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d'embarcation exercées, depuis Ion g-temps, à ce dernier genre de manœuvre. Les flottes combinées de France, d'Espagne et de Hollande devaient protéger la marche de cette grande expédition , bien plus formidable que l'invincible Armada 3 qui avait autrefois inspiré tant de terreurs à l'Angleterre. On n'attendait plus que la saison et des vents favorables pour donner le signal du départ , et sans doute c'eût été celui de la ruine de l'Angleterre, lorsque l'Empereur apprit tout-à-coup la nouvelle que ses frontières du Rhin étaient menacées , et qu'il devenait instant de voler y porter des secours. L'or corrupteur de l'Angleterre , bien plus puissant que ses armées, venait de détourner la foudre prête à éclater, et arrachait aux guerriers français une proie qu'ils regardaient comme assurée. Oh! malheur, trois fois malheur à l'imprudent ennemi qui vient d'exciter la fureur de la Grande- Armée en la forçant de quitter ce rivage d'où elle allait s'élancer pour punir la nouvelle Carthage !
L'attitude hostile et menaçante de la France depuis deux ans, les préparatifs de tout genre réunis à Boulogne , l'étonnante activité qui régnait dans tous les ports, et cette subite explosion de la haine des Français qui les portait à tout sacrifier pour la satisfaire, avaient répandu dans toute l'Angleterre une consternation pro fonde et générale. Vainement Pitt, interpelé dans la chambre des communes comme étant l'auteur
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de celte grande calamité , avait répondu : « Eh î bien de même que les Athéniens, nous monterons sur nos vaisseaux , et comme eux , nous nous mettrons sous la protection des tempêtes. » L'énergique expression du ministre n'avait fait qu'accroître la terreur universelle en prouvant que le danger était réel. Ces iiers insulaires reconnaissaient enfin qu'il étoit au pouvoir des Français de les soumettre, et le subit effroi qui les avait tous saisis est la démonstration la plus frappante de Ja grandeur de la France à cette époque.
En effet, les mesures adoptées par Napoléon pour assurer la descente, étaient si bien calculées que les Anglais, connus par leur patriotisme, désespéraient tous de pouvoir se défendre. Ils avaient vaincu nosflottes, mais sur terre ils avaient toujours trouvé les Français invincibles. Quel héros opposeraient-ils à celui de la France? Serait-ce le duc d'Yorck? Chassé deux fois honteusement de la Belgique et de la Hollande, il avait appris au monde que les races royales enfantent rarement des grands hommes. Sur quels points, d'ailleurs, la nation en masse se porterait-elle pour s'opposer au débarquement! Les Français pouvaient aborder de toutes parts, et l'obligation de disséminer les moyens de résistance affaiblissait encore les forces de cette nation, obligée enfin de trembler dans son île. Leurs vaisseaux sans doute étaient libres encore sur l'Océan.
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Mais ils devaient faire face à la flotte combinée de France , d'Espagne et de Hollande. L'impossibilité de manœuvrer avec avantage contre de frêles esquifs , qui pouvaient braver leur mitraille en passant près d'eux sans être aperçus, jetait les Anglais dans tous les excès d'un stupide désespoir, et, se souvenant des temps héroïques de Guillaume ie Conquérant, ils semblaient d'avance résignés à subir le joug.
Un seul homme veillait pour eux. Pitt, que la nature avait doué d'un génie aussi astucieux qu'indomptable, s'était lui-même convaincu que si la descente était tentée elle tournerait à la honte et à la ruine de son pays. Il connaissait trop bien sa nation et la valeur des Français pour douter un instant de la défaite de la première , si les derniers mettaient une fois le pied sur le s.fl britannique. Ce n'est dont point dans la force des armes que l'irréconciliable ennemi de la France avait cherché les moyens d'éloigner d'Albion le torrent prêt à la dévaster. N'a-t-ilpas déjà connu la puissance inépuisable de l'or ? N'est-ce pas avec l'orque ce ministre corrupteur a déjà suscité contre la France tous les Etats de l'Europe et causé la perte de trois millions d'hommes , égorgés dans les plaines de l'Allemagne, de l'Italie et de l'Egypte, pour rendre éternelle la lutte entre la France et l'Angleterre: N'est-ce pas avec l'or qu'il a enlevé à l'Empereui son fidèle allié du nord , Paul I" ? Et quand la
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France vient enfin de reprendre son rang parmi les nations , les guinées d'Albion seront- elles épargnées pour la replonger dans l'anarchie? Non : des machines infernales seront inventées. Des conspirations seront ourdies contre le chef de la France, et si ces moyens vulgaires de la politique anglaise ne réussissent pas, l'or, ce métal vainqueur, l'or coulera encore à flots, rompra les liens sacrés de la paix et déchaînera une troisième fois l'Europe contre l'ennemi de l'Angleterre.
Les agens de Pitt se sont répandus dans les diverses cours souveraines. Ils soufflent le feu de la haine ', ils avivent les ressentimens naturels à des vaincus ; ils promettent d'ouvrir tous les trésors de l'Angleterre, et les rois pourront y puiser à loisir s'ils veulent armer encore contre la France et envahir les provinces que des traités solennels lui assurent.
Incroyable pouvoir de l'or ! Des souverains qui avaient le plus grand intérêt à rester en paix avec la France, des souverains qui auraient du se joindre a elle pour affranchir les mers de la tyrannie anglaise , ont prêté une oreille favorable aux promesses fallacieuses du ministre britannique. Ils jurent de devenir les vengeurs d'Albion. Ils ne rougissent point de faire un honteux trafic de la vie de leurs sujets : ils s'unissent enfin par une troisième coalition contre la France, et le sang des peuples, échangé pour un vil métal,
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couler encore pour une cause et pour une querelle qui leur sont étrangères.
