CHAPITRE XXIV
Entreprise, victoire, défaite, malheurs déplorables du
prince Charles Edouard Stuart.
JLr prince Charles Edouard était fils de celui qu'on appelait le prétendant , ou le chevalier de Saint- George. Ou sait assez que son grand-pere avait été détrôné par les Anglais, son bisaïeul condamné a mourir sur un éohal'aud pai- ses propres sujets, sa quadrisaieule livrée au même supplice par le parlement d'Angleterre. Ce dernier rejeton de tant de rois et de tant d'infortunés consumait sa jeunesse auprès de son père retiré à Rome. Il avait marqué plus d'une fois le désir d'exposer sa vie pour remonter au trône de ses percs. On l'avait appelé en France dès l'an 1742, et en avait tenté (.1 a. iiu de le faire débarquer en Angleterre. Il attendait dans Paris quelque oc< trable ,
pendant que la France s'épuisait d'hommes et d'argent en Allemague , eu Flandre , et en Italie. Les
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vicissitudes de eette guerre universelle ne permettaient plus qu'on pensât à lui; il était sacrilié aux malheurs publics.
Ce prince s'entretenant un jour avec le cardinal de Tenon , qui avait acheté sa nomination au eardinalat.de l' ex-roi son père, Tencin lui dit : «Que « ne tentez-vous de passer sur un vaisseau vers le » nord de l'Ecosse? votre seule présence pourra vous « former un parti et une armée ; alors il faudra bien « que la France vous donne des secours. »
Ce conseil hardi conforme au courage de Charles Edouard le détermina. Il ne lit confidence de sou dessein qu'à sept officiers, les uns irlandais, les autres écossais, qui voulurent courir sa fortune.
L'un d'eux s'adresse à un négociant de Nantes, nommé Walsh , d'une famille noble d'Irlande a' tachée à la maison Stuart. Ce négociant avait une frégate de dix-huit canons, sur laquelle le pri.ee s'embarqua, le 1% juin 1745, n'ayant, pour une expédition dans laquelle il sagissait de la couronne de la Grande-Bretagne, que sept officiers, euv. -on dix-huii centssabres, douze cents fusils, et (aarantehuit mille francs. La frégate était escortée d'un vaisseau du roi de soixante-quatre canons, nommé l'Elisabeth, qu'un armateur de Dutikerque avait armé en course. C'était alors l'usage que le ministre de la marine prêtât des vaisseapx de guerre aux armateurs et aux négociants, qui payaient une somme au roi, et qui entretenaient l'équipage., leurs d.-pens pendant le temps de la course. Le ministre! de la marine, et le roi de France lui-même ignoraient à quoi ce vaisseau devait servir.
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Le -20 juin, l'Elisabeth et la frégate, voguant de conserve , rencontrent trois vaisseaux de guerre bilglais qui eseortoient uue flotte marchande : le plus fort de ces vaisseaux , qui étoit de soixante et dix canons , se sépara du convoi pour aller combattre l'Elisabeth; et, par un bonheur qui sembiait présager des succès au prince Edouard , sa frelate ne fut point attaquée. L'Elisabeth et le vaisseau anglais engagèrent un combat violent, long, et inutile : la frégate qui portait le petit-fils de Jacques If échappait, et faisait force de voile vers l'Ecosse.
Le prince aborda d'abord dans uue petite isle presque déserte, au-delà de l'Irlande, vers le cinquante -huitième degré: il cingle au continent de 1 Ecosse : il di bai que dans un petit canton appelé le Moidart. Quelques habitants auxquels il se déclara se jetèrent à ses genoux: « ?Jais que pouvons- « nous faire, lui dirent - ils ? nous u'avous point « d'armes, nous sommes dans la pauvreté , nous ne «vivons que de pain d'avoine, et nous cultivons « une terre ingrate, le cultiverai cette terre avec « vous, répondit le prince, je mangerai de ce pain , «je partagerai votre pauvreté, et je vous apporte « des armej. »
On peut juger si de tels sentiments et de tels discours attendrirent feea habitants. Il fut joint par quel lues chefs des tribus de L'Ecosse ; ceux du nom de Makdbnsa.ll, de Lokil , les t'.dmerone, les Frasers, vii reut le trouver.
