J. Fuvre, tome II, p
LE BOURGET - VILLE-EVRART. l
qu'on ne pourrait croire. On attend la reprise des opérations, promise pour une date pi'ochaine parTrochu etDucrot : « Les bruits les plus favorables et les plus étranges circulaient dans la ville. . . On contait que la flotte prussienne avait été tout entière capturée d'un seul coup de filet dans le port de Jali le : deux frégates fi-ançaises . . . , passant sur les torpilles qui en défendaient l'entrée, se seraient ainsi fait sauter, après quoi notre escadre aurait franchi sans péril le goulet et pris l'oiseau au nid'. »
Le gouvernement n'a pas renoncé à son système de dissimulation, de ménagements excessifs pour les illusions de Paris. Il le traite en enfant auquel on n'ose dire la vérité. Dans son ordre du 4 décembre, Ducrot laisse échapper des paroles trop vi-aies, qui effraient. Il est décidé qu'aucune proclamation ne sera portée à l'Imprimerie nationale avant d'avoir reçu le visa du conseil*. La publication d'une lettre de Trochu est ajournée, parce qu'elle semble une réédition du malencontreux ordre du général Ducrot^.
Visiblement la confiance des collègues du gouverneur est ébranlée. En son absence, l'un d'eux dit au conseil que « plein d'estime pour son caractère, il reste dans le doute au
1. F. Sarcey, p. i99 : « Celte reculade imprévue n'eut pourtant pas sur l'opinion l'efTet désastreux qu'o;i en pouvait attendre. Nous étions flattés d'avoir tenu bon contre les vieilles troupes ai Prusse, d'avoir passé et repassé sous leurs yeux, un grand fleuve (sic), sans qu'ils osassent inquiéter ce mouvement. Ce n'était, pensions-nous, que p;irlie remise. « Voir également Miche! Cornudel, Journal dti siège de Paris, p. :i6r, d'après l'Électeur libre et Ducrot, tome 111, p. 219.
2. Procès-verbaux cités, i décembre 1870. — Cette proclama'ion est ainsi conçue :
« Soldats, après deux jours de glorieux combats, je vous ai fait repasser la Marne, parce (]ue j'étais convaincu que de nouveaux efforts dans une direction où lennemi avait eu le temps de concentrer toutes ses forces et de préparer de nouveaux moyens d'action scraieut stériles.
« Eu nous obstinant dans cette voie, je sacrifiais inutilement des milliers de braves, et loin de servir l'œuvre de la délivrance, je la compromettais sérieusement, je pouv.iis môme vous conduire à un désastre irréparable.
« Mais, vous l'avez compris, la lutte n'est suspendue que pour un instant ; nous allons la reprendre avec résolution. Soyez donc prêts, compléiez en toute hâte vos munitions, vos vivres, et surtout élevez vos cœurs à la hauteur des sacrifices qu'exige la saiute cause pour laquelle nous ne devons pas hésiter à donner notre vie. « (Ducrot, tome 111, p. 108.)
3 Procès-verbaux cités, 5 décembre 1370.
« BDZENVAL-LA CAPITULATION.
sujet de ses talents militaires^ ». Ils entreprennent des démarclies significatives pour le presser d'agir. Dans la nuit du 3 au 4 décembre, le général Le FlO, qui trouvait « mal combinée et mal menée" » l'opération deChampigny, Jules Favre et Ernest Picard se rendent ensemble auprès de Trochu, à Vincennes, Ils trouvent avec lui Ducrot, qui, comme à son ordinaire, ne fait nul mystère de ses sentiments. Il a dû abandonner l'entreprise commencée en raison de l'épuisement des troupes. Mais il se propose de la renouveler sur un autre point. Il ne croit pas aux armées de province. Elles ne sont que «des rassemblements», incapables d'arrêter l'ennemi'. Quant aii général Trochu, bien qu'il ne se fasse aucune illusion sur la possibilité de délivrer Paris, non plus que sur les secours à attendre du dehors, il entend ne se rendre qu'après a voirépuisé tous les moyens de défense. Il sait que les troupes ont beaucoup souffert, que le découragement les gagne. ]^éanmoins il veut poursuivre la lutte. Quelques jours de