L'Autriche tant de fois vaincue par les héros français, la Russie qui n'aurait point dû oublier si vite ses désastres dans la Suisse , ont répondu les premières à l'appel du ministre anglais. François et Alexandre, si propres par leurs vertus à faire le bonheur de leurs peuples, se sont mis à la solde d'une nation de marchands, et, Semblables aux aventuriers qu'elle entretient dans l'Inde, vont courir pour elle la chance hazardeuse des combats. Plus imprudent encore le roi de Prusse remet à un autre temps les secours dont il donne aussi l'espérance. Aveuglé par sa jalousie contre l'Empereur d'Allemagne, il veut avant tout consulter les événemens, et attendre, pour se déclarer, que son rival ait succombé dans la lutte. L'insensé! il ne voit pas qu'il prépare ainsi lui-même sa ruine, et qu'une union franche avec les puissances qui en faisaient déjà partie pouvait seule sauver la coalition.
Mais, peu importe à l'Angleterre que la coalition soit vaincue. Elle a payé d'avance le sang des soldats, n'est-elle pas exempte de reconnaissance? L'intéressant pour elle c'est d'éloigner des côtes de la Manche cette formidable armée française dont les cris redoublés l'Angleterre ! L'Angleterre] retentissent jusqu'à ses rivages, et lui annoncent que l'heure de la vengeance a sonné. La Russie, qui doit soutenir l'Autriche comme
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auxiliaire, n'a pu encore rassembler ses bataillons du fond de ses déserts ! L'Angleterre attendrais elle ce puissant secours pour ouvrir l'arène des combats? Non, non, le temps presse : les Français favorisés par les vents peuvent d'un moment à l'autre se précipiter contre Albion. L'Autriche reçoit donc l'ordre de se mettre en mouvement. Ses armées seront battues, détruites. Mais le camp de Boulogne sera levé , l'Angleterre sauvée et le but de la coalition rempli.
Obligé d'obéir, afin de toucher les subsides qui lui sont promis, l'Empereur d'Allemagne, sans déclaration de guerre préalable , avait donc foulé aux pieds le dernier traité de Lunéville, et mis en campagne deux armées nombreuses , l'une destinée à envahir la Bavière, alliée delà France, et l'autre à s'avancer sur le Rhin à travers la Souabe et les défilés de la Forêt-Noire (1). De futiles avantages sont d'abord le fruit de cette violation impie des traités les plus solennels. Attaquée à l'improviste, et sans avoir eu le temps de faire aucuns préparatifs de défense, la Bavière avait été conquise en quelques jours, et l'Empe-
(i) Une troisième armée devait attaquer les possessions françaises en Italie. Mais les opérations sur ce point du théâtre de la guerre sortant de notre sujet, nous n'en parlerons pas. Nous dirons seulement par avance que , pendant que l'empereur écrasait les Autrichiens à Ulm et à Austerlitz , le maréchal Masséna, qui commandait en Italie, forçait le prince Charles à se réfugier dans le Tyrol.
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reur François s'était empressé de faire une entrée triomphale dans Munich, capitale de l'électeur. En même temps l'armée de Souabe s'était avancée sur le Rhin, et s'étendait déjà jusqu'au lac de Constance. Dans leur aveuglément les Autrichiens ont déjà rêvé l'envahissement de la France. Mais le sommeil du lion avait cessé, et aussi rapide que la foudre, Napoléon allait s'élancer et changer en noirs cyprès les faciles lauriers que son nouvel ennemi venait de moissonner.
A la première nouvelle de la levée de bouclier de l'Empereur François, et de l'envahissement de la Bavière, Napoléon avait fait un appel à ses braves , et l'ordre de s'avancer contre l'Autriche avait été donné à toutes les troupes qui composaient le camp de Boulogne : déjà elles se sont élancées.... Que ne pouvons nous peindre dignement la marche triomphale de cette armée à travers les provinces de la France ! Nous dirons seulement qu'elle fut un prodige d'ordre et de célérité. Les guerriers français avaient la profonde conviction de leur force, le pressentiment ou plutôt la certitude de la victoire; il couraient donc avec enthousiasme au devant des légions de l'Autriche, et juraient entre eux de les détruire afin de revenir promptement occuper le camp de Boulogne , et tirer enfin une vengeance éclatante de toutes les perfidies de l'Angleterre.
L'armée française se trouva en ligne de l'autre
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côté du Rhin, le 2.5 septembre i8o5. Le 6 octobre elle avait poussé des reconnaissances jusque sur le Danube. Nous faisons attention aux dates parce qu'elles peuvent seules exprimer la rapidité des manœuvres et les merveilles d'une campagne qui ne fut qu'un enchaînement continuel de victoires. L'armée de Souabe, aux ordres du général Mack, dont le nom semble rappeler aussitôt tout ce que la guerre a eu de plus ridicule et de plus insensé (1), opérait elle-même son mouvement sur le Haut-Rhin. Son commandant en chef s'étonnait de la facilité avec laquelle on le laissait pénétrer jusqu'à New- Brissach, et son orgueil, si prompt à s'exalter, souriait déjà à l'espoir de passer le Rhin que de faibles patrouilles lui paraissaient seules défendre. Mais Mack ne connaissait point encore la tactique de son rival. Napoléon, au lieu d'attaquer de front la ligne des deux armées autrichiennes s'était jeté entre elles deux pour les couper, et des succès inouïs allaient être le résultat de cette manœuvre hardie.
Parvenu à la hauteur du Danube, l'Empereur Napoléon fait sur-le-champ filer ses colonnes sur
(i) Tout le monde sait de quelle manière il termina l'expédition du roi de Naples contre la république romaine, en 1798. Il avait promis de chasser les Français d'Italie, et en moins d'un mois, Charopionnet , avec vingt mille hommes, avait forcé ce fier chevalier de la reine Caroline et ses quatre-vingt mille cembattans à mettre bas les armes, et à capituler.