: ribus d'Ecosse, qui sont nommées ctanf dans la langue écossaise, habitent un pays béri muutj^iu s et de iorèts dans rétendue de plus de 4- Iti.
deux cents milles. Les trente-trois isles des Orcarîes et les trente de Zetlaud sont habitées par les mêmes peuples, qui vivent sous les mêmes lois. L'ancien habit romain militaire s'est conservé chez, eux seuls, comme on l'a dit au sujet du régiment des montagnards écossais qui combattit à la bataille de l'outenoi. On peut croire que la rigueur du climat et la pauvreté extrême les endurcissent aux plus grandes fatigues : ils dorment sur la terre ; ils souffrent la disette , ils font de longues marches au milieu des neiges et des glares. Chaque clan était soumis à son laird, c'est-à-dire à son seigneur, qui avait sur eux le droit de juridiction, droit qu'aucun seigieur ne possède en Angleterre ; et ils sont d'ordinaire du parti que ce laird a embrassé.
Cette ancienne anarchie, qu'on nomme le droit féodal, subsistait dans cette partie de la Grande- Bretagne stérile , pauvre, abandonnée à elle-même : les habitants, sans industrie, sans aucune occupation qui leur assurât une vie douce, étaient toujours prêts à se précipiter daus les entreprises qui les flattaient de l'espérance de quelque butin. Il n'en était pas aiusi de i Irlande , pays plus fertile , mieux gouverné par la cour de Londres , et dans lequel on avait encouragé la culture des terres et les manufactures : les Irlandais commençaient à être plus attachés à leur repos et à leurs possessions qu'à la maison des Stuart. Voilà pourquoi l'Irlande resta tranquille, et que l'Ecosse fui en mouvement.
Depuis la reunion du royaume d'Ecosse à celui de l'Angleterre sous la reine Anne, plusieurs Ecossais , qui n'étaient pas nommés membres du parie-
ment de Londres, et qui n'étaient pas attachés à la cour par des pensions , étaient secrètement dévoués à la maison des Stuart ; et eu général les habitants des parties septentrionales , plutôt subjugués qu'unis , supportaient impatiemment cette réunion, qu ils regardaient comme un esclavage.
Les clans des seigneurs attachés à la cour, coin nie des ducs d'Argile, d'Athol , de Ouecnsburi , et d'autres , demeurèrent fidèles au gouvernement : il en ';tut pourtant excepter un grand nombre qui fur; nt saisis de l'enthousiasme de leurs compatriotes, eutraînés bientôt dans le parti d'un prince qui tir it sou origine de leur pays, et qui excitait leur admiration et leur zèle.
Les s< pt hommes que le prince avait menés avec lui étaient le marquis de Tullibadine, frère du duc d'Athol, un Makdoual , Thomas Sheridan , Sulîavie , désigné maréchal des logis de l'armée qu'on n'avait pis ; Celli Irlandais , et Strikland Anglais.
On n'avait pas encore rassemble trois cents hommes autour de sa personne qu'on fit un étendard roval d'un morceau de taffetas apporté par Sullivan. A chaque moment la troupe grossissait , * t le prince n'avait pas encore passé le bourg de Keuning qu'il se vit à la tète de quinze cents combattauts , qu'il arma de fusils et de sabres dout il était pourvu.
H envoya en France la 'régate sur laquelle il était venu, et informa les rois de France et d'Espagne de son débarquement. Ces deu^ monarques lni écrivirent et le traitèrent de frère ; non qu'ils le reconnussent soleun llement pour héritier des couronne? de la Grande-Bretagne , mais ils ne pouvaient en lui
écrivant refuser ce titre à sa uaissauce et à son courage : ils lui envoyèrent à diverses reprises quelques secours d'argent, de munitions et d'armes. Il fallait que ces secours se dérobassent aux vaisseaux anglais qui croisaient à l'orient et à l'occident de l'Ecosse : quelques uns étaient pris, d'autres arrivaient, et servaient à encourager le parti, qui se fortifiait de jour en jour. Jamais le temps d'une révolution ne parut plus favorable, le roi George alors était liors rln royaume ; il n'y avait pas six mille bommes de troupes régléeti dans l'Angleterre. Quelques compagnies du régiment de Sainclair marcberent d'abord des environs d'Edimbourg contre la petite troupe du prince ; elles furent entièrement défaites : trente montagnards prirent quatre-vingts Anglais prisonniers avec leurs officiers et leurs bagages.
