MUSICIENS
Xja muNiqiie française , du moins la vocale, n'a été jusqu'ici du goût d'aucune autre nation. Elle ne pouvait l'être , parceque la prosodie française est différente de toutes celles de l'Europe. Nous appnvous toujours sur la dernière syllabe; et toute; les autres nations pèsent sur la pénultième ou sut 1 aiitépénulliemc , ainsi que les Italiens. Notre langue est la seule qci ait des mots termints par des e muets , et ces e , qui ne sont pas prononcés dans la déclamation ordinaire , le sont dans la déclamation notée, et le sont d'une manière uniforme, ^/oi-re« ,
iHctùi-reii , bail ari-cii . firi-t^ii Voilà ce qui
rend la plupart de nos nirs et notre Vécitatif iusupportabies à quiconque n'y «'st pas accoutumé. Le climat refuse encore aux.^c■ix la légèreté que donne celui d'Italie; nous n'avons point l'habitude qu'on a eue long-temps chez le pape et dans les autres
«ours italiennes de priver les hommes de leur vi- 1 ilitc pour leur donner une voix plus belle que celle des femmes : tout cela, joint à la lenteur de notre chant, qui fait un étrange contraste avec la vivacité de noire nation , rendra toujours la musique française propre pour les seuls Français.
Malgré toutes ces raisons, les étrangers qui ont été long-temps en l-'rance conviennent que nos musiciens ont fait des chefs-d'œuvre en ajustant leurs airs à nos paroles , et que cette déclamation notée a souvent une expression admirable; mais elle ne l'a que ponr des oreilles très accoutumées, et il faut une exécution parfaite ; il faut des acteurs : en Italie il ne faut que des chanteurs.
La musique instrumentale s'est ressentie un peu de la monotonie et de la lenteur qu'on reproche à la vocale ; mais plusieurs de nos svmphonies , et sur-tout nos airs de danse, ont trouvé plus d'applaudissements chez les autres nations. On les exécute dans beaucoup d'opéra italiens : il n'y en a presque jamais d'autres chez un roi qui entretient lia des meilleurs opéra de l'Europe, et qui, parmi ses autres talents singuliers , a cultivé avec un très grand soin celui de la musique.
LuLLi (.lean-P.aptiste ) , né à Florence en i633 , amené en France à l-'âge de quatorze ans, et ne sachant encore que jouer du A'iolon , fut le père de la vraie musique en France. Il sut accommoder son art au génie de la langue; c'était l'unique moyen de réussir. Il est à remarquer qu'alors la musique italienne ne s'éloignait pas de la gravité et de la noble simplicité que nous admirons encore dans les récitatifs de Lulli.
Rien ne ressemble plus a ces récitatifs que le fameux motet de Luigi , chanté en Italie avec tant de
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