des tourbillons de Descartes, on a pardonné ces comédies en faveur de sa vieillesse, et son cartésianisme en faveur des anciennes opinions qui dans sa jeunesse avaient été celles de l'Europe.

Enfin on la regardé comme le premier des hommes dans l'art nouveau de répandre de la lumie're et des grâces sur les sciences abstraites , et il a en du mérite dans tous les autres genres qu'il a traités. Tant de talents ont été soutenus par la connaissance des langues et de l'histoire ; et il a été sans contredit au-dessus de tous les savants qui n'ont pas ea le don de l'invention.

Son histoire des oracles , qui n'est qu'un abrège très sage et très modéré de la grande histoire de Van-Dale, lui lit une querelle assez violente avec quelques jésuites compilateurs de la vie des saints , qui avaient précisément l'esprit des compilateurs. Ils écrivirent à leur manière contre le sentiment raisonnable de "\'an-Dale et de Foiitenelle. Le philosophe de Paris ne repondit point ; ni;iis son ami, le savant Basnage , philosophe de Hollande, répondit, et le livre des compilateurs ne fut pas lu. Plusieurs années après, le jésuite le Tellier, confesseur de Louis XIV, ce malheureux auteur de toutes les querelles qui ont produit cauf de laal et tant de ridicule en France, déféra Kontenelle à Louis XIV comme un athée, et rappela l'alléi^torie de Mero et d'Euegu. Marc-Kené dé Paulmi, marquis d'Argensoû , alors lientenaDt de police *t depnis garde des

sreanx, écarta la persëciitioR qui allait éclater contre Fontenelle ; et ce philosophe le fait assez entendre dans l'éloge du garde des sceaux d'Argenson , prononcé dans l'académie des sciences. Cette anecdote est plus curieuse que tout ce qu'a dit l'abbé Truhlet de Fontenelle. Mort le 9 janvier 1757, âgé de cent ans moins un mois et deux jours.

FoBBis (Claude, chevalier de), chef d'escadre en France, grand amiral du roi de Siam. Il a laissé des mémoires curieux qu'on a rédigés , et l'on peut juger entre lui et du Guay-ïrouin. Mort en 1733.

La Fosse (Antoine de), né en i658. Alaiilius est sa meilleure pièce de théâtre. Mort en i 708.

Fraguier (Claude), né à Paris en 1666, bon littérateur et plein de goût. Il a mis la philosophie de Platon en bons vers latins: il eût mieux valu faire de bons vers français. On a de lui d'excellentes dissertations dans le recueil utile de l'académie des belles-lettres. Mort en 1728.

FuR£TiERE (Antoine), né en 1620, fameux par son dictionnaire et par sa querelle. Mort eu 1688.

Gai ON ( François) , né à Lyon en 1667 , mis par le P. Niceron dans le catalogue des hommes illustres, et qui n'a été fameux que par de grossières plaisanteries qu'on appelle brevets de la inlotte. Ces turpitudes ont pris leur source dans je ne sais quelle association qu'on appelait le régiment îles fous et de la calotte. Ce n'est pas là assurément du bon goût. Les honnêtes gens ne voient qu'avec, mépris de tels ouvrages et leurs auteurs , qui ne peuvent être cités que pour faire abhorrer leur exemple. Gacon n'écrivit presque que de mauvaises satires en mauvais vers contre les auteurs les plus estimés de son temps. Ceux qui n'en écrivent aujourd'hui qu'en mauvaise prose sont encore plus méprisés que lui. On n'en parle ici que pour inspi-

a33 ECRIVAINS

rer le même mépris envers ceux qui pourraient l'imiter. Mort en 1725.

Galland (Antoine^, ne en Picardie en 1646. Il apprit à Constautinople les langues orientales , et traduisit une partie des contes arabes qu'on connaît sous le titre des I\lille et une nuits: il y mit beaucoup du sien: c'est un des livres les plus connus eu Europe ; il est amusant pour toutes les nations. Mort en i 7 1 5.

L'abbé Gai-lois (.lean), né à Paris en i632 , savant universel , fut le premier qui travailla au journal des Sai>ants avec le conseiller-clerc Sallo, qui avait conçu l'idée de ce travail. Il enseigna depuis un peu de latin au ministre d'état Colbert, qui, malgré ses occupations , crut avoir assez de temps pour apprendre cette langue ; il prenait sur-tout ses leçons en carrosse dans ses voyages de Versailles à l'ijris. On disait , avec vraisemblance , que c'était en vue d'être chancelier. On peut observer que les deux hommes qui ont le plus protégé les lettres ne savaient pas le latin, Louis "XIV et M. Golbert. On prétend que l'abbé Gallois disait : « M. Colbert veut queUjuefois « se familiariser avec moi , mais je le reptiusse par « le respect ». Ou attribue ce njèmemot à Kontenelle à l'égard du régent : il est plus dans le caractère de Foutenelle, et le régent avait dans le sien plus de familiarité que^tÀilbert. Mort en 1707.

G AssF.NDi ( Pierre ) , né en Provence en i Sga , restaurateur d'une partie de la physique d'Epicure. Il seutit la nécessité des atomes et du vide. Mfwton et d autres ont démontré depuis ce que Gassendi avait afKrme. Il eut moins de répotalion (|ue Descai-tes, parcequ'il était plus raisonnable t-t (|u'il n'était pas inventeur; mais ou l'accusa, comme Llcscartes, d'athéisme. Qjielques uns crurent que celui f|ui admettait le vide , comme Énicare , niait uu Dieu ,

DU SIECLE DE LOUIS XIV. aSg

comme lui: c'est ainsi que raisounent les calomniateurs. Gassendi en Provence, où l'on n'était point jaloux de lui , était appelé le.saint Prêtre ; à Paris quelques envieux l'appelaient V athée. Il est vrai qu'il était sceptique, et que la philosophie lui avait appris à douter de tout , mais non pas de l'existence d'un Etre suprême. Il avait avancé long-temps ayant Locke, dans une giande lettre à Descartes, qu'on ne connaît point du tout l'ame , que Dieu peut accorder la pensée à l'autre être inconnu qu'on nomme matière, et la lui conserver éternellement. Mort en i656.

Gedouin , chanoine de la Sainte-Chapel le à Paris , auteur d'une excellente traduction de Quintilien et de Pansanias. Il était entré chez les jésuites à 1 âge de quinze ans , et en sortit dans un âge mûr. Il était si passionné pour les bous auteurs de l'antiquité qu'il aurait voulnqu'oneût pardonné à leur religion en faveur des beautés de leurs ouvrages et de leur mythologie : il trouvait dans la fable une philosophie naturelle , admirable, et des emblèmes frappants de toutes les opérations de la divinité. Il croyait que l'esprit de toutes les nations s'était ré- - tréci , et que la grande poésie et la grande éloquence avaient disparu du monde avec la mythologie des Grecs. Le poème de Milton lui paraissait un poème barbare et d'un fanatisme sombre et dégoûtant, dans lequel le Diable hurle sans cesse contre le Messie. Il écrivit sur ce sujet qnatre dissertations très curieuses; on croit qu'elles seront bientôt imprimées. Mort en 1744.

N. B. On a imprimé dans quelques dictionnaires que jVinon lui accorda ses faveurs à quatre-vingts ans : en ce cas on aurait dû dire plutôt que l'abbe Gedouin lui accorda les siennes : mais c'est un conte ridicule : ce fut à l'abbé de Châleauneuf que Ninon

a4o ECRIVAINS

donna un rendez-vous pour le jour auquel elle an-

rait soixante ans accomplis.

Le Gendre (Louis), né à Rouen en lôSg, a fait une Histoire de Fiance. Pour bien faire cette histoire il faudrait la plume et la liberté du président de Thou , et il serait encore très difKcile de rendre les premiers siècles intéressants. Mort en 1733.

Genkst (Charles-Claude ),ué en i635 , aumônier de la duchesse d'Orléans , philosophe et poëte. Sa tragédie de Pénélope a encore du succès sur le théâtre , et c'est la seule de ses pièces qui s'y soit conservée : elle est au rang de ces pièces écrites d'un style lâche et prosaïque, que les situatioi^s font tolérer daus la représentation. Son laborieux ouvrage de la philosophie de Descartes , en rimes plutôt qu'eu vers, signala plus sa patience que son génie; et il n'eut guère rien de commun avec Lucrèce que de versifier une philosophie erronée presque en tout : il eut part aux bienfaits de Louis XIV. Mort en I 7 10.

L'abbé Girard, de l'académie. Son livre des Synonymes tsi très utile; il subsistera autant que la langue, et servira même à la faire subsister. Mort fort vieux en 1748.

GoDEAU (Antoine) , l'un de ceux qui servirent à rétablissement de l'académie française, poëte , orateur et historien. On sait que, pour faire un jeu de mots, le cardinal de Richelieu lui donna levèché de Grasse pour le Bejiedicite mis eu vers. Son Histoire ecclésiastique en prose fut plus estimée que son poëme sur \vs faites de l'Eglise. 11 se trompa en croyant égaler les fastes d'Ovide; ni son sujet ni son géuie n'y pouvaient suffire. C'est une grande erreur de penser que les sujets chrétiens puissent convenir à la poésie comme ceux du paganisme,

duut la mythologie, aussi agréable que fausse, animait tonte la nature. Mort eu 1672.

(jODErRoi (Théodore), fils tle Denis Godefroi , Parisien; homme savant, ué à Genève en i.58o, historiographe de France sons Louis XIII et Louis XIV : il s'appliqua sur-tout aux titres et au cérémonial. Mort en 1648.

iV . B . Son père , Denis , a reiidn un service important à l'Eniope par son travail immense sur le Corpus jnris cii'ilis.

Godefroi ( Denis ) , son fils , ué à Paris en i G 1 '> , historiographe de France, comme son père. Mort en i63i. Toute cette famille a été illustre dans la littérature.

GoMBACLD ( .lean Ogier de ) , quoique né sous Charles IX , vécut long-temps sous Louis XIV. Il v a de lui quelques bonnes épigrammes, dont même on a retenu des vers. Mort en ifiôfi.

GoMBERVit-LE (Marin), né à Paris en 1600, l'tm des premiers académiciens. Il écrivit de grands romans avant ie temps du boj goût , et sa réputation mourut avec lui. !Mort en 1674-

GoNDi ( .leau -François) , cardinal de Ketz. né en i6i3, qui vécut en Catilina dans sa jeunesse , et en Atticns dans sa vieillesse. Plusieurs endroits de ses mémoires sont digues de Salluste; mais tout n'est pas égal. Mort en j67g.

G0DRV11.LE , valet de chambre du duc de la Rochefoncnnld , devenu son ami , et même celui du grand Condé ; dans le même temps pendu à Paris en effigie , et envoyé dn roi en Allemagne ; ensuite proposé pour succéder an graud Colbert dans le ministère. Nous avons de lui des mémoires de sa vie écrits avec naïveté, dans lesquels il parle de sa naissance et de sa fortune avec indifférence : il v a des anecdotes vraies et enrieuses.

S. np Lons XV. 5. ai

Le Gra.îîd (Toacliini), néeulVorruaiiflie en if'5j , élevé du P. le Cointe. Il a été l'un des hommes les plus profonds dans l'histoire. Moil en 1733.

Gr.ECOLRT, chanoine de Tours. Son poème de Philotanus eut un succès prodigieux. I.e mérite de ces sortes d'ouvrages n'est d'ordinaire que dans le choix du sujet, et dans la malignité humaine : ce n'est pas qu'il n'y ait quelques vers bien faits dans ce poëme. Le commencement en est très heureux; mais la suite n'y répond pas. Le diable n'y parle pas aussi plaisamment rju'il est amené. Le style est bas, uniforme, sans dialogue, sans grâces, sans linesse, sans pureté, sans imagination dans l'expression ; et et) n'est enfin qu'une histoire satirique de la bulle Unisenitiis en vers burlesques , parmi lesquels il s'en trouve de très plaisants. Mort en 1743.

GuERET (Gabriel) , né à Paris en i64f , connu dans son temps par son Parnasse reformé , et par la Guerre des auteurs. 11 avait du goût; mais son discours , Si l'empire de l'éloquence est plus grand que crlni de l'amour, ne prouverait pas qu'il en eût. Il a fait le Journal du Palais conjointement avec lUondeau: ce journal du palais est un recueil des arrêts des parlements de France , ju- {jemeuts souvent différents dans des causes semblables. Rien ne fait mieux voir èombien la jurisprudence a besoin d'être réformée que cette nécessité où l'on est de recueillir des arrêts. Mort eu

De Guet (.lacques-.loseph ) , né en l'orez en i64q ; l'une des meilleures plumes du parti janséniste. Son livre de V Education d'un roi n'a point, été fait pour le roi de Sardaigne, comme on l'a dit, et il a été achevé par une autre main. Le style de du Guet est formé sur cclni des bons écri-

■' :iins de Port-RovaL II auraLt pu comme eux rendre (le grands services aux lettres; trois volumes sur vingt-cinq chapitres d'Isaie prouvent qu'il n'était avare ni de son temps ni de sa plume. Mort en' i 733.

Du GuÉ-TROuix, né à Saint-Malo en 1673 ; d'ai'mateiir devenu lieutenant-général des armées navales, l'un des plus grands hommes en son genre; a donné des mémoires écrits du styled'un soldat ,et propres à exciter rémuïation chez ses compatriotes. Mort en 1736.

Du H.viDE , jésuite, quoiqu'il ne soit point sorti de Paris , et qu'il n'ait point su le chinois , a donné sur 1rs jnémoires de ses confrères la plus ample etla ^ meilleure description de l'empire de la Chine qu'on ait dans le monde. Mort en i74^-

L'insatiable curiosité que nous avons de connaître à fond la religion, les lois, les mœurs des Chinois n'est point encore satisfaite : un bourgmestre (le Midelbourg , nommé Hudde , homme très riche, guidé par cette seule curiosité, alla à la Chine vers l'an i 700 ; il emplova une grande partie de sou bien à s'instruire de tout. Il apprit si parfaitement la langue qu'on le prenait pour un chinois ; heureusement pour lui la forme de son visage ne le trahissait pas. Enfin il sut parvenir au grade de mandarin ; il parcourut toutes les provinces en cette qualité , et revint ensuite en Europe avec un recueil de trente années d'observations: elles' ont été perdues dans un naufrage; c'est peut-être la plus grande perte qu'ait faite la république des lettres.

Dit ilAMFi. (.lean-Raptiste), de Normandie, né en 1624, secrétaire de l'académie des sciences. Quoique philosophe, il était théologien. La philosophie, qui s'est perfectionnée depuis lai, a nui à *.'sonvrages, roaissou nomasub.sibté. 3Iorl en 1706.

a44 ECKIVAliNS

Le comte d'Hamilto^ ( Antoiae ), né à Caen. On a de lui quelques jolies poésies , et il est le premier qni ait fait des romans dans un goût plaisaut . qui n'est pas le burlesque de Scarron. Ses Aîernoires du comte de Grammont , sou hean-frere, sont de tous les livres celui oii le fouds le "plus mince est paré du style le plus gai, le plus vif et le plus agréable ; c'est le modèle d'uue conversation enjouée , plus que le modèle d"nn livre. Son héros u"a guère d'autres rôles dans ses mémoires que celui de fripponner ses amis au jeu , d'être volé par son valet de chambre , et de dire quelques prétendus bons mota sur les aventtnes des autres.

Hardocin (.lean), jésuite, né à Qnimper ea 1646 , profond dans l'histoire , et chimérique dans les s-ntiments. « Il faut s'enquérir, dit Montaigne , « non quel est le plus savant, mais le mieux sa- 1 vant". Hardouin poussa la bizarrerie jusqu'à prétendre que l'Enéide et les Odes d'Horace ont été composées par des moines du treizième siècle : il vent qu'Eiiée suit .lésus-Chiist ; et Lalagé , la maîtïessi- d Horace, la religion chrétienne. Le même discernement qui faisait voir au P. Hardouin le Messie dans Enée , lui découvrait des athées dans lesI'P. rhomassi'-i, Quesuel, Maliebranche,daus Arnanld. dans Nicole et 1-ascal. Sa folie ôta à sa calomnie toute son atrocité ; mais tous ceux qni r- uouvellent •cette accusation d'athéisme contre des saçes ne sont pws toujours reconnus pour fous , et sont sonvent très dangereux : on a vu des hommes abuser de leur uiiaistcre en employant ces arincs contre Icsqu-'lles il n'y a point de bouclier , pour perdre sans ressource des personnes respectables auprès des priuces trop peu instruits. Mort en «729.

HtcQuïT, médecin, mit au jour, en 1722,1e système raisonné de la Trituration i idée iogéuieuse qui

n'explique pas la manière dont se fait la digestion. Les autres médecins y ont joint le suc gastrique et la chaleur des viscères; mais nul n'a pu découvrir le secret de la nature qui se cache dans toutes ses opérations.

Helvetius , fameux médecin ,qnia très bien écrit sur l'économie animale et sur la fièvre. Mort vers l'an 1750. Il était père d'un vrai philosophe, qui renonça à la place de fermier général pour cultiver les lettres, et qui a eu le sort de plusieurs philosophes , persécuté pour un livre et pour sa vertu.

Henxult, connu par le sonnet de V ^4vorton , par d'autres pièces, et qui aurait une très grande réputation si les trois premiers chants de sa traduction de Lucrèce , qui furent perdus , avaient paru et avaient été écrits comme ce qui nous est resté du commencement de cet ouvrage. Mort en 1682. Au reste la postérité ue le confondra pas avec un homme du même nom et d'un mérite supérieur , à qui nous devons la plus courte et la meilleure hi.stoire de France , et peut-être la seule manière dont il faudra désormais écrire toutes les grandes histoires ; car la multiplicité des faits et des écrits devient si grande, qu'il faudrabieatôt tout réduire auv extraits et aux dictionnaires : mais il s;ra difficile d'imiter l'auteur de V Abrégé chronologique , d'approfondir tant de choses en paraissant les effleurer.

Henault, président aux enquêtes du parlement, surintendant de la maison de la reine, de l'académie française, né à Paris vers l'an 1686. Nous avons déjà parlé de son livre utile de l'Abrégé de l'histoire delà France. Les recherches péuibles qu'une telle étude doit avoir coûté ne l'ont pas empêché de sacrifier aux grâces, et il a été du très petit nombre de savants qui ont joint aux travaux utiles les agréments de la société qui ue s'acquièrent p^jiut. Il a été dans

24^; ECFv.IVAl^'S

l'histoire ce quel-outenelleaéte dans la philosophie; il l'a rendue familière : aussi lui avons-nous reiidu,' comme à J'"ontenelle , justice de sou vivant. Mort

Herbelot (Barthélemi J , né à Paris en 1623, le premier parmi les Français qui connut bien les langues et les histoires orientales : peu célèbre d'abord dans sa patrie ; reçu par le grand-duc de Toscane , Ferdinand II , avec une distinction qui apprit à la France à connaître son mérite ; rappelé ensuite, et encouragé par Colbert T qui encourageait tout. Sa Hibliotheqiie orientale est aussi curieuse que profonde. Mort en 1695.

HtRMANT (Godefroi), né à Beanvais en i6i6. Il n'a fait que des ouvrages polémicjnes , qui s"anéaiitisseut avec la dispute. Mort en 1690.

Hermant (.Feau), né à Caen en i65o, auteur île Vffistoire des conciles , des ordres religieux , des hcré.sics. Cette Histoire des //èrésies ne vaut pas celle de M. Plu((uet. Mort en i^a.ii.

La HiKE ( Philippe), uc j l'aris en 1640, lils d'an bon peiotre. Il a été un savant maihéraaticieu , et a beaucoup contribué à la famcase méridienne de France. Mort en 1718.

D'HosiEK (Pierre"), né à Marseille eu j ."iy'. , fîls d'un avocat. Il fut le premier qui débrouilla les généalogies, et qui en lit une siieuce. Louis XI II le fît gentilhomme servant, maifre-d'hotel, et gentilhomme ordinaire de sa cbain')re; Louis XIV lui donna un brevet de conseiller d'étal. De véritablement grands hommes ont été bien moins récompensés; leurs travaux n'étaient pas si nécessaires à la vanité humaine. Mort en iO()0.

L'HospiT-vi, ( François, marquis de) , né en 166 1 , le premier qui ait écrit en France sur le calcul io-

veuté par ^'ewton, qii"il appela les infiniment

■ petits; c'était alors un prodige. Mort en 1704.