Ce premier succès augmentait le courage et l'espérance, et attirait de tous côtés de nouveaux soldats. On marchait sans reiàcbe. Le prince Edouard toujours à pied , à la tète de ses montagnards , vêtu comme eux , se nourrissant comme eux , traversa le pays de Bandenocb , le pays d'Atbol , le Pertb-sbirt, s'empare de Pertb, ville considérable dans l'Ecosse. Ce fut là qu'il fut proclamé solennellement régeut d'Angleterre, de France, d'Ecosse et d'Irlande pour son père Jacques III. Ce titre de régent de France, que s'arrogeait un prince à peine maître d'une petite ville d'Ecosse, et qui ne pouvait se soutenir que par le secours ùu roi de France, était une suite de l'usage étonnant qui a prévalu que les rois d'Angleterre prennent le titre de roi de France; usa^e qui devrait cire aboli, et qui ne l'est pas, pareeque
les hommes ne songent amais à réformer les abus qne quand ils deviennent importants et dangereux. Le duc de Peith. le lord George Murray, arrivèrent alors i Peith. et firent serment au prince. Ils amenèrent de nouvelles troupes : une compagnie entière d'uu régiment écossais au service de la cour deserra nonr se ranger sous ses drapeaux. IL prend Lundee. Drnmot d , Xeubonrg. Ou tiut uu conseil de guerre : les avis se partageaient sur la march ;. Le orince dit qu il fallait aller droit à Edim- L met g . la capitale de l'Ecosse : mais comment espérer û? p-eudre Edimbourg avec si peu de monde et pùial de canon? il avait des partisans dans Ij. ville . mais tous les citoyens n'étaient pas pour lui. « II faut me montrer , dit-il. pour les faire déclarer " tous * : et sans perdre de temps il ruarebe à la capitale. Tl arrive ; il s'empare de la porte: l'alarme est dans la ville; les uns venlent reconnaître l'héritier de leurs anciens rois , les autres tiennent pour le gouvernement. On craint le pilbge ; les citovens les plus riches ttansportent leurs effets dans le château : le gouverneur Guest s'y retire avec quatre cents soldats de garnisou. Les magistrats se rendent à la porte dont Chai les Edouard était maître. Le prévôt d'Edimbourg . nomme Stuart , qu'on soupçonna d'être d "intelligence avec lui. paraît en sa présence, et demande d'un air éperdu ce qu'il faut faire : ■.< Tomber à ses genoux, lui répondit un habitant , a et le reconnaître ». Il fut aussi proclame dans la capitale.
Cependant on mettait dans Londres sa tète â prix. Les seigneurs de la régence, pendant 1 absence du
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roi George, firent proclamer qu'on donnerait trente mille livres sterling à celui qui le livrerait : cette proscription etoit une suite de l'acte du parlement fait la dix-septieme année du règne du roi , et d'autres actes du même parlement : la reine Anne ellemême avait été forcée de proscrire son propre frère à qui dans les derniers temps elle aurait voulu laisser sa couronne, si elle n'avait consulté que ses sentiments. Elle avait mis sa tête à quatre mille livres , et le parlement la mit à quatre-vingts mille.
Si une telle proscription est une maxime d'état, c'en est une bien difiicile à concilier avec ces principes de modération que toutes les cours font gloire d'étaler. Le prince Charles Edouard pouvait faire une proclamation pareille; mais il crut fortifier sa cause et la rendre plus respectable en opposant, quelques mois après , à ces proclamations sanguinaires, des manifestes , dans lesquels il défendait à ses adhérents d'attenter à la personne du roi régnant, et d'aucun prince de la maison d'Hanovre.
