‹ Siècles de Louis XIV, et de Louis XVChapitre 22 sur 32 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Le roi de France, maître de la Flandre et victorieux, propose en vain la paix. Prise du Brabant hollandais. Les conjonctures font un stathouder.

JL/ ans ce fracas d'événements tantôt malheureux, tantôt favorables, le roi victorieux en Flandre était le seul souverain qui voulût la paix. Toujours en droit d'attaquer le territoire des Hollandais, et toujours le menaçant, il crut les amener à son grand dessein d'une pacification générale en leur proposant un congrès dans une de leurs villes ; on choisit Bréda. Le marquis de Puisieux v alla des premiers en qualité de plénipotentiaire. Les Hollandais envoyèrent à Bréda ML de Yassenaer , sans avoir aucune vue déterminée. La cour d'Angleterre, qui ne penchait pas à la paix, ne put pamitre publiquement la refuser. Le comte de Sandwich, petit-fils par sa mère du fameux Yilmot , comte de Rochester , fut le plénipotentiaire anglais : mais taridis que les puissances auxiliaires de limpératrice-reine avaient des ministres à ce congrès inutile , cette princesse n'y en eut aucun.

Les Hollandais devaient plus que toute autre puissance presser l'heureux effet de ces apparences pacifiques. Lu peuple tout commerçant , qui n'était plus guerrier, qui u'avait ni bons généraux ni bons soldats , et dont les meilleures troupes étaient pri-

sonnieres en France au nombre de plus de trentecinq milie hommes , semblait n'avoir d'autre intérêt que de ne pas attirer sur sou terrain L'orage qu il avait vu fondre sur la Flandre. La Hollande n'était plus même une puissance maritime ; ses amirautés ne pouvaient pas alors mettre en mer vingt vaisseaux de guerre. Les régents sentaient tous que si la guerre entamait leurs provinces , ils seraient forcés de se donner un stathouder , et par conséquent uu maitre. Les magistrats dXtrecht , de Dordrecht , de la Brille , avaient toujours^ insisté pour la neutralité; quelques membres de la république étaient ouvertement de cet avis : en un mot il est certain que si les états-géneraux avaient pris la ferme resolution de pacifier l'Europe , ils en seraient venus à bout ; ils auraient joint cette gloire à celle d'avoir fait autrefois d'un si petit pays un état puissant et Libre , et cette gloire a été long -temps dans leurs mains; mais le parti anglais et le préjugé général prévalurent. .Te ne crois pas qu'il y ait un peuple qui revienne plus difficilement de ses anciennes impressions que la nation hollandaise. L'irruption de Louis "XIV et l'année 1672 étaient encore dans leurs cœur* : et j'ose dire que je me suis appercu plus d'une fois que leur esprit, frappé de la hauteur ambitieuse de Louis \i\ , ne pouvait concevoir la modération de Louis "XV ; ils ne la crurent jamais sincère. On regardait toutes ses démarches pacifiques et tous ses ménagements , tantôt comme des preuves d« faiblesse , tantôt comme des pièges.

Le. roi, qui ne pouvait les persuader, fut foiré

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de conquérir une partie de leur pays pendant lii tenue d'un congrès inutile: il fît entrer ses troupes dans la Flandre hollandaise; c'est un démembrement des domaines de cette même Autriche dont ils prenaient la défense : il commence une lieue au-dessous de Gand , et s'étend "à droite et à gauche , d'un côté à Middelbourg sur la mer , de l'autre jusqu'au-dessous d'Anvers sur l'Escaut. Il est garni de petites places d'un difficile accès, et qui auraient pu se défendre. Le roi , avant de prendre cette province , poussa encore les ménagements jusqu'à déclarer aux états-généraux qu'il ne regarderait ces places que comme un dépôt , qu'il s'engageait à restituer sitôt que les lïollaudais cesseraient de fomenter la guerre , en accordant des passages et des secours d'hommes et d'argent à ses ennemis.