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les derrières du général Mack. La vue des premières avant-gardes françaises produisit sur celnici l'effet de la tête de Méduse; et quand déjà il fallait combattre, il perdait un temps précieux dans de vaines et inutiles hésitations. Une victoire remportée le 7 octobre à Donawert, par le maréchal Soult sur le prince de Gollorédo, vient encore augmenter son effroi et son embarras en lui révélant toute l'étendue de ses dangers. Déjà la cavalerie française , aux ordres du prince Murât, a passé le Lech, et s'avance pour couper la route d'Uim à Ausbourg. Mack ne commence à comprendre que l'intention de son ennemi est de tourner son année, et de la tenir enveloppée , que lorsque déjà toutes les mesures sont prises pour obtenir ce grand résultat. Mais de quelle manière se tirera-t-il du labyrinthe où lui-même s'est enlacé? Vainement il s'efforce de rompre le cercle formé autour de lui. Des troupes et des généraux soldés par l'Angleterre pourraient-ils donc repousser les colonnes nationales de la France, animées du plus brûlant patriotisme? Les combats de Wertengen et de Gunzbourg où commandait en personne le prince Ferdinand , frère de l'Empereur d'Allemagne , firent enfin perdre au général Mack l'espérance de rétablir ses communications avec l'armée de Bavière.
Un seul moyen de salut lui restait encore : c'était de concentrer son armée, et de livrer bataille. Mack rappela toutes ses colonnes, et les
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établit à Ulm et à Memtningen , villes fortes, et qui lui donnaient tous les moyens d'une bonne défensive. Mais Napoléon était trop sûr de ses dispositions pour accepter une bataille où le sang français aurait coulé inutilement. Les divisions de la grande armée avaient suivi le mouvement du général Mack, et resserré le cercle fatal dans lequel il se trouvait enfermé. Le maréchal Soult, qui s'était porté par une marche rapide sur Memmingen , força, le 1 1 octobre, le corps qui s'y était établi à mettre bas les armes. Une attaque, dirigée le lendemain par Mack en personne, est repoussée avec perte par la division du général Dupont. Un esprit de vertige commence à se répandre parmi les généraux et les soldats. Les Autrichiens parlent déjà de se rendre.
Cependant l'Empereur Napoléon était lui-même arrivé devant Ulm, et sa présence allait encore activer les opérations. Pour achever l'investissement tl'Ulin, il fallait s'emparer du pontet de la position d'Elchingen. C'était le dernier débouché qui restât au général Mack. Toutes ses troupes furent employéesàledéfendre.Effortsimpuissans! vaincs tentatives d'un général déjà vaincu par l'opinion de ses soldats î Le 14 octobre , l'intrépide maréchal Ney enleva à la baïonnette le pont et la position d'Elchingen , dont bientôt il devait porter le nom glorieux avec le titre de duc. Les Français, enivrés par ce dernier succès, demandaient à grands cris qu'on les menât à l'assaut, et promettaient
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de s'emparer d'Ulm le jour même. Mais l'Empereur, qui avait placé le général Mack dans une situation semblable à celle du général Mêlas après l'immortelle journée de Marengo, voulait obtenir un résultat pareil , et épargner le sang de ses soldats. 11 fît donc proposer une capitulation au général Mack, qui l'accepta le 17 octobre : trentetrois mille hommes , qui restaient encore à Ulm , mirent bas les armes, et se rendirent prisonniers. Le même jour, Murât, qui s'était mis à la poursuite du prince Ferdinand, sorti d'Ulm le 14, pendant le combat d'Elchingen , forçaitle générai YVerneck à mettre également bas les armes avec tout son corps et cinquante pièces de canon. Ainsi j par la rapidité et l'excellence de ses manœuvres, l'Empereur avait détruit en douze jours l'armée de Souabe toute entière. Le 19 octobre, trente mille Autrichiens faits prisonniers aux combats de Wertingen , Gunzbourg , Memmingen, Elchingen , Nordlingen , etc , trente-trois mille renfermés dans Ulm avec Mack, trenteneuf généraux, dont onze feld-maréchaux, dixhuit généraux majors, deux mille officiers de touy grades, deux cents pièces de canon, quarante drapeaux , défilèrent devant l'empereur à son quartier*général d'Elchingen, et furent aussitôt dirigés sur la France (1). Quelle campagne eût
(1) Napoléon interpella les généraux autrichiens, et leur reprocha noHsicent la conduite perfide de leur gouvernement
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jamais un début aussi brillant, et des résultats
aussi positifs?
Pendant ce temps, les deux armées françaises de Hanovre et de Hollande, réunies , sous les ordres du prince de Ponte- Corvo , Bernadotte , aux troupes bavaroises commandées par le prince de "VVrede, avaient elles-mêmes chassé devant elles les troupes autrichiennes, et les avaient forcées d'évacuer la Bavière. Bernadotte était entré le 12. octobre à Munich, que le général Kienmayer avait vainement voulu défendre , et avait rappelé l'électeur dans sa capitale, tandis que lui-même se portait à la poursuite des Autrichiens. L'Empereur se rendit à Munich le q.5 octobre, assura l'électeur de sa puissante protection, et lui promit de châtier si bien l'Autriche, que de longtemps elle ne seraittentée de l'attaquer. Napoléon, voulant récompenser les braves qui avaient si bien fait leur devoir, rendit un décret portant que le mois qui venait de s'écouler compterait pour une campagne à tous les soldats qui composaient la grande armée.
L'Autriche était vaincue, et sans doute elle aurait imploré la clémence de son vainqueur, si, retenue dans les liens de la coalition, elle n'eût pas
à l'égard de la France. Mack, l'un des principaux fauteurs de cetle guerre désastreuse, voulait excuser son souverain en prétendant que l'empereur de Russie l'avait forcé à prendre les armes. En ce cas, lui dit Napoléon avec dédain, vous n'êtes donc plus une puissance?