D'ailleurs il ne songea qu à profiter de cette première ardeur de sa faction, qu'il ne fallait pas laisser ralentir. A peine était-il maître de la ville d'Edimbourg qu'il apprit qu'il pouvait donner une bataille, et il se hâta de la donner. Il sut que le général Cope s'avançait contre lui avec des troupes réglées, qu'on assemblait les milice*, qu'on formait des régiments eu Angleterre, qu'on en faisait revenir de Flandre , qu'enfin il n'y avoit pas un moment à perdre. Il sort d'Edimbourg sans y laisser un seul soldat, et marche avec environ trois mille montagnards \ers les Anglais , qui étaient au nombre
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de plus de quatre mille. Ils avaient deux régiments de dragons ; la cavalerie du prince n'était composée que de quelques chevaux de bagage^ il ne se donna m le temps ni la peine de faire venir ses canons de campagne; il savait qu'il y en avait sixdaus l'année ennemie, mais rien ne l'arrêta. Il atteignit les ennemis à sept milles d'Edimbourg , à Preston-paus. A peine ( st-il arrivé qu'il range son armée en bataille. Le duc de Pertb et le lord George Murray commandaient, l'un la gaucbe, et l'autre la droite de l'armée, c'est-à-dire chacun environ sept ou huit cents hommes. Charles Edouard était si rempli de l'idée qu'il devait vaincre qu'avant de charger les ennemis il remarqua un défilé par où ils pouvaient se retirer , et il le lit occuper par cinq eeuts montagnards. Il engagea doue le combat suivi d'envi: on deux mille cinq cents hommes seulement, ne pouvant avoir ni seconde ligne, ni corps de réserve. Il tire son épée, et jetant le fourreau loin de lui : • Mes amis, dit-il, je ne la remettrai dans le four- ' reau que quand vous serez libres et heureux». I! était arrivé sur le champ de bataille presque aussitôt que l'ennemi : il ne lui donna pas le temps de faire des décharges d'artillerie ; toute sa troupe marche rapidement aux Anglais saus garder de rang, ayant des cornemuses pour trompettes : ils tirent à vingt pas: Lis jettent aussitôt leurs fusils , mettent d'une main leurs boucliers sur leur tète, et, se précipitant entre les hommes et les chevaux, ils tuent les chevaux à coups de poignards, et attaquent les hommes le sabre à la main. Tout ce qui est nouveau et inattendu saisit toujours. Cette nom elle
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manière de combattre effraya les Anglais : la force du corps, qui n'est aujourd'hui d'aucun avantage dans les autres batailles, était beaucoup dans celleci. Les Anglais plièrent de tous côtés sans résistance ; on en tua huit cents; le reste fuyait par l'endroit que le prince avait remarqué, et ce fut là même qu'on en fit quatorze cents prisonniers: tout tomba au pouvoir i!u vainqueur ; il se fît une cavalerie avec les chevanx des dragons ennemis. Le général Cope fut obligé de fuir lui quinzième. La nation murmnra contre lui : on l'accusa devant une cour martiale de n'avoir pas pris assez de mesures; mais il fut justifié, et il demeura constant que les véritables raisons qui avaient décidé de la bataille étaient la présence d'un prince qui inspirait à son parti une confiance audacieuse, et sur-tout cette manière nouvelle d'attaquer qui étonna les Anglais. C'est un avantage qui réussit presque toujours les premières fois , et que peut-être ceux qui commandent les armées ne songent pas assez à se procurer.
Le prince Edouard dans cette journée ne perdit pas soixante hommes. Il ne fut embarrassé dans sa victoire que de ses prisonniers ; leur nombre était presque éj.;al à celui des vainqueurs. Il n'avait point de places fortes; ainsi , ne pouvant garder ses prisonniers, il les renvoya sur leur parole, après les avoir fait jurer de ne point porter les armes contre lui d'une année : il garda seulement les blessés pour en avoir soin. Cette magnanimité devait lui faire de nouveaux partisans.
Peu de jours après cette victoire un vaisseau français et un espagnol abordèrent heureusement
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sur les côtes , et y apportèrent de l'argent et de nouvelles espérances : il v avait sur ces vaisseaux des officiers irlandais qui, ayant servi en France et en Espagne, étaient capables de discipliner ses troupes. Le vaisseau français lui amena , le 1 1 octobre , au port de Mont-ross, un envoyé secret du roi de France qui débarqua de l argent et de* armes. Le prince, retourné dans Edimbouig , vit bientôt après augmenter sou armée jusqu'à près de six mille bommes : l'ordre s'iutrodui>ait ùa:;s ses troupes et dans ses affaires ; il avait une cour,, des officiers, des secrétaires d'état : on lui fournissait de largent de plus de trente milles à la ronde. Nul ennemi ce paraissait ; mais il lui fallait le château d'Edimbourg , seule place véritablement forte qui puisse servir dans le besoin de magasin et de retraite , et tenir en respect la capitale. Le château d'Edimbuuig est bâti sur un roc escarpé ; il a un large fossé taillé dans le roc* et des mur.ulles de douze pieds d'épaisseur. La place , quoiqu'irréguliere, exige un siège régulier, et sur-tout du gros ciinon. Lepiince n'en avait point : il se vit obligé de permettre à la ville de faire avec le commandant Ouest un accord, par lequel la ville fournirait des vivres au château et le château ne tirerait point sur elle.