Des Houllif.res (Antoinette de la Garde). De toutes les dames françaises qui ont cultivé la poésie c'est celle qui a le plus réussi , puisque c'est celle dont on a retenu le plus de vers. C est dommage qu'elle soit l'auteur du mauvais sonnet contre l'admirable Phèdre de Racine : ce sonnet ne fut bien reçu du public que parcequ'il était satirique. Ts'estce pas assez que les femmes soient jalouses en amour ; faut-il encore qu'elles le soient en belleslettres.'' Une femme satirique ressemble à ?»Iéduse

/ et à Scylla, deux beautés changées en monstres. Morte en 1694. ,

HvLT (Pierre Daniel), né à Caen en i63o, savant universel -, et qui conserva la même ardent

- pour l'étude jusqu'à l'âge de quatre-vingt-onze ans. Appelé auprès de la reine Christine à Stockholm, il fut ensuite un des hommes illustres qui contribuèrent à l'éducation du dauphin: jamais prince n'eut de pareils maîtres. Huet se fit prêtre à quarante ans; il eut l'évéché d Avranches. qn il abdie{ua ensuite pour se livrer tout eutier à l'étude dans la retraite. De tous ses livres le Commerce et ia ï\ afigution des anciens, et VOrigim des romans sont le plus d'usage. Son traité sur ta Faiblesse de l esprit humain a fait beaucoup de bruit, et a paru démentir sa Démonstration évangélifjiie. Mort en 1721.'

.Tacquelot (Isaac), né en Champagne en 1647 ■, calviniste, pasteur à la Haye, et ensuite à Berlin, lia fait quelques ouvrages sur la religion. Mort eu

.loLY (Guy), conseiller au chàtelet, secrétaire du cardinal de Ketz, à laissé des mémoires qui sont

a48 ECRIVAINS

à ceux du cardinal ce qn'est le domestique au

maître; mais il y a des particularités curieuses.

JouvExci (Joseph) , jésuite, né à Paris en i643. C'est encore un homme qui a eu le mérite obscur d'écrire en latin aussi bien qu'on le puisse de nos jours : son livre De ratione discendi et docendi est un des meilleurs qu'on ait en ce genre, et des moins connus depuis Quintilieu. Il publia en 1710, à Rome, une partie de l'histoire de son ordre: il l'écrivit en jésnite, et en homme qui étoit à Rome. Le parlement de Paris, qui pense tout difl'érerament de Rome et des jésuites , condamna ce livre,- dans lequel on justifiait le P. Guigiiard , condamné à être pendu par ce même parlement pour l'assassinat commis sur la personne de Henri IV par l'écolier Chàtel. Il est vrai que Guignard n'était nullement complice , et qu'on le jugea à la rigneiir; mais il n'est pas moins vrai que cette rigueur était nécessaire dans ces temps malheureux où une partie de l'Europe, aveuglée par le plus horrible fanatisme, regardait comme un acte de religion de poignarder le meilleur des rois et le meilleur des .hommes. Mort en 17 19.

Labbe (Philippe), né à Bourges en 1607 , jésuite. Il a rendu de grands services à l'histoire : on a de lui soixante et seize ouvrages. Mort en ifi<57.

Le L.vnouRFUR (Jean), né à Montmorency en 1623, gentilhomme servant de Louis XiA',et ensuite son aumônier. Sa relation du vovage de Pologne, qu'il fit avec madame la maréchale de Guébriaut, la seule femme qui ait jamais eu le titre et fait les fondions d'ambassadrice ])lénipoterili.iire , est assez curieuse : les commentaires historiques dont il a enrichi les mémoires de Casteliiau ont répandu beaucoup de jour sur l'histoire de France.

Le mauvais poème de Charlema^ne n'est pas de lai, mais de son frere. Mort en i6-5.

Laine ou Laixez (Alexandre) , né dans le Hainaut en i65o, poète singnlier, dont on a recueilli un petit nombre de vers heureux. ITn homme qui s'est donné la peine de faire élever à grands frais un Parnasse en bronze, couvert de figures en relief de tous les poètes et musiciens dont il s'est avise , a mis ce Laine au rang (îes plus illustres. Les seuls vers délicats qn'oa ait de lui sont ceux qu'il fit pour madame Martel :

Le tendre .\pelle un jour, dans ces jeux si vantes Qu'.4.thenes sur ses bords consacrait à Neptune , Vit au sortir de l'onde éclater cent beautés;

Et, prenant un trait de cliacune , n fit de sa Vénus le portrait immortel. Hélas ! s'il avait vu l'adnraitle ]\îartel ,

Il n'en aurait employé qu'une.

On ne sait pas que ces vers sont une traduction uo peu longue de ce beair morceau de l'Arioste :

?fon avea da torre altra , che costei Cbe tutte le bellezze erano iu lei-

Mort en 1710.

Laiset ou LÉNET (Pierre), conseiller d'état, natif de Dijon, attache au grand Condé, a laissé des mémoires sur la guerre civile. Tous les mémoires de ce temps sont éclaircis et justifiés les uns par les antres; ils mettent la vérité de l'histoire dans le plus grand jour: ceux de Lainet ont une anecdote très remarquable. Une dame de qualité, de Franche-Comté, se trouvant à Paris, grosse de huit mois, en 1664» son mari, absent depuis un an.

a5o ECRIVAINS

arrive; elle craint qu'il ne la tue: elle s'adresse à Lainet sans le connaître; celui-ci consulte l'ambassadeur d Espagne ; tons deux imaginent de laire enfermer le mari par leftre de cachet à la Bastille jusqu'à ce que la femme soit relevée de couche : ils s'adressent à la reine. Le roi, en riant, fait et siijne la lettre de cachet lui-même ; il sauve la vie de la femme et de l'enfaut ; ensuite il demande pardon au mari, et lui fait un présent.

Lambert (Anne Thérèse de Margnenat de Conrcelles, marquise de) , née eu 1647, dame de beaucoup d'esprit , a laissé quelques écrits d'une morale ntile et d'un stvle agréable: son traité de l' Amitié fait voir qu'elle méritait d'avoir des amis. Le nombre des dames qui ont illustré ce beau siècle est une des grandes preuves des progrés de l'esprit humain :

Le donne son venute in eccellenza

Di ciascun'arte ove banno poste cura. Ariost.

Morte à Paris en 1783.

Lami ( Bernard'), né au Mans en 164^ 1 de l'oratoire, savant dans ])lus d'un genre. Il compo.sa ses Eléments de maflii'.niatifjues dans un voyage qu'il fît à pied de Grenoble à Paris. Mort en 171.5.

Laxcelot (Claude), né à Paris en i()i6. Il eut part à des ouvrages très utiles que firent les solitaires de Port-Royal pour l'éducation de la jeunesse. Mort en 1693.

De Larrev (Isaac), né en IVormandie en i638. Son Histoire d' An t^h- terre fut estimée avant celle de Rapiu de 1 boiras, et son Histoire de Loms^ïV ne le fut jamais. Mort à Berlin en 1719-

L».iXA\ (François de), r.é à Angers en 1G12, jurisconsulte et homme de lettres. Il fui le premier qui enseigna le droit français à Paris. iMort en lOgS.

Lausoy (.Icau de ), né en Normandie en i6o3 ,

DU SIECLE DE LOUIS XIV. aSi

docteur en tliéologie, savant laborieux, et critique intrépide. 11 détioinpa de plusieurs erreurs, et surtout de l'existence de plusieuis saiuts. On sait qu'un curé de Saint-Eustacbe disait ; "Je lui fais » toujours de profondes révéreiices, de peur quil •I ne m'ôte mou saint Eustaclie ». Jlort en 1678.

Laup.ieîie (Eusebe), né à Paris en 1639, avocat. Personne n'a plus approfondi la jurisprudence et l'origine des lois. C'est lui qui dressa le plan dn recueil des ordonnances ; ouvrage, immense qui signale le regae de Louis XIV. c'est un monument de l'inconstance des choses bumaines : un recueil d'ordonnances n'est que l'histoire des variations. Mort en i 728.

Le Ci-erc (Jean), ué à Genève en 1607, mais originaire de Beauvais. Il n'était pas le seul savant de sa famille, mais il était le plus savant. Sa £ibliotheane universelle ^ dans laquelle il imita la République des lettres de Payle, est sou meilleur ouvrage ; son plus grand mérite est d'avoir alors approché de Bayle, qu'il a combattu souvent. Il a beaucoup plus écrit que ce grand homme, mais il n'a pas connu comme lui l'art de plaire et d'instruire, qui est si ay-dessus de la science. Mort à Amsterdam en I 736.

Lkmery (Nicolas), né à Rouen en i645, fut le premier chymiste raisonnable , et le premier qui ait donné une Pharmacopée universelle. 'f^Vott en

Lenfant (Jacques), né eu Beauce en 1661 , pasteur calviniste à Berlin. Il contribua plus que personne à répandre les grâces et la force de la langue française aux extrémités de l'Allemagne. Sou Histoire du concile de Constance^ bien faite et bien écrite, sera jusqu'à la dernière postérité un témoignage du bien et du mal qui peuvent résulter de

a5a ÉCRIVAINS

ces grandes assemblées, et qae du seia des passions, de l'intérêt, et de la cruauté même, il peut encore sortir de bonnes lois. Mort en 1728.

Des Lions (Jean), né à Pontoise en 161 5, doctear de Sorbonne , homme singulier, auteur de plusieurs ouvrages polémiques. Il voulut prouver que les réjouissances à Li fête des rois sont des profanations , et que le monde allait bientôt finir. Mort eu 1700.

De t'Isi-E (Guillaume), né à Paris en 1675, a réformé la géographie , qui aura long-temps besoin d'être perfectionnée. C'est lui qui a changé toute la position de notre hémisphère en longitude : il a enseigné à Louis XV la géographie , et n'a point fait de meilleur élevé. Ce monarque a composé après la mort de son maitre un traité du cours de tous les fleuves. Guillaume de l'Isle est le premier qui ait eu le titre de premier géographe du roi : Mort en 1726.

Le Long (.Tacques), né à Paris en i655, de l'o» ratoire. Sa Bibliothèque historique de la France «îst d'une grande recherche, et d'une grande utilité, à quelques fautes près. Mort en 1721.

LoNGK -Pierre (Hilaire Bernard de Requeleync, baron de), né en Bourgogne en i658. 11 possédait toutes les beautés de la langue grecque, mérite très r<ire en ce temps-là : on a de lui des traductions en Ters d'.4.nacréon , Sapho, Bion, et Moschus ; sa tragédie de Médée , quoiqu'inégale et trop remplie de déclamations, est fort supérieure à celle de Pierre Corneille ; mais la Medée de Corneille n'était pas de sou bou temps. Longe-Pierre fit beaucoup d'autres tragédies d'après les poètes grecs , et il les imita eu ne mêlant point l'amour à ces sujets sévères et terribles ; mais aussi il les imita dans la proli.vité de» lieux communs, et dans le vide d'ac-

tion et d'intrigue , et ne les égala point dans la beauté de relocutioa, qui fait le grand mérite des poètes. Il n'a donné au théâtre que^^Médée et Electre. Mort en i 72 1 .

LoiSGCERUE (Louis Dufonr de), né à Cbarleville en i652,abbé du .lard. Il savait outre les laugues savantes toutes celles de l'Europe. Apprendre plusieurs langues médiocrement, c'est le fruit du travail de quelques années; parler purement et éloquemiiient la sienne, le travail de toute la vie. Il savait l'histoire universelle ; et on prétend qu'il composa de mémoire ia Description historique et eéosraphique de la France ancienne e t moderne . Mort vers l'an 1733.

Lo>'GL-EVAL (Jacques), né en 168 i , jésuite. Il a fait huit volumes de V Histoire de l'égli::e gallicane ^ continuée par le P. Fontenay. Mort en i 735,

Laubere (Simon de la ) , né à Toulouse en 1642 , et envoyé à Siam en ifiS;. On a de lui des mémoires de ce pavs meilleurs que ses sonnets et ses odes. Mort en 1729.

Il y a un jésuite du même pays et du même nom , savant mathématicien, mais qui n'est plus connu que pour avoir voulu partager avec Pascal la gloire d avoir résolu les problèmes sur la cycloide.

31abii.lo>' (Jean), né en Champagne en i63a, bénédictin. C'est lui qui, étant chargé de montrer le trésor de Saint-Denis , demanda à quitter cet emploi, ■< parcequ'il n'aimait pas à mêler la fable <L avec la vérité ■•. Il a fait de profondes recherches : Colbert remploya à rechercher les anciens titxes. Mort en i 707.

Majusax (Emmanuel), né à Toulouse en 1601, minime. L'un dej;eux: qui ont appris les mathématiques sans maitre ; prot««sear de mathématiques à

$. UEVOUUXV. 5. 33

Rome, où il y a toujours eu depuis un professeur

miiiime français : roort à Toulouse en 1676.

Maillet (Benoît de), consul au ^i-and Caire. On a de lui des lettres iuslructives sur l'Égvpte , et des ouvrages manuscrits d'une philosophie hardie. L'ouvrage intitulé Telliamed est de lui , ou da moins a été fait d'après ses idées : ou y trouve l'opinion que la terre a été toute couverte deau; opinion adoptée par M. de Buffon , qui l'a fortifiée de preuves nouvelles : ruais ce n'est et ce ne sera longtemps qu'une opinion ; il est même certain qu'il exisTe de grands espaces oii l'on ne trouve aucun vestige du séjour des eaux, d'autres où l'on n'apperçoit que des dépôts laissés par les eaux terrestres. Mort en i ^38.

Maimbourg (Louis), jésuite, né en iGro. Il v a encore quelques unes de ses histoires qu'où ne lit pas sans plaisir. Il eut d'abord trop de vogue, (t on l'a trop négli;:;é ensuite. Ce qui est singulier, c'est qu'il fut obligé de quitter les jésîiites pour avoir écrit en faveur du clergé de Krance. Mort à Saint -Tictor en i(i8fi.

MAiiN'Ar.D ( l'rançois) , ])résident d'Anrillac , né à Toulouse vers 1 582. On peut le compter parmi ceux qui out annoncé le siècle de Louis XIV. Il reste de lui un assez grand nombre de vers heureux purement écrits. C'est un des auteurs qui s'est plaint le plus de la mauvaise fortune attachée aux talents: il ignorait que le succès d'un bon ouvrage est la seule récompense digue d'un artiste ; que, si les princes et les ministres veulent se faire honneur en réct)iupeiisant celte espèce de mérite , il y a pins d'honneur encore d'attendre ces faveurs sans les demander; et que si un bon écrivain ambitionne la fortuuc, il doit la faire soi-même.

Kicu n'est plus connu que son be.-in sonnet

DU SIECLE DE LOUIS XIV. i55

ponr le cardinal de Richelieu , et cette réponse dnre du ministre , ce mot cruel, rien. Le président Mainard, retiré enlln à Aurillac, lit ces vers , qui mériteut autant d'être connus que son sonnet :

Par votre Imineur le monde est gouverné ; Vos volontés font le calme et l'orage; Vous voii« riez de me voir confiné Loin de la cour dans mon petit ménage : ?.!a:s n'est-ce rifn que d'être tout à soi, De n avoir point le fardeau d'un emploi, D'avoir domté la crainte et l'espérance? Ah ! si le ciel , qui me traiie si bien. Avait pitié de vous et de la France , Votre lionlieur serait égal au mien.

Depuis la mort du cardinal il dit dans d'autres vers que le tyran est mort , et qu'il n'en est pas plus heureux. Si le cardinal lui avait fait du bien, ce ministre eût été un dieu pour lui; il n'est un tyran (jue parcequ il ne lui donna rien : c'est trop ressembler à ces mendiants qui appellent les passants monseigneur, et qui les maudissent s'ils a'en reçoivent point d'aumoue. Les vei-s de IMainard étaient fort beaux: il eût été plus beau de passer sa vie sans deniander et sans mnrniurer. L'épitaphe qu'il lit pour lui-même est dans la bouche de tout le monde :

Las d'espérer et de me plaindre Des Muses, des grands, et cîu sort, (rest ici que j attends la mort , Sans la désirer ni la craindre

Les deux derniers vers sont la traduction de cet ancien vers latin.

Summum nec metuas dicm nec optes.

a56 ÉCRIVÀI^*S

La plnpârt des beaux rcrs de morale sont dé» tradactions.il est Lieu commun de ne pas désirer là mort ; il est Lien rare de ne pas la craiadre, et it eut été ^rand de ne pas seulement songer s'il y a des grands au monde. Mort en 1646.

Maiitteso:!» ( Françoise d'Aubigné Scarron , marquise de). Elle est .lijtenr, comme madame de Sévigné. parcequ'on a imprimé ses lettres après sa mort. Les unes et les antres sont écrites avec beaucoup d'esprit , mais avec un esprit différent : le cœur et Timagination ont dicté celles de madame de Sevigné ; elles ont jjIus de gaieté, plus de liberté : celles de madame de Maiafenon sont plus contraintes ; il semble qu'elle ait toujours prévu qu'elles seraient un jour publiques. Madame de Sévigné, eu écrivant à sa fille, n'écrivait que pour sa fîlle. Op. troav.- quelques anecdotes dans les unes et dans les autres: on voit par celles de madame de ÏNlaintenou qu'elle avait épousé Louis XI'V; qu'elle influait dans les affaires d'état, mais qu'elle ne les gouvernait pas ; qu'elle ne pressa point la révocation de l'edit de Nantes et ses suites, mais qu'elle ne s'v opposa point; qu'elle prit le parti des molinistes parceque Louis XI'V l'avait pris, et qu'ensuite elle s'attacha à ce parti ; que Louis 'XIV, sut la lin de sa vie. portait des reliques, et beaucoup d'autres particularités. IMaisles connais.sances qu'on peut puiser dans ce recueil sont trop achetées par la quantité de lettres inutiles qu'il renferme ; défaut commun à tous ces recueils. Si l'on n'impri* mait que T utile il y aurait cent fois moins de livres. Morte a Saint-Cyr en 1719.

Un nommé la Beaumelle, qui a été précepteur à Genève , a fait imprimer des mémoires de Maintenon remplis de faussetés.

Maleziiu (Nicolas), né à Paris en 1659. Les

Eléments de qcométrie du duc de Boui'f^ogne sout les leçous ((ii"il doana à ce prince : il se fit uce léputatiou par, sa profonde litténilure. Madame la duchesse du Maine fit sa fortune. Mort eu i 727.

Mallf.branche ( jNicolas), ué à Paris en i63S, de l'oratoire, l'un des plus profonds méditatifs qui aient jamais écril. Animé de cette ijuaginaf ion forte qui fait plus de disciples que la vérité, il en eut; de sou temps il y avait des mallcbranchistes. Il a montré admirablement les erreurs des sens et de rimagiuation; et quand il a voulu sonder la nature de l'anie, il s'est perdu dans cetabyme comme les autres. Il est, ainsi que Descartes, un grand homme avec lequel on apprend bien peu de <'hr3se, et il n'était pas un grand géomètre comme Descartes. Mort en 1715.

Mai.i:,lvji.i.e (Claude de), l'nn des premiers académiciens. Le seul sonnet de la belle MaiineiiiC en fît un homme célèbre: on ne parlerait pas aujourd'hui d'un tel ouvrage; mais le bon en tout genre était alors aussi rare qu'il est devenu commun depuis. Mort en i047-

De Makca (Pierre), né en iSg^. Étant veuf et ayant plusieurs eniaats, il entra dans l'église, et fut nommé à i archevêché de Paris: son livre de la Concoide de l'empire et du sacerdoce est estimé. Mort en 1662.

De Marollf.s (Michel 1, né en Tonraine en 1600, fils du célèbre Claude de Marolles, capitaine des cent Suisses, connu par sou combat singulier à la lète de l'armée de Henri IV contre Maiivaux. Michel, abbé de Villeloin , composa soixante-neuf ouvrages, dont plusieurs étaient des tiaductionj très utiles dans leur temps. Mort en 168 i.

La Marcuf. ( Nicolas) , ué à Paris en 1641 , com- Duiisaire au Châtelet. Il a fait un ouvrage qui était

2ÏS ECRIVAI^rS

de soa ressort, Y histoire de la Police: il n'est bon qne ponr les Parisiens, et nieillear à consulter qu'à lire. Il eut pour récompense une part sur le prodnit de la comédie, dont il ne jouit jamais : il aurait autant valu assigner aux comédiens une pension sur les gages du guet.