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été forcée de demeurer dans l'arène par l'arrivée des troupes de la Russie. Alexandre , qui avait succédé à Paul Ier, était alors à la fleur de l'âge; il ambitionnait la gloire , ce noble patrimoine des souverains, et pour la mériter, il conduisait lui-même son armée, se flattant, pour son coup d'essai, de vaincre celui qui avait vaincu toute l'Europe. Les Russes s'étaient avancés jusque sur l'Iser , dans le temps même que Napoléon était à Munich. Les colonnes françaises avaient aussitôt volé à sa rencontre. Les Russes n'avaient pas mieux réussi que les Autrichiens à arrêter les Français. L'Iser et l'Inn furent franchis presque sans obstacles. Défaits à Braunau, où. ils avaient rallié les débris de l'Autriche, ils se réfugièrent à Vienne, où, leur présence précipitée et les excès auxquels ils se livrèrent répandirent la terreur et l'effroi. L'Empereur d'Autriche, épouvanté de tant de revers, avait déjà évacué cette capitale, et fut bientôt suivi par les Russes, qui , à la vue des avant- gardes françaises, se replièrent sur le gros de leurs forces à la rive gauche du Danube. Le général français Sébastiani prit possession de Vienne le 9 novembre, et l'empereur Napoléon y fit son entrée le i3. Ainsi ce que Moreau n'avait point osé tenter après la célèbre victoire de Hohenlinden , Napoléon l'obtenait sans même avoir livré de bataille. L'Empereur établit son quartier- général au palais de Schœnbrunn, que venait d'évacuer avec ses sœurs cette jeune
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archiduchesse qui devait un jour être son épouse , et faire à la fois son bonheur et l'orgueil de la France.
La conquête de Vienne fut comme le signal des opérations les plus importantes. A la voix de Napoléon toutes les divisions françaises se précipitent dans la Moravie. C'est en vain que les Russes et les Autrichiens, retranchés sur les bords du Danube, veulent s'opposer à la marche de la Grande-Armée. Le maréchal Mortier leur passe sur le ventre , fait de leurs bataillons un horrible carnage à Diernstein ; et tandis qu'il vole à leur poursuite, d'-autres corps passent le Danube sur le pont de Vienne pour les déborder par la droite, et le prince de Ponte-Corvo manœuvrait pour les tourner par la gauche. Bientôt les Russes vont partager l'embarras du général Mack. Napoléon , de son quartier- général de Schœnbrunn, imprimait le mouvement de son génie à ses colonnes, et celles-ci savaient si bien lui obéir , que le gros de l'armée russe , enveloppé de toutes parts , ne trouva d'autres moyens de salut que dans la perfidie. Le baron de Wintzingerode, aide-de-camp de l'Empereur de Russie, se présenta aux avantpostes du prince Murât, et demanda à capituler. Pendant que celui-ci était à parlementer, les Russes travaillaient à opérer leur retraite; trop de bonne foi faillit ainsi devenir fatale à l'armée française. Mais Murât ne tarda pas à tirer une vengeance terrible de cet abus de confiance»
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L'arrière- garde ennemie atteinte et attaquée à Zuntersdorff le 16 novembre , fut culbutée et taillée en pièces. Le corps ennemi tout entier, enveloppé par le prince Murât, eut été détruit, si l'Empereur Napoléon, qui était accouru aux avant-postes , apprenant que l'Empereur d'Autriche était à Brùnn, n'eût pas ralenti la poursuite de ses troupes, afin d'épargner au monarque autrichien l'humiliation d'être l'ait son prisonnier. Une modération si généreuse sauva cette fois l'armée russe, en lui donnant la facilité de se rallier aux renforts que l'Empereur Alexandre faisait venir à marches forcées. Mais en même temps elle préparait le plus beau triomphe qu'eût encore obtenu l'armée française, le triomphe immortel d'Austeriitz.
Les forces combinées des Empereurs de Russie et d'Autriche avaient pris la modération de Napoléon pour de la faiblesse. Cette illusion de leur orgueil avait tout-à-coup fait succéder la plus grande confiance à la terreur qui les agitait. Elles s'étaient arrêtées à Wischau , et avaient occupé des positions formidables , où la victoire eût pu en effet être longtemps disputée , si trop de présomption ne leur eût pas fait perdre cet avantage. Résolu de céder enfin aux vœux de tous ses soldats, et de livrer bataille, Napoléon avait suivile mouvement des Austro-Russes. Mais à la vue des positions redoutables qui leur servaient d'appui, il sentit que la victoire serait trop chè-
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renient achetée (1), et profitant de la présomptueuse confiance de ses ennemis, il s'appliqua à leur donner le change sur ses intentions, et s'étudia à leur persuader qu'il évitait le combat, afin de les engager à le poursuivre, et par conséquent à quitter les hauteurs de Wiscliau pour descendre dans la plaine. Napoléon pressent déjà la victoire s'il peut les attirer dans le piège, et toutes ses mesures sont prises pour réussir.
Savary, l'un de ses aides-de-camp , se rend par son ordre auprès d'Alexandre, et fait à celui-ci, de la part de son maître, la proposition de terminer la guerre par les négociations, au lieu de la finir par les armes. En même temps que Savary se rendait au camp des Austro-Russes, l'armée française faisait, avec toutes les apparences de la crainte, un mouvement rétrograde de trois lieues, et venait s'établir à droite et à gauche de Briinn. La retraite des Français , et la démarche de Savary ont répandu une espèce de délire dans l'armée ennemie. Tous ces jeunes courtisans qui entouraient Alexandre s'efforcent à l'envie de lui persuader qu'à lui seul est réservée la gloire de vaincre le premier capitaine du siècle : Ordonnez , Sire } disaient ces esprits aveuglés, ordonnez à vos braves troupes d'avancer, et l'armée
( i ) L'empereur dit dans cette occasion à ses aides-de-camp : Si les ennemis attendent que je les aille déposter sur ces hauteurs , ils m'attendront longtemps.
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française , déjà en fuite , tombera, toute entière en votre pouvoir. C'est "vainement que quelques -vieux généraux autrichiens, qui déjà avaient fait la guerre contre Napoléon dans les deux campagnes d'Italie, veulent représenter à Alexandre que ce n'est pas avec cette précipitation qu'il faut attaquer une armée composée de l'élite des soldats de l'Europe ; c'est vainement qu'ils disent avoir vu souvent l'Empereur des Français, réduit à une poignée de monde, ressaisir la victoire par des opérations rapides et imprévues , et anéantir les armées les plus nombreuses : Alexandre , enivré par les flatteries de ses courtisans, et savourant par avance toutes les douceurs de la victoire, ne voulut pas voir que l'armée française, n'ayant encore éprouvé aucune perte, était réellement dans toute sa force. Il donna l'ordre de poursuivre, et les colonnes russes quittèrent leurs positions de Wischau, et s'avancèrent dans la plaine.
