CHAPITRE XXII
Combat d'Exilles funeste aux Frai.'
Jl ocr pénétrer en Italie malgré les armées d Autriche et de Piémont quel chemin fallait-il prendre ? Le général espagnol, la I\Iina , voulait qu'on tirât à Final par le chemin de la c«Vte du Ponent, ou Ion ne peut aller qu'un à un; mais il n'avait ni canons ni provisions : transporter l'artillerie française, garder une communication de près de guarani une route aussi serrée qu'es-
. où tout doit être porté à dos de mulet ; être exp au cauoh des vaisseaux an-
glais ; de tel Ités paraissaient insurmon-
tables. Oc la route i I et de
' en reprise dont
tout le lu. On se détermina pour
.illes, à près de vingt-cinq ice , et on îésolut d'emporter cette place.
C • entreprise n'était pas moins hasardeuse; ! choisii qu'entre des périls.
I ite de P.ei! . ment cette occa-
1 autant d'audace pour • tir le con- Le travail do cari de la « I part dune, et prend sou en tournant vers le Daujhiué, et s' enfonçant ensuite vers le col de l'As-
siette , sur le chemin. d'Exilles : c'est là que vingt et un bataillons piémoutais l'attendaient derrière des retranchements de pierre et de bois , hauts do dix-huit pieds sur treize pieds de profondeur, et garnis d'artillerie.
Pour emporter ces retranchements le comte de Belle-Isle avait vingt-huit bataillons et sept canons de campagne, qu'on ne put guère placer d une manière avantageuse. On s'enhardissait ù cette entreprise par le souvenir des journées de Montaiban et de Château-dauphin, qui semblaient justifier tant d'audace. Il n'y a jamais d'attaques entièrement semblables, et il est bien difficile encore et plus meurtrier d'attaquer des palissades- qu'il faut arracher avec les mains sons un feu plongeant et continu , que de gravir et de combattre sur des rochers ; enfla , ce qu'on doit compter pour beaucoup, les Piémoutais étaient très aguerris, et l'on ne pouvait mépriser des troupes que le roi de Sardaigne avait commandées. L action dura deux heures, c'est-à-dire que les Piémontais tuèrent deux heures de suite sans peine et sans danger tous les Français qu ils choisirent : AI. d'Arnaud , maréchal-de-camp , qui menait une division, fut blessé à mort des premiers avec M. de Grille, major-général de l'année.
Parmi tant d'actions sanglantes qui signalèrent cette guerre de tous cotés , ce combat fut un de ceux où l'on eut le plus à déplorer la perte prématurée d'une jeunesse uorissaute , inutilement sacrifiée. Le comte de Goas, colonel de Bourbonnais, y périt. Le marquis de Donge , colonel de Soisson-
DE LOUIS XV. i;7
nais , v reçu' une blessure dont il mourut six jours Le marquis de Brieune , colonel d'Artois , avant eu un bras emporté , retourna aux palissades en disant: «Il m'en reste un autre pour le service du roi - ; et il fut frappe à mut. On c jmpta trois mille six cent quatre-virjgt-qui::r.e morts , et mille six cent six blessés : fatalité contraire à l'evènement de toutes les autres batailles, où les blessés font toujours le plus grand nombre. Celui des officiers qui périrent fut tiès grand ; presque tous ceux du régiment de Bourbonnais lurent blesses ou moururent, et les Piémontais ne perdirent pas cent bommes.
Belle-Isle désespéré arrachait les palissades, et, blessé aux deux mains, il lirait des b.is avec les dents, quand eufiu il reçut le coup mortel. Il avait dit souvent qu'il ne fallait pas qu'un général survécût à sa défaite , et il ne prouva que trop que ce sentiment était dans sou cœur. Les blessés furent menés à Biiaucou, où Ton ne s était pas attendu au désastre de cette journée. M. d'Audifret, lieutenant de roi, vendit sa vaisselle d'argent pour secourir les malades; sa femme, pies d'accoucher, prit elle-même le soiu des hôpitaux, pansa de ses mains les blessés, et mourut en s'acquittant de ce pieux office : exemple aussi triste que 'noble, et qui mérite d'être consacré dans l'histoire.
i-S PRÉCIS DU SIECLE