On ne sentit point cette indulgence, on ne vit que l'irruption ; et la marche des troupes françaises fit un stathouder. Il arriva précisément ce que l'abbé de la Tille , dans le temps qu'il faisait les fonctions d'envoyé en Hollande, avait dit à plusieurs seigneurs des états, qui refusaient toute conciliation , et qui voulaient changer la forme du gouvernement : « Ce ne sera pas vous , ce sera •nous qui vous, donnerons un maître. »

Tout le peuple , aubruit.de L'invasion , demanda pour stathouder le prince d'Orange ; la ville de Terveere , dont il était seigneur , commença , et le nomma; toutes les villes de la Zéiande suivirent; lloterdam, Délit, le proclamèrent: il n'eut pas été sur pour les régents de s'opposer à la mul-

titude ; ce n'était par-tout qu'un avis unanime. Tout le peuple de la Haye entoura le palais où s'assemblent les députés de la province de Hollande et de Vestfrïse , la plus puissante des sept , qui seule paie la moitié des charges de tout l'état, et dont le pensionnaire est regardé comme le plus considéré personnage de la république : il fallut dans linstaut , pour appaiser le peuple, arborer le drapeau d'Orange au palais, et à l'hôtel de-ville; et deux jours après le prince fut élu. Le diplôme porta i qu'en considération des tristes < irconstances « où Ion était, on nommait stathouder, capitaine et << amiral général Guillaume-Charles Henri Frison , « prince d'Orange . de la branche de Nassau-Diest » , qu'on nomme Dist. Il fut bientôt reconnu par toutes les villes , et reçu en cette qualité à l'assemblée des états -généraux.. Les termes dans lesquels la province d .■ Hollande avait conçu son élection montraient trop que les magistrats l'avaient nommé malgré eux. On sait assez que tout prince veut être absolu, et que toute l'épublique est ingrate. Les Provinces-Lnies , qui devaient à la maison de Nassau la plus grande puissance où jamais un petit état soit parvenu, purent rarement établir ce juste milieu entre ce qu'ils devaient au sang de leurs libérateurs et ce qu'ils devaient à leur liberté.

Louis XIV en 1672, Louis XV en 1747, ont crée deux slathoudcrs par la terreur; et le peuple hollandais a rétabli deux fois ce stathouderat , que la magistrature voulait détruire.

Les régents avaient laissé , autant qu'ils l'avaient S. nii r-ouis xv. ; 1G

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pu , le prince Henri Frison d'Orange dans l'éloignement des affaires ; et même quand la province de Gueldrele choisit pour son stathouder, en 1722, quoique cette place ne fut qu'un titre honorable, quoiqu'il ne disposât d'aucun emploi, quoiqu'il ne put ni changer seulement une garnison, ni donner l'ordre, les états de Hollande écrivirent fortement à ceux de Gueldre pour les détourner d'uue résolution qu'ils appelaient ftineste. Un moment leurôta ce pouvoir dont ils avaient joui pendant près de cinquante années.

Le nouveau statbouder commença par laisser d'abord la populace piller et démolir les maisons des receveurs , tous parents et créatures des bourgmestres ; et quand on eut attaqué ainsi les magistrats par le peuple, on contint le peuple par les soldats.

Le prince, tranquille dans ces mouvements, -se fit donner la même autorité qu'avait eue le roi Guillaume, et assura mieux encore sa puissance à sa famille. Non seulement le sïathoudérat devint l'héritage de ses enfants mâles , mais de ses filles et de leur postérité , car quelque temps après on passa en loi qu'au défaut de la race masculine une fille serait stathouder et capitaine général , pourvu qu'elle fit exercer ces charges par son mari ; et en cas de minorité la veuve d'un stathouder doit avoir le titre de gouvernante, et nommer un prince pour faire les fonctions du stathoudérat.

Par cette révolution les Provinces-Unies devinrent une espèce de monarchie mixte , moins rcs-

freinte à beaucoup d'égards que celles d'Angleterre, de Suéde, et de Pologne. Ainsi il n'arriva rien dans toute cette guérie de ce qu'on avait d'abord imaginé, et tout le contraire de ce que les uations avaient attendu arriva ; mais l'entreprise , les succès et les malheurs du prince Charles Edouard en Angleterre furent peut-être le plus singulier de ces événements qui étonnèrent l'Europe.

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