DÉMONSTRATION DE DUCROT
Intenrention de Dnorot. — Offensive de Bellemare. — Combat d'artillerie. — Offensivo des Allemands. -^ Retraite. — Résultats.
Depuis le matin, Ducrot tient ses troupes massées entre Drancy et Bondy. A la fusillade vive et prolongée du Bourget, il distingue sans peine que La Roncière rencontre une résistance imprévue. « D'après les instructions ^ », la 2* armée ne doit se porter en avant qu'après la prise du Bourget, au signal d'un drapeau hissé sur le clocher. Elle marchera sur le chemin de fer de Soissons, puis sur Le Blanc-Mesnil, Aulnay et Sevran.
Il est presque superflu de dire quelle imprudence il y a à faire dépendre toute l'action d'un accident de guerre, tel que la prise du Bourget. Le meilleur moyen de la faciliter, d'ébranler fortement l'ennemi, serait de prendre l'offensive sur la ligne de Merlan à La Coarneuve. Attendre placidement le résultat du combat à notre extrême gauche pour engager le gros de l'armée est inexplicable. Ce n'est certes pas ainsi que procéderait Trochu s'il avait la moindre foi dans le succès. Visiblement, il combat parce qu'il y est forcé, parce que ses collègues et la population de Paris tout entière l'exigent. Rien de plus.
1. Ducrot, tome III, p. 159. — Le général ne spécifie pas de qui viennent ces instructions. Ce ne sont ni celles de lu 8® armée pour le ^i décembre (Ducrot, tome III, p. 89 1), ni le dispositif du corps d'armée de Saint-Denis {lùid., p. 398). Les premières sont ainsi conçues, en ce qui touclie c» point spJcial : « Lorsque ces premiers mouvements auront été exécutés, et que nous sorous muilrus du terrain depuis Le Boi^rget jusqu'au point où la roule des Petits-Ponts traverse le chemin de fer. . . nous reprendrons l'offensive ». il s'agit sans doute de prescriptions verbales données au conseil de guerre du 20 décembre. Trochu (Œuvres posUiumes, tome I®^ p. 431) écrit : « Préalablement à la bataille, nous n*uurion8 à enlever à Tennemi, ppur assurer à notre gauche un point d'appui, qu*une seule position, Le Bourget. »
84 BDZKXVAL-LA CAPITULATIOH.
Qaoi qu'il en soit, Ducrot, se rendant compte de la situation et voyant les renforts ennemis affluer vers Le fiourget, pense très justement qu'il faut agir sans retard. N'attendant pas les ordres de Trochu, resté sur la route de Lille, il porte en avant la division Bellemare, à. cheval sur, la route des Petits-Ponts, et déploie de l'artillerie au nord-est de Drancy (9 heures'). H serait beaucoup plus naturel de jeter au delà de la ligne de Sqissons les divisions Berthaut et Courty, les plus rapprochées du Bourget. Sans doute on assurerait ainsi la prise de ce village, tandis que l'offensive prise par Ducrot à son centre ne peut exercer qu'une influence très indirecte sur la droite prussienne *.
Après une' courte fusillade, les francs-tireurs du général de Bellemare enlèvent la ferme de Gi-oslay*, qui est aussitôt mise en état de défense par les sapeurs du génie ; ils refoulent les tirailleurs embusqués le long du Moleret et bordent le chemin de fer de Soissons. La brigade Colonieu, qui suit à petite distance, vient garnir l'intervalle ehtre le petit bois de Groslay et le chemin de Drancy au Blanc-Mesnil, en se bornant à observer la ferme de Nonneville *. La brigade Fournès est en deuxième ligne, entre Groslay et l'Alouette. En même temps, la division Mattat et la brigade Reille-, tra^» versant le canal de l'Ourcq, viennent s'établir en réserve à l'ouest de la route de Bondy à Drancy. Les francs-tireurs du général Mattat et la compagnie des Tirailleurs parisiens les
1. Ducrot, tome III, p. 159. — L^historique de }a division Bellemare porte 8** 36 (Â. Duquel, p. 98).
a. A. Duquct, p. 99. — Le général Trochu écrit : c Tardivement informé de réchec de la colonne Lavoignet, ne sachant rien encore de la situation du commandant Lamolhe-Tenet, surpris et mécontent de ilm mobilité de la division Berthaut, réserve principale (jlguorais que l'amiral de La Rônciére^ sans doute assuré du succès de ses troupes, lui avait prescHt de ne s'engager que sur son appel), j'envoyais à cet officier général l'ordre d'agir sans délai »-. Ducrot ne fait aucune mention de ce fait, qui parait très vraisemblable. En tout cas, Berthaut n'engagea que son artillerie.
8. Ducrot, tome lll, p. 15»; les 20 et 6^ bataillons du 136* efïtre Groslay ut le petit bois de ce nom, détachant 2 compagnies pour observer la ferme dd Nonneville ; le 1®^ bataillon du 1S6« et le- régiment du Morbihan derrière le remblai du chemin de fer, entre Groslay et le chemin du Blanc-Mesnll à Drancy. . - , .
.]^B BOUBGET-VILLlB-ÉVRART^ . 85
couvrent vers l'est, en se reliait dans la direction de Bondy aux trodeps.de l'amiral Çaisset-:
La division Faron est en réserve à l'ouest, vers la Patte 4!oîe de Bobigny, avec Susbielle à sa gauche. Plus en çirrière encore, la garde nationale occupe Pantin, Noisy-le-Sec^ Merlan, Rpsny, NeuiUy»sous-Bois. On voit avec quelle timidité se prononce notre mouvement. Nulle part la 2® armée n'a été en contact avec l'çnnemi. Pourtant, elle disposé d'un effectif numérique de beaucoup supérieur au sien. Mais il est surtout échelonné en arrière. Ainsi que l'a dit M. Duquet, le 21 décembre pourrait être à juste titre nommé « la journée des réserves*». Il semble que Tunique préoccupation du commandement soit d'engager un minimum de combattants.
,En même temps qu'une partie de la division Bellemare, Ducrot déploie un grand nombre de batteries. C'est, en avant de Drancy et le long du chemin de fer, l'artillerie divisionnaire des généraux Berthaut et Courty, afin de contrebattre les pièces prussiennes vers Le Blanc-Mesnil et de tirer contre des colonnes en marche sur Le Bourget. Deux batteries de 4 {division Bellemare) s'établissent derrière le remblai à Test du chemin du Blanc-Mesnil à Drancy> avec les mêmes objectifs. Quatre autres batteries^ sont à l'ouest du Moleret, tirant sur Aulnay, sur les pièces en avant et sur Nonneville.
En deuxième ligne, deux batteries de 7 de la réserve générale prennent position sur une éminence à droite de Drancy. C'est un total de 84 pièces qu*il serait facile d'accroître dans de très fortes proportions, car l'artillerie des divisions Mattat, Faron, Susbielle, la réiserve générale, une grande partie des réserves des 1*' et 2* corps restent inactives.
Le feu commence à 11 heures sur toute la ligne. cLes