Du Marsais (César Chesneau), né à Marseille en 1676. Personne n'a connu mieux qne lui la métaphysique de la grammaire ; personne n'a plus approfondi les principes des langues: son livre des Tropcs est devenu insensiblement nécessaire , et tout ce qu'il a écrit sur la grammaire mérite d'être étudié. Il V a dans le grand dictionnaire encyclopédiqne beaucoup d'articles de lui qui sont d'une grande utilité. Il était du nombre de ces philosophes obscurs dont Paris est plein, qui jugent sainement de tout , qui vivent entre eux dans la paix et dans la communication de la raison, ignorés des grands, et très redoutés de ces charlatans en tout genre qui veulent donàner sur les esprits: la 'onle ds ces hommes sarres est une suite de l'esprit da siècle. Mort en 17^6.

M.iRsoLLiFR (.lacques), né à Paris en 1647 ; chanoine régulier de Sainte - Geneviève , connu par plusieurs histoires bien écrites : mort en i 724-

M VRTIGSAC (Etienne), né en 1628,1e j>remi.r qui donna nue traduction supportable en prose de Virgile, d'Horace, etc. .Te doute qu'on les traduise jamais htai-eusement en vers : ce ne serait pas ass<-7. d'avoir leur génie ; la différence des langues est uu obstacle presijne invincible. Mort en iRqS.

MiSCArvos (.Inles), de Marseille, né en ifil-i , évéqur de Tulles, et puis d'Agen. Ses oraisons funèbres balancèrent d'abord celles de Kossuct ; mais aujourd'hui elles ne serv^'i' 40'à faire voir coui^

bien Bossuet était un grand homme. Mort en

Massu-loit , né en Provence en i663, de l'oratoire, évêque de Clermont: le prédicateur qui a le mieux connu le monde ; plus fleuri que Boiirdaloue , plus agréable, et dont l'éloquence sent l'homme de cour, l'académicien, et l'homme d'esprit; de plus philosophe modéré el tolérant : mort en 1 742-

Maucroix ( François ) , né à Noyon en 1619, historien, poète, et littérateur. On a retenu quelques uns de ses vers, tels que ceux-ci , qu'il lit à l'âge de plus de quatre-vingts ans :

Chaque jour est un bien que du ciel je reçois : Jouissons aujourd liui de celui qu'il nous donne. Il n'appartient pas plus aux jeunes gens qu'à moi; Et celui de demain n'appartient a personne.

Mort en 1708.

MÉNAGE (Gilles), d'Angers, né en i6i3. lia prouvé qu'il est plus aisé de faire des vers en italien qu'en français : ses vers italiens sont estimés même en Italie ; et notre langue doit beaucoup à •ses recherches. Il était savant en plus d'un genre: sa requête des dictionnaires l'empêcha d'entrer à l'académie : il adressa au cardinal Mazarin , sur son retour en France, une pièce latine où l'on trouve ce vers :

Et puto tam viles despicis inde togas.

Le parlement qui, après avoir mis à prix la tête dn cardinal, l'avait complimenté, se crut désigné par ce vers, et voulait sévir contre l'auteur; mais ^Métoage prouva au parlement que foiia signifiait un habit de cour. Mort en 1692. La Monuoye a augmenté et rectifié le M.énat>iana.

26o ECRIVAIINS

MÉNÉTRIER (Claude François), né en i63i; a beaucoup servi à la science du blason, des emblèmes, et des devises. Mort en 1705.

Mer Y (Jean), né en Berri en i645, l'un de ceux qui ont le plus illustre la chirurgie ; il a laissé des observations utiles. Mort en 1722.

MÉzERAi ( François), né à Argentan en Normandie en i6io. Son Histoire; de France est très counue; ses autres écrits le sont moins. Il perdit ses pensions pour avoir dit ce qu'il croyait la vérité : d'ailleurs plus hardi qu'exact, et inégal dans son style. Son nom de famille était Eudes; il était frère du P. Eudes, fondateur de la congrégation très répandue et très peu connue des eudistes. Mort en i683.

MiMEUREs (le marquis de), menin de Monseigneur, fils de Louis XIV. On a de lui quelques morceaux de poésies qui ne sont pas inférieures à celles de Racan et de Maiuard ; mais comme ils parurent dans un temps oii le bon était très rare, et le marquis de Mimeures daus uu temps où l'art était perfectionné , ils eurent beaucoup de réputation, et à peine fut-il counu. Son ode à Venin , imitée d'Horace, n'est pas indigne de l'original.

Le Moine (Pierre), jésuite, ne en itJoa. Sa Z)Jvolioii aisée le rendit ridicule; mais il etit pu se faire un graud nom par sa Loiiisiude. 11 avait une prodigieuse imagination : pourquoi donc ne réussitil pas.' c'est qu'il n'avait ni goût , ni connaissance du génie de sa langue, ni des amis sévères. Mort eu

jNloLiERF. (.Îean-Baptiste), ne à Paiis en 1620; le meilleur des poètes comiques de toutes les nations. Cet article a engagé à relire les poètes comiques de ranliquité. Il faut avouer (jue si l'oa compare l'art et la régularité de notre théâtre avec Ctj sccues dé-

«ônsnes des anciens , ces intrigues faibles , cet usage grossier de faire annoncer par des acteurs, dans des monologues froids et sans vraisemblance, ce qu'ils ont fait et ce qu'ils veulent faire; il faut avouer, dis-je , que Molière a tiré la comédie du chaos, ainsi que Corneille en a tiré la tragédie, et que les Français ont été supérieurs en ce point à tous les penples de la terre. Molière avait d'ailleurs une diatre sorte de mérite que ni Corneille, ni Racine, ni Boileau, ni La Fontaine n'avaient pas; il était philosophe, et il l'était dans la théorie et dans la pratique. C'est à ce philosophe que l'arohcvèque de Paris, Harlai, si décrié pour ses mœurs, refusa les vains honneurs de la sépulture ; il fallut que le roi engageât ce prélat à souffrir que Molière fût enterré secrètement dans le cimetière de la petite chapelle de Saint -Joseph, faubourg Montmartre. Mort en

On s'est piqué à l'envi dans quelques dictionnai res nouveaux de décrier les vers de Molière en faveur de sa prose , sur la parole de l'archevêque de Cambrai, Kénélon, qui semble en effet donner la préférence à la prose de ce grand comique , et qui avait ses raisons pour n'aimer que la prose poétique ; mais Roileau ne pensait pas ainsi. Il faut convenir qu'à quelques négligences près , négligences que la comédie tolère, Molière est plein devers admirables, qui s'impriment facilement dans la mémoire. Le Misanthrope ^ les Femmes savantes^ le Tartuffe^ sont écrits comme les satires de Boileau ; V Amphitrion est un recueil d'épigrammes et de madrigaux faits avec un art qu'on n'a point imité depuis. La bonne poésie est à la bonne prose ce que la danse est à une simple démarche noble , ce que la musique est au récit ordir.aire, ce que les couleurs d'un tableau sont à des dessins au crayon.

ï62 ÉCRIVAINS IJ

De là vient que les Grecs et les Romains n'ont r niais eu de comédie en prose.

Mox(iAUT( l'abbé). La meilleure traduction qu » ait faite des lettres de Cicéron est Je lui: elle t enrichie de notes judicieuses et utiles. Il avait ti précepteur du lils du duc «d'Orléans , régent i royaume , et mourut , dit-on , de chagrin de n'avi} pu taire auprès de sou élevé la même fortune qj l'abbé du Bois. Il ignorait apparemment que c'il, par le caractère et non par l'esprit que l'on fJ fortune. j

MoNXOYE ( Bernard de la ) , né à Dijon en 164 ^ excellent littérateur. Il fut le premier qui rempoii le prix de poésie à l'académie française ; et uiènl son poëme àxxDuel abolie qui remporta ce pri:| est , à peu de chose près , un des meilleurs oij vrages de poésie qu'on ait faits en France. Mort t 1728. .le ne sais pourquoi le docteur de Sorbonr Ladvocat, dans son dictionnaire, dit que les noë de la Monnoye, en patois bourguignon, sont c qu'il a fait de mieux: est-ce parceque la Sorbonce qui ne sait pas le patois bourguignon, a fait u décret contre ce livre sans l'entendre.''

Montesquieu (Charles), président au parleraen de Bordeaux, né en i6Sy, donna à l'âge de trente deux ans les Lettres persanes; ouvrage de plai sauterie plein de traits qui annoncent un esprit plu solide que son livre : c'est une imitation du Sia mois de.Dufréni , et de Y Espion turc , mais imita tion qui fait voir comment ces originaux devaieui] être écrits. Ces ouvrages d'ordinaire ne réussisseni qu'à la faveur de l'air éti-anger; on met avec sucoè^ dans la bouche d'un asiatique la satire de uotrt pays, qui serait bien moins accueillie dans la bouche d'un compatriote : ce qui est commun par .'oi-mrme devient alors singulier. Le génie qui regue dans le»

Lettres persnnes onTrit an président de Montesjuieu les portes de l'acadcniie française , qnoiqne 'académie fût maltraitée dans son livre ; mais en ïième temps la liberté avec laquelle il parle dn ouveruement et desahns de la religion, lui attira ine exclusion de la part <lu cardinal de Fleuri. Il irit un tour très adroit pour mettre le ministre iaiis ses intérêts; il fit faire en peu de jours une nouvelle édition de son livre, dans laquelle on retrancha on on adoucit tout ce qui pouvait être condamné par un cardinal et par un ministre. M. de Montesquieu porta lui-même l'ouvrage au cardi- 'nal, qui ne lisait guère, et qui en lui une partie: ret air de confiance, soutenu par l'empresscinciit de quelques personnes de crédit, ramena le cardinal, et Montesquieu entra dans l'académie.

11 donna ensuite le traité sur la Grandeur et la Décadence def Fœninins ; matière usée , qu'il rendit neuve par des réflexions très fines , et des peintures très fortes : c'est une histoire politique de l'empire romain. Enfin on vit son Esprif des /ois. On a trouvé dans ce livre beaucoup plus de géni« que dans Grotius et dans Puffendorf. On se fait quelque violence pour lire ces auteurs ; on lit r^5pnt des lois autant pour son plaisir que pour son instruction. Ce livre est écrit avec autant de liberté •jue les Lettres persanes ; et cette liberté n'a pas [peu servi au succès . elle lui attira des ennemis qni augmentèrent sa réputation par la haine qu'ils in- .spiraient contre enx : ce sont ces hommes nourris dans les factions obscures des querelles ecclésiastiques, qui regardent leursopinions comme sacrées, et ceux qui les méprisent comme sacrilèges. Us écrivirent violemment contre le président de ^lontesquieu ; ils engagèrent la Sorbonne à examiner sGu livre : mais le mépris dont ils furent convcrls

arrêta la Soibonne. Le priacipal mérite de \' Esprit des lois est l'amour des lois qui règne dans cet ouvrage , et cet amour des lois est fondé sur l'amour du genre humain. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que l'éloge qu'il fait da gouvernement anglais est ce qui a plu davantage eu France. La vive et piquante ironie qu'on y trouve contre l'inquisition a charmé tout le monde, hors les inquisiteurs ; ses réflciions, presque toujours profondes, sont appuyées d'.^xemples tirés de l'histoire de toutes les uaiious. Il est vrai qu'on lui a reproché de prendre trop souvent des exemples dans de petites nations sauvages , et presque inconnues , sur les relations trop suspectes des voyageurs. Il ne cite pas toujours avec beaucoup d'exactitude ; il fait dire , par exemple à l'auteur du Testament politKjue attribué au cardinal de Richelieu , que « s'il se trouve dans le peu- " pie quelque malheureux honnête homme, il ne 1 faut pas s en servir », Le Testament politique dit Seulement à l'endroit cité qu'il vaut mieux se servir des hommes riches et bien élevés , parcequ'ils sout moins corruptibles. Montesquieu s'est trompé dans d'autres citations, jusqu'à dire que François I ( qui n'était pas né lorsque Christophe Colomb dé- -. couvrit l'Amérique) avait relusé les offres de Christophe Colomb. Le défaut contuiufl de méthode dans cet ouvrage , la singulière affectation de ne mettre souvent que trois ou quatre lignes dans un chapitre , et encore de ue taire de ces quatre ligues qu'une plaisanterie, ont indisposé beaucoup de lecteurs ; on s'est plaint de trouver trop souvent des saillies où l'on attendait des raisonnements ; ou a reproché à l'auteur d'avoir trop donné d'idées douteuses pour des idées certaines : mais s'il n'instruit pas toujours son lecteur, il le fait toujours penser; et c'est là un très graud mérite. Ses expressions vives et ingé-

ni'jnses , dans lesquelles on trouve l'iiuagination de Muutiiigue , son compatriote , ont contribué surtout à la grande réputation de V Esprit des lois : le* mêmes choses dites par U!i homme savant , et même plus savant que lui , n'auraient pas été lues; enfla ii n'y a guère d'ouvrages où il y ait plus d'esprit , plus d'idées proiondes , plus de choses hardies, et où l'on trouve plus à s'instruire , soit en approuvant ses opinions, soit en les combattant. On doit le mettre au rang des livres originaux qui ont illustré le siècle de Louis XIV, et qui n'ont aucun modèle dans l'antiquité.

Il est mort en 17 55, en philosophe, comme il avait vécu.

MoNTFAUCoîT (Bernard de ), né en 16 55 , ténédictiu, l'un des plus savants antiquaires de l'Europe. Mort en 1741 •

MoifTPENsiER ( Anne-Marie-Louise d'Orléans ) , connue sous le nom de Mademoiselle , fille de Gaston d'Orléans . née à Paris en 1627. Ses méruoires sont plus d'une femme occupée d'elle que d'une priacesse témoin de grands événements ; mais i s'y trouve des choses très curieuses : on a aussi quelques petits romans d'elle qu'on ne lit guère. Les princes dans leurs écrits sont au rang des autres hommes. Si Alexandre et Sémirarais avaient fait des ouvrages ennuyeux , ils seraient négligés. On trouve plus aisément des courtisans que des lecteurs. Morte en 1693.

MoNTREuiL (Matthieu de ), né à Pajis en 1621 ; l'un de ces écrivains agréables et faciles dont le siècle de Louis XIV a produit un grand nombre, et qui n'out pas lais.ïé de réussir dans le genre médiorrc. 11 y a peu de vrais génies , mais l'esprit du temps et l'imitation ont fait beaucoup d'auleuis «[^réablcs. Mort à Aix en 1692.

S. DE LOUIS XV. 5. a3

MoRERi (Louis), né en Provence en i643. On ne s'attendait pas que l'auteur du Pays d'amour , et le traducteur de RoJriî^uez^ entreprit dans sa jeunesse le premier dictionnaire de faits qu'on eût encore vu. Ce grand travail lui coi'ita la vie. L'ouvrage réformé et très augmenté porte encore son nom , et n'est plus de lui; c'est uue ville nouvelle bâtie sur le plan le plus ancien : trop de généalogies suspectes ont fait tort sur-tout à cet ouvrage si utile. Jlort en i63o. On a fait des suppléments remplis d'erreurs.

MoRiN ( Michel-Tean-Baptiste ) , ne en Beaujolais en i583, médecin/ mathématicien, et, par les préjugés du temps , ostrologue. Il tira l'horoso.ipe de Louis XIV. Malgré cette charlatanerie il était savant. Il proposa d'employer les observations de la lune à la détermination des longitudes en mer ; mais cette méthode exige.iit dans les tables des mouvements de cette planète ce degré d'exactitude que les travaux réunis des premiers géomètres de ce siècle ont pu à peine leur donner. Voyez l'art. Cvssixi. Mort eu i65f).

MoRix (.lean) , né à ISlois en i.Tipi , très savant dans les langues orientales et dans la critique. Mort â l'oratoire en 1659.

MoRiN (Simon) , né en Nortnnndie en ifi?. 1. On ne parle ici de lui que pour déplorer sa fatale folip et celle de Saint-.Sorlin-Dcsmarcts, son accusateur. Saint-Sorlin fut un fanatique qui en dénonça nu antre. Moriii, ciui ne méritait qne les Petites-maisons, fut brûlé vif en i6fi3 , avant que la philosophie eût fait assez de progrès pour empêcher les savants de dogmatiser, et les juges d'être si cruels.

La. MoTrF.-HouDA.RT (Antoine), né à Paris en J.S71, réiebre par sa tragédie A' Inès (le Castro, liin:- des plus inléresuantes qui soient restées a'i

théâtre, p;ii' de très jolis opéra, et surf-tout par quelqitcs odes qui lui firent d'abord uue grande réputation ; il y a presque autant de choses que de vers : il est philosophe et poète. Sa prose est encore très estimée. Il fit les discours du marquis de Milueures et du cardinal du Rois lorsqu'ils turent rc- ■ eus à l'aeadéuiie française ; le manifeste de la guerre de 171 8; le discours que prononça le cardiual de Tencinau petit concile d'Embrun. Ce fait est juémorable : un archevêque condamne un évèque , et c'est un auteur d'opéra et de comédies qui fait le sermou de l'archevêque. Il avait beaucoup d'amis , c'est-àdire qu'il y avait beaucoup de gens qui se plaisaient dans sa société. .Te l'ai vu mourir, sans qu'il eût personne auprès de son lit, en 1731. L'abbé Trublet dit qu'il y avait du monde ; apparemment il y vint à d'autres heures que moi.

L'intérêt seul de la vérité oblige à passer ici les bornes ordinaires de ces articles.

Cet homme de mœurs si douces, et de qui jamais personne n'eut à se plaindre, a été accusé après sa mort presque juridiquement d'un crime énorme, d'avoir composé les horribles couplets qui perdirent Rousseau en 1710, et d'avoir conduit jjlusieurs années toute la manœuvre qui fit condamner uu innocent. Celte accusation a d'autant plus de poids qu'elle est faite par un homme très iustruit de cette affaire, et faite comme un.- espèce de testament de uiort. N. Roindin , procureur du roi des trésoriers de France, en mourant , en 1 732, laisse uu mémoire très circonstancié , dans lequel il charge , après plus de quarante années, la Motre-lloudarr , de l'académie française, .loscph Saurin, de l'académie des sciences , et Malafaire , marchand bijoutier, d'avoi»-ourdi toute cette trame , et le chàtelet et le parle-

i6S ÉCRIVAITÏS

ment d'avoir rendu consécativement les jugements

les pins injustes.

i'. Si N. Boindin était en effet persuadé de l'innocence de Roussean , pourquoi tant tarder à la faire connaître? pourquoi ne pas la manifester au moins immédiatement après la mort de ses ennemis? pourquoi ne pas donner ce mémoire écrit il y a plus de vingt années ?

2". Qui ne voit clairement que le mémoire de Boindin est un libelle diffamatoire, et que cet homme haïssait également tous ceux dont il parle dans cette dénonciation faite à la postérité.

3". II commence par des faits dont on connaît tonte la fausseté : il prétend que le comte de ]Nocé, et N. Melon, secrétaire du régent . étaient les associés de Malafaire , petit marchand joaillier ; tons ceux qui les ont fréquentés savent que c'est une insigne calomnie : ensuite il confond N. la Favc secrétaire du cabinet du roi , avec son frère le capitaine aux gardes. Enfin comment peut-on imputer à un joaillier d'avoir eu part à toute cette manœuvre des couplets?

4". Boiadin prétend que ce joaillier et Saurin, Je géomètre , s'unirent avec la Motte pour empêcher Rousseau d'obtenir la pension de Boilean , qui vivait encore en i 710. Serait-il possible que trois personnes de professions si différentes se fussent unies et eussent médité ensemble une manceuvre si réflécUie, si infâme et si ditlicile , pour ])river nu «iloyen, alors obscur, crunc pension qui ne vaquait pas , que Rousseau n'aurait pas eue, et à laquelle aucun de ces trois associés ne pouvait prétendre?

5'. Après être convenu que PiOusstau avait fuit les cinq premiers couplets, suivis de ceux <]ni lui attirèrent sa disgrâce , il fait tomber sur la Motfc- Houdart le soupçon d'une douzaine d'autres daus le

même goût ; et , pour unique preuve de cette accusation , il dit que ces douze couplets contre une douzaine de personnes qui devaient s'assembler chez N. de Villiers, turent apportés par la Motte- Houdart lui-même chez le sieur de Villiers une heure après que Rousseau avait été informé que les intéressés devaient s'assembler dans cette maison : or, dit-il, Rousseau n'avait pu eu une heure de temps com2)oser et transcrire ces vers diffamatoires : c'est la Motte qui les apporta; donc la Motte en est l'auteur. Au contraire c'est, ce me semble, parcequ'il a la bonne foi de les apporter , qu'il ne doit pas être soupçonné de la scélératesse de les avoir faits. Oui les a jetés à sa porte, ainsi qu'à la porte de quelques antres particuliers: il a ouvert le paquet ; il y a trouvé des injures atroces contre tous ses amis et contre lui-même; il vient en reudre compte : rien n'a plus l'air de rinnoccncc.