C'était le premier décembre au soir, la veilie de l'anniversaire du couronnement de l'Empereur des Français. En voyant du haut de son bivouac l'armée russe s'ébranler, et abandonner les hauteurs de Wischau pour se diriger du côté de Erunn, Napoléon ne put retenir sa joie, il s'écria : Demain au soir toute cette brillante armée sera à nous. Dans cette grande circonstance , l'Empereur voulut s'assurer des bonnes dispositions de ses troupes, et s'avança pour visiter à
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pied et incognito tous ses bivouacs ; mais à peine eût-il fait quelques pas, qu'il fut reconnu. Comment peindre l'enthousiasme des soldats en le voyant? Dans le même moment, et comme par un mouvement électrique, des fanaux de paille enflammée furent placés au bout des baïonnetes, et, à la lueur de ce feu de joie inusité, Napoléon se vit salué par les acclamations universelles de quatre- vingt mille soldats qui se présentèrent sur leur front de bandière. Au milieu de l'allégresse générale , un vieux grenadier s'approche de l'Empereur, et lui dit : Sire , tu n'auras pas besoin de t' exposer. Je te promets , au nom des grenadiers de L' armée , que tu n auras à combattre que des yeux , et que demain nous t'amènerons les canons et les drapeaux de l' armée russe pour célébrer £ anniversaire de ton couronnement. Attendri d'une scène aussi touchante, ému d'une fête d'un genre aussi neuf, l'Empereur s'écria en rentrant dans une cabane de paille , sans toit, qui lui servait de bivouac : Voilà la plus belle soirée de ma vie ; mais je regrette de penser que je perdrai bon nombre de ces braves gens. L'exaltation de l'armée se continua pendant toute la nuit. Les cris de vive l'Empereurl vive Napoléon! retentissaient dans l'ombre , et répétés par les échos , devaient apprendre à l'ennemi que de tels soldats étaient loin de vouloir abandonner la victoire.
Enfin le 2 décembre parut. Le soleil d'Austcr-
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litz, ce soleil qui devait, 7 ans plus tard, éclairer un de nos plus beaux triomphes (1) , se leva radieux et parut vouloir assister lui-même au grand et majestueux spectacle que la fortune et la valeur allaient donner au monde. Napoléon voulut visiter encore ses soldats; il passa rapidement sur le front de la ligne ; adressa la parole à presque tous ses régimens, et dit à plusieurs: Soldats ! souvenez-vous que cette bataille doit être une bataille de géans. Il faut jînir cette cette campagne par un coup de tonnerre qui confonde l'orgueil de nos ennemis et apprenne enfin au monde que nous n avons point de rivaux. Il dit, et les chapeaux au bout des baïonnettes et les cris mille fois répétés de vive C Empereur] deviennent le signal du combat. La victoire la plus complète ne devait-elle pas être la suite de tant de dévouement ?
Le tonnerre de l'artillerie des deux partis se faisait entendre avec un fracas épouvantable. La
(1) Allusion à la glorieuse bataille de la Moskowa, livrée le 7 septembre 1812. Il avait fait la veille un temps trèssombre ; mais le jour de la bataille , dès six heures du matin , le temps devint clair et froid. A la vue du soleil qui se levait sur l'horizon, Napoléon dit aux maréchaux, avec cet air prophétique qui lui était propre : C'est le soleil d' Austerlitz ! Quelle batail'e en effet pouvait mieux être comparée à Austerlitz que celle livrée sur les bords de la Moskowa? O Ropstopchin , sans ton fanatisme infernal qui sembla aveugler les Français, la gloire de la Moskowa eût peut-être effacé celle d Austerlitz!
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foudre éclatait de tous cotés, et la mort, avec son hideux cortège, planait au loin sur le champ de bataille. Mais les braves ne redoutent point la mort, et l'excès de leur valeur dissimule à leurs •yeux ce qu'elle a de repoussant. Que ne pouvons nous citer tous les traits de courage et d'intrépidité qui firent de la journée d'Austerlitz le plus beau jour de gloire de l'armée française ! Que ne pouvons nous dépeindre ici, avec les couleurs de la poésie, ces charges brillantes de cavalerie qui foule et renverse les bataillons sur son passage , et ces invincibles grenadiers affrontant mille fois le trépas, s'avançant, l'arme au bras, à travers le carnage, avec autant de sang-froid qu'ils manœuvraient, naguèie encore, dans les pompeuses parades des Tuileries! Voyez-les s'acquitant de la promesse qu'ils ont faite à leur Empereur, attaquant à la baïonnette ces terribles batteries russes , espoir de l'armée ennemie , et qu'Alexandre croyait inabordables. Ils sont à la France les canons de l'Autriche et de la Russie! Les grenadiers de la Grande Armée ont massacré leurs défenseurs, et déjà le bronze destructeur., noble conquête de la bravoure, vomit la mort sur les ennemis de la patrie, et bientôt transporté triomphalement dans la capitale, il s'élèvera en colonne d'honneur dans les airs, et deviendra, pour les siècles futurs, un monument impérissable de la gloire de la grande nation (1).
(1) Colonne de la grande armée, sur la place Vendôme.
