‹ Siège de ParisChapitre 130 sur 326 · Taine, la Conquête jacobine, p. 43i · texte numérisé non relu

Taine, la Conquête jacobine, p. 43i

3. Lettre de Gambella à Jules Favre, 16 janvier {Enquête, tome IV, p. 127 et suiv.).

SI&OS DE PARIS. — m. 1 [

162 BDZENVAL-LA CAPITULATION.

bombardement d'Avron, Jules Ferry reçoit du maire du 2^ arrondissement, M. Tirard, « une letti-e presque menaçante... une sorte de mise en demeure » de convoquer les maires. Le conseil paraît d'abord disposé à mal accueillir cette sommation ; puis il se ravise, sur la remarque de Jules Favre : les maires sont aux prises avec des difficultés inconcevables; ils ont rendu les plus grands services \ D'ailleurs Jules Ferry voit M. Tirard et le trouve « dans les meilleures dispositions». On convient que la convocation exigée aura lieu le 29 décembre.

La veille, Trochu a provoqué une vive émotion, en annonçant au conseil qu'il est impossible de continuer l'occupation d'Avron. Il va plus loin : « Toute sortie au dehors lui paraît même impossible, si ce bombardement se généralise. » — Ainsi, bien loin de prendre un caractère plus actif, comme le voudrait la population, la défense va être plus inerte encore. — « L'armée est épuisée » et certains généraux jugent impossible la continuation de la résistance.

Aussitôt Jules Favre manifeste son étonnement. Il supplie le gouverneur « de ne pas rester dans l'inaction, car il s'agit de conjurer deux dangers à la fois, l'émeute et la famine ». Garnier-Pagès demande, si l'on est forcé d'évacuer Avron, que l'on entreprenne immédiatement une autre action offensive. Sans exiger l'impossible, Jules Favre et Arago voudraient que l'on tentât du moins quelque chose. Jules Simon opine de même. Finalement on se résigne à l'abandon du plateau : une note y préparera l'opinion ^

Le 29, à 4 heures, a lieu au ministère de l'intérieur la réunion des maires. Les adjoints croient devoir y assister, contre l'usage, et Jules Favre se laisse imposer If^ur présence que M. Clemenceau déclare nécessaire: l'évacuation d'Avron a produit son effet. L'un des maiies, Delescluze, commence un violent réquisitoire contre le gouverneur et ses collègues : il réclame impérieusement la jjermanence à leur côté de

1. Procès -verbaux des séances du gouvernement, 27 décemlire, Ducnil, tome III, p. 249.

2. Procès-verbaux cilés, séance du 28 dôcembre, Ducrot, lome III, p. 24 9

l'assemblée des maires et des adjoints élus, une sorte de Commune. ]\[M. Clemenceau et Tii'ard appuient cette demande. Visiblement, elle a pour elle la majorité.

En vain deux modérés, MM. Vacberot et Dubail, essaient de réfuter la thèse deDelescluze. Jules Favre repousse l'immixtion des maires : le gouvernement ne peut déléguer ses pouvoirs. Il tente de justifier le général Trocbu, mais très mollement \ D'ailleurs la discussion s'envenime après une nouvelle intervention de Delescluze et de M. Vacberot. Il faut lever la séance au milieu d'une tempête d'interpellations, en convenant d'une réunion prochaine.

Celle-ci suffit à montrer quelle hostilité règne dans Paris contre Trocbu. Le soir même, Jules Favre en rend compte au conseil. «Il renouvelle les réclamations formées parles maires, qui se plaignent qu'on ne fait rien. » Le gouverneur repousse vivement cette allégation. ]\Iais le mécontentement s'accroît. Une délégation de l'Institut, reçue par Jules Favre, formule un vœu énergique en faveur de l'action. Les journaux signalent le désaccord très réel qui existe entre certains membres du gouvernement*. « Ce ne fut pas seulement dans les clubs que retentirent de violentes accusations contre la direction militaire, elles trouvèrent un redoutable écho dans toutes les classes ^ » Le soir du 30 décembre, au conseil, Jules Favre, Ernest Picard, Emmanuel Arago, insistent vivement pour qu'on donne satisfaction au désir de Paris, qui veut se battre. « Il ne faut pas que la fin de la lutte arrive

1. a II constate — en l'absence du gouverneur — qu'il règne contre le ge'néral Trocliu une animation isic) extrême, qui s'attaque, non à son caracléie, mais à ses procédûs militaires» {Procès -verbaux cités, séance du 29 décembre, Ducrot, tome III, p. 251); Enquête, rapport Cliaper, pièces justificatives u» xxxiv ; Larcliey, p. 2i5 : a II (Jules Favre) confessa que le général Trocliu n'avait pas toujours été exempt de blâme; qu'il s'était souvent montré hésitant, mais qu'il avait confiance flans le résultat final ; qu'il voulait le triomplie et le maintien de la République. . . » Ce passage paraît tiré du Moniteur universel du 31 décembre i87o.

2. Procès-verb tux cités, séance du 30 décembre, Ducrot, tome IH, o. 2ôi. — Le général Trocbu adresse, le mémo jour, « aux citoyens et aux soldais » une proclamation affirmant « qu'aucun dissentiment ne s'est produit dans les conseils du gouverneneut » , et que l'union y est étroite (Jules Favre, tome II, p. 2u8; Journal du siéje, par le Gaulois, p. 373).

Page 1