6". Ceux qui s'intéressent à l'histoire de ce mystère d'iniquité doivent savoir que l'on s'assemblait depuis un mois chez N. de Villiers , et que ceux qui s'y assemî)!aient étaient , pour la plupart , les mêmes que Rousseau avait déjà Outragés dans cinq couplets qu'il avait imprudemment récités à quelques personnes. Le premier même de ces douze nouveaux couplets marquait assez que les intéressés s'assemblaient tantôt au café, tantôt chez Villiers :

Sots assemblés chez de Villiers , Parmi les sots troupe d'élite, D un vil calé digues piliers , (Iraiguez la lurour qui m'irrile.

Je vais vous poursuivre eu tous lieux , Vous noircir, vous rendre odieux:

Je veux que par-tout ou vous chante ; Vous percer et rire à vos yeux y.sl uiic douceur qui m'ench-iutc.

27ft ECRIVAIÎîS

7". Il est très faux que les cinq premiers couplets rccouaus pour être de Rousseau ne fissent qu'effleurer le ridicule de cinq ou six particuliers , coiuuie le dit le mémoire ; ou y voit les mêmes hoi reurs que dans les autres :

Que le bourreau , par son valet , Fasse un jour serrer le iiiflet De Berrin et de sa séquelle; Que Pecourt, qui fait le ballet.

Ait le fouet au pied de réclielle.

C'est là le style des cinq premiers couplets avoués par Piousseau : certainement ce n'est jjas là dv la fiii? plaisanterie. C'est le même style de tous les couplets qui suivirent.

^'. Quant aux derniers couplets sur le même ait*, qui furent, en 1710, la matière du procès intenté à Siturin , de l'académie des sciences, le mémoire ne dit rien que ce que les pièces du procès ont appris depuis long-temps : il prétend seulement que le malheureux qui fut coudamué au bannissement pour avoir été suborné par Rousseau , devait être condamné aux galères, si eu effet il avait été faux témoin. C'est en quoi le sieur Boindin se trompe ; car, en premier lieu, il eût été d'une injustice ridicule de condamner aux galères le suborné /-quand on ne décernait que la peine du bannissement au suborneur; eu second lieu ce malheureux ne s'était pas porté accusateur contre Saurin ; il n'avait pu être entièrement snborué. 11 avait fait plusieurs déclarations contradictoires; la nature de sa faute et la faiblesse de son esprit ne comportaient pas u i • peine exemplaire.

9". N. Boindin fait entendre expressément dans son mémoire que la maison de INoailles et les jésuites servirent à perdre Rousseau dans cette affaire , et

que Saarin fit agir le crédit et la faveur. .Te sais ayec certitude, et plusieurs personnes vivantes encore le savent comme moi , que ni la maison de >'oailles ni les jésuites ne soUicit rent. La faveur fut d'abord tonte entière pour Rousseau; car, quoique le cri public s'élevât contre lui , il avait gagné deux seQrétaires d'état, M. de Pontchartrain et M. Voisin, que ce cri public n'épouvantait pas : ce fut sur leurs ordres, en forme de sollicitations, que le lieutenantcriminel le Comte décréta et emprisonna Sanrin, l'interroge.!, le confronta, le récola, le tout en moins de vingt-qnatre heures , par une procédure précipitée. Le chancelier réprimanda le lieutenautcriminel sur cette procédure violente et inusitée.

Quant aux jésuites , il est si faux qu'ils se fussent déclarés contre Rousseau, qu'immédiatement après la sentence contradictoire du chàtelet par laquelle il fut unanimement coudamné , il fît une retraite au noviciat des jésuites , sous la direction du P. Sanadon , dans le temps qu'il appelait au parlement. Celte retraite chez les jésuites prouve deux choses; la première qu'ils u'étaieut pas ses ennemis; la seconde qu'il voulait opposer les pratiques de la religion aux accusations de libertinage que d'ailleurs on lui suscitait. Il avait déjà fait ses meilleurs psaumes, en même temps que ses épigrammes licencieuses, qu'il appelait les gloria pairi de ses psaumes ; et Dauchet lui avait adressé ces vers :

A te masquer habile , Traduis lour-à-tour Pétrone à la ville, David a la cour, etc.

Il ne serait donc pas étonnant qu'ayant pris le manteau de la religion , comme tant d'.TUtres , tandis qu'il portait? celui de cynique , il eût depuis conservé

le premier cjui lui était devenu absolument nécessaire. On ne veut pas tirer aucune conséquence de cette induction ; il n'y a que Dieu qui connaisse le cœur de Thomme.

io'\ 11 est important d'observer que pendant plus de trente années que la Motte-Houdart , Saurin et Mala.aire ont survécu à ce procès aucun d'eux, n'a été soupçonné ni de la moindre mauvaise inancenvre, ni de la plus Icj^ere satire. La Mntte-Houdart n'a jamais même répondu à ces invectives atroces connues sous le nom di- Calottes, et sous d'autres titics dont un ou deux hommes , qui étaient en horreur à tout le monde , l'accablereut si longtemps. Iluc déshonora jamaissontaleniparla satire; et ikièine , lorsqii eu i 709 , outragé contiLiuellement par îlonsscaa, il lit cette belle ode ;

On ne se ciioisit point son perc ; Par un reproclie populaire La .-ai^c n'est point abattu.

Oui, «pioi que ie vulgaire pense , llous.scau, la plus \'i\e iiai.>sauce Donne du lustre a la vtrJu, etc.

quand , dis-je , il fit cet ouvrage , ce fat bien plutôt uue leçon de morale et de pliilosophie cjii' une satire ; il exhortait Rousseau, qui reniait sou père , à ne jioint rougir desa naissance; il l'exhortait à domter l'esprit d'envie et de sa tire. Rien ne ressemble moiiis à la rage qui respire dans le» coaplcls doat on l'accuse.

Mais Rousseau , après une condamnation qui devait le rendre sage, suit cju'il fût innocent ou coupable , ne put domter son penchant : il outragea souvent par des épigrammes Us mêmes personnes attaquées dans les conj)lets, la laye, Danch;-t, la Slottc-lloudart, elû» II lit des ve:s contres^ anciens

«t noureanx protecteurs. On en retrouve quelques uns dans des lettres peu dignes d'être connues, qu'on a imprimées; et la plupart de ces vers sont du style de ces couplets pour lesquels le parlement l'avait condamné ; témoin ceux-ci contre l'illustre musicien Rameau :

Distillateurs d'accords baroques, Dont tant d'idiots sont férus , Chez les Thraces et Its Iroques Portez vos opéra bourrus , etc.

On en retrouve du même goût dans le recueil intitule,Por/e-/eMz//e£/ei?o«55ea«, contre l'abbé d'Olivet, qui avait formé un projet de le faire revenir en France. Enfin , lorsque, sur la fin de sa vie, il vint se cacher quelque temps à Paris , affichant la dévotion , il ne put s'empêcher de faire encore desépigrammes violentes. Il est vrai que l'âge avait gâté son style; mais il ne réforma point son caractère , soit que par un mélange bizarre , mais ordinaire chez les hommes, il joignit cette atrocité à la dévotion , soit que , par une méchanceté non moins ordinaire, cette dévotion fût hvpocrisie.

11^. Si Saurin, la Motte et Malafairc avaient comploté le crime dont on les accuse, ces trois hommes ayant été depuis assez mal ensemble, il est bien difficile qu'il n'eût rien transpiré de lenr crime. Cette réflexion n'cjt pas une preuve, mais jointe aux autres elle est d'un grand poids.

12°. Si un garçon aussi simple et aussi grossier que le nommé Guillaume Arnoult , condamné comme témoin suborné par Rousseau , n'avait point été en effet coupable , il l'aurait dit , il l'aurait crié toute sa vie à tout le monde. .Te l'ai connu : sa mère aidait dans la cnisine de mon père , ainsi qu'il est dit dans le factum de Saurin ; et sa mère et lui ont

274 E CRI VA Ils S

dit plnsieurs fois à toute ma famille en ma présence qu'il avait été justement condamné.

Pourquoi donc , an bout de quarante-deux ans, N. Boindin a-t-il voulu laisser en mourant cette accusation authentique contre trois hommes qui ne sont plus ? C'est que le mémoire était composé il y a plus de vingt ans ; c'est que Boindin les haïssait tous trois; c'est qu'il ne pouvaitpardonueràla Motte de n'avoir pas sollicité pour lui une place à l'académie française , et de lui avoir avoué que ses ennemis , qui l'accusaient d'athéisme, lui donneraient l'exclusion. Il s'était brouillé avec Sauriu,qui était , comme lui , un esprit altier et inflexible. Il sélai.'. brouillé de même avec Malafaire, homme dur et impoli. Il était devenu l'ennemi de Lérig^'t de la Faye, qui avait fait contre lui cette épi^^ramm» ;

Oui, Vadius, on connaît votre esprit:

Savoir s'y joint ; et quand le cas arrive Qu'œuvre paraît par quelque coin fautive. Plus aigrement qui jamais la reprit?

Mais on ne voit qu'eu vous aussi se montre L'art de louer le beau qui s'y rencontre , Dont cependant maints ])eaux esprits font cas. De vos pareils que voulez-vous qu'on pense? KJi quoi! qu'ils sont connaisseurs délicats? Pas n'eu voudrais tirer la couséqueuce ; Mais bien qu'ils sout gens à fuir de cent pas.

C'était là en effet le caractère de Boindin , et c'e.st lui qui est peint dans le Temple du liOiit sous lu nom de Bardou. Il fut dans son niénioire la dupe de sa haiue ; incapable de dire ce qu'il ne croyait pas, et incapable de changer d'a\is sur ce qu.son humeur lui inspirait. Ses mœurs étaient irréprochables ; il vécut toujourseu philosophe rigide ; il fit des actions de géuérositc ; uuiis cette humeur

DU SIECLE DE LOUIS XIV. i-5

dare et insnciable Ini donnait des préventions d^mt il ne rt'vetait jamais.

Toute celte fnneste affaire , qui a eu de si longues suites, et dont il n'v a guère d'honiiues pins instruits fjue moi, dut son origine au plaisir innocent que prenaient plusieurs personnes de mérite de s'assembler dans un café : on n'y respectait pas assez la première loi de la société de se ménager les uns les autres ; on se critiquait durement , et de simples impolitesses donnèrent lieu à des haines durables et à des crimes. C'est au lecteur à juger si dans cette affaire il y a eu trois crimiuels ou nn seul.

On a dit qu'il se pourrait à toute force que Saulin eut été lautctir des derniers couplets attribués a Rousseau. Il se ponrrail que Rousseau ayant été reconnu coupable des cinq premiers, qui étaient de la même atrocité, Sanrin eût fait les derniers pour le perdre , quoiqu'il n y eiit aucune rivalité entre ces deux hommes, qtioique Saurin ftit alors plongé dans les calculs de l'algèbre , quoique Ininième fût cruellement outragé dans ces derniers cou plets, quoique tous les offensés les imputassent unanimement à Rousseau, enfin quoiqu'-aa jugement solennel ait déclaré Saurin innocent. Mais si la chose est physiquement daus l'or'dre des possibles , elle n'est nullement vraisemblable, llonsseau l'en accusa toute sa vie ; il le chargea de ce crime par sou testament : mais le professeur Rollia, auquel Rousseau montra ce testament quand il vint clandestinement à Fai is , l'obligea de rayer cette accusalion. Rousseau se contenta de protester de son innocence à l'article de la mort; mais il n'osa jamais accuser la !\lotte , ni pendant le cours du procè.s, i;i ùiiranl le reste de sa vie, ni à ses derniers mo-

ments; il se contenta de faire toujours des ver» contre

lui. (-Yovez l'article Joseph Saurin. )

MoiTEViLLE ( Françoise Rertaut de ) , née en 1 6 1 5 en Normandie. Cette dame a écrit des mémoires qui regardent particulièrement la reine Anne, mère de Louis "S IV; on y trouve beaucoup de petits faits avec un grand air de sincérité. Morte en iCSg.

TS.A.i>- DE TiLLEMONT ( Sébastien le) , lils de .lean le Nain, maître des requêtes, né à Paris en 1637; élevé de Nicole , et Tun des plus savants écj'ivaius de Port-Royal . Son Histoire des empereurs , et ses seize volumes de V Histoire ecctésiastifjiie , sont écrits avec autaut de vérité que peuvent l'être des compilations d'anciens historiens ; car l'histoire, avant l'invention de l'imprimerie, étant peu contredite , était peu exacte. Mort en 1693.

Navdé (Gabriel), né à Paris en 1690 ; médecin, et plus philosophe que médecin. Attaché d'abord au cardinal Barberin à Rome , puis au cardinal de Ilichelieu, au cardinal Mazarin, et ensuite à la reine Christine, dont il alla quelque temps grossir la cour savante ; retiré enfin à Abbeville , où il mourut dés qu'il fut libre. De tous ses livres son ^"ipologie lies grands hommes accusés de magie est presque le seul qui soit demeuré. On ferait un plus gros livre des grands hommes accusés d'impiété depuis Socrate.

Populos nam solos crédit habendos

Esse deos quos ipse colit.

Mort en i653.

Nemours (Marie de Longueville, duchesse de)^ née en i6a5. On a d'elle des mémoires où l'oi^ trouve quelques particularités des temps malheureux de la fronde. Morte eu 1707.

Nevers (Philippe, duc de). On a de lui des

jtieees rie poésie d'au goût très siiignlier. Il ue faut j)as s'en rapportei' au sonnet parodié par Racine et Despréaux ;

Dans uii palais doré, ?ievers, jaloux et blême. Fait des vers ou jamais personue nentend rien.

11 eu faisait qu'on entendait très aisément et avec grand plaisir, comme ceux-ci contre Rancé, le fameux réformateur de la Trappe, qui avait écrit contre rarcheTéqae Fénélon :

Cet abbé, qu'on croyait pétri de sainteté. Vieilli dans la retraite et dans lliumiLté, Orgueilleux de ses croix , bouffi de sa souffrance , Rompt ses sacrés statuts en rompant le silence; J.t, contre un saint prélat s'animaut aujourdhui. Du fond de ses déserts déclame contre lui; F.t, moins Iiumble de cœur que fier de sa doctrine , Il ose décider ce que Rome examine.

Son esprit et ses talents se sont perfectionnés dans son petit-fils. Mort en 1707.

jVicerotï (.lean-Pierre), barnabite , né à Paris en i685, auteur des Mémones sur les hommes il lustres dans les lettres. Tous ne sont pas illustres: mais il parle de chacun convenablement ; il n'appelle point un orfèvre grand homme. 11 mérite d'avoir place parmi les savants utiles. Mort en 1 7 38.

Nicole (Pierre), né à (Chartres en 162.5 ;un des meilleurs écrivains de Porl-Koval. Ce qu'il a écrit contre les jésuites n'est gnere lu aujourd'hui ; et ses JEssais de morale , qui sont utiles au genre humain, ne périront pas ; le chapitre sur-tout des movcns de conserver la paix dans la société est un chef-d'œuvre, auquel on ne trouve rit-n d'égal en ce geure dans l'antiquité ; mais cette paix est peut-être aussi dif-

ficile à étaLlir que celle de l'abbé de Saint-Pierre.

Mort en lôga.

WivELLE DE LA Chaussée. Il 3 fait quclqucs comédies dans uu genre nouveau et attendrissant qui ont eu du succès. Il est vrai que pour faire des comédies il lui manquait le génie comique. Beaucoup de personnes de goût ne peuvent souffrir des comédien où l'on ne trouve pas uu trait de bonne plaisanterie; mais il y a du mérite à savoir toucher , à bien traiter la morale , à faire des vers bien tournés et purement écrits : c'est le mérite de cet auteur. Il était né sous Louis XIV. On lui a reproché que ce qui approche du tragique dans ses pièces n'est pas toujours assez intéressant, et que ce qui est du ton de la comédi« n'est pas plaisant. L'alliage de ces deux métaux est difllcile à trouver. On croit que la Chaussée est un des premiers après ceux qui ont eu du génie. Il es* mort \ ers l'année i75o.

TVoDOï , n'est connu que par ses fragments de Pétrone, qu'il dit avoir trouvés à Bi-lgrade eu 1688. Les lacunes qu'il a en effet remplies ne meparaissent pas d'uu aussi mauvais latin que ses adversaires le disent : il y a des expressions , à la vérité, dont ni Cicéron, ni Virgile, ni Horace, ne se servent; mais le vrai Pétrone est plein d'expressions pareilles que de nouvelles moeurs et de nouveaux usages avaient mises à la mode. Au reste je ne lais cet article touchant Nodot que pour faire voir que la satire d« Pétrone n'est point du tout celle que le consul Pétrone envoya, dit-on, à Néron ,avant de se faire ouvrir les veines ; Jlagitia principis snb nominibus exoletorum , ferninarnmqne , et nonitate cujiisijHe stiipri , prœicripta , atfjue oùsignata misit JScroni.

On a prétendu que le professeur Agameaition est Séneqae ; mais le style de Séueque est précisément

ie contraire de celni d'Agamemnon , tiirgida oratio; Agamcmnouesf nnplat déclainateurdecolleg^e.

On ose dire qne Trimalcion est Néron. Comment «n jeune einperenr, qai après tout avait de l'esprit et des talents', pent-ii être représenté par un vieux finaucier ridicule , qui donne à dîner à des parasite» plus ridicules encore, et qui parle arec autant d'ignorance et de sotlise que le Bourgeois gentilhomme de Molière ?

Comment la crassense et idiote l''ortnn3ta , qni «st fort au-dessous de madame .lourdaiu , pourraitelle être la femme on la maîtresse de Néron? quel rapport des polissons de ctdlege , qui vivent de petits larcins dans des lieux de débauche obscui'S, peuvent-ils avoir avec la conr magnifique et voluptueuse d'un empereur? quel homme sen«é, en lisant c-et ouvrage licencieux , ne jugera pas qu'il est d'un homme effréné, qui a de l'esprit, mais dont le goût n'est pas encore formé ; qni fait fant^^t de* vers très agréables , et tantôt de très mauvais ; qui mêle les plus basses plaisanteries aux plus délicates , et qui est lui-même nn exemple de la décadence du goût dont il se plaint ?

La clef qu'on a donnée de Pétrone ressemble à celle des caractères de la Bruyère, elle est faite an hasard.

D'Olivet (.Toseph) , abbé , conseiller d'honuenr de la chambre des comptes de Dole , de l'académie française, né à Salins en 1682 ;|Célebre dans la littérature par son Histoire de l'académie, lorsqu'on désespérait d'en avoir jamais une qni égalât celle de Pélisson. Nous lui devons les traductions les plus élégantes et les pins lideles des ouvrages philosophiques de CiGér<in, enrichies de remarques judicieuses : tontes les œuvres de Cicéron , imprimées par ses soins et ornéei de ses remarques , sont un

a8o ÉCP..IVAINS

beau moniiïnent qui prouve que la lectnre des anciens u'est point abandonnée dans ce siècle. Il a parlé sa laa^ue avec la même pureté que Cicéroa parlait la sienne , et il a rendu seivice îi la grammaire française par les observations les plus iiues et les plus exactes. On lui doit aussi l'édition du livre de la l^aiilesse de l L'Sjiiit humain, composé par l'evèqued'Avranches, }{uet , lorsqu'une longue expérience l'eut lait enfin revenir des absurdes futilités de l'école , et du fatras des recherclies des siècles barbares. Les jésuites, auteurs du Journal de Trévoux , se décbainerent contre l'abbé d'Olivet , et soutinrent que l'onvrage n'était pas de l'évèque Hnet, sur le seul prétexte qu'il ne convenait pas à un ancien prélat de ]Soriuandie d'avouer que la scolastique est ridicule , et que les légendes ressemblent aux quatre fils Aiinon ; comme s'il était nécessaire pour l'éJilication publique qu'un évèque normand ii'il imbécillel C est ainsi à-peu-près qu'ijs avaient soutenu que les mémoires du cardinal de Relz n'étaieut pas de ce cardinal. L'abbe' d'Olivet lear répondit, et sa meilleure réponse fut de montrer à l'académie rou\ rage de l'ancien évèque d'Avrancbes écrit de la main de l'auteur. Son âge et son mérit;- sont notre excuse de l'avoir piace, ainsi que le président Hainault , daus une liste où nous nous étions fait une loi de ne parler que des morts. ( Mort depuis l'inipressiou de cet article , eu 17G8).

