‹ Siège de ParisChapitre 131 sur 326 · J. Favre, tome II, p · texte numérisé non relu

J. Favre, tome II, p

sans que la garde nationale ait été employée. » Picard prononce le mot de capitulation. « A son avis, il n'y a que deux moyens d'éviter cette calamité : combattre ou traiter. Le traité est devenu chose difficile ; il ne reste donc plus que le gi-and effort militaire à tenter. . . »

Le général Trochu admet qu'on fasse donner la garde nationale, mais avec le concours de l'armée, « qui n'est pas encore prête à marcher ». Il ne croit pas qu'un « grand effort » soit forcément appelé à être inutile ; mais, s'il échoue, il peut entraîner la capitulation'. Bref, le gouverneur entend persister dans le système de temporisation qui lui a si mal réussi jusqu'alors. Il amuse encore ses collègues de la promesse d'une sortie, que, dans son âme et conscience, il juge devoir être de pure forme. Les autres membres du conseil se rendent compte de ce que valent ces demi-promesses, ces objections à toute action prochaine. Jules Favre et Ernest Picard demandent la convocation d'un conseil de guen-e, comme elle devait avoir lieu le 27 décembre, sans le bombardement d'Avron. Le gouverneur accepte volontiers. C'est lui, dit-il, qui a insisté pour cette réunion, « alors que le conseil s'était d'abord prononcé pour la négative ^ ».

Le samedi 31 décembre, à 8 heures et demie du soir, les membres du gouvernement se réunissent ainsi que les ministres,, le préfet de police, les secrétaires ; les généraux Ducrot, Tripier, Frébault, de Chabaud-Latour, Guiod, Noël, Vinoy, Clément Thomas, de Bcllemare, Schmitz ; les amiraux de La Roncière et Pothuau. Singulière composition ! 11 manque deux commandants de corps d'armée, de Maussion et d'Exéa. L'un de leurs divisionnaires, de Bellemare, et un général de brigade qui occupe une situation tout à fait infime, iSoël, commandant du Mont-Valérien, sont présents.

Le général Trochu, puis Jules Favre, exposent l'objet de la réunion, non sans des phrases inutiles. Ainsi le dernier assure, en résumant l'histoire du siège, que nous avons usé

1. Procès-verbaux cités, sâniice du 30 décembre, Ducrot, tome IIF, p. 252,

2. Procès-verbaux cilos, séance du 3j décembre, Ducrot, tome III, \>. 2t;3

d'un double moyen: «Fatiguer l'ennemi par des attaques incessantes, le démoraliser et le ruiner par de grandes batailles. Voilà ce que chacun des chefs présents a fait avec un talent et un courage au-dessus de tout éloge \ . . » Mais ils « ne sont pas seulement les défenseurs d'une citadelle, ils sont aussi et surtout les défenseurs d'une grande cité, renfermant une population considérable, dont les passions, les mouvements politiques et sociaux existent et s'imposent. . . La ville de Paris veut être défendue à outrance ; c'est là surtout un sentiment partagé par les classes moyennes". Il est donc impossible de ne pas tenir compte de ces impressions, qu'il faut seulement concilier avec la raison et l'opportunité.

« C'est précisément sur cette raison et cette opportunité que le conseil désire être renseigné. Car le gouverne;iient serait brisé s'il essayait d'entraver le mouvement de la population ; or, être brisé, ce ne serait pas la ruine de certaines personnalités, ce serait l'honneur et la défense de Paris tout à fait compromis^. . . » — Jules Favre termine en précisant les points à discuter : « Croyez-vous pouvoir obéir au désir d'action de la population, à l'aide d'opérations militaires exécutées avec les divers éléments dala défense de Paris (armée, mobile, garde nationale, marine) séparés ou combinés ; enfin quel genre d'action peut-on ainsi proposer à la ville de Paris et quelles espérances peut-on lui donner?

« En un mot, la défense peut-elle être continuée et comment peut-elle l'être * ? »

C'est Ducrot qui, le premier, prend la parole, dans les termes les plus décourageants. 11 c demande tout d'abord qu'on reconnaisse qu'il n'a jamais cherché à bercer ses collègues d'illusions; il a toujours déclaré qu'il comptait très peu sur l'armée de la Loire. . . , sur l'armée de Paris, qui ne lui

1. Procès-verbaux cités, séance du 3i décembre, Ducrol, lome III, p. 254.

2. Itndem, p. 255 ; assertion doq fondée, car la population est à peu près unanime.

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