M. Busch, tome ll,»p
étonnante et une logique admirable, le chancelier dit simplement, sincèrement, ce qu'il désire. Il va toujours droit au but et interrompt à tout propos Jules Favre, habitué à ses finasseries d'avocat, au maquignonnage diplomatique, et ne comprenant rien à. . . cette façon superbe et peu conforme aux anciens errements de traiter les questions. ». Il s'exprime en français avec une exceptionnelle facilité, se sert « d'expressions à la fois élégantes et fortes, trouvant sans effort et sans recherche le mot propre qui classe une pensée, qui définit une situation^ ».
Et quelle différence d'aspect entre ces deux hommes ! M. de Bismarck, sanglé dans sa tunique blanche de cuirassier, « la poitrine bombée, les épaules carrées, éclatant de santé, de force», écrase «de son voisinage l'avocat courbé, maigre, long, désolé, dans sa redingote qui plisse de tous les côtés et sur le collet de laquelle ruissellent ses cheveux blancs. 11 n'y a, hélas ! qu'à jeter un regard sur les deux négociateurs, pour reconnaître le vainqueur et le vaincu, le puissant et le faible* ».
A l'appui de ses exigences pour Belfort, le chancelier lit à Jules Favre une dépêche reçue en sa présence : « Bourbaki aurait été coupé et n'aurait plus de refuge qu'en Suisse. » Il entend le laisser, ainsi que Garibaldi et l'armée des Vosges, en dehors de l'armistice. Vainement Jules Favre proteste. Ce serait une lâcheté d'abandonner cet étranger et son corps d'armée, d'ailleurs composé en grande partie de Français. Le gouvernement de Paris n'avait pas admis son concours^, mais le fait de son acceptation par la Délégation nous impose un devoir inéluctable, celui de le couvrir du drapeau national.
Le long et éloquent plaidoyer de Jules Favre n'a fait qu'irriter M. de Bismarck. Il s'agite sur sa chaise. Puis, frappant sèchement de l'index sur la table, il s'écrie :
1. D*Hëri88ou, p. 243; Procès-verbaux cités, Ducrot, tome IV, p. 819.