D'OklÉans (.loscph), jésuite; le premier qui ait clioisi dans l'histoire les révolutions pour son se;il objet. Celles d'Angleterre qu'il écrivit sont d nu style éloqueui ; mais depuis le legue de Henri VIII il est plus disert que fitlele. Mort en ifi^S.

OzvN.VM (Jacques), .luif d"origiuc,nc près de Donibes en 1640. Il apprit la géométrie sans maître dès l'âge de quinze ans. Il est le premier

qni ait fait nn dictionnaire de malhématiqties. Ses Récréation» mathématiques et phyuiques ont toujours un graad débit ; mais ce n'est plus l'ouvrage d'O/.anam, comme les dernières éditions de Aloréri ne sont plus son ouvrage. Mort en 171 7. Pagi ( Antoine ), Provençal, ué en i62'i , franciscain. Il a corrigé Baronius , et a eu pension du clergé pour cet ouvrage. Mort en i6ç)Ç).

PAriH (IsaaC), né à Bloi» en ifi57 , calviniste. Avant quitté sa religion il écrivit contre elle. Mort en 1709.

Pardies ( Ignace-Gaston ), jésuite, né à Paa rn i636, connu par ses Eléments de Géométrie^ et par son livre J7<r l'ame des hétes. Prétendre avec Descartes que les animaux sont de pures machines privées du sentiment dont ils ont les organes , c'est démentir rexpérience et insulter la nature; avancer qu'un esprit pur les anime, c'est dire ce qu'on ne peut prouver ; reconnaître que les animaux sont doués de sensations et de mémoire, sans savoir comment cela s'opère, ce serait parler en sage qui sait que l'ignorance vaut mieux, que l'erreur : car quel est l'ouvrage de la nature dont on connaisse les premiers principes? Mort en 1673.

Parewt (Antoine), né à Paris en 1666, bon mathématicien. Il est encore un de ceux qui apprirent la géométrie sans maître. Ce qu'il y a de plus singulier de lui c'est qu'il vécut long-temps à Paris libre et heureux avec moias de deux cents livres de rente. Mort eu 17 16.

Pascal ( Biaise ), fils du premier intendant qu'il y eut à Rouen, né en ifiaS ; génie prématuré. II voulut se servir de la supériorité de ce génie, comme les rois de leur puissance ; il crut tout soumettre et tout abaisser par la force. Ce qui 8

?S^ ECRIVAi:>ÎS

ie plus révOîté certains lecteurs daas ses Pensées ^ c'est l'air «icspolique et méprisant dont il débute: il ne fallait coinmeucer que par avoir laison. Au reste la langue et l'éloquence lui duivent lieaucoup. Les ennemis de Pascal et d'Arnauld llrent supprimer leurs éloges dans le livre des Honiincs iliustrci de Perrault : sur quoi ou cita ce passage de Tacite, PrœJitli^ebaiK Cfusiiis et Brulus e:o ipso (jiiod eorwn effigies non viscbantiir. Mort en 1662.

Patis (Gui), né à Houdan en ifioi, médecin, pins fameux par ses lettres médisantes que par sa médecine. Sou recueil de lettres a été lu avec avidité, parcequelles contiennent des nouvelles et des anecdotes, que tout le monde aime, et des satires, qu'on aims^ davautiige. Il sert à faire voir combien les autenis coiiteuiporain.s qui écrivent precipitamineut les unuveiles du jour sont des guides iuiideles pour l'histoire : ces nouvelles se trouvent souvent fausses ou deJigurées par la malignité ; d'ailleurs cette multitude de petits faits n'est guère précieuse qu'aux petits esprits. Mort en 1672.

Patis (Charles), né à Paris en i633, liis de Gui Patin. Ses ouvrages sont lus des savauls , et les lettres de son père le sont des gens oisifs. Charles Patin, très savant antiquaire, quitta la France, et mourut professeur en médecine à Padoue en 1G91.

Patru (Olivier), né à Paris en 1604, le premier qui ait introduit la pureté de l.i langue daii^ le barreau. Il reçut dar.s sa deniiere lualaclie une gratification de Louis XI'V", à qui l'on dit qu'il n'était pas riche. Mort en 1681.

Pavillon ( Etienne ) , ne à Paris en i632 , avocat-général au parlement de Metz, connu par

DU SIECLE DE LOUIS XIV. aSj

quelques poésies écrites naturellement. Mort eti

Pelisson- h'oNTANiER ( Paul ) , ué calviniste à Béziers en 1624, poète médiocre, à la vérité, mais homme très savant et très éloquent; premier commis et confident tlu sniiiitendant Eouquet ; mis à la Bastille en ifiCi : il y resta quatre ans et demi pour avoir été lidele à son maître. Il passa le reste de sa vie à prodiguer des élof;es au roi qni lui avait oté sa liberté : c'est une chose qu'où ne voit que daas les monarchies. Beaucoup plus courtisan que philosophe, il changea de relif^iou, et ilt sa fortuue. Maître des comptes, maître des requêtes, et abbé, il lut chargé d'employer le revenu du tiers des économats à faire quitter aux huguenots leur religion, qu'il avait quittée. Son. hiôt.iire de l'acadéinie fut tiés applaudie. On a de lui beaucoup d'ouvrages, des Prières pendant La mcs'sc , un Recueil de pièces calantes , un traité &ur V Eucliarislie , beaucoup de^versamouleux à Olimpe ; cette Olimpe était mademoiselle des-Vieux, qu'on prétend avo.^r épousé le celebie Bossuel avant qu'il entrât dans 1 église ; mais ce qui a fait le plus d'honueur à Eélisson ce sont ses excellents discours pour M. Eouquet , et son Histoire sur la coucjuéie de la Franciie-Cointé . Les protestants out prétendu qu'il était mort avec indifférence ; les catholiques ont soutenu le contraire, et tous sont convenus qu'il mourut sans sacrements. Mort en 1693.

PthKAULT ( Claude ) , ué à Paiis eu i6i3. Il fut luéilecin ; mais il u exerça la médecine que pour ses amis. 11 devint, sans aucun maitre , habile dans tous les arts qui ont rapport au dessin , et dans les mécaniques. lion physicien , grand architecte : il encouragea les arts sous la protec-

tion de Colbert, et eut de la répntation malgré J5oileaa. 11 a pablie plusieurs mémoires sur l'anatomie comparée, dans les recneils de l'académie des sciences , et une magnilîque édition de Titrure ; la Iradaction et les dessins qui l'embellissent sont également ses oarrages. Mort en i6S8.

PERRA.U1.T (Chai;les), né en i633, frère de Claude. Contrôleur général des bâtiments sous Colbert, donna la forme aux académies de peinture, de sculpture et d'architecture. Utile aux gens de lettres , qui le recherchèrent pendant la vie de son protecteur, et qui l'abandonnèrent ensuite. On. lui a reproché d'avoir trouvé trop de défauts dans les anciens ; mais sa grande faute est de les âToir critiqués mal-adroitement, et de s'être fait des ennemis de ceux même qu'il pouvait opposer aux anciens. Cette dispute a été et sera longtemps une affaire de parti comme elle l'était du temps d'Horace. Que de gens encore en Italie qai, ne pouvant lire Homère qu'avec dégoût, et lisant ton» les jours l'Arioste et le Tasse avec transport, appellent encore Homère incomparable! Mort en i^oj.

JV. B. Il est dit dans les Anecdotes littéraires , tome II, page 27, qu'Addisson avant fait présent de ses ouvrages à Despréanx , celui-ci lui repondit qu'il n'aurait jamais écrit contre Perrault s'il eût vu de si excellentes pièces d'uu moderne. Comment pent-on imprimer un tel mensonge ? Roileau ne savait pas un mot d'anglais : aucun Français n'étudiait alors cette langue : ce n'est qne vers l'an i^So qu'on commença à se familiariser avec elle. lit d'ailleurs, quand même Addisson, qui s'est moqué de Roileau, aurait été connu de lui, pourquoi Roileau n'aurait-il pss écrit contre Perr,:alt eu faveur des anciens dont Addisson

fait l'éloge dans tous ses ouvrantes ? Encore une fois défions-uous de tons ces ana^ tde toutes cts petites anecdotes. Un sur moyen de dire des sottises est de répéter au hasard ce qu'on a entendu dire.

Petau ( Denis ) , né à Orléans en i 583 , jésuite. Il a réforme la chronologie. Ou a de lui soixante et dix ouvraf;es. Mort en ifiSa.

Petis de Lacroix (François), l'un de ceux dont le grand ministre (.olbeit encouragea et .récompensa le mérite. Louis XIV l'envoya en Turquie et en Perse à l'âge de seize ans pour apprendre les langues orientales. Qui croirait qu'il a composé une partie de la vie de Louis XIV en arabe, et que ce livre est estime dans l'orient i' Ou a de lui Y Histoire de Genois-kan et de Tamerlan ^ tirée des anciens auteurs arabes, et plusieurs livres utiles ; mais sa traduction des Mille et un jours est ce qu'on lit le plus :

L'homme est de glace aux vérités , Il est de feu pour le jueusouge.

Mort en 171 3.

Petit (Pierre), né à Paris en 1617, philoso-. phe et savant. Il n'a écrit qu'eu latiu. Mort en

Pezrox (Paul), de Tordre de Citeaux, né eu Bretagne en i63y; grand antiquaire, qui a travaillé sur l'origine de la langue des Celtes. Mort en 1706.

PxîT (Louis du), né en 1607, docteur de Surbonne. Sa Biblioth( que des auteurs ecclésiastiques lui a fait beaucoup de réputation et quelques ennemis. Mort eu 1719.

Placftte ( Jean ), de Réaru, né en iGSq; ministre protestant à Copenhague et eu Hollande ;

«stimc poar ses divers onyrages. Mort à Utrccîit en I 718.

PoT.iGXAC ( Melcliior de ), cardinal . né an Pny «n Vélay en 1662; aussi boa poète latin qn'on peut l'être dans une langue morte ; très éloquenr dans la sienne; l'un de cl-ux qui ont prouvé qu'il est plus aisé de faire des vers latins que des vers français. Malheureusement pour lui en combattant Lucrèce il combat Newton. Mort en 174t.

DE Po::ms. Ses mémoires ont été tellement en TOgne, qu'il est nécessaire dédire qne cet homme, qui a fait tant de belles choses pour le service du roi, est le seul qui en ait jamais parlé. Aussi ses mémoires ne sont pas de loi ; ils sont de du Fossé, écrivain de Port-Royal. Il feint qne son héros portait le nom de sa terre en Dauphiné : il n'y a point en Daaphiné de seigneurie de Pontis: il est même fort douteux qne Pontis ait existé. Le dictionnaire historique portatif, en quatre volumes, assure que ces mémoires sont vr:ùs : ils sont cependant remplis de fables, comme l'a démontré le P. d'Avrignv daus la préface de ses mémoires historiques.

PoRÉE ( Charles), né en Normandie en 1673 , jésuite ; du petit nombre de professeurs qui ont eu de la célébiilé chez les gens du monde: éloquent dans le goût de Séneqne ; poète et très bel esprit. Son plus grand mérite fnt de faire aimer les lettres et la vertu à ses disciples. Mort en 17-^1.

LA Porte, premier valet de chambre de la reineniere, et quelque temps de Louis XIV ; mis tn prison par le cardinal de Richelieu, et menacé de la mort pour le forcer à trahir les secrets de sa roaitresse , qu'il ne trahit point. Dans la foule de» mémoires qui développent l'histoire de cet âge ceux de la Porte ne sont pas à mépriser; ils sont

d'un honnête homme, ennemi de l'intrigue et de la fJateiie, sévère jusqu'au pédantisine. Il avoue qu'il avertissait la reine que sa familiarité avec le cardinal Mazarin diminuait le respect des grands et des peuples pour elle. Il y a dans ses mémoires une anecdote sur l'enfance de Louis XFV, qui rendrait la mémoire du cardinal Mazarin exécral>le s'il avait été coupable du crime honteux que la Porte semhle lui imputer. Il parait que la Porte fut trop scrupuleux et trop mauvais physicien ; il ne savait pas qu'il y a des tempéi-ameuts fort avancés. Il devait sur-tout se taire ; il se perdit pour avoir parlé, et pour avoir attribué à la débauche un accident fort naturel.

Ply ( Pierre du ), fils de Claude du Puy, couseillcr an parlement, très savant homme, naquit en i583. La science de Pierre du Puy fut utile à l'état. 11 travailla plus que personne à l'inveutaire des charfres et aux recherches des droits du roi sur plusieurs états. Il débrouilla, autant qu'on le peut, la loi salique; et défendit les libertés de l'église gallicane eu prouvant qu'elles ne sont qu'une partie des anciens droits des' anciennes églises. Il résulte de son histoire des templiers qu'il y avait quelques coupables dans cet ordre; mais la condamnation de l'ordre entier et le supplice de tant de chevaliers furent une des plus horribles injustices qu'on ait jamais commises. Mort en 16.Ï1.

Puy-Segur (le maréchal de). Il nous a laissé Vyirt de la querre , comme Roileau a donné V^rt poclicjue.

QutsNEi. (Pasquier), né en i634, de l'oratoire. Il' a été malheureux en ce qu'il s'est vu le sujet d'une grande division parmi ses compatriotes : -d'«iUeurs il a reçu pauvre et dans l'exil. Ses

288 ECRIVAIISS

mœurs étaient sévères , comme celles de tous ceux qui ne sont occupés que de disputes : trente passes changées et adoucies daas son livre auraient épargné des querelles à sa patrie ; "mais il eût été moins célèbre. Mort en 17 19.

QuiEN (Michel le ), né en 1661, dominicain; homme très savant. Il a beaucoup travaillé sur les églises d'Orient et sur celle d'Angleterre : il a sur-tout écrit contre le Courayer sur la validité des évèques auglicans : mais les Anglais ne font pas plus de cas de ces disputes que les Turcs n'en font des dissertations sur l'église grecque. Mort en 1 7 3 3 . ■

Oui:«Aui.T ( Philippe ), né à Paris en jC>35 , auditeur des comptes, célèbre par ses belles poésies lyriques , et par la douceur qu'il opposa aux satires très injustes de Boileau. Quinault était dans son genre très supérieur à Lulli ; ou le lira toujours ; et Lulli, à son récitiitif près , ne peut plus être chanté : cependant on croyait du temps de Quinault qu'il devait à Lulli sa réputation. Le teuips apprécie tout. II eut part, comme les autres grands hommes , aux récompenses que donaa Louis XIV , mais une part médiocre ; les grandes grâces furent pour Lulli. Mort eu 1688.

JV. B. Il est rapporté dans les Anecdotes littéraires que r.oileau étant à la salle de l'opéra de Versailles, dit à l'officier qui plaçait : « Monsieur, mettez-iuoi dans nu endroit où je n'eateude point les paroles: j'estime fort la musique de Lulli, mais je méprise souveraiuemeat les vers de Quinault. '■

Il n'y a nulle appareuce que Boileau ait dit cette grosièreté : s'il s'était borné à dire, Meltezuioi dans un endroit om je n'entende que la musique, cela n'eût été que plaisant, mais n'eût pas

tté moins injuste. On a snrpassé prodigieusement Lulli dans tout ce qui n'est pas récitatif ; luais personne n'a jamais égalé Quiuault.

QuiNCY ( le marquis de ) , lieutenant général d'artillerie, auteur de V Histoire militaire de Louis XIK. Il entre dans de grands détails, utiles pour ceux qui veulent suivre dans leur lectare les opérations d'une campagne. Ces détails pourraient fournir des exemples, s'il y avait des cas pareils, mais il ne s'en trouve jamais ni dans les affaires, ni dans la guerre ; les ressemblances sont toujours imparfaites, les différences toujours grandes. La conduite de la guerre est comrne les jeux d'adresse , qu'on n'apprend que par l'usage ; et les tours d action sont quelquefois des jeux de hasard.

QuiNTiKiE (.lean la), né près de Poitiers en 1626. Il a créé l'art de la culture des arbres , et celui de les transplanter : ses préceptes ont été suivis de toute l'Europe, et ses talents récompensés magnifiquement par Louis XIV. Mort vers

Racine (.lean), né à la Ferté-Milou en 1639, élevé à Port-Royal. Il portait encore l'habit ecclésiastique quand il fît la tragédie de Théngène ^ qu'il présenta à Molieie , et celle des Frères ennemis , dont Molière lui donna le sujet. 11 est intitulé prieur de l'Épinai dans le privilège de l'Andromaque. Louis XIV fut sensible à son extrême mérite. Il lui donna une charge de gentilhomme ordinaire, le nomma quelquefois des voyages de Marly, le fit coucher dans sa chambre dans une de ses maladies , et le combla de gratifications : cependant Racine mourut de chagrin ou de crainte de lui avoir déplu. 11 n'était pas aussi philosophe que graud poète. On lui a rendu justice fort tard. «Nous avons été touchés, dit Saint-

S. lit T.OLIS XV. 5. 25

ago ÉCRIVAINS

« Evremond, de Mariamne , de SoplionisLe , d'Al- « cioaée , d'Androniarjue, et de Eiitannicus ». C'est ainsi fjn'on mettait non seulement la mauvaise Sophnaisbe de Corneille, mais encore les impertinentes pièces d'Alcionée et de Mariamne à côté de ces che's-d'oeuvre immortels. L'or est confonda avec la boue pendant la vie des artistes, et la mort les sépare.

Il est à remarquer que Racine ayant consulté Corneille sur sa tragédie d'Alexandre , Corneille Irti conseilla de ne pins faire de tragédies , et lui dit qu'il n'avait nul talent pour ce genre d'écrire. - !N'oablions pas qu'il écrivit contre les jansénistes et qu'il se fit ensnite janséniste. Mort en iCgy.

Racin'e ( Lonis ), (ils de l'immortel Jean Racine, a marclié sur les traces de son père , mais dans uu sentier pins étroit et moins fait pour les muses. Il entendait la mécanique des vers aussi bien que son père, mais il n en avait ni l'ame ni les grâces. Il manquait d'ailleurs d'invention et d'imagination, .lanséuiste comme sou père , il ne Ht dés vers que ponr le jansénisme. On en trou'Nc de très beaux dans le poëme de la Grâce , et dans celui de la Religion; ouvrage trop didactique et trop monotone, copié des pensées de Pascal, mais rempli de beaux détails, tels que ces vers du chaut second, dans lequel il traduit Lucrèce pour le réfuter :

Cet e prit, t> mortel! qui vous rend si jalouK, K't'.st qu'un feu qui s'alliiuic et s't^tfiiu avec vous. (Juauii par d'alfreux sillons l'implacable vieillesse A fcui un Irout liiJeu\ inipriiné la tristesse; Que, dans un corps «ourbé sous un amas de jaur^, I,e sang, comme a regref, senilile aeiiever sou c-ours; Loîsqu'en des a eux couverts d'un lugul)re uua^e 11 u'enirt" des objets ([u'uue iufidcle inia^e;

Qu'ea dt-bris cliaquc jour le corps tombe et périt; T.n ruines aussi je vois tomber 1 esprit. L'iime mourante alors, flauibeaii saiis nourriture, Jette par intcrvallp uue lupur obscure, 'l'riste destin de riiomnie! il arrive au tombeau. Plus faible, plus enfant qui! ne l'est au berceau. La mort du coup fati-l sappe enfin l'édifice: Dans uu dernier soupir aciievant son supplice , Lorsque, vide de sang, le cœur reste glacé. Son anie s'évapore, et tout l'bomme est passé.

Il s'élève quelquefois dans ce poëme contre le Tout est bien des lords Sbaftesbury et Bolingbrokc, si bieu mis en vers par Pope.

Sans doute qu'à ces mots , des bords de la Tamise , Quelque abstrait r: isonnrur, qui ne se plaint de rien. Dans son flegme anglican répondra : Tout est bien.

Racine, en qualité de janséniste, croyait qne presque tont est mal depuis long-temps ; il accuse Pope d'irréligiou. Pope était lils d'un papiste ; c'est aiasi qu'on appelle en Angleterre les catholiques romains. Pope, élevé dans cette religion, qu'il tourne quelquefois eu ridicule dans ses épitres , ne voulut cepeudant pas la quitter , quoiqu'il fût philosophe, ou plutôt parcequ'il était assez philosophe pour croire que ce n'était pas la peine de changer. Il fut très piqué des accusations de Louis Racine. Ramsay entreprit de les concilier. C'était uu Écossais du clan des Ramsay, et qui en avait pris le nom , suivant l'usage de ce pays. Il était venu en !''racce après avoir essayé du presbytérianisme, de l'église anglicane et du quakrisme, et s'était attaché à l'illustre Fénéloa, dont il a depuis écrit la vie. C'est lui qui est l'auteur des Voyages de Cyrus , très faible imitalion du "l'élémaque. Il imagina d'éci'ire à Louis

Racine une lettre sons le nom de Pope , dans laquelle celui-ci semble se justifier.