Ce contre-temps ne parut pas déranger ses aff.ures La. cour de Londres le craignait beaucoup, puisqu'elle cherchait à le rendre odieux dans l'esprit des peuples: elle lui reprochait d'être né catholique romain, et devenir bouleverser la religion et les lois du pays; il ne cessait de protester qu'il respecterait la religion et les lois, et que les angli-
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cans et les presbytériens n'auraient pas plus à craindre de lui, quoique né catholique, que du roi George né luthérien : on ne voyait dans sa cour aucun prêtre ; il n'exigeait pas même que dans les paroisses on le nom niât dans les prières, et il se contentait qu'on priât en général pour le roi et la famille royale sans désigner personne.
Le roi d'Angleterre était revenu en hâte, le 1 1 septembre , pour s'opposer aux progrès de la révolution : la perte de la bataille de Preston-pans l'alarma au point qu'il ne se crut pas assez fort pour résister avec les milices anglaises. Plusieurs seigneurs levaient des régiments de milices à leurs dépens en sa faveur, et le parti "Wigb sur-tout , qui est le dominant en Angleterre, prenait à cœur la conservation du gouvernement qu'il avait établi, et de la famille qu'il avait mise sur le trône; mais si le prince Edouard recevait de nouveaux secours et avait de nouveaux succès , ces milices mêmes pouvaient se tourner contre le roi George. Il exigea d'abord un nouveau serment des milices de la ville de Londres ; ce serment de fidélité portait ces propres mots: « .l'abhorre , je déteste ,- je rejette « comme un sentiment impie cette damnable docn trine , que des princes excommuniés par le pape « peuvent être déposés et assassines par leurs sujets -.< ou quelque autre que ce soit, etc.» Mais il ne s'agissait ni d'excommunication ui du pape dans cette affaire ; et quant à l'assassinat, ou ne pouvait guère en craindre d'autres que celui qui avait été solennellement proposé au prix de trente mille livre» sterling. On ordonna , .selon l'usage pratiqué dac s
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les temps de troubles depuis Guillaume III, à tous les prêtres catholiques de sortir de Londres et 4e son territoire. IMais ce n'était pas les prêtres catholiques qui étaient dangereux : cens de cet e religion ne composaient qu'une petite partie du peuple d'Angleterre : c'était la valeur du prince Edouard qui était réellement à redouter ; c'était l'intrépidité d'une armée victorieuse animée par des succès inespérés. Le roi George se crut obligé de faire revenir six mille hommes de* troupes de Flandre, et d'en demander encore six mille aux Hollandais, suivant les traités faits avec la république.
LesEtats-Généraux lui envoyèrent pn-cisément le» mêmes troupes qui, par la capitulation de Tournai et de Dendermonde , ne devaient servir de dix-huit mois : elles avaient promis de ne faire aucun service, « pas même dans les places les plus éloignées des frontières » ;et les États justifiaient cette infraction en disant que l'Angleterre n'était poiut place frontière : elles devaient mettre bas les armes devant les troupes de France ; mais on alléguait que ce n'était pas contre des Français qu'elles allaient combattre : elles ne devaient passer à aucun service étranger- et on répondait qu'en effet elles n'étaient point drius un service étranger, puisqu'elles étaient aux ordres et à la solde des États-Geneiaiix.
C'est par de telles distiuctions qu'on éludait la capitulation qui sein!. lait 1,, plu* précise , mais dans laquelle ou n'avait pas spécifié uu cas que personne n'avait pré va.
Quoiqu'il se passât abus d'autres grands événements, je suivrai celai de la ré volation d'Angle*
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terre, et l'ordre des matières sera préféré à Tordre des temps , qui n'en souffrira pas. Rien ne prouve ruicux les alarmes (jue l'excès des précautions. Je ne puis m'empècher de parler ici d'un artilice dont on se servit pour rendre la personne de Charles Edouard odieuse dans Londres : on rit imprimer unjourcaliniaginaire, dans lequel on comparait les événements rapportés dans les gazettes sous le gouvernement du roi George à ceux qu'on supposait sous la domination d'un prince catholiqne :
n A présent , disait-on , nos gazettes nous ap- « prennent, tantôt qu'on a porté à la banque les « trésors enlevés aux vaisseaux français et espagnols , « tantôt que nous avons rasé Porto-Bello , tantôt « que nous avons pris Louisbourg , et que nous « sommes maîtres du commerce. Voici ce que nos a gazettes diront sous la domination du prétendaut : « Aujourd'hui il a été proclamé dans les marchés de « Londres par des montagnards et par des moines. « Plusieurs maisons ont été brûlées , et plusieurs ci- « toyens massacrés.
« Le 4 ■> la maison du Sud et la maison des Indes « ont été changées eu cou-vents.
«< Le 20 , on a mis en prison six membres dupar- « lemeut.
« Le 26, on a cédé trois ports d'Angleterre aux « Français.
« Le 28, la loi habeas corpus a étéabolie , et on - a passé un nouvel acte pour brûler les hérétiques.
«Le 29, le P. Poignardini, jésuite italien, a m été nommé garde du sceau privé. »
Cependant on suspendait en effet, le 28 octobre,
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là loi habeaA corpus, (Test are loi regardée comme fondamentale en Augleteire et comme le boulevard de la liberté de la ualion: par cette loi le roi ne peut fane emprisonner aucun citoyen sans qu'il soit interrogé dans les viugl-quatre heures , et relâché sous caution jusqu'à ce que son procès lui soit fait: ou s'il a été arrêté injustement, le secrétaire d'état doit être condamne à lui payer chèrement chaque heure.
Le roi n'a pas le droit de faire arièîer un membre du parlement . sous quelque prétexte que ce puisse être, sans le consentement delà chambre. Le paiement, dans les temps de rébellion, suspend toujours ces lois par un acte particulier pour un certain temps, et donne pouvoir au roi de s'assurer, pendant ce temps seulement, des personnes suspectes. Il n'y eut aueunmembre des dt-uvchanibres qui donnât sef lui la moindre prise : quelques uns cependant étaient soupçonnes par la voix publique d'être jacobites , et il y avait des citoyens dans Londres^qui étaient sourdement de ce parti; mais aucun ue voulait hasarder sa îortune et sa vie sur des espérances iucertaincs : la défiance et i "inquiétude tenaient en suspens tous les esprits ; on craignait de se parler. C est un crime eu ce pays d- bi irr à la -aute d'un prince proscrit qui dispute la couronne, comiueautrefoisà Rome c'en était nu, sous un empereur régnant , d'avoir chez soi la statue de son compétiteur. On buvait à Londres à la s.uit<du roi et du prince, ce qui pouvait aussi bien signifier le roi Jacques et s-.ulils, le prince Charles Edouard, que le roi George et son fila
prince de Galles. Les partisans secrets de la révolution se contentaient de faire imprimer des écrits tellement mesurés, que le parti pouvait aisément les entendre , sans que le gouvernement pût les condamner. On en distingua beaucoup de cetteespece; un entre autres par lequel on avertissait « qu'il y « avait uu jeune homme de grande espérance qni « était prêt à faire une fortune considérable; qu'en «< peu de temps il s'était fait plus de vingt mille « livres de rente, mais qu'il avait besoin d'amis « pour s'établir à Londres ». La liberté d'imprimer est un des privilèges dont les Anglais sont le plus jaloux : la loi ne permet pas d'attronper le peuple et de le haranguer , mais elle permet de parler par écrit à la nation entière. Le gouvernement fit visiter toutes les imprimeries ; mais n'ayant le droit d'en. faire fermer aucune sans un délit constaté , il les laissa subsister toutes.
La fermentation commença à se manifester dans Londres quand on apprit que le prince Edouard s'était avancé jusqu'à Cariile , et qu'il s'était rendu maître de la ville; que ses forces augmentaient, et qu'enfin il était à Derbi dans l'Angleterre même, à trente lieues de Londres : alors il eut pour la première fois des Anglais nationaux dans ses troupes; trois cents hommes du comté de Lancastre priteut parti dans son régiment de Manchester. La renommée , qui grossit tout , faisait son armée forte de trente mille hommes ; on disait que tout le comté de Lancastre s'était déclaré. Les boutiques et la banque furent fermées un jour à Londres.