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L'engagement durait depuis sept heures environ. Quatre-vingt mille français avaient combattu contre cent trente mille Austro-Russes, et déjà les premiers faisaient entendre les cris de la victoire, d'une victoire d'autant plus honorable que l'ennemi s'était conduit d'une manière glorieuse , et avait montré une valeur que des Français seuls pouvaient surpasser. A trois heures après rnidi, la plaine immense d'Austerlitz ne présentait plus qu'un épouvantable champ de carnage où les Français manœuvraient seuls encore au milieu des morts et des mourans (1). L'armée ennemie toute entière était ou détruite ou en pleine déroute. Toute son artillerie était tombée au pouvoir des vainqueurs. Cependant un corps de vingt mille Russes, cernés de toutes parts sur
(1) C'était presque tous des Russes, car par la manière dont l'Empereur avait placé son artillerie , les Français combattaient protégés par elle. Cependant plusieurs généraux furent blessés. Le brave général Valbubert était de ce nombre : ses soldats, lui voyant la cuisse emportée par un boulet, voulaient l'enlever du champ de bataille : Souvenez-vous de l'ordre. du jour , leur dit-il d'une voix de tonnerre ; serrez vos rangs : si vous êtes vainqueurs on me relèvera après la bataille * si vous êtes vaincus , je n'attache plus de prix à la vie. Valhubert est mort depuis de ses blessures.
Le général Thiébault , aussi dangereusement blessé, était transporté par quatre prisonniers russes. Six Français , qui se rendaient eux-mêmes à l'ambulance, l'aperçoivent, chassent les Russes, et saisissent le brancard , en disant : C'est à nous seuls qu'appartient l'honneur déporter un général français blessé.
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les lacs glacés, où ils s'étaient réfugiés, opposaient encore une héroïque résistance. Napoléon leur fit proposer de se rendre. Vaincre ou mourir est leur réponse. L^Empereur ordonne alors à son artillerie de battre les lacs et d'en rompre la surface solide. Les boulets et les obus s'élancent; les elaces se partagent en longs éclats; presque tous les Ruses tombent engloutis dans ces abîmes, où victimes de leur dévouement ils trouvent une mort illustre, digne d'être enviée par des soldats français.
Aussitôt, et sans perdre de temps, les colonnes victorieuses se jettent à la poursuite des débris de l'armée vaincue. Les Autrichiens mettent presque tous bas les armes. Leur Empereur épouvanté demande à celui des Français une entrevue. Napoléon le reçut dans son bivouac (1) et lui accorda l'armistice qu'il était venu lui-même solliciter. Il fit plus : voulant prouver à Alexandre l'estime qu'il a conçue pour lui, il renvoie à ce monarque les grenadiers de la garde impériale russe et le prince de Repnin qui les commandait. Dites à mon frère Alexandre , ajoute -t-il au prince, en lui annonçant qu'il est libre, que je ne veux pas le priver d'aussi braves gens. Mémo-
(i) Je vous reçois dans le seul palais que j'habite depuis deux mois, dit Napoléon à l'empereur d'Autriche , en le faisant approcher du feu de son bivouac. Le monarque allemand lui répliqua en souriant : Fous tirez si bon parti de votre habitation, qu'elle doit vous plaire.
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rable exemple de modération qui eût fait de Napoléon le plus grand des hommes s'il avait eu soin de l'avoir toujours pour règle de sa conduite postérieure (1).
Mais l'Empereur des Français allait donner une preuve plus éclante encore de cette même modération. Toutes les colonnes de l'armée russe étaient coupées. Alexandre lui-même était comme prisonnier au milieu des divisions françaises. Napoléon n'avait qu'à dire un mot, et l'Empereur d# Russie enchaîné à son char de victoire aurait orné son triomphe. Cependant , sur la demande encore de l'Empereur d'Autriche, il arrête luimême l'élan de ses guerriers, il leur ordonne de laisser le passage libre., et Alexandre reçoit la
(1) Napoléon, premier consul, avait déjà fait une galanterie semblable au père d'Alexandre , Paul Ier. Dix mille hommes de la garde russe, qui avaient été faits prisonniers à la bataille de Zurich, en 17995 reçurent leur liberté d<;s mains de Bonaparte, et eurent ordre de se rendre en Russie pour y reprendre leur service auprès de leur maître. Paul Ier fut si enchanté de cet acte de générosité, qu'il ne crut pouvoir le payer qu'en offrant toute son amitié à celui qui s'en était montré capable. Cette liaison nouvelle devint fatale à l'Empereur de Russie. L'Angleterre, jalouse de l'intimité qui régnait entre B maparte et Paul Ier, et craignant déjà pour ses possessions des Indes, fit les plus grands saaiifices pour rompre cette alliance. Paul mournt assassiné 5 et les bruits les plus étranges ont couru en Europe au sujet de cet affreux régicide. L'histoire n'a pas encore éc'airci entièrement le mystère de cet attentat.
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permission de retourner dans ses États avec son armée, sous la seule condition qu'il rentrerait dans la Russie au bout d'un délai fixé d'avance.
Ainsi Napoléon avait eu raison de dire qu'il terminerait la campagne par un coup de tonnerre. Cette bataille, que les soldats français appelèrent la journée des trois Empereurs, que d'autres nommèrent la journée de L'Anniversaire et que Napoléon a lui-même désignée sous le nom &Aus~ terlitz avait mis deux Empereurs à sa discrétion et le rendait maître de l'Autriche. Il ne démentit point la modération dont il avait faitpreuve après sa victoire. La paix avec l'Autriche signée à Presbourg, le 2.6 décembre, et avec la Russie à Paris, le 2.8 juillet suivant, démontrèrent au monde que la France n'avait porté ses armes victorieuses en Allemagne que pour se défendre d'une injuste aggression., et non pour satisfaire une vaine manie de conquêtes.