J'avais vécu une année entière avec Pope; je savais qu'il était incapable d'écrire en français, qu'il ne parlait point du tout notre langue , et qu'à peine il pouvait lire nos auteurs ; c'était une chose publique en Angleterre, .l'avertis Louis Racine que cette lettre était de Ramsay et non de Pope ; je voulus lui faire sentir le ridicule de cette supercherie ; j'en instruisis même le public dans un chapitre sur Pope, qui a été imprimé plusieurs fois du vivant de Pope même : cependant après sa mort l'abbé Ladvocat a imprimé cette lettre forgée par Ramsay, et l'a imputée à Pope dans son dictionnaire historique portatif , où il copie plusieurs articles des premières éditions de cette liste des écrivains du Siècle de Louis XIV, mais où il insère des anecdotes entièrement fausses. Il est juste de faire connaître au public la vérité.

Rancé (.Jean le Boufhillier de), né en 1626, commença par traduire Anacréon, et institua la réforme effrayante de la Trappe en i664- H se dispensa, comme législateur, de la loi qui force ceux qui vivent dans ce tombeau à ignorer ce qui se passe sur la terre : il écrivit avec éloquence. Quelle incons'tar)ce dans l'homme! après avoir fondé et gouverné son institut, il se démit de sa place, et voulut la reprendre. Mort en i 700.

Rapix (René), né à Tours en 1621, jésuite; connu p«r le poème r/r.s Jardins en latin, et par beaucoup d'ouvrages de littérature : mort en 1687.

Rapin df Thoiras (Paul ) , né à Castres en 1G61 , réfugié en Angleterre, et long-temps officier. L'Angleterre lui fut long-temps redevable de la seule bonne histoire conii)lete qu'on eût laite de ce rovaume,et de la seule impartiale qu'on eût d'un

pays où l'oix n'écrivait que par esprit de parti ; c'était iiièine la seule histoire qu'on pût citer en Europe comme approchant de la perfection qu'on exige de ces ouvrages, jusqu'à ce qu'enfin on ait vu paraître celle du célèbre Hume, qui a su écrire l'histoire eu philosophe. MortàVésel en 1725.

Rkcis (Silvain), né en Agenois en i632. Ses livres de philosophie n'ont plus de cours depuis les grandes découvertes qu'on a faites. Mort en 1707.

RtGNARD ( ["rancois), né à Paris en lOitt. Il eût été célèbre par ses seuls voyages : c'est le premier l'"rançais qui alla Jusqu'en Lapponie; il grava sur im rocher ce vers :

Sistimus hîc tandem nobis ubi defuit orbis.

Pris .sur la mer de Provence par des corsaires, esclave à Alger, racheté, établi en France dans les charges de trésorier de France et de lieutenant de.s eaux et forêts, il vécut en voluptueux et en philosophe. Né avec un génie vif, gai, et vraiment comique, sa comédie du Joueur est mise à côté de celles de Molière : il faut se ooîinaitre peu aux talents et aux génies des auteurs pour penser qu'il ait dérobé cette picce .i Ditfréni. Il dédia la comédie des Menechinea à Despréaux, et ensuite il écrivit contre lui paroeque Boileau ne lui rendit pas assez de justice. Ot homme si gai mourut de chagrin à cinquante-deux ans : on prétend même qu'il avança ses jours. Mort en i 710.

Rf.gmf.rDesma.rf.ts (Séraphin), né à Paris en i632. Il a rendu de grands services à la langue, et est auteur de quelques poésies françaises et italiennes : il fit passer une de ses pièces italiennes pour être de Pétrarque ; il n'eût pas fait passer ses vers français sous le nom d'uu grand poëte. Mort ea

Rewaudot (Théopli vaste), raédeciu, trè-s savant en plus d'un genre, le premier auteur des gazettes en France: mort en i653.

Renaudot (Eusebe), né en 1646, très savant dans l'histoire, et dans les langues de l'orient. On peut lui reprocher d'avoir empêché que le dictionnaire de Rayle ne fût imprimé en l'"rance. Mort eu I 720.

Reypî AU (Charles) , de l'oratoire, de l'académie des sciences, né en i656 , auteur de V Analyse démontrce ^ publiée en 1708. On l'appela l'Euclyde de la haute géométrie. Mort en 172S.

RicHELET (César Pierre) , né en i63 i ; le premier qui ait donné un dictionnaire presque tout satirique ; exemple plus dangereux qu'utile. Il est aussi le premier auteur des dictionnaires de rimes ; tristes ouvrages, qui font voir combien il est peu de rimes nobles et riches dans notre poésie, et qui prouvent l'e vtrème diflioullé de faire de bons vers dans notre langue. 31ort en 1G98.

Richelieu (le cardinal de), né à Paris en 1.585. Puisque Louis XIV naquit pendant son ministère, on doit mettre jiarmi les écrivains de ce siècle illustre le fondateur de l'académie française , auteur lui-même de plusieurs ouvrages. Il lit la T\létltode des controverses dans son exil à Avignon , après l'assassinat du maréchal d'Ancre, et de la Galigaï, ses protecteurs. Les principaux points de la religion catlioliqnr défendus^ l'Instruction du chrétien, et la Perfection du chrétien sont à-peu-près de ce temps-l.'i. 11 est bien sùi- qu'il ne composait pas la Perfection du chrétien du temps qu'il faisait condamner à mort le maréchal de Rlarillac dans sa propre maison de Ruel, et qu'il était avec INlarion (ic l'Orme dans un appartement lorsque les commissaires pronoucercni l'arrêt de mort dicté par lui.

DU SIECLE DE LOUIS XIV. s.ç)5

Ou sait aussi qu'il y a lieanconp de vers de sa façon dans la tragi-comédie allégorique iutitalée jÈ/<rope ^ et dans la tragédie de iMirame : on sait qn'il donnait à cinq anteurs les sujets des pièces représentées au Palais-cardinal, et qu'il eût mieux fait de s'en tenir au seul Corneille , sans même lai fournir de sujet. Le plus beau de ses ouvrages est a digue de la liochelle.

L'abbé Ladvocat , bibliothécaire de Sorbonne, prétend dans son dictionnaire historique que le. cardinal de llichclieu est l'auteur de ce testament qui a fait tant de bruit, et qui est supposé : il croit devoir ce respect à la mémoire du bienfaiteur de la Sorbonne ; mais c'est rendre nn mauvais service à sa mémoire que de l'accuser d'avoir fait un livre oii il n'y a que des erreurs et des fautes de toute espèce. Si malheureusement un ministre d'état .lyait pu composer un si mauvais ouvrage , tout ce qu'on eu de^^ait conclure c'est qu'on pourrait être un gland ministre, ou plutôt un ministre heureux, avec une grande ignorance des faits les plus communs, des erreurs grossières, et des projets ridicules. C'est donc venger la mémoire du cardinal de Richelieu que de démontrer, comme on l'a fait, qu'il ne peut être l'auteur de ce testament, qui sans sr)n nom aurait été ignoré à jamais.

L'abbé Ladvocat, tout bibliothécaire qu'il était de la Sorbonne, s'est trompé en disant qu'on avait retrouvé dans cette bibliothèque un manuscrit de cet ouvrage apostille de la maiu du cardinal : le seul manuscrit apostille ainsi est au dépôt des affaires étrangères ; il n'y fut porté qu'en i -oH. Ce n'est point le testament qui est apostille, c'est nue narration succincte composée par i'abbé de Bonr.'.eis , à laquelle on avait long-temps après ajouté ce testament prétendu ; et les notes marginales même ,

écrites de la main du cardiual, prouvent que cftle uarration succincte n'était pas de lui-; elles indiquent les omissions de l'ahlié de lionrzeis , et ce qu'il devait résoudre. Voyez la Réponse a M. toncemagne.

On attribue encore au cardiaal de Richelieu une Histoire Je la inei-e et du (ils : c'est uu récit assez infulelc des lualbeureuN. deuiclés de Louis XIII avec sa mi;re. fiel te histoire faible et tronquée est probablement de Mézerai : mais, dans la multitude des livres dont nous sommes accablés aujourd'hui, qn"ini))()i'te de quelle niaiu soit un ouvrage médiocre? Mort en i6'>2.

Ryf.r (André du) , gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, long-temps employé à Constanlinople et en Egypte. Nous avons de lui la traductio:i de V Alcoran et de V Hi.ioire de Perse.

Ryer( Pierre du ) , né à Paris en i6o5, secrétaire du roi, historiographe de l'Vauce, pauvre malî^ré ses charges. Il lit dix-neuf pièces de théâtre et treize traductions, qui furent toutes bien reçues de son temps. ]Mort eu i653.

RocHEFOLCArT.D ( Francoîs , duc de la ), né en 161 3. .Ses mémoires sont lus, et on sait par cœur SCS Pensées. Mort en 1680.

RoHAur.T (.(acqucs), né à Amiens en 1620. Il abrégea et il exposa avec clarté ei méthnde la philosophie de Descartes; mais aujourd'hui cette philosophie , erronée presque en tout , n'a d'autre mérite que celui d'avoir été opposée aux ePreurs anciennes. Mort en 1674.

Roi.r.iN (Charles), né à Paris en 1661, recteur de l'université. Le premier de ce corps qui a écrit en français avec pureté et noblesse. Quoique les derniers tomes de son Histoire a/tcie/ine , faits tro]) à la hâte , ne répondent pus au.x premi-jrs , c'est

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 2f)7

encore la meilleure compilation qu'on ait en aucune langue , parceque les compilateurs sont rarement éloquents , et que llollin l'était. Son livre vaudrait beaucoup mieux si l'auteur avait été philosophe. Il y a beaucoup d'histoires anciennes ; il n'y en a aucune dans laquelle on apperçoive cet esprit philosophique qui distingue le faux du vrai, l'incroyable du vraisemblable, et qui sacrifie l'inutile. Mort en i"]^!.

RoTROu (Jean), né en 1609, le fondateur du théâtre. La première scène et une partie du quatrième acte de V enceslas sont des chefs-d'œuvre. Corneille l'appelait son père : on sait combien le père fut surpassé par le ills. Veiiceslas ne fut composé qu'après le Cid ; il est tiré entièrement , comme le Cid, d'une tragédie espagnole. Mort en i65o.

Rousseau (.Tean-Baptiste) , né à Paris en 1669. De très beaux vers, de grandes fautes, et de longs malheurs, le rendirent très fameux. Il faut, ou lui imputer les couplets qui le firent banuir, couplets semblables à plusieurs qu'il avait avoués, ou flétrir deux tribunaux qui prononcèrent contre lui. Ce n'est pas que deux tribunaux, et même des corps plus nombreux, ne puissent commettre unanimement de très violentes injustices quand l'esprit de parti domine. Il y avait un parti furieux acharné contre Rousseau; peu d'hommes ont autant excité et senti la haine. Tout le public fut soulevé contre lui jusqu'à son bannissement, et même encore quelques années après; mais enlln les succès de la Motte, sou rival , l'accueil qu'on lui faisait, sa réputation qu'on croyait usurpée, l'art qu'il avait eu de s'établir une espèce d'empire dans la littérature, révoltèrent contre lui tous les gens de lettres , et les ramenèrent à Rousseau, qu'ils ne craignaient plus;

*r)S ÉCRIVAI]NS

ils lui rendirent prescjue tout le paLlic. La Motte Ipur parut trop heureux parceqii'il était riche et acoufilli : ils oubliaieut que cet homme était aveugle et accablé de maladies; ils voyaient dans Rouss?aa un banni infortnné. sans son-^er qu'il est plus triste d'être av<'U!j[le et malade que de vivre à Vienne et à Rruxelles. Tous deux étaient en effet très malheureux, l'un par la nature, l'autre par l'aventure -funeste qui le lit condamner: tous deux servent à faire voir combien les hommes sont injustes, combien ils vaiieat dans leurs jugements, et (ju'il y a de la folie à se tourmenter pour arracher leurs suffrages. Mort à Bruxelles en i 740-

Rousseau eut rarement dans ses ouvrages de l'aménité, des {grâces, du sentiment, de l'invention : il savait très bien tourner une épigranime licencieuse et une stance. Ses épitres sont écrites avec une plume de fer trempée dans le (lel le plus dégoûtant : il appelle mesdemoiselles I.auvanrourt , qui étaient trois sœurs très aimables., trio de louves acharnées ; il appelle l<' conseiller d'état Rouillé iabarin mordant , causti<jne et rustre, après lui avoir prodigué des louanges dans une ode assez médiocre; les mots de inaroiiflcs, de l'a litres salissL'nt ses épitres. Il faut sans donte opposer \i\\e. noble fierté à SIS euiiemis; mais ces basses in'.ures sans gaieté, sans agréments, sont le contraire d'une ame iioble.

Ouaat aux couplets qui le firent bannir, voyez les article» la Motte et Saurii).

Ou se contentera de r;'niar([uer ici f[ne Rousseau ayaut avoué qu'il avait fait cinq de ces malh;-urc'u.\. couplets, il était c(»upablede fims les antres au Iribuiial de t')us les |Ugcs et de tous les lionnétes gens: sa eouduitr' après sa condamnation n'est nullement une preuve en sa faveur-; on a entre les

ninins des lettres du sieur Mediue de Bruxelles , du 7 mai 1737, coucues en ces termes : « Rousseau n n'avait d'antre table que la uiieune, d'autre asile « que che/. moi; il m'avait baisé et embrassé cent « fois le jour qu'il lorça mes créanciers à me faire « arrêter. »>

Qu'on joiijne à cela un pèlerinage fait par Rousfipftu à Notre-Dame de Hall, ftt qu'on juge s'il doit en être cru sut sa parole dans l'affaire dt-s couplets.

RuK (Cbarles de la), né en 1643, jésuite, poét» latin, poêle français, et prédicateur. L'un de ceux qui travaillèrent à ces livres nommés dauphins^ pourl'éducalionde Monseigneur. /''//"^//e Icitomba <'tt partage. 11 a fait plusieurs tragédies et comédies ; sa tragédie de Sylla fut présentée aux comédiens et refusée: il a fait encore celle de Lisymachus ; on croit qu'il a beaucoup travaillé à V AiidHrmir. Il était très lié aA"ec le coniédien Baron, dont il apprit à déclamer. Il y avait deux sermons de lui qui étaient fort en vogue; l'un était le Pédteiir mourant ^ et l'autre le Pcclienr mort : ou les aflichait quihid il devait les prononcer. Mort en 1 72.5.

lluixAiiT ( Thierry) , bénédictin , né en 16.^7, laborieux, critique. Il a soutenu contre Doduel l'opinion que /V«./5<? eiit dans les premiers temps une fottle prodigieuse de martyrs. Peut-être u'at-il pas assez distingué les martyrs et les morts ordinaires; lès persécutions pour cause de religion, et les persécutions politiques : quoi qu'il eu soit il est au nombre des savants liommes du temps. C'est priucipalement dans ce siècle que les benédiclius oiit iait- les plus profondes recherches, coiiuue Martcne sur les anciens rites de l'égiise : Tuilier et tant d'autres ont achî-vé de tirer de dessous terre les décombres du moyeu âge. G est encore un genre nouveau qui n'apparue Lit qu'au siècle de

3oo ECRIVAINS

Louis XIV; et ce n'est qu'en France que les bénédictins y ont excellé. Moi't en i 709.

Sablière (Antoine de Rambouillet de la). Ses madrigaux sont écrits avec une finesse qui n'exclut pas le naturel. Mort en 1680.

Saci le Maître (Louis Isaac), né en 161 3, l'un des bons écrivains de Port-Royal ; c'est de lui qu'est la Bible de Royaumotit ^ et une traduction des Comédies de Térence. Mort en 1684. Son frère , Antoine le Maître , se retira connue lui à Port- Royal : il avait été avocat : on le croyait un homme très éloquent; mais on ne le crut plus dès qu'il eut cédé à la vanité de faire imprimer ses plaidoyers. Un autre Sacy, avocat, et de l'académie française, ruais d'une autre famille, a donné une traduction estimée des Lettres de Pline en 1701.

Sage (le), né en 1677. .Son roman de Gil-Blas est demeuré, parcequil y a du naturel: il est entièrement pris du roman espagnol intitulé, Lavidad ae lo escudiero don Marcos d'Obrego. Mort en 1747-

Saixt-Aulaire ( l'rançois Josepb de Beaupoi! , marquis de). C'est une chose très singulière que les plus jolis vers qu'on ait de lui aient été faits lorsqu'il était plus que nonagénaire : il ne cultiva guero le talent de la poésie qu'à l'âge de plus de soixante aus , comme le marquis de la Kare. Dans les premiers vers qu'on connut de lui ou trouve ceux-ci qu'on attribua à la l-'are :

O -Muse légère et facile , Qui, sur le coteau d'Héhcon, Vîntes offrir au vieil Auacréou

Cet art cliarmant, cet art utile.

Qui sait reudre douce et tranquille La plus iucouunode saison ;

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 3oi

Vous qui , de tant de fleurs sur le Parnasse écloses , Orniez à ses côtés les Grâces et les Ris , Et qui cacliiez ses clieveux {jris Sous tant de couronnes de roses , etc.

Ce fut sur cette pièce qu'il fut reçu à l'académie; et Boileaa alléguait cette même pièce pour lui refuser son suffrage. Il est mort en 1742, ;'i près de cent ans ; d'antres disent à cent deux. Lu jour, à l'âge de plus de qnatre-vingt-qniuze ans, il soupait avec madame la duchesse du Maine : elle 1 appelait Apollon, et Ini demandait je ne sais quel secret; il loi répondit :

La divinité qui s'amuse

A me demander mon secret.

Si j'étais Apollon, ne serait point ma muse; Elle serait Thétis, et le jour finirait,

Anacréon moins vieux fit de bien moins jolies choses. Si les Grecs avaient eu des écrivains tels que nos bons auteurs , ils auraient été encore plus vains ; nous leur applaudirions aujourd'hui avec encore plus de raison.

Sainte-Marthe (Gaucher de). Cette famille a été pendant plus de cent a::nées féconde en savants: le premier Gaucher de Sainte-^larthe fut Charles , qui fut éloquent pour son temps : mort en i 555.

Scévole , neveu de Charles , se distingua dans les lettres et dans les affaires. Ce fut lui qui réduisit Poitiers sous l'obéissance de Henri IV : il mourut à Loudun en i6i'i; et le fameux Urbain Grandier prononça son oraison funèbre.

Abel de Sainte-Marthe, son fils, cultiva les lettres comme sou père, et mourut eu i652. Son fils, nommé Abel comme lui , marcha sur ses traces : . mort en 1 706.

Scévole et Louis de Sainte-Maithe , frères jumeaux, fils du premier Scevole, enterrés tous deux à Paris dans le même tombeau à Saiut - Séverin , furent illustres par leur savoir : ils composereut ensemble le Gallia chvistiana. Scévole mort en i652; Louis mort eu i6j6.

Deuis de Sainte-Marthe, leur cousin, acheva cet ouvrage: mort à Paris en 1723.

Pierre Scévole de Sainte-Marthe, frère aiué du dernier Scévole , fut historiographe de Trance : mort en 1690.

Saint-Evremond (Charles), né en Normandie en ibi 3. Une morale voluptueuse, des lettres écrites à des gens de cour dans un lemps où ce mot de cour était prono7)cé avec emphase partout le monde, des vers médiocres , qu'on appelle vers de socit'ft' , faits dans des sociétés illustres, tout cela avec beaucoup d'esprit, contribua à la réputation de ses ouvra£,es. Lin )iommé Des-Maiseaux les a fait imprimer avec une vie de l'auteur , qui contient seule un gros volume , et dans ce gros volume il n'y a pas quatre pages d'intéressantes ; il n'est grossi que des mêmes choses qu'on trouve dans les œuvres de Saint-]lvremoud : c'est nu artifice de libraire, un abus du métier d'éditeur : c'est par de tels artifices qu'on a trouvé le iecret de multiplier les livres à l'infini, sans multiplier les connaissances. On connaît son exil, sa philosophie , et ses ouvrages. Quand on loi demanda à sa mort s'il voulait se rcconri/ier, il répondit, ".le voudrais me réconcilier avec l'appétit) . Il est enterré à i"\ cstniiuster avec les rois et les hoiumes illustres d'A':gleterre. Mort en 170I.

