Jules Favre, tome II, p
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très » créait autant d'intéressés à une prompte cessation des hostilités. Il y avait là une chance fjivorable qu'il eût été coupable d'ignorer. Mais il aurait prudemment agi en évitant de poser ses conditions à l'avance, en se bornant à tirer parti des circonstances. Le fait même que les neutres étaient contraints d'entrer en négociations avec le gouvernement de la Défense nationale avait sou importance. Il indiquait que nous n'en étions plus réduits au fâcheux isolement qui avait suivi le 4 septembre. On pouvait le constater, tout d'abord, quitte à saisir les occasions qui se présenteraient infailliblement d'améliorer notre situation extérieure.
Au contraire, Jules Favre crut devoir affirmer des exigences, d'abord assez modérées, mais bientôt hors de saison. Elles n'allaient pas, en premier lieu, au delà d'un armistice avec ravitaillement*. D'ailleurs les circonstances semblaient favoriser une intervention des neutres. L'Angleterre était vivement irritée du ton qu'avaient pris ses relations avec le gouvernement russe. Lord Granville chargeait l'ambassadeur à Saint-Pétersbourg de se plaindre de la forme de la communication de M. de Brunow et de faire ses réserves sur le fond. A Vienne et à Constantinople l'émotion était profonde. « Chacun cherchait à deviner le parti que prendrait son voisin et tournait les yeux vers le cabinet de Londres, duquel en effet tout dépendait-. » A Tours, lord Lyons faisait de pressantes
1. f Je ne sais quelle sera la réponse de la Prusse, mais c'est le cas pour nous, en reslant sur ce point dans une réserve absolue, de presser l'Anpletcrro d'amener une solution. Elle a tout inlérêt à obtenir un arrangement entre nous et la Prusse, et maintenant elle doit comprendre la faute qu'elle a commise en laissant aller les choses si avant. Si, par son intermédiaire, nous avions traité au mois de septembre sur la base de l'intégrité du territoire, ces complicalions européennes n'auraient pas été soulevées. Je suppose que \'\nglelerre se retire et laisse les événements s'épuiser, elle court forcément à un congrès dans lequel peuvent .s'opérer des modifications qui lui seraient défavorables. Elle a donc un intérêt considérable à terminer les lioslililés. Pour ce!a il nous faut une Assemblée et pour une Assemblée un armiscice avec ravitaillement. » (Dépêche du 19 novembre à M. de Chaudordy, J. Favre, tome II, p. 213.)
2. L'Aulriche avait fait à la circulaire GortschakofT une réponse très séclie, entendue avec une impatience mal déguisée : « Le comte de Bcust déclarait qu'il aurait pu s'en référer simplement à l'article 14, mais que, par é.uard pour le gouvernement russe, il voulait bien entrer en explications. « L'Italie
instances pour connaître nos dispositions. ]\1. de Chaudordy se bornait à des réponses dilatoires, sous prétexte d'attendre les instructions du gouvernement de Paris. Toutefois, dans des conversations officieuses, il s'attachait à montrer l'intérêt qu'aurait l'Angleterre à hâter la fin de notre différend avec l'Allemagne \
De son côté, le gouvernement russe nous témoignait certains égards, qu'il eût peut-être été possible de transformer en des marques positives d'intérêt. La dépêche qui accompagnait la circulaire Gortschakoff, variant selon les pays, était, au regard de la France, « conçue dans les termes les plus bienveillants ' » .
Yis-à-vis de M. de Chaudordy, le représentant de la Russie à Tours, M. Oukounieô', insistait sur le peu d'intérêt que nous avions dans cette question : la guerre d'Orient était le fait personnel de Napoléon III ; elle n'avait été entreprise que dans un intérêt uniquement dynastique. M. de Chaudordy répliquait naturellement « qu'elle était pour nous un noble souvenir de gloire, une belle page que nous ne pouvions consentir à effacer de notre histoire; que même elle avait créé pour nous une obligation dont nous devions tenir compte». «Elle ne saurait, repartit M. Oukounieff, faire disparaître la communauté d'intérêts qui existe entre la France et la Russie. » Et comme son interlocuteur, l'arrêtant à ce mot, lui faisait observer que le moment était venu de nous prouver cette similitude d'intérêts, il ajouta : « Il ne faut pas en politique s'occuper exclusivement du présent, il faut songer à l'avenir. C'est ainsi que se créent les relations utiles. Et quel avantage pour la France de trouver, lorsque les représentants des grandes puissances seraient réunis, un concours qui pourrait sauver l'intégrité du territoire^ ! »
" ne se refusait pas à examiner, de concert avec les autres signataires du traité de 18.-16, les modifications qu'il élait opportun d'y introduire. La Turquie gardait le silence. » (J. Favre, tome II, p. 447.)
1. Jules Favre, tome II, p. 245; Enquête, déposition Cliaudordy.