Quel monarque, à la place d'Alexandre, n'aurait point été pénétré de reconnaissance pour l'Empereur des Français? Il avait dit au général Savary , chargé par Napoléon de lui annoncer qu'il pouvait se retirer en Russie : Dites à votre maître que je m'en vais , qu'il a fait hier des miracles } que cette journée a accru mon admiration pour lui , et qu'il Jaut à mon armée cent ans pour égaler la sienne. D'après un tel langage, qui ne se serait attendu que l'Empereur de Russie aurait cherché dans Napoléon un ami
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plutôt qu'un ennemi ? Cependant à peine eut-il échappé au danger de tomber entre les mains des Français qu'il sembla oublier la terrible leçon d'Austerlitz et s'abandonna de nouveau à toute l'influence du cabinet britannique. Un voyage, qu'il fit à Berlin , acheva de détruire en lui l'impression qu'avaient dû lui laisser et sa défaite et la conduite généreuse de Napoléon à son égard. Emportée par un esprit de vertige, la Prusse qui n'avait point voulu aider la coalition quand elle était dans toute sa force , paraissait disposée à ramasser le gand, depuis que les Empereurs d'Autriche et de Russie l'avaient abandonné. C'était encore PAngletterre qui prodiguait l'or pour entraîner dans cette extravagance une puissance qui avait dû ses dernières années de prospérité à son état de paix avec la France. A la tête du parti de la guerre, était la Reine, jeune princesse d'une beauté accomplie, et que la nature avait douée de toutes les grâces et de tous les talens ordinaires à son sexe. Le Roi de Prusse l'adorait, et la Reine s'était adroitement servie de son empire pourlui faire adopter son opinion, déjà embrassée, avec une espèce de fureur, par tous les jeunes gens du royaume. Quand Alexandre parut à la cour de Berlin, la jeune Reine voulut aussi le convertir et le distraire de son admiration pour le général Corse. C'est ainsi qu'elle appelait Napoléon. Que ne peut pas l'empire de la beauté, même sur les souverains! Alexandre, jeune, galant,
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passionné pour le beau sexe, ne put rien refuser à la belle Reine de Prusse, et promit de faire partie de la ligue, aussitôt que ses moyens militaires lui permettraient de rentrer en campagne. Il refusa en conséquence de ratifier le traité de paix conclu à Paris avec la France, le 28 juillet 1806, par son ambassadeur Oubril, et dès lors Napoléon dut s'attendre à la nécessité de tirer encore une lois l'épée. Les troupes françaises, qui avaient ordre d'évacuer l'Allemagne , reçurent au contraire celui de s'y maintenir.
On ne peut pas concevoir encore aujourd'hui comment la Prusse avait pu se décider à entreprendre une guerre contre la France, quand cette puissance venait, pour ainsi dire, de parvenir à son apogée de grandeur et d'illustration. Richedes trésors amassés par le grand Frédéric, riche de ceux que le gouvernement pusillanime de la France, en 1792, lui avait délivrés pour hâter sa retraite des plaines de la Champagne, riche enfin des bienfaits d'une paix qui durait depuis dix ans, quand lereste de l'Europe avait été livré à tous les ravages de la guerre, le Roi de Prusse avait-il donc besoin des su bsides de l'An gleterre, et pour les obten ir auraitil dû exposer son pays à toutes les suites d'une défaite inévitable? Quoiqu'il en soit, ce prince, entraîné par sa femme et par ses courtisans, plutôt que par sa propre conviction, avait organisé une armée de cent soixante mille hommes, don t les principaux généraux lui promettaient déjà l'hu*
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miliation de la France et le partage des provinces rhénanes à la proximité de ses Etats.
Le vieux duc de Brunswich , celui-là même qui avait échoué si complètement , en 1792, dans la première invasion de la France, était au nombre des partisans outrés de la guerre. Nommé généralissime de l'armée prusienne, il oubliait ses défaites et ne se souvenait que de sa présomption passée, et de cet orgueil qui distingua toujours les généraux formés à l'école du Grand Frédéric : il prétendait que rien n'était si facile que de chasser les Français d'Allemagne et parlait déjà de l'invasion de la France comme d'un événement que rien ne pouvait empêcher. Tous ces Prussiens, gagnés par l'Angleterre , étaient si pressés d'agir, que, non moins imprudens que l'Autriche, ils se mirent en campagne longtemps avant que leur allié, l'Empereur dePuissie, fût en mesure desoutenir leur mouvement offensif.
Le Roi de Prusse avait commencé par sommer les souverains de la Hesse et de la Saxe de faire cause commune avec lui s'ils ne voulaient pas attirer sur eux ses premières attaques. Les troupes de ces deux Etats avaient encore augmenté son armée. Agissant ensuite avec une hauteur bien, extraordinaire envers une nation qui venait de sortir victorieuse d'une lutte avec l'Autriche et la Russie, il fit signifier à l'Empereur Napoléon que si les troupes françaises n'avaient point évacué l'Allemagne ayant le 8 octobre, il les y con-
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traindraît par la force. Cette orgueilleuse et ridicule rodomontade , plus digne d'un matamore des temps antiques de la chevalerie , que d'un Iioi de Prusse , excita le rire et le mépris de Napoléon ; ce prince avait déjà quitté Paris et se trouvait à Bamberg lorsqu'il reçut cette impérieuse sommation de Frédéric Guillaume. Il dit alors au maréchal Berthier, l'ancien compagnon de ses travaux et de sa gloire : Maréchal , on nous donne un rendez-vous d'honneur pour le 8 ; jamais un Français n'y a manqué ; mais comme on dit qu'il y a une belle Pleine qui veut être témoin des combats , soyons courtois , et marchons, sans nous coucher , pour la Saxe (1).
La marche de l'armée française se iit en effet avec la rapidité accoutumée , et les troupes des maréchaux Ney, Soult , Davoust, Bernadotte, Xannes , Lefebvre et Augereau, inondèrent là Saxe, et suivirent les directions qui pouvaient les mettre à même détourner l'armée prussienne, alors campée sur les bords de la Saale. Victorieux dans tous les combats d'avant - gardes (2) , les
(1) L'empereur et Berthier quittèrent en effet Bamberg le jour même pour se rendre à Cronach. Berthier, investi de la confiance du plus puissant monarque de l'Europe, et partageant toute la gloire de ses triomphes, ne se doutait pas alors que ce même Bamberg serait le théâtre de sa fin misérable (en j 81 5), causée sans doute par le regret d'avoir payé d'ingratitude tous les bienfaits de son ancien aini.