S.UNT-i^AVi>' (Denis Sanguin de). Il était au nf)mbre des hommes de mérite que Despr«aux confondit dans ses satires avec !cs mauvais écrivaii;s : le pou qu'on a de Ir.i passe pour être d'un gou? dé-

DIT SIECLE DE LOUIS XIV. 3o3

lirat. On petit connaître son mérite personnel par cette épltaphe, que fit pour lui ('"ienbet, le niaitre des requêtes , l'un des esprits les plus polis de ce siècle :

Sous ce tomLeau gît Saint-Pavin ; Donne des lai mes à ,-a fin.

Tu fus de ses amis peut-être?

Pleure ton sort , pleure le s-ien :

Tu n'en lus pas ? pleure le tien , Passant , d'avoir manqué d'en être.

IMort en 1G70.

Saint-Pikrre ( Castel , abbé de), né en lôô.*?, gentilbomuie de Normandie ; n'ayant qu'une /ortnue médiocre, la partagea quelque temps avec les célèbres Variguon et l'ontcnelle : il écrivit beauc<jup sur la politique. La meiUcnre définition qtt'ou ait faite en général de ses ouvrages est ce qu'en disait le cardinal du Rois , que c'étaient les rêves d'un boa citoyen. Il avait la simplicité de rebattre dans ses livres les vérités les plus triviales de la morale; et, par une autre simplicité, il propf)sait presque toujours des choses impossibles comme praticables. Il ne cessa d'insister snr le projet d'une pais perpétnelle, et d'une espèce de parlement de l'Europe, qu'il appelle la diète ciiropainc. On avait imputé une partie de ce projet chimérique ati roi Henri IV; et l'abbé de Saint-Fierre, potir appuyer ses idées, prétendait que cette dicte eitropnins avait été approuvée et rédigée ])ar le dauphin , duc de lîoiirgognc, et qu'on en avait trouvé le plan dans les papiers de ce prince : il se pernieltail cette ficlion pour mieux faire goûter son projet. Il rapporte avec bonne foi la lettre par laquelle le cardinal de l'ieuri répondit à ses propositions: « Vous avez oublié, M monsieur, pour article préliminaire, decommeu-

3o4 ÉCRIVAINS

" cer par envoyer une troupe de missionnaires pour " disposer le cœur et l'esprit des princes ». Cependant l'abbé de Saiut-Pierre ne laissa pas enfin d être très utile : il travailla beaucoup pour délivrer la France de la tyrannie de la taille arbitraire; il écrivit et il agit eu homme dctat sur cette seule maîierc Il fut nnaniniemcut exclus de l'acadéir.ie français'', pour avoir , sous la régence du duc d'Orléans, préféré un peu durement, dans sa Po.'isvfiodie ^ l'éta- Llissement des conseils à la manière de j^ouverncr de Louis XIV, protecteur de l'académie (i). Ce fut le cardinal de Polignac qui lit une brigue pour l'exclure, et qui eu vint à bout : ce qu'il y a d'ctrange c'est que dans ce temps-là même le cardinal de Polignac conspirait contre le régent , et que es prince, qui donnait un logement au Palais-royal à Saint-Pierre, et qui avait toute sa iamille à son service , soui'Crit cette exclusion. L'abbé de Saint - Pierre ne se plaignit point ; il continua de vivre en philosophe avec ceux mêmes qui l'avaient exclus, lîoyer, ancien évêque de Mirepoix, son confrère, empêcha qu'à sa mort on prononçât sou éloge à l'académie selon la coutume. Ces vaincs fleurs qu'on jette sur le tombeau d'un académicien n'ajoutent rien ni à sa réputation ni à sor- mérite; mais le refus fut un outrage ; et les services que l'abbé de Saint-l'ierrc avait rendus, sa probité, et sa douceur, méritaieut un antre traitement. 11 mourut en 1743, âgé de quatre-vingt-six ans. ,1e Iiti

(i) L'exclusion fut unanime, à une vois près, crli.de Fontenelle. Il raconta d. puis ([u il avaiV entendu- plus d'une f(>i~ un Iionime de la cour, membre de l'académie, s'attribuer, (levant l'abbé de Saint-I'ierre et devant luimême, le mérite de cette action de justice. *

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 3o:7

demandai quelques jours avant sa mort commeût il regardait ce passage; il me répondit ,« Comme uu ce voyage à la campagne. >•

Le traite le pins singulier qu'on trouve dans ses ouvrages est X Anéantissement f.ttur du mahoinétiswe. il assure qu'un temps viendra oii la raison l'emportera chez les hommes snr !a s'iperstition : les hommes comprendrout , dit-il, qu'il suffit de la patience, de la politesse, et de la bienraisance pour plaire à Dieu. Il est impossible, dit-il encore, qu'nn livre où l'on trouve des propositions fanssçs données comme vraies, des choses al)s:irdes oppo- .sées a'i sens comninn, des louanges données à des action., iniustes, ait été révélé par ua être parfait: il prétend que dans cinq cents ans tous les esprits, jns.qu'aux plus grossiers , seront éclairés sur ce livre ; que le grand muphfi et les cadis verront qu'il est de leur intérêt de détromper la multitude, et de se rendre plus nécessaires et plus respectés en reudaut la religion pins simple. Ce traité est curieux. Dans ses Annales de Louis XIT^ il dit que l'état devrait bâtir des loges aux Petiies-maisons piuir les théologiens iiitoléraurs , et qu'il serait àpropos de jouer ces espèces de fous sur le théâtre.

C'est ici l'occasion d'observer que l'auteur du Siccle de Louis XIP n'a donné cette liste des écrivains et des artistes qui ont fleuri sousLonisXIV ffu'aprés avoir lu leurs ouvrages et souvent connu leurs personnes, recherchaut tf)us les movei's de «'instruire sur ce siècle célèbre depuis qu'il fat nommé historiographe de France. Il ne pouvait dans cette liste parler des Annales politujn^ de l'abbé de Saint-Pierre siirl^onis XI f^-, puisque le Siècle fut imjjrimé en 17. Ta pour la première fois, et que les Annales de l'abbé de Saint -Pierre ne parurent qu'en i 708, ayant été imprimées en i'3-j.

io6 ÉCRIVAINS

Os Annales^ il le faut avouer, sont une satire continuelle du gonvemement de ce monarque, qui mérllait plus d'estime ; et cette satire n'est pas assez bicu écrite pour faire pardonner son injustice : la famille de 1 abbé, sentant quel dangereux effet cet ouvrage pouvait produire, engagea sou auteur ^ le dérober au public ; il ne fut imprimé qu'après sa mort. Comment donc 1 abbé Sabatier, natif de Castres, qui a donné depuis la liste des écrivains de trois siècles, a-t-il pu dire "que l'auteur du " Siècle de Louis X.IV en a puisé l'idée mal reiu- « plie dans ces Annales politiques , qui offrent .< un tableau frappant des progrès de l'esprit chez " notre nation.^ >>

Premièrement il est impossible que l'auteur du Siècle ait pu rien prendre des Annales de l'abbé de Saint-Pieire, qu'il ne pouvait connaitre, et desquelles il a vengé la mémoire de Louis XIV dès qu'il les a connues ; secondement il est très faux que l'abbé de Saïut-Pierre se soit étendu dans son livre sur les progrès de l'esprit humain chez notre nation; à peine en dit-il quelques mots; et qu.iud il parle des beaux arts c'est pour les avilir.

A'oici comme il s'explique, page i5â: « La pein- " tiire, la sculpture, la musique, la poésie, la co- » médie , l'architecture, prouvent le nombre des • fainéaufs, leur goût pour la fainéantise, qui suHit ■' à nourrir et à entretenir d'autres espèces de !ai- « néants , gens qui se piqueul d'esprit agréable, « mais non ])as d'esprit utile, etc. »

Il est rare sans doute d'entendre un académicien dire que des aris (]ui exigent le travail le plus assidu sont des occupations de fainéants.

Quant à la personne de Louis "XI'V, il A-eut l'avilir aussi-bien que les arts doat ce roi fut le protecteur: ou ne peut rapporter qu'avec indignation ce qu'il en dit page 205 : « Louis se gouvernait à

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 3o7

« l'égard de ses voisins et de ses sujets cotnnie s'il « eût adopté la maxime d'nn célèbre tyran, Qu't'Lt « me hnï.ssent pourvu qu'ils me craip^nent : il sa- 11 crifiait tout au plaisir de se venger, et de montrer « au publie qu'il était redoutable; c'est le goût des « âmes médiocres , de tous les enfants , et de tons a les Iiouiines du commun. >•

11 traite enlin Louis XIV en vingt endroits de grand enfajit : et lui, qui était sans contredit un vieil eufaTit, Unit son livre par cette formule: « Pa- " radis aux bienfaisants » ; mais il n'ose pas dire « Paradis aux médisants. »

A l'égard de l'abbé .Sabatier, natif de Castres, qui est venu à Paris faire le métier de calomniateur pour quelque argent , il est difficile d'espérer pour lui le paradis, c'est même un grand effort que de le lui souhaiter.

Sali.o (Denis de), né en 1626, conseiller au parlement de Paris, inventeur des journanx. Kayle perfectionna ce genre, déshonoré ensuite par quelques jouriiaux que publièrent à l'envi des libraires avides , et que des écrivains obscurs remplirent d'extraits infidèles, d'inepties, et de mensonges: enfin ou est parvenu jusqu'à faire un trafic public d'éloges et de censures , sur-tout dans des feuilles périodiques ;iet la littérature a éprouvé le plus grand avilissement ])ar ces infâmes manèges. Mort en 1669.

SxNnRAz DE CouRTiLz , né à Paris en i644' On ne place ici son nom que pour avertir les Français, et sur-tout les étrangers , combien ils doivent se défier de tons ces faux mémoires imprimés en Hollande. Courtilz fut un des plus couj)ables écrivains de ce genre ; il inonda l'Europe de fictions sous le nom d'histoires. 11 éloit bien honteux qu'un capitaine du régiment de Champagne allât en Hollande vendre da.s mensonges aux libiaires. Lui et ses imi- 1a.leurs qui ont écrit tant de libelles contre leur

3o8 ECRIVAINS

propre patrie, contre de bons princes qui dédaignent de se venger, et contre des citoyens qui ne le peuvent , ont mérité l'exécration publique. Il a composé la Condniie de la France depuis la paix de JSiniepie^ et la Réitoiise au même livre ; V Etat de la France sous Louis XIII et sous Louis XI F ; la Conduite de Mars dans les guerres de Hollande ; les Conquêtes amoureuses du grand Alcandre ; les Intrii;iies amoureuses de la France ; la f^ie de Turenne ; celle de' l'amiral Coli^ni ; les Mémoires de Rochefort , d'Artapnan^ de Monih'^un , de V ordac , de la marquise dit Frêne; le Testament j olitique de Colbcrt , et beaucoup d'autres ouvrages qui ont amusé et trompé les ignorants. Il a été imité par les auteurs de ces uiiséral)l«'s brochures contre la France , le Glaneur^ l' Fpilos;nenr. et tant d'autres bêtises périodiques, que la faim a inspirées , que la sollise et le mensonge ont dicîées, à peine lues de la canaille. Mort à P;itis en i 7 i 2.

SANLtf:QUE (Louis), né à Paris en i65o, chanoine régulier, poêle qui a fait quelques jolis vers. C'est un des effets du siècle de Louis XIV que le nombre prodigieux de poètes médiocres dans lesquels on trouve des vers heureux.; la plupart de ces vers appartiennent au temps , et non au génie. Mort en 1714.

Sanson (INicolas), né à Abbeville en iGoo; le père de la géographie, avant Ouillaunie de l'Lsle. Mort en i6{)7. Ses deux fils héritèrent de son mérite.

Saktfuii. (.lean-Rapliste) , né à Paris en ifi jO.II passe pour excellent j)oëie latin , si on peut l'être, et ne pouvait faiie des vers français. Ses hymnes sont chantées dans l'église. Comme je n'ai point vécu chez Mécène entre Horace et Virgile, j'ignore

DU SIECLE DE LOUIS XIV. Sog

si SCS hymnes sont aussi bonnes qu'on le dit ; si , par exemple , Orhis rcdempfor, nnnc redemptus n"cst pas uu jeu de mots puérile. Je nie défie beaucoup des vers uiodernes latins. Mort en 1697.

SxRA.si>" (Jean-François), né près de Caen en i6o5, a écrit agréablement en prose et en vers. Mort en 1614.

Savaki (Jacques) , né en 162a , le premier qui ait écrit sur le commerce. Il avait été loug -temps négociant. Le conseil le consulta sur l'ordonnance de 1(170 dans tout ce qui regarde le négoce, et il en rédigea presque tous les articles. Le dictionnaire de commerce, qui est de lui et de Philéraon, son frère , cbanoine de Saint-Maur , fut une entreprise aussi utile que nouvelle ; mais il faut regarder ces livres à-peii-près comme les intérêts des princes , qui changent en moins de cinquante ans : les objets et les canaux du coinmerce, les gains , les finesses, ne sont plus aujourd'hui ce qu'ils étaient du temps de Savari. Mort en 1690.

Saumuse (Claude de) ,né en Bourgogne en i 588 , retiré à Levde ponr être libre , homme d'une éruditiou immense. Ou préteud que le cardinal de Piichelifu lui offrit une pension de douze mille francs pour reveuif eu France, à condition qu'il écrirait à la gloire de ce ministre . et même qu'il écrirait sa vie; mais Saumaise aimait trop la liberté, et baissait trop celui qu'il regardait comme le pins grand ennemi de cette même liberté , pour accepter ses offres. Le roi d'Angleterre , Charles II , l'engagea à composer le Cri du sa ns^ royal contre les parricides de Charles I. Le livre ne répondit pas à la réputation d.:? l'auteur : Miltou, auteur d'un poème barbare, quelqiiefrjis sublime, sur la pomme d'Adam, et le modèle de tous les poèmes barbares tirés de l'ancien testament, réfuta Saumaise; mais le réfuta comme

3io ECRIVAINS

one bète féroce combat un sauvage. Ces doux ouvrages , d tin pédantisrne dégoùtaot , sont tombés dans l'oubli : les noms des auteurs n'ont pas péii. 2Mort en i633.

Saukix (.lacques) , né à Nîmes en 167-;. Il passa pour le meilleur prédicateur des églises réformées. Cependant on lui reprncbe , comme à tous ses confieres, ce qu'on appelle le stvle rétugié. » Il est dif- " ticile , dit-il . que ceux qui ont sacrilié leur patris • à leur religion parlent leurlangueavecpureté,etc. u De son temps cependant le i'rancois ne s'éiait pas corrompu en Hollande comme il l'est aujourd'hui: Bayle u'avait point le style réfugié; il ne péchait que par uiie "^amiliarité qui approche quelquefois de la bassesse. Les défauts du langage des pastenrs calvinistes venaient de ce qu'ils copiaient les phrases incorrectes des premiers réformateurs; de plus, presque tous avant été élevés à Saumur, en Poitou, en Dauphii e, ou en Languedoc, ils conservaient les manières de parler ^ icieuses de la proviuce. On créa pour Sauriu une place de ministre de la noblesse à la Haye. Il était savant et homme de plaisir. Mort en

Sauri:* (Joseph^; , né prés d'Orange en i658 , de l'académie des sciences. C'était nu génie propre à tout ; mais on n'a de lui que des extraits lUi Journal dei Savants , quelques mémoires de mathématiques , et son fameux b acium contre Rousseau. Ce procès si malheureusement célèbre lit rechercher toute sa vie , et servit à susciter contre lui les plus infâmes accusations. Rousseau , réfugié en Suisse , et sachant que sou ennemi avait été pasteur de l'église réformée à Rcrcher, dausle bailliaged'Yverdun, remua tout pour a^oir des témoignages «outre lui. Il faut savoir que.Ioseph Sauriu, dégoûté <ie son ministère , livré à la philosophie et aux ma-

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 3n

ttématiques , avait préféré la Trance , sa patrie , la ville de Paris, et racadémiedes sciences, au village de Berclier. Pour remplir ce dessein il avait fallu rentrer dans le sein de l'église romaine, et il y rentra dès l'année 1C90. L'évoque de Meaux , Bossuet , crut avoir converti un ministre , et il ne fit que servir à la petite fortune d'un j>liilos?>pbe. Saurin retourna en Suisse plusieurs années après pour y recueillir quelques biens de sa femme, qu"il avait persuadée de quitter aussi la religion réiormée. Les magistrats le décrétèrent de prise de corps, comme un pasteurapostat qui avait fait npo^tasier sa femme. Cela se passait en 1712, après le fameux procès de Rousseau : et Rousseau était à Soleure précisément dans ce temps-là. Ce fut alors que les accusations les plus flétrissantes éclatèrent contie Saurin: on lui imputa d'anciens délits qui auraient mérité la corde ; on produisit ensuite contre lui une ancienne lettre, dans laquelle il avait fait lui-même, disait-on , la confession de ses crimes à un pasteur de ses amis : enfin, pour comble d'indignité, on eut la cruelle baîscsse d'imprimer ces accusations et cette lettre dans plusieurs journaux, dans les suppléments de Rayle , dans celui de Moréii; nouveau moyen nialheureusetuent inventé pour flétrir un homme daus l'Europe. C'est étrai.gement avilir la littérature <,ue de faire d'un dictionnaire un greffe criminel, et de souiller d'opprobres scandaleux des ouvrages qui ne doivent être que le dépôt des sciences : ce n'était pas sans doute l'intention des premiers auteurs de ces archives de la littérature , qu'on a depuis injectées de tant d'additions aussi erronées qu'odieuses. L art d'écrire est devenu souvent un vil métier, dans lequel des libraires . qui ne savent pas lire, pai.-nt des m.ensonffes et des futilités à tant la feuille à des écrivains

3i2 ECRIVAINS

mercenaires qui ont fait de la littérature la plus lâche des professions. Il n'est pas permis au moins de consigner dans an dictionnaire des accusations criminelles , et de s'ériger en délateur sans avoir des preuves juridiques, .l'ai été à portée d'examiner ces accusations contre Joseph Saurin; j'ai parlé au seigneur de la terre de Rercher dans laquelle .Saurin avait été pasteur; je me suis adressé à toute la famille du seigneur de cette terre ; lui et tons ses parents m'ont dit unanimement qu'ils n'avaient jamais vu la lettre imputée à Saurin ; ils m'ont tous marqué la plus vive indignation contre l'alnis scandaleux dont on a chargé les suppléments aux dictionnaires d»' Bavle et de JMoréri ; et celte juste indignation qu'ils mont témoignée doit passer dans le cœur de tons les honnêtes gens, .l'ai eu ntaiii les attestations de trois pasteurs , qui avouent « qu'ils ' n'ont jamais vu l'original de cette prétendue leltr;- " de Sauiin,ni connu personne qui l'eût vue, ni oui .' dire qu elle eût été adressée à aucun pasteur du « pavs de "\'aud , et qu'ils ne peuvent qu'improuver « l'usage qu ou a fait de cette pièce. »

.loscph Saurin mourut en 17)7 en philosophe iutrépide qui connaissait le néant de toutes les choses de ce monde , et plein du plus profond mépris pour tous ces vains préjugés, pour toutes ces disputes, pour ces opinions erronées qui surchargent d'un nouveau poids les malheurs innombrables de la vie humaine.

Joseph Saurin a laissé un lils d'un vrai mérite, auteur d'une tragédie de Spartticiis.^ dans laquelle il y a des traits comparables à ceux de la jilus grande force de Corneille.

SvuvEUR (Joseph) , né à la T-'lcche en i653. Il apprit sans maître les éléments de la géométrie. 11 est un des premiers qui ait calculé les avantages et les

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 3i3

désavantages des jeux du hasard. Il disait que tout ce que peut un homme eu ciaihématiques, un autre le peut aussi : cela s'euteud pour ceux qui se bornent à apprendre, mais non pour les inventeurs.il avait été muet jusqu'à l'âge de sept aus. Mort en

ScAKBOs(Paul) , fils d'un conseiller de la grand'chambre, né en itJio. Sfs comédies sont plus burlesques que comiques. Son T'iii^ile travesti n'est pardonnable qu'à unboutfon. Sou Roman comique est presque le seul de ses ouvrages que les geus de goût uiiueut eucore ; mais ils ne l'aiment que comme un ouvrage gai ,aaiusaut , et médiocre. C'est ce que ïîoileau avait prédit. Louis X.1V épousa sa ^•euve. Mort en 1660.

ScL'DÉRi (George de), né au Havre-de-Grace en iGoi. Favorisé du cardinal de Uichelieu, il balança quelque temps la réputation de (Corneille. Sou nom est plus conuu que ses ouvrages. Mort en 1667.

Scur;ÉRi (Magdeleine) , sœur de George , née au Havre en 1607 , plus connue aujourd'hui par quelques vers agréables qui restent d'elle, que par les énormes romans delà Clélie et du 6jr«5. Louis XIV lui donna une pen.siou, et l'accutillit avec distinction. Ce tut elle qui rempuria le premier prix d'éloquence fondé par l'académie. Morte eu 1701.

SiLor.Ais (.lean) ,né à Caen en itiûJ. Maderaoiseile l'appelle '«une manière de bel esprit '■; mais c'était eu effet un très bel esprit et uu véritable homme de lettres. Il fut obligé de quitter le seivicc de cette princesse pour s'être opposé à son mariage avec le comte de Lausun. Ses églogues et sa tracluctiou de Virgile furent estimées; mais aujourd'hui on ne les lit plus. Il est remarquable qu'on a retenu des vers de la Pharsale de Brébeuf, et aucun de l'Eueiiie de Segrais. S. ur I.OUX5 XV. 5. 27

3f4 ÉCRIVAINS

Cependant Boileau loue Ségrais et dénigre Rrébeul

Mort en 1701.

Senaclt (.lean-Francois) , né en i6ot, généra de l'oratoire. Prédicateur qui lut à l'égard du P.Bour daloue ce que Rotrou est pour Corneille , son pré décesseur et rarement son égal. Il est compté parjn les premiers restaurateurs de l'éloquence, plutà que daus le petit nombre des hommes véritablemen éloquents. IVIort en 1672.

Senïc.si, né en 164-i, premier valet-de-chambri de Marie-Tliérese, poëte d'une imagination siiigu liere. Sou coûte du Kaïmac^ à quelques endroit près, est un ouvrage distingué: c'est un exemp) qui apprend qu'on peut très bien conter d'une autn manière que La Fontaine. Ou peut observer que cett» pièce , la meilleure qu'il ait faite , est la seule qui m se trouve pas dans son recueil. Il y a aussi dans se; Travaux d' .^ potion des beautés singulières e neuves. Mort en 1737.

SÉviGTîE ( Marie de Rabutin), femme du marqui: de Sévigné , née en 1626. Ses lettres, remplies d'à necdotes , écrites avec liberté et d'un slvle fjui peini et anime tout , sont la meilleure critique des lettre; étudiées oii l'on cherche l'esprit, et encore plus dt ces lettres supposées, dans lesquelles on veutiinitei le style épistolaire, en étalant de faux sentiments et de fausses aventures à des correspondants imagi naires. C'est dommage qu'elle manque de goût qu'elle ne sache pas rendre justice à Racine, qu'elle égale l'oraison funèbre de Turenue prononcée par Mascaron au grand chef-d'ceuvre de Fléchier. Morte eu ifigG.

SiLVA , né à Bordeaux, très célèbre médecin à Paris, a fait un livre estimé sur la saignée : il était fort au-dessus de son livre. C'était uu de ces mede-

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 3i

cins que Molière n'eût pu ni osé rendre ridicules- Mort vers l'an 1746-

SiMOJT (Richard), né en i638 , de l'oratoire; excellent critique. Son Histoire de l'orie;ine et Ju prostrés lies revenus ecclésiastiques, so'i Histoire crilif/ue du P ieux Testament^ etc. , sont lues de tous les savants. Mort à Dieppe en 1712.

SiRMOND (.lacques) , jésuite, né vers l'an rSop ; l'un des plus savants et des plus aimables lionimes de son temps. On sait à peine qu'il .'ut confesseur de Louis XIII, parcequ'il fît à peine parler de lui dans ce poste délicat. Il fut préféré par le pape à tous les savants d'Italie pour faire la préface de la collectiou des conciles. Ses nombreux ouvrages furent très estimes, et sont très j>eu lus. Mort en i65i.

SitiMOND ( .Tean ) , neveu du précéd:'nt ; historio graphe de î'"rance , avec le brevet de conseiller d'état, qui était d'ordinaire attaché à la cliarge d'historiographe. L'un de ses principaux ouvraffcs est la vie du cardinal d Amboise, qu'il ne ccnsposa que pour mettre ce ministre au-dessous du cardinal de Fiichelieu , son protecteur. Il lut un des premiers académicieus. Mort eu 1649.

SoiiBiERE (Samuel), né en Danphiné en idiâ; l'un de ceux qui ont porté le titre d'historiographe de l'rance. Ami du pape Clémeut IX avaijt son exaltatir>ri; ne recevant que de faibles marques de la générosité de ce pontife, il lui écrivit: ■< Saint "pere, vous envoyez des nia^icheltes à celui qui •< n'a poiut Je chemise -. 11 effleura beaucoup de genres de sciences. Mort en 1670.

SuzE (la comtesse Henriette de Coligni de la), célèbre dans s'in temps par son esprit et par ses élégies, (/est elle qui se fit catholique parceqne sou mari était huguenot, et qui s'en sépara, afin,

3i6 ÊCRIVAI^'S

disait la reine Christine, de ne voir son mari dans ce monde-ci ni dans l'antre. Morte en 1673. Tai,î.em vrtT (Fra.çnis), né à la Rochelle en 1620 : second traducteur de Ptiitarque. Mort en

Tai.i,i:mv!tt (Paul), lié à Paris en ifi42. Quoiqu'il fut petit-fils du riche Monteron , et fils d'un maître des re'|u'tes qui avait eu deux cent mille livres de renti» de notre monnaie d'aujourd'hui, il se ti-onva prts'jue sans fortune. Colbtrt lui fit du bien comme aux antres gens de lettres. Il a en la principale part à l'histoire du roi par médailles. Mort en 1712.

TALO?f (Orner), avocat-général du parlement de Paris , a laissé des mémoires utiles , dignes d'un bon magistrat et d"un bon citoyen ; mais son éloqiience n'est pas encore celle du bon temps. Mort en 1632. Tauterox, jésuite. Il a traduit les satires d'Horace , de Perse et de .Invénal , et a supprimé les obscénités grossières , dont il est étrange que .Tuvenal et sur-tout Horace aient souillé leurs ouvrages. Il a mi- ia'ré en cela la jeunesse pour laquelle il croyait travailler: mais sa traduction n'est pas assez littérale pour elle; le seus est rendu, mais non pas la valeur des mots. M^ut en 17-20.

Terbasso."» (l'abbé), né en 'ifiCç); philosophe pendant sa vie et à sa mort. Il r a de beaux morceaux dans Sefos. Sa traduction de DioJore est utile : sou examen d'Homère passe pour être sans goiit. Mort eu 17.50.

Thîeks (.!cau-Bap!iste) , né à Chartres en 1641. On a de lui beaucoup de dissertations. C'est lui qui écrivit contrel'inscriptioudn cou vent des cordelicrs de ileims . A Ijien et à saint François , tons deux crucifiés. Mort eu i 7o3.

Thomvssin (Louis) ,de l'oratoire , né en Provence

DU SIECLE DE LOUIS \1Y. 3i7

en 1619; boinme d'une érudition profonde. Il fit le premier des conférences sur les perir's , sur les conciles, et sur Thistoire. Il oublia sur la Hn de sa vie tout ce qu'il avait su, et ne se souvint plus d'avoir écrit. jNIort en 169.Î.

Thoyxard (Nicolas), né à Orléans en 1629. On prétend qu'il a eu grande part au traité du cardinal Noris sur les Epof/iies syriennes. Sa Concordance des aiuitre évane^élir.tes , en grec, passe pour un ouvrage curieux. Il n'était que savant, mais ill'était profondément. Mort en 1706.

ToRci (.lean - Baptiste Colbert de), neveu du grand Colbert, ministre d'état sous Louis XIV, a laissé des mémoires depuis la pais, de Risvick jusqu'à celle d'Utrecbt : ils ont été ii;;priujés pendant qu'où achevait l'édition de cet essai sur le Siècle de Louis XIV. ILs confirment tout ce qu'on y avance. Ces mémoires ren'erment des détails qui ue conviennent qu'à ceux qui veulent s'instruire à fond : ils ^oîit écrits plus jiurement que tous les mémoires de ses prédécesseurs ; on y reconnaît le goût de la cour de Louis XIV: mais leur plus grand prix est dans la sincérité de l'auteur: c'est la vérité, c'est la modération elle-même, qui ont conduit sa plume. Mort eh I 746.

TouREii. (Jacques ) , né à Toulouse en i656 , célèbre par sa traduction de Démosthenes. Mort en

TouRNEFORT ( Joseph Pitton de ) , né en Provence <îî i656, le plus grand botaniste de sou teiups. Il fut envoyé par Louis XIV eu Espagne, en Angleterre, en Hollande , en Grèce et en Asie pour perfectionner l'histoire naturelle. Il rapporta trei/.^' (■(•!)t trente-.six nouvelles espèces de plantes, et il nous apprit à connaître les nôtres. Mort en 1708.

Lt TocusEux, né en 1640. Son Année chre-

3i» ECRIVAINS

ti'' nue fit daus beaucoup de mains, quoique mise à Piome à l'iudox des livres prohibés , on plutôt parcerpi'clle y est mise. Mort en i()86.

Tr)ST.v.x (leriuitc), geutilhomme de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII. Le prodigieux et long succès qn'ent sa tragédie de JMariainne fut le fruit de Tigaoraiice où l'on était alors : on n'a- •vait pas mieux; et quand la réputation de cette pièce fut établie, il tallut plus d'une tragédie de C'irsieille pour la faire oublier. Il y a encore des natiotis chez qui des ouvrages très médiocres passent pour des cho's-d'ocnvre, parcequ'il ne s'est pas trouvé de génie qui les ait surpassés. On ignore comunuiiénient que Tristan ait mis en vers l'oflice de la Vierge , et il u'cst pas étrange qu'on l'ignore. Mort en i655. Voici son épitaphe , qu'il composa :

Je fis le ch^cn coucliant auprès d'un grand jeitçneur; Je me vis toujours pauvre, et tâeliai de paraître : Je vécus dans la peine , r spéran' le bonheur , r.t mourus sur un cofire, en attendant mou maître.

TuRENNF. Ce grand homme nonsa laissé aussi des mémoires qu'on trouve dans sa vie écrite par Ramsay. TNous avons beaucoup de mémoires de nos généraux, mais ils u'out pas écrit comme Xcnophon et César.

VAn.t,\NT ( .lean l"oy ) , né à Beanvnis en lO'îî. L'- public lui doit la Sdencc des médailles , et le roi, la moitié de son cabinet. Le ministre Colbert Je fit voyager en llalie , en Grèce, en Egypte, en Turquie, en Perse. Des corsaires d'Alger le prirent en 1Ô74, avec l'architecte Dcsgodcts. Le roi les racheta tous deux, .lauiais savant n'essuya plus de dangers. .Mort eu 1 706.

Vaii:,i,.vkt (.Fcan-Frgaçois), né à Rome eu i0()5.

ppiidanl les Toyagps de son père ; antiquaire comme lui. Mort en i 708.

Vamncotr (.Jean- Baptiste -Henri dn Troasset de) , né eu i65J. Une épîlre que Despréaux, lui a adressée fait sa plus grande réputation. On a de lui quelques petits ouvrages: il était bon littérateur. Il fit une a.sscz grande fortune, qu'il n'eiit pas faite s'il n'eut été fin'honime de leîtres : les lettres seules , dénuées de eette sagacité laborieuse qui rend un hoiunic utile, ne proeurent presque jamais qu'une vie malheureuse et méprisée. Un des meilleurs discours qu'on ait jamais prononcés à l'académie est celui daus lequel M. de Valincour tâche de guérir l'erreur de ce notnbre prodigieux de jeunes gens qui , prenant leur fureur d'écrire pour du talent , vont présenter de mauvais vers à des princes , inondent le public de leurs brochures , el qui accusent l'ingratitude du siècle, parcequ'iis sont inutiles au monde et à eux-mêmes : il les avertit que les professions qu'on croit les plus basses sont fort supérieures il celle qu'ils ont embrassée. .Mort en i^lo.

Valois ( Adrien de ) , né à Paris en 1(107 ; liisforiographe de Erauce. Ses meilleurs ouvrages sont sa Notice des Gaules, et son Histoire Je la première race. Mort en 1692.

Valois (Henri de), frère àxx précédent, né en i6o3. Ses ouvrages sont moins utiles à des Français qne ceux de son frère. Mort en 1O7G.

A'*Rir,>-o:x (Pierre) , né à Caen en i65/v : mathématicien célèbre. Mort en 1722.

Varilï,as( Antoine ), né dans la Marche en 1624; historien plus agréable qu'exact. Mort en 1696.

Le Vassor (Michel), de l'oratoire. Réfugié en. Angleterre. Son rlijloire de Louis XIII , diffuse, pesante et satirique, a été recherchée pour beaucoup de faits singuliers qui s'y trouvent ; mais c'est

iio ÉCRIVAIINS

un déclamateur odieux , qui dans l'histoire de Louis XIII ne cherche qu'à décrier Louis XIV, qui attaque les morts et les vivants : il ne se trompe que sur peu de faits, et p;isse pour s'être trompé dans tousses ju£;ements. Mort en 1718.

"Vavvsseur , né dans le Charolais en 1 6o5 , jésuite , grand littérateur. 11 lit voir le premier que les Grecs et les Romains n'ont jamais connu le style hurlesque, qui n'est qu'un reste de barbarie. Mort en t6Si.

Vauban (le maréchal de), né en t633.La dixme réelle qu'on lui a imputée n'est pas de lui, mais de Roisguillebert : elle n'a pu être exécutée , et est en effet impraticable. On a de lui plusieurs mémoires dignes d'un bon citoyen. 11 contribua beancouj) par ses conseils à la construction du canal de Languedoc. Observons qu'il était très ignorant, qu'il l'avouait avec franchise, mais qu'il ne s'en vantait pas. Un grandcouiaije, un zèle que rien ne rebutait , un talent naturel pour les sciences de combinaisons, de l'opiniâtreté dans le travail, le coup-d'œil dans les occasious, qui ne se trouve pas toujours ni avec les connaissances ni nvec le talent ; telles fureiit les qualités auxquelles il dut sa réputation. Il a prouvé par sa conduite qu'il pouvait y avoir des citoyens dans un gouveruement absolu. Mort en I 707.

Vauc.elas (Claude Fabre de), né à Bourg-en- Kresse en 1 585. C'est un des prcmieis qui ont épuré et réglé la langue , et de ceux qui pouvaient faire des vers italiens sans en pouvoir faire de français. Il retoucha pendant trente ans sa traduction de Oui ni e- Citrce. Tout homme qui veut bien écrire doit corriger ses ouvrages toute sa vie. Mort eu i(i5o.

LeVwer (l'rancois), ne à Paris en i538. Précepteur de Monsieur, frère de Louis XIV, et qui enseigna le roi un an. Historiographe de l'rance,

DU SIECLE DE LOUIS XIV. 3a i

conseiller d'état, grand pyrihonien , et connu pour tel. Sou pvrrh'iniîime n'eiiij)ècha pas qu'on ne lui confiât une édncaliou si précieuse. On trouve beaucoup de science et de raison dans ses ouvrages trop dif.'us. Il combattit le premier avec succès cette opinion qui nous sied si mal , que notre morale vaut mieux que celle de lantiquité.

Son traité de la Vertu des païens est estimé des $agcs. Sa devise était :

De las co«as mas se,<;nrjs La mas segura os dudar.

comme celle de Montaigne était, Qiie sais -je? Mort en 1672.

VEissfFKEs (Mathuriu de i.a Croze ) , né à "Nantes en 1661 ; bénédictin à Paris. Sa liberté de penser, et un prieur contraire à cette liberté , lui firent quitter son ordre et sa religion. C'était une bibliothèque vivante , et sa mémoire était un prodige. Outre les choses utiles et agréables qu'il savait , il en avait étudié d'autres qu'on ne peut savoir , comme l'ancienne lan!:;ue égyptienne. Il y a de lui nn ouvrage estimé, c'est le Chri'tifinisinc des Indes: ce qu'on y trouve de plus curieux c'est que les bramins croient l'unité d'un Dieu, en laissant Jes idoles aux peuples. La fureur d'écrire est telle, qu'on a écrit la vie de cet homme en un volume aussi gros que la vie d'Alexandre; ce petit extrait , encore trop long, aurait suifi. Mort à Berlin en

Vergier (Jacques), né à Paris en 1673. Il est à l'égard de La romaine ce que Campistron est à Racine; imiiaîeur faible, mais naturel. ?dort assassiné à Paris par des vfdeurs , en 1720. On laisse entendre, dans le ÎMotéri, qu'il avait fait un« parodie

contre nn prince puissant, qui le fit tuer. Ce conte

est faux.

Yertot (René-Aubert ) , né en !^ormandie en t655 ; historien agréable et élégant. Mort en i 735.

ViCHA-RD Dt Sai>'t-RÉ\l( César), né à Chambéri, mais élevé en France. Son histoire de la Conjuration de V^enise est un chef-d'œuvre : sa Vie de Jêsiis-Christ est bien différente. Mort en 1692.

ViLLABs DE MoNTFAUOoN ( l'abbé de), né eu i635; célèbre parle Comte de Grt//a//A. c'est une partie dd l'ancienne uivtliologie des Perses. L'auteur fut tué , eh 1675, d'u.i coup de pistolet. On dit que les sylphes l'avaient assassiné pour avoir révélé leurs mystères.

ViLLARs (le maréchal , duc de) , ué' en i652. Le premier tome des mémoires qui portent son nom est entièrement de lui. Il savait par cœur les beaux endroits de Corneille, de Racine et de Molière, .le lui ai entendu dire un jour à un homme d'état fort célèbre, qui était étonné qu'il sût tant de vers de comédie, « J'en ai moins joué que vous, mais j'eu « sais davantage ». Mort en 1734-

V1LT.EDIEU ( madame de). Ses romaus lui (îrent de la réputation. Au reste on est bien éloigné de vouloir donner ici quelque prix à tous ces romans dont la l'rauce a été et est encore inondée; ils ont presque tous été , excepté 7.aïd<' . des pr'>dueliiins d'esprits faibles qui écrivent avec iaciliîé des choses indigues d'être lues par les esprits solides : ils sont même pour la plupart dénués d'imagination ; et il y en a plus dans rjuatre pages de l'Arinsle que dans tousces irisipidesécrits qui gâtent le goùl des jeunes gens. Morte en i()83.

ViLLtERs ( Pierre de), né à Cognac en 1648, jésuite. Il cultiva les lettres, comme tous ceux qui sont sortis de cet ordre. Ses sermons , et sou poème sur l'art de prêcher, eurent de sou temps quelque

réputation. Ses stances snr la solitude sont fort aur dessus de celles de Saint-Amant, qu'on avait tant vantées , mais ne sont pas encore tout-àrfait dignes d'un siècle si au-dessus de celui de Saint-Amant. Mort en 1728.

Voiture (Vincent) , né à Amiens en i 398. C'est le premier qui fut en France ce qu'on appelle un bel esprit. Il n'eut guère que ce mérite dans ses écrits, sur lesquels on ne peut se former le goût ; mais ce mérite était alors très rare. On a de lui de très jolis vers , mais en petit nombre. Ceux qu'il fit pour la reine Anne d'Autriche , et qu'on n'imprima pas dans son recueil , sont un monument de cette liberté galante qui régnait à la cour de cette reine , dont les frondeurs lassèrent la douceur et la bonté.

Je pensais si le cardinal , J'entends celui de la Vallette, Pouvait voir l'éclat sans égal Dans lequel maintenant vous été; (i) J'entends celui de la beauté ; Car auprès jn u'estimc guère, Cela soit dit sans vous déplaire , Tout l'éclat de la majesté.

Il fît anssi des vers italiens et espagnols avec succès. Mort en 1648.

(i) Alors on était dans l'usage de retranclier dans les vers les lettres finales qui incommodaient; vuus été pour -vous êtes. C'est ainsi qu'en u^ent les Italiens et les Anglais. La poésie française est trop gênée, et très souvent troji prosaïque.

324 ÉCRIVAIÎNS

Ce n'est pas la peine de pousser pins loin ce catalogue. On y voit Un petit nombre de grands génies , nn ass^y. grand d'imitateurs , et on pourrait donner une liste Lean''<.uj) plus longue des savants. Il sera difliciie dësoruiais qu'il s'élève des génies nouveaux , à moins que d'autres mœurs , une antre sorte de gouvernement , ne donnent un tour nonveau aux esprits. Il sera impossible qu'il se forme tles savants universels , parceque chaque science est devenue immense. Il iaudra nécessairement (jue tbacuu se réduise à cultiver une petite partie du vaste champ que le si;'cle de Louis WV a défriché.

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