(2) C'est dans l'un de ces combats que périt Frédéric-
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Français voyaient avec peine que les Prussiens, en se retirant, semblaient se refuser au rendez-vous d'honneur qu'ils avaient eux-mêmes assigné. Mais le Roi de Prusse, effrayé des mouvemens rapides de Napoléon, commençait à perdre de cette confiance cme ses généraux lui avaient inspirée. Débordé sur ses ailes dans la position qu'il avait prise sur la rive droite de laSaale , et où. d'abord il voulait attendre les Français, il se retira précipitamment le 10 octobre, employa les deux journées suivantes à rappeler tous ses détacîiemens , et vint le i3 , occuper une position avantageuse entre Capellendorf et Auwerstaëdt : entraîné par les sollicitations de son armée qui brûlait d'en venir aux mains, il s'arrêta dans cette position et résolut d'y livrer bataille.
C'était précisément ce que demandait l'Empe-
Cliristian-Lonis de Prusse, jeune prince de la plus haute espérance , et l'un des plus ardens provocateurs de cette guerre insensée. Vaincu à Saafeld , il ne prit la fuite que lorsque, abandonné de tous les siens , il ne put plus opposer de résistance. Poursuivi alors par un maréchal-des-logis du dixième régiment de hussards, et prêt de tomber entre ses mains, il fit brusquement volte-face, et se prit bravement corps à corps avec le soldat français. Rendez-vous , colonel , ou vous êtes mort, lui criait le maréchal-des-logis. Le prince voulut parlementer, et proposa même au hussard de le suivre en Prusse , l'assurant que sa fortune était faite. Mais, voyant cette indigne proposition refusée, et préférant la mort à la honte de devenir le prisonnier des Français , il s'élança contre le hussard , qui, lui plongeant son sabre dans la poitrine, l'étendit à ses pieds.
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reur Napoléon. Il avait fini la campagne dernière par un coup de tonnerre, il voulait commencer celle ci par un coup de massue. Il savait combien il lui importait, de profiter de l'imprudente audace de ses ennemis et d'écraser l'armée prussienne, avant que l'arrivée des Russes ne vînt donner à la nouvelle ligue, formée contre lui, une forée supérieure à celle dont il pouvait disposer. Au lieu donc de refuser la bataille, il s'étudia à obliger les Prussiens de la livrer. Arrivé le i3 à la vue des positions ennemies, il en parcourut toute la ligne , et le soir, dans son bivouac d'Iéna , il répéta le mot d'Austerlitz: De?nain toute cette briLlante armée sera à nous. Toute la nuit fut employée à creuser dans le roc vif un chemin qui pût servir à placer de l'artillerie sur un plateau qui se trouvait en avant d'Iéna, et dont les Prussiens avaient négligé de s'assurer, parce qu'ils regardaient comme impossible de franchir les rochers dont tous ses abords étaient hérissés. Les Prussiens ne savaient pas en,core que les Français ne connaissent rien d'impossible.
Le lendemain , c'était l'anniversaire du terrible combat d'Elchingen , le dernier livré sous les murs d'Ulm , avant la capitulation du générai Mack et de son armée. L'Empereur suivant son usage parcourut toute sa ligne. En passant devant le front de chacun des corps , il leur recommandait la cavalerie prussienne, si vantée jusques alors, malgré les souvenirs delà Champagne,
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il leur rappelait l'anniversaire d'Ulm, qui renouvelait, pour l'armée prussienne, la situation de l'armée d'Autriche ', il leur faisait observer que cernés comme elle , les Prussiens avaient déjà perdu leur lignes d'opérations, et qu'ils étaient aussi réduits, après six jours de campagne, à combattre, moins encore pour acquérir de la gloire que pour obtenir une retraite , en essayant de faire, sur différens points, une trouée qui deviendrait l'opprobre de tous les corps dont la résistance ne serait pas assez vive pour en empêcher l'effet. Des cris multipliés de marchons ! en avant l mort aux Prussiens! succédèrent au discours de l'Empereur, qui, certain que ses soldats étaient bien encore les braves d'Austerlitz, donna aussitôt le signal de l'attaque.
L'armée prussienne était belle et nombreuse ; sa cavalerie et son artillerie avaient une supériorité numérique incontestable sur celles des Français. L/infanterie était à peu près égale. Mais l'armée française avait-une expérience que celle du Roi de Prusse était loin de posséder. Cependant elle opposa aux efforts des Français une résistance qui lui attira l'estime de Napoléon lui-même. Pendant plusieurs heures la bataille resta indécise. Mais enfin, toutes les divisions françaises ayant opéré leur jonction et formant une espèce de cordon autour de l'armée prussienne, celle-ci, pour éviter d'être cernée et obligée de mettre
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bas les armes, voulut tenter un dernier effort. Cinquante mille hommes d'élite, au nombre desquels se trouvaient les régiraens de la garde et les gardes-du-corps du Roi de Prusse , attaquent vigoureusement les débouchés de Kœsen que défendait le maréchal Davoust. C'est sur ce point que la victoire allait surtout être disputée : c'est là que les deux partis devaient porter ces grands coups qui décident du sort des États. Les Prussiens étaient appuyés aux hauteurs d'Auwerstaëdt, et descendaient comme un torrent sur les Français. Davoust a son chapeau emporté par un boulet : deux chevaux sont tués sous lui , les balles criblent ses habits. Les Français font tous des prodiges de valeur, et non-seulement ils repoussent les Prussiens et conservent le défilé de Kœsen , mais ils emportent à la baïonnette les hauteurs d'Auwerstaëdt, d'Auwerstaëdt qui méritera au maréchal Davoust les éloges de Napoléon et dont le nom se perpétuera dans sa postérité avec le titre héréditaire de duc.
Rejetée en désordre sur le champ de bataille, toute cette belle armée prussienne, était dans un état de débandade épouvantable. Des corps entiers se rendaient prisonniers avec leurs généraux. Vingt mille morts ou blessés jonchaient la plaine entre Iéna , Cappellendorf et Auwerstaëdt. Le reste de l'armée prend la fuite sans ordre et dans la plus horrible confusion. Le Roi de